Une soirée chargée d'adrénaline

Rigoletto - Choregies d'Orange - Orange

Par Brigitte Cormier | mar 11 Juillet 2017 | Imprimer

Alors que le Théâtre antique avait quasiment atteint son taux de remplissage maximum et que les téléspectateurs épris d’art lyrique attendaient impatiemment de participer à cette grande soirée verdienne des Chorégies d'Orange sur France 3 et Culturebox... Alors que les musiciens de l’Orchestre philharmonique de Radio France s'étaient déployés dans la fosse au pied du gigantesque mur de scène où une immense marotte en bois symbole du bouffon déchu, évoquait d’emblée la fin tragique du héros de la tragédie de Victor Hugo, adaptée par Francesco Maria Piave sous la férule de Verdi... Jean-Louis Grinda, le nouveau directeur des Chorégies, annonçait tranquillement au public qu’une indisposition survenue en fin d’après midi empêchait Mikko Franck de diriger sa phalange mais que le maestro Alain Guingal allait le remplacer au pied levé sans la moindre répétition. Tonnerre d’applaudissements à son arrivée au pupitre. Il n’y avait plus qu’à laisser le miracle s’accomplir. Dans ce lieu magique, on allait assister à un Rigoletto chargé d’adrénaline. Orchestre dopé, artistes du chœur et danseurs énergisés conféraient à la mise en scène de Charles Roubaud ­— Il  a choisi d’évoquer la Renaissance en situant l’œuvre dans les Années folles — une ambiance survoltée.


© Bruno Abadie

Le légendaire baryton italien Leo Nucci, totalise au compteur plus de cinq cent Rigoletto. Si la voix n’a plus la vigueur d’antan, il sait en tirer parti. Sa frêle silhouette, sa démarche à petit pas, toujours vive, ses accents souvent déchirants, le rendent plus touchant que jamais dans ce personnage complexe qui a fait sa gloire et dont il maîtrise toutes les facettes. S’il séduit par son assurance et sa voix bien timbrée, le chant impeccable du ténor espagnol Celso Albelo nous a semblé manquer un peu de puissance quand il se trouvait en retrait sur ce vaste plateau. Bons comédiens malgré une diction peu compréhensible dans leur rôles respectifs, Vojtek Smilek (Monterone) et Stefan Kocan (Sparafucile) rivalisaient vocalement de noirceur.

Côté féminin, distinguons la Maddalena bien chantante et bien campée de Marie-Ange Todorovitch, avant de nous extasier sur le charme et les qualités de Nadine Sierra, étoile montante sur la scène internationale. Gracieuse, juvénile, ardente... Avec sa voix fraîche, sa diction précise, ses notes filées, ses pianissimos, son sens des nuances, sa musicalité, la chanteuse américaine subjugue l’auditoire. Il s'agit, si l'on en croit l'interview accordée à Audrey Bouctot, de son rôle fétiche. Avec cette Gilda de rêve en symbiose avec ce Rigoletto de légende, on ne peut qu’être comblé.

 

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