Sur son quant-à-soi

Récital Marlis Petersen - Schwarzenberg

Par Claude Jottrand | mer 27 Juin 2018 | Imprimer

Changement de programme en dernière minute. Suite à un deuil personnel, Marlis Petersen n’a pas pu préparer ces dernières semaines le programme Schubert qu’elle avait prévu d’offrir au public des schubertiades de Schwarzenberg. En lieu et place, elle donnera le programme de son dernier CD intitulé Welt, un florilège d’œuvres allemandes principalement du XIXe siècle, la plupart inconnues ou presque, regroupées par thème autour de quatre grands axes : le ciel et la terre, l’homme et la nature, destin et conscience, l’espoir et le désir. L’ordre n’est pas exactement celui du disque, mais le concept et les œuvres sont les mêmes.

Ce CD paru l’an dernier (voir la critique de notre collègue Laurent Bury) est le fruit d’une recherche élaborée dans l’ensemble du répertoire romantique dont il faut souligner l’originalité : partir en quête de compositeurs ou d’œuvres peu connus, les rassembler en fonction du thème traité dans le texte, tenter de leur donner une cohérence esthétique. On découvrira donc au passage Hans Sommer ou Sigurd von Koch, tant mieux, ou des pages parfois un peu secondaires des grands représentants du lied allemand, c’est sans doute moins nécessaire. La démarche n’avait pas entièrement convaincu au disque, est-elle plus convaincante en concert ? Pas vraiment. Certes on est très heureux de découvrir tant d’œuvres parmi lesquelles figurent en effet quelques exhumations utiles et justifiées, mais le rythme du concert, insuffisamment contrasté, souffre d’un concept aussi strictement appliqué. Chaque section manque de relief, à vouloir traiter toujours le même thème. Les tubes du répertoire (Wesendonck lieder de Wagner ou Mondnacht de Schumann) sont trop peu nombreux pour constituer des points d’appui, et l’attention de l’auditeur s’évade un peu à travers tant d’œuvres oubliées.


Stephan Matthias Lademann, piano et Marlis Petersen, soprano © DR

Cela tient aussi à la performance de la chanteuse, très maîtrisée, un peu sur ses gardes, et qui présente peu de spontanéité dans son contact avec le public. Quel contraste avec la prestation de Anne Sofie von Otter hier ! Petersen déploie certes des moyens vocaux irréprochables, mais elle reste sur son quant-à-soi, sourit à peine.

La première partie est un peu terne et le pianiste, très appliqué lui aussi, ne fait rien pour détendre l’atmosphère. Il joue bien, très proprement, mais sans fantaisie et sans réel relief. Les choses s’arrangent un peu dans la deuxième section, où le répertoire plus léger permet enfin une certaine détente. L’humour coquin du Naturgenuss de Schubert fait apparaître un premier sourire, mais Des Sennen abschied de Schumann est résolument trop scolaire et le Dämmrung senkte sich von oben de Brahms un peu sous investi, c’est pourtant une fort belle partition.

Après la pause viennent de nouvelles découvertes : Das Los des Menschen de Sigurd von Koch est une vraie révélation, mais le reste est donné sans distanciation, y compris Stehe still de Wagner. C’est sans doute la dernière section qui séduit le plus : Mein Stern de Clara Schumann convient très bien à la chanteuse, tout comme le Feldeinsamkeit de Brahms. Le Mondnacht de Schumann est donné dans une atmosphère marmoréenne très convaincante.

Un seul bis pour clôturer la soirée : Abendempfindung de Mozart, souverain.

 

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