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GLASS, Les Enfants terribles – Lille

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Spectacle
24 mars 2026
Un fascinant coup de boule (de neige)

Note ForumOpera.com

4

Infos sur l’œuvre

Opéra pour quatre voix et trois pianos

Musique de Philip Glass

Livret de Philip Glass et de Susan Marshall d’après Jean Cocteau

Création à Zoug (Théâtre du Casino) en 1996 en Suisse

Détails

Mise en scène

Matthias Piro

Scénographie et costumes

Lisa Moro

Lumières

Leo MORO

Création vidéo

Janic Bebi, Jonas Dahl

Assistante à la mise en scène

Lena Sophie Meyer

Assistante à la scénographie et aux costumes

Noa Sehring

Dramaturgie

Miron Hakenbeck

Cheffe de chant

Flore Merlin

 

Elisabeth

Marie Smolka

Paul

Sergio Villegas Galvain

Agathe / Dargelos

Nikola Printz

Gérard

Abel Zamora

 

Figurantes

Isabelle Einstein (la mère)

Lucie Loquet (L’agente immobilière)

 

Pianos

Flore Merlin, Nicolas Royez, Nicolas Chesneau

Direction musicale

Virginie Déjos

 

Lille, le dimanche 22 mars 2026, 16h

 

 

 

 

 

 

Quelle plus belle rencontre que celle des univers de Philip Glass et de Jean Cocteau, qui a inspiré pas moins de trois des opéras du compositeur américain avec La Belle et la Bête, Orphée et Les Enfants terribles ? Ce dernier aujourd’hui recréé à l’Opéra de Lille dans la belle production d’une éclatante jeunesse de Matthias Piro et Lisa Moro est un spectacle qui entend rendre justice à une des rares voix envoûtantes de notre ère, parmi les langages musicaux contemporains explorés cette saison par l’Opéra des Hauts-de-France. Petit précis de cruauté et de poésie du disciple d’Orphée de Milly-la-Forêt, le roman paru en 1929 et filmé par Jean-Pierre Melville en 1950, est adapté en un livret en français par Philip Glass lui-même (et la chorégraphe Susan Marshall) en 1996 pour un festival de danse suisse.

Mais qui sont ces enfants « terribles » ? Un frère, Paul, et sa sœur, Elisabeth, beaux et fascinants, croient être les maîtres de la chambre des mystères dans laquelle ils dorment et officient (le « Jeu » dont ils se repaissent est-il vraiment celui de l’enfance ou est-il plus sulfureux ?) dans l’immense appartement familial que les adultes semblent avoir déserté (la mère meurt au premier tiers du spectacle) mais en sont de fait les prisonniers. L’épithète (de par son étymologie latine) « terribles » confirme tout au long de l’heure quarante du spectacle son pouvoir d’évocation éclaboussé de chaos. Ces enfants (des adolescents de quinze ans) sont vraiment effrayants, épouvantables – et terriblement malheureux. En prologue, l’élève Dargelos crucifie Paul, en plantant son regard dans le sien, tout en lui envoyant une pierre serrée dans une boule de neige lors d’une bataille épique collégienne, le condamnant à garder la chambre. L’ami des enfants, Gérard, ne pourra assister qu’impuissant aux jeux, disputes et intrigues de Paul et Elisabeth, maîtresse et prêtresse des lieux dont il est évidemment ignoré, lui qui l’adore. Les prémisses du drame et ses événements adventices sont narrés en vidéo au-dessus du proscénium. Le jeune duo à la mise en scène en font des adolescents d’aujourd’hui d’abord filmés dans le vieux Lille (Agathe, le sosie féminin de Dargelos, les rejoignant au cœur de la toile tissée par la « monstresse » Elisabeth) rendus à leur statut de prisonniers des pièges de la chambre, métaphore des fantasmes mythologiques de gémellité du frère et de la sœur. Avec un dispositif des plus ingénieux, cette chambre pourvoyeuse de mythes (la fameuse stanza du poète depuis Dante*) est au centre d’un appartement-manège qui tournera inexorablement sur son axe (comme la fatalité) jusqu’à la conclusion tragique de l’histoire sous les belles lumières de Leo Moro. Dans ce monde contemporain dominé par la rage, la guerre et la mort, nos enfants terribles ne veulent pas entrer dans le monde des adultes, préférant s’oublier en des fêtes bachiques.

Les quatre chanteurs sont formidablement convaincants. Au cœur du quatuor, la soprano tchèque Marie Smolka campe une Elisabeth charismatique et vénéneuse. Son chant (dans l’écriture parlé-chanté imaginée par le compositeur né à Baltimore) conjugue limpidité et virtuosité. Son frère incarné par le baryton Sergio Villegas-Galvain nous gratifie d’une interprétation tout en mystère et séduction, non dénuée de cruauté. Abel Zamora est un Gérard pathétique à souhait alors que l’artiste (annoncée non binaire) Nikola Printz campe deux personnages, Dargelos (en vidéo) et Agathe ; la chanteuse acrobate offrant un mezzo soyeux au médium chaleureux. Ils sont accompagnés par les trois pianos prévus par la partition que dirige la cheffe belge, Virginie Déjos, déroulant les boucles hypnotiques de la musique de Philip Glass, dont la texture musicale ici n’a rien de minimaliste. Le créateur de Einstein on the Beach livre une partition au développement rythmique pulsé qui ne relève plus de l’abstraction sonore, même si on retrouve sa basse obstinée. Ses cadences parfaites, ses tempi épousant les flux et reflux du déroulement du drame ne craignant pas la mélodie parfois la plus lyrique, exprimée en séquences d’accords arpégés syncopés et en variations de petites cellules ou séquences harmoniques, donnent à entendre une musique tonale (dispensatrice de plaisir) plongeant personnages et public dans un vrai bain sonore lumineux ou ténébreux suivant les tableaux. On ne peut que vouloir se dévouer aux sortilèges dispensés par toutes les dimensions de ce spectacle très réussi, très fidèle à l’esprit du magicien Cocteau.

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❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

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Opéra pour quatre voix et trois pianos

Musique de Philip Glass

Livret de Philip Glass et de Susan Marshall d’après Jean Cocteau

Création à Zoug (Théâtre du Casino) en 1996 en Suisse

Détails

Mise en scène

Matthias Piro

Scénographie et costumes

Lisa Moro

Lumières

Leo MORO

Création vidéo

Janic Bebi, Jonas Dahl

Assistante à la mise en scène

Lena Sophie Meyer

Assistante à la scénographie et aux costumes

Noa Sehring

Dramaturgie

Miron Hakenbeck

Cheffe de chant

Flore Merlin

 

Elisabeth

Marie Smolka

Paul

Sergio Villegas Galvain

Agathe / Dargelos

Nikola Printz

Gérard

Abel Zamora

 

Figurantes

Isabelle Einstein (la mère)

Lucie Loquet (L’agente immobilière)

 

Pianos

Flore Merlin, Nicolas Royez, Nicolas Chesneau

Direction musicale

Virginie Déjos

 

Lille, le dimanche 22 mars 2026, 16h

 

 

 

 

 

 

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