Elle est tellement méritée, peut-être aussi était-elle secrètement attendue, cette épinglette apposée sur la robe d’Annick Massis, avec cet insigne qui l’élève au grade d’officier des Arts et Lettres. Et elle est bien belle cette conclusion, au théâtre du Capitole de Toulouse, d’un récital intitulé « Les adieux d’Annick Massis à Toulouse ».
Soirée hors norme, en dehors de tous les clichés, de toutes les représentations que l’on se fait d’un récital d’une grande cantatrice.
C’est d’abord Christophe Ghristi, maître de céans, qui s’interpose donc entre programme officiel et les «encore » réclamés à cor et à cri, et qui, au nom de la ministre, remet les insignes qui disent tout de la reconnaissance du monde des arts et des lettres à celle qui a débuté ici même, il y a plusieurs décennies.
C’est également Karine Deshayes, sur cette même scène il y a quelques jours pour Don Giovanni, qui vient remettre un bouquet à sa consœur. Accolade émouvante, deux générations qui se croisent, s’embrassent. Ah, que se sont-elles dit, dans cette étreinte fugace ?
C’est aussi l’ovation dès son entrée sur scène, non pas l’ovation de politesse, qui permet surtout au public de se mettre en condition, mais la charge émotionnelle qui commence à se déverser dès qu’elle apparaît, accompagnée du si fidèle et parfait Antoine Palloc que l’on a senti tout au long de la soirée tout aussi admiratif que l’assistance. La voilà qui se fait surprise de cet accueil, de ces applaudissements qui n’en finissent pas alors qu’elle n’a encore rien dit. Certes les aficionados sont là, ceux qui viennent de loin pour voir celle qui se fait rare (on l’a vue furtivement l’été dernier dans Louise à Aix-en-Provence) ; mais sont venus aussi en nombre les amateurs de l’art d’Annick Massis. Et de fait pour qui l’aura vue en 1993, ses premières années sous le feu des projecteurs, et surtout entendue à Rouen au Théâtre des Arts, dans la Première dame, dans Ophélie ou dans Musetta, l’emprise émotionnelle de ces retrouvailles est forte.
C’est encore un programme à la construction baroque : neuf pièces en première partie et trois seulement en seconde mais quelles pièces : « Addio del passato », « O mio babbino caro » et « Casta Diva » excusez du peu ! Et surtout ce feu d’artifice en bis avec pour conclure un medlay jubilatoire reprenant autour de « A la claire fontaine » (« il y a longtemps que je t’aime, jamais je ne t’oublierai », lance-t-elle au public), quelques bribes des plus grands rôles qui furent les siens et un « Sempre libera » conclusif et bien muni de son mi bémol, qui finira par emporter la salle.
Voilà ce que nous a fait Annick Massis, dont la voix nous a surpris par la densité, la force du médium et la profondeur, la parfaite articulation et la gestion clinique du souffle. Du soprano léger de ses débuts, il reste la spontanéité, la malice, l’éclat de bonheur dans les yeux, malgré l’angoisse de ne pas tout réussir. Les années lui ont permis de gagner en lyrisme et de frôler le soprano dramatique.
Tout ne fut pas parfait ? Nous n’en avons rien su et à dire vrai, ce soir exceptionnellement, nous n’avons pas voulu le savoir. Car des cantatrices comme Annick Massis, capable d’une telle longévité parce que capable tout au long de la carrière de rester à l’écoute de sa propre voix (dût-elle en avoir des regrets), nous ne saurions pas les compter aujourd’hui au-delà des doigts d’une seule main.
Alors concert des adieux ? Mais que non, ce ne sera qu’un au revoir et surtout : Merci Madame !
Récital Annick Massis, Toulouse
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Spectacle
4 décembre 2025
Merci Madame !
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Del Cabello màs sutil
Jayme Ovalle
Azulão
Antonio Vivaldi
Bajazet : « Sposa son disprezzata » (Irene)
Ottorino Respighi
Nebbie
Francesco Cilea
Adriana Lecouvreur : « Poveri fiori » (Adriana)
Francesco Paolo Tosti
Non t’amo più
Pietro Cimara
Stornello
Émile Paladhile
Psyché
Eva Dell’Aqua
Villanelle
ENTRACTE
Giuseppe Verdi
La Traviata : Prélude du 3e acte (piano seul)
« Teneste la promessa… Addio del passato » (Violetta)
Giacomo Puccini
Gianni Schicchi : « O mio babbino caro » (Lauretta)
Vincenzo Bellini
Norma : « Casta Diva … Ah ! Bello a me ritorna » (Norma)
Soprano
Annick Massis
Piano
Antoine Palloc
Toulouse, théâtre du Capitole
Mardi 02 décembre 2025, 20h
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