Composé juste après un opera seria époustouflant (Mitridate) et un superbe oratorio (La Betulia liberata), cet Ascanio in Alba est loin d’être l’œuvre la plus populaire de Mozart. Festa teatrale de circonstance (un mariage princier), elle contient bien des séductions et au moins un passage connu, le second air du berger Fauno, plus bel exemple de l’exubérante virtuosité de la partition. A l’orchestre d’abord, même s’il faut bien avouer que Mozart semble souvent utiliser des formules toutes faites, beaucoup de ritournelles se ressemblent et la direction uniformément vive de Christophe Rousset n’aide pas à les distinguer. Ses Talens lyriques sont ce soir encore la belle machine que l’on connait, précision et entrains jamais pris en défaut, l’ouverture est coruscante mais une mécanicité certaine s’installe vite tandis que les cordes éclipsent leurs collègues. Virtuosité chez les chanteurs ensuite : à l’exception du rôle-titre écrit pour un castrat en fin de carrière (alors que censé être le pendant du jeune marié !) à la partie plus simplement expressive, il faut des chanteurs hors pair pour faire vivre ce divertissement dont le livret est affligeant (action niaiseuse, poésie ras-des-pâquerettes et récitatifs interminables). Ce n’est pas vraiment le cas ce soir et trop se réfugient dans des poses compassées et surjouées.
On commence par le jeune chœur de Paris dont les départs sont parfois flous mais qui offre une présence vivante à une musique des plus conventionnelles. La Vénus de Mélissa Petit est une technicienne très solide, aux aigus percutants mais le medium est en retrait et la projection limitée. Alasdair Kent est un belcantiste aussi énergique et audacieux que peu soigneux : à coté de nombreux aigus désagréables, il n’a pas l’étendue nécessaire à son second air dont les vocalises sont passablement savonnées, sans parler des trilles tout juste esquissés. En promise, Anna El-Khashem peine à convaincre dans son premier air mélancolique ; si le suraigu n’est pas son fort, ses vocalises au staccato très serré sont efficaces quoique peu gracieuses. Reste un beau medium et un jeu que l’on pourra trouver trop extérieur même s’il permet de faire vivre ses nombreux récitatifs accompagnés. En héros éponyme, Alisa Kolosova jouit de très beaux graves sonores et bien timbrés, l’actrice est investie, toutefois la chanteuse pourrait oser davantage, notamment aux da capi. Pour le berger Fauno Eleonora Bellocci souffre de suraigus stridents largement compensés par un timbre à la fois fumé et acidulé immédiatement reconnaissable et surtout une probité technique qui lui permet de bien focaliser sa voix sur toute la tessiture tout en osant des variations surprenantes, malgré une dernière cadence un peu décevante.


