Avec La Voix humaine, Poulenc touche le cœur d’un drame vécu singulièrement mais qui n’existe qu’à travers la présence supposée d’un autre, l’objet du drame, au bout du fil. Et ce fil est un lien bien étrange : il rattache à un objet déjà disparu mais, pourtant, constitue ce pour quoi l’on vit encore – encore un peu. Pour exprimer la douleur, l’angoisse de la coupure ou encore la progression dramatique de ce monologue dialogué, Poulenc compose une partition où le parler-chanter alterne avec les poussées lyriques que le propos appelle nécessairement. Yoann Tardivel propose une transcription de la partie orchestrale à l’orgue – fondée sur la transcription de Poulenc pour piano – convaincante : alors que la version orchestrale offre une variété de couleurs directement liées à la fonction de l’orchestre (accompagnement ou acteur de la progression du propos), l’orgue remplit à merveille le même office. Les possibilités de l’orgue Schyven (1888) de la salle philharmonique de Liège sont exploitées de manière à atteindre la même intensité narrative que la version orchestrale. L’équilibre si délicat entre la voix et l’instrument est idéal, et quand l’orgue prend le dessus, c’est que le propos le justifie (du reste, il en va généralement de même dans le version orchestrale).
Anne-Catherine Gillet est une Elle sensible, incarnant parfaitement la complexité des nuances de son personnage. Le texte est, comme toujours, remarquable d’intelligibilité. Le travail des consonnes permet de neutraliser une acoustique trop généreuse quand la mise en espace mène la chanteuse un peu plus loin du public. La voix, qui peut se faire incisive quand le texte le réclame, se déploie en de magnifiques couleurs quand l’action verse dans un lyrisme assumé. Efficace, la mise en espace de Natacha Kowalski permet à la chanteuse d’exprimer parfois chorégraphiquement une palette d’émotions comme infinie – celles de toute une vie.

