Die Banditen ce sont Les Brigands, cet opéra-bouffe que Jacques Offenbach compose en trois mois, à 50 ans, en 1869, dans la foulée de ses plus beaux succès (La Belle Hélène en 1864, Barbe-Bleue et La Vie parisienne en 1866 et La Périchole en 1868). Il y aura encore dix années d’opéras-bouffes ou d’opéras comiques (dont La Fille du tambour-major) avant les ultimes Contes d’Hoffmann. L’œuvre est créée au Théâtre des Variétés et très vite, comme de coutume, une traduction et une adaptation en allemand est entreprise, à destination du public germanophone, très friand d’opérettes françaises. La traduction la plus connue du livret de Meilhac et Halévy, pour la première diffusion allemande, est de Karl Treumann, acteur, metteur en scène et traducteur qui a adapté de nombreuses opérettes d’Offenbach pour la scène viennoise : on lui devait déjà de gros succès de traductions avec Orpheus in der Unterwelt, Die schöne Helena ou encore Pariser Leben. Die Banditen eurent le même écho en Allemagne du Sud et en Autriche que Les Brigands en France.
Francfort s’est attaché à remettre au goût du jour la version allemande des Brigands (l’action et les personnages sont pratiquement identiques dans Die Banditen), mais la metteuse en scène allemande Katharina Thoma (qui avait déjà proposé in loco sa vision de Tristan und Isolde) a fait le choix d’une nouvelle et complète adaptation de l’œuvre. Nous assistons à la onzième représentation depuis la première de la nouvelle production en janvier 2024.
L’esprit de l’opérette ou de l’opéra-bouffe « à la française » comme disent les Allemands est pleinement conservé dans cette version. La place est laissée libre à la farce et aux situations comiques, les clins d’œil à l’actualité se mutliplient (on affiche le drapeau européen à la frontière entre l’Italie et…l’Espagne, tout se monnaie en euro, les carabiniers sont munis de smartphones, l’auberge est renommée « restoroute » et Falsacappa ne veut pas marier sa fille à un éleveur bio !), mais beaucoup moins à l’improvisation dans les dialogues parlés, nous allons y venir.
Le public est souvent le meilleur juge dans ce genre de pièce et les innombrables fous rires entendus dans les rangs plaident pour le travail et la conduite d’acteur de Katharina Thoma. Elle a surtout voulu retrouver la légèreté, le dynamisme et la folie qui traverse la scène autour de la musique d’Offenbach. Tous les acteurs sont mis à contribution et miment, dansent et s’agitent dans tous les sens autant qu’ils chantent. Le rythme est soutenu, nul temps mort et il faut rendre hommage au travail de chorégraphie auquel se soumet sans broncher l’ensemble de la troupe, solistes compris.
On ne reprendra pas l’éternel refrain d’une langue allemande bien moins fluide et qui est donc moins bien adaptée à l’esprit offenbachien que la langue française. C’est un fait mais, curieusement, ce n’est pas là que réside le point faible de cette production.
Il consiste plutôt dans l’absence de fluidité de la langue…allemande par les chanteurs venus de tous les horizons. Qu’on en juge : Falsacappa est chanté par un Américain (Michael Porter), Pietro par un Belge (Yves Saelens), Carmagnola par un Néo-Zélandais (Jonathan Abernethy), Barbavano par un Norvégien (Aleksander Myrling) et Pipo par un Casaque (Kudaibergen Abildin) ; côté féminin, Elizabeth Reiter qui chante Fiorella est américaine et Karolina Makula est une Fragoletto polonaise. Malgré les efforts très louables de tous ces chanteurs, l’aisance dans la langue de Goethe n’est pas suffisante pour qu’ils se permettent la moindre improvisation qui devrait faire le sel d’une représentation d’opéra-bouffe. L’exception qui confirme la règle c’est le – petit – rôle d’Antonio tenu par Matthias Schenke qui nous a octroyé un numéro de comédien hors pair avec une improvisation au III, prodiguée dans un allemand parfait teinté de dialecte de Hesse, ce qui, à Francfort, n’a pu qu’être chaudement apprécié. Il nous délivre quasiment un seul-en-scène de plusieurs minutes auquel il a visiblement pris autant de plaisir que le public.
Mis à part cette réserve d’importance, il n’y a pas grand-chose à redire à l’engagement vocal de cette troupe hétéroclite. Les moyens du Falsacappa de Michael Porter, d’Elizabeth Reiter en Fiorella et de Karolina Makula en Fragoletto, rendent justice à une partition portée par la direction alerte de Karsten Januschke, qui fait de son mieux pour dispenser à son orchestre à la fois tout le sérieux et toute la légèreté d’une musique champagne.
OFFENBACH : Die Banditen (Les Brigands) – Francfort
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Spectacle
17 novembre 2025
Des brigands cosmopolites
- Œuvre
- Auteur
- Compositeur
- Editeur
- Labels
- Lieu
- Saison
- Orchestre
- Artistes
- Aleksander MYRLING, Andrew BILDLACK, Dietrich VOLLE, Elizabeth REITER, Helene FELDBAUER, Karsten JANUSCHKE, Jonathan ABERNETHY, Juanita LASCARRO, Karolina BENGTSSON, Kudaibergen ABILDIN, Theo LEBOW, Karolina MAKULA, Peter MARSH, Matthias MATSCHKE, Michael MCCOWN, Michael PORTER, Morgan-Andrew KING, Yves SAELENS, Katharina THOMA, Tianji LIN
Note ForumOpera.com
3
Infos sur l’œuvre
Opéra-bouffe en trois actes
Livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy
Version allemande de Katharina Thoma
Création le 10 décembre 1869 à Paris (Théâtre des Variétés)
Détails
Mise en scène
Katharina Thoma
Décors
Etienne Pluss
Costumes
Irina Bartels
Lumières
Olaf Winter
Falsacappa
Michael Porter
Pietro
Yves Saelens
Carmagnola
Jonathan Abernethy
Domino
Michael McCown
Barbavano
Aleksander Myrling
Fiorella
Elizabeth Reiter
Fragoletto
Karolina Makuła
Pipo
Kudaibergen Abildin
Pipa / La Marquise
Helene Feldbauer
Pipetta / La Comtesse
Karolina Bengtsson
Le Prince de Mantoue
Peter Marsh
Le Baron de Campotasso
Theo Lebow
Le Capitaine des Carabiniers
Dietrich Volle
Le trésorier
Matthias Matschke
Le Comte de Gloria-Cassis
Andrew Bidlack
La Princesse de Grenade
Juanita Lascarro
Adolfo de Valladolid
Tianji Lin
Le Majordome
Morgan-Andrew King
Chor der Oper Frankfurt
Chef des chœurs
Álvaro Corral Matute
Frankfurter Opern- und Museumsorchester
Direction musicale
Karsten Januschke
Francfort, samedi 15 novembre 2025, 19h30
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Légende
❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier
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Détails
Mise en scène
Katharina Thoma
Décors
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Costumes
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Yves Saelens
Carmagnola
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Michael McCown
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Fiorella
Elizabeth Reiter
Fragoletto
Karolina Makuła
Pipo
Kudaibergen Abildin
Pipa / La Marquise
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Pipetta / La Comtesse
Karolina Bengtsson
Le Prince de Mantoue
Peter Marsh
Le Baron de Campotasso
Theo Lebow
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Adolfo de Valladolid
Tianji Lin
Le Majordome
Morgan-Andrew King
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