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YOUMANS, No, No, Nanette – Compiègne

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Spectacle
22 mars 2026
Tea for Two un siècle après

Note ForumOpera.com

3

Infos sur l’œuvre

Comédie musicale
Musique de Vincent Youmans
Lyrics d’Otto Harbach et Irving Caesar avec un livret d’O. Harbach et Frank Mandel repris en 1971 par Burt Shevelove
Créée en 1924 à Chicago par Vincent Youmans, adaptée de la pièce My Lady Friends d’Emil Nyitray et Frank Mandel
Créée à Paris le 29 avril 1926 au Théâtre Mogador
Adaptation française de Christophe Mirambeau (2026)
Version française des chansons d’après la version originale française de 1926
Production Les Frivolités Parisiennes
en coproduction avec l’Opéra de Reims, le Théâtre de Caen
Construction des décors par les Ateliers de l’Opéra de Reims.

Détails

Mise en scène
Emily Wilson, Jos Houben
Scénographie, costumes, perruques
Oria Puppo
Chorégaphies
Caroline Roëlands
Création lumière
Bruno Marsol

Nanette
Marion Préïté
Pauline
Marie-Élisabeth Cornet
Lucille Early
Lauren Van Kempen
Sue Smith
Caroline Roëlands
Tom Trainor
Loaï Rahman
Jimmy Smith
Arnaud Masclet
Billy Early
Ronan Debois
Flora Latham
Véronique Hatat
Betty Brown
Maeva Simonnet
Winnie Winslow
June Van Der Esch

Ensemble et orchestre Les Frivolités Parisiennes
Direction musicale, piano
Benjamin Pras

Compiègne, Théâtre impérial, le jeudi 19 mars 2026, 20h30

Après Reims (voir le compte rendu de Catherine Jordy), c’est Compiègne qui accueille No, No, Nanette, qui continue de rencontrer depuis un siècle un succès qui ne faiblit pas, aussi bien aux États-Unis qu’en Europe. Cette farce extravagante et kitsch a fait sensation dans le monde entier lorsqu’elle a été créée à Boston en 1924, puis à Paris en 1926. Elle est souvent considérée comme l’une des premières comédies musicales à connaître un succès mondial, avec des productions à Broadway, à Londres et en tournée. En fait No, No, Nanette a traversé les âges surtout grâce à leurs fameux airs « I Want to Be Happy » et surtout « Tea for Two », universellement connu, même de Bourvil et Louis de Funès dans La Grande vadrouille ! On n’est déjà plus dans le cadre de l’opérette traditionnelle, mais dans la comédie musicale à l’américaine, avec une musique jazzy chaloupée aux rythmes syncopés, fox-trot, one-step et charleston, et des interprètes sachant tout faire, chanter, danser, jouer la comédie, sont à la base d’une recette qui a fait florès.

Portée également par le cinéma, qui a proposé pas moins de trois adaptations (par Clarence G. Badger en 1930, Herbert Wilcox en 1940 et David Butler, en Technicolor, avec Doris Day en 1950), l’œuvre a été reprise à Broadway en 1970, et nombre de fois depuis, notamment en France (voir l’intéressant dossier de Didier Roumilhac sur le site Opérette). Il s’agit donc d’un grand classique de la comédie musicale américaine, qui reste icônique des Roaring Twenties et s’adapte fort bien aux Années folles françaises, redevenues aujourd’hui très à la mode. Plusieurs enregistrements en France ont vu s’illustrer Lina Dachary, Liliane Berton, et les vedettes des années 1960 Paulette Merval et Marcel Merkès.

© Les Frivolités parisienne / Antoine Billet

L’argument est simple : un homme marié, qui a omis de le préciser à ses trois conquêtes, part en week-end avec sa femme et sa fille adoptive, Nanette. Or ses amantes, accompagnées d’une femme de chambre grincheuse, se retrouvent dans la même villa balnéaire, mais sans l’art d’un Feydeau. Bien sûr, les historiens remarqueront que le monde superficiel, vain et nanti, qui se débat ici dans une intrigue simpliste et guère nouvelle, ne représente qu’une toute petite part de la société de l’époque. Les metteurs en scène Emily Wilson et Jos Houben ont à ce sujet leur petite idée, puisqu’ils veulent faire passer comme message « Qu’est-ce que l’amour, l’amitié, la sécurité et, surtout aujourd’hui, qu’est-ce que la liberté ? ». Un jeu de puzzle avec ses pièces géométriques qui s’assemblent, se séparent et se réorganisent, est ainsi au centre de la production, reprise dans l’amusante affiche dessinée par Pénélope Belzeaux.

Les Frivolités Parisiennes réinventent donc la création française de 1926, en retrouvant la fantaisie et l’énergie d’un univers délicieusement frivole et léger. Le résultat est plutôt plaisant, montrant que No, No, Nanette n’a rien perdu de son entrain communicatif. L’orchestre un rien tonitruant est dirigé dans un style impeccable par Benjamin Pras, qui assure en même temps, comme il est devenu de tradition, la partie piano. Le résultat est une production véritablement endiablée, qui laisse néanmoins une impression binaire.

D’un côté un plateau échevelé, d’un grand professionnalisme à tous les niveaux, qu’il s’agisse de la distribution vocale où l’on ne relève aucune faiblesse, de la comédie avec des numéros qui sont souvent fort drôles (la femme de chambre Pauline, Marie-Élisabeth Cornet), un orchestre excellent, des comparses et des danseurs épatants. La participation de ceux-ci est d’ailleurs fondamentale dans cette mise en scène, avec leur côté acrobatique, pas toujours en situation, mais toujours pleine de vie. Comme le soulignent les metteurs en scène, les danseurs « prennent possession de l’espace, ils créent l’espace, ils sont la scénographie, deviennent les escaliers, les portes, une lampe sur pied. Leurs corps suggèrent les vagues de l’océan, un train qui s’éloigne… » De fait, la troupe de danseurs est parfaite, et la représentation paraîtrait plutôt indigeste sans leur participation. Tout cela constitue une indéniable réussite.

De l’autre, une mise en scène pas toujours d’une grande clarté, et surtout un décor lourd et triste aux couleurs fades pour ne pas dire écrasantes, qui n’évoque en rien la légèreté du propos ni les couleurs qui iraient si bien avec. Les panneaux qui bougent sans arrêt, le plus souvent sans raison, dégagent efficacement des espaces scéniques, mais ceux-ci restent froids et impersonnels, et ne signifient rien. Prévus pour de grandes scènes (Reims, Compiègne), ils devront de plus s’adapter à des espaces plus restreints (Athénée).

Enfin, la sonorisation des voix (qui peut certainement varier selon les salles accueillant le spectacle en tournée) était ce soir vraiment médiocre. Pourquoi vouloir à tout prix sonoriser les chanteurs, alors que l’on a envie d’entendre les voix naturelles avec un orchestre un peu moins fort, car après tout il n’était pas question de sonorisation à l’époque de la création. Est-ce pour répondre aux attentes auditives d’un public aux oreilles trop habitués à des fréquences sonores trop élevées ? De ce fait, on ne peut pas dire grand-chose de la qualité des voix de l’ensemble des interprètes qui se dépensent sans compter, sinon que ce qui émerge d’un ensemble déformé par la technique paraît plutôt joli en termes de couleurs vocales et d’interprétation lyrique, notamment June Van Der Esch (Winnie Winslow). Mais ne manquez pas pour autant de redécouvrir cette œuvre un peu surannée à travers cette production qui séduit surtout par son côté trépidant.

Prochaines représentations en 2026 : Tourcoing 22 mars, Paris Athénée les 27, 28, 29, 31 mars, 1er, 3, 4 et 5 avril.

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❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

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Créée en 1924 à Chicago par Vincent Youmans, adaptée de la pièce My Lady Friends d’Emil Nyitray et Frank Mandel
Créée à Paris le 29 avril 1926 au Théâtre Mogador
Adaptation française de Christophe Mirambeau (2026)
Version française des chansons d’après la version originale française de 1926
Production Les Frivolités Parisiennes
en coproduction avec l’Opéra de Reims, le Théâtre de Caen
Construction des décors par les Ateliers de l’Opéra de Reims.

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Mise en scène
Emily Wilson, Jos Houben
Scénographie, costumes, perruques
Oria Puppo
Chorégaphies
Caroline Roëlands
Création lumière
Bruno Marsol

Nanette
Marion Préïté
Pauline
Marie-Élisabeth Cornet
Lucille Early
Lauren Van Kempen
Sue Smith
Caroline Roëlands
Tom Trainor
Loaï Rahman
Jimmy Smith
Arnaud Masclet
Billy Early
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Flora Latham
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Maeva Simonnet
Winnie Winslow
June Van Der Esch

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