Après un magnifique Brumes/Opéra tzigane l’an passé, suivi d’un Winterreise mis en espace à plusieurs voix à la rentrée, l’opéra de Rennes poursuit son exploration créative du Lied romantique avec ce Pèlerinage de la Rose dessiné en direct par Emma Bertin.
Comme la Petite Sirène d’Andersen, la Rose aspire à une autre existence que la sienne, elle souhaite devenir humaine. La reine des Elfes lui accorde cette possibilité à condition qu’elle ne se sépare jamais d’une rose, symbole de son état originel. Las, devenue mère, dans un geste d’amour, elle offre cette rose à son petit et rejoint ainsi le paradis des fleurs.
L’Ensemble Melisme(s), dont le goût pour la musique germanique n’est plus à démontrer, s’empare avec brio de cette métaphore de la vie : diction impeccable, attaques et finales précises, travail tout en raffinement sous la direction sereine de Gildas Pungier qui encadre également les jeunes recrues de la Maîtrise de Bretagne. « Wir tanzen, wir tanzen » ou « Im Hause des Müllers » sont plein d’allant et d’une rythmique piquante tandis que « Wie Blätter am Baum », « O sel’ge Zeit » ou « Röslein! » déploient des trésors de nuances et de couleurs pour mieux en souligner le recueillement.
La même intelligence dans l’interprétation préside à « Bist du im Wald gewandelt »
Mentions spéciales pour l’énergie communicative de Mathilde Pajot et Laura Jarrell qui font partie des cinq membres du chœur de chambre sortis des rangs pour incarner les personnages secondaires du récit.
Cette œuvre tardive de Schumann, écrite pour pianoforte, accorde une part notable au clavier de Colette Diard qui déploie autant de rigueur que de finesse tout au long de la représentation.
Elégance, équilibre et délicatesse caractérisent l’ensemble de la prestation, y compris du côté des trois solistes.
Jeanne Mendoche prête son soprano souple et ductile à l’incarnation de la Rose. Des qualités que soulignait Catherine Jordy la saison dernière à Nancy dans les Incrédules. Les beaux mediums de « Und wie sie sangen » comme la richesse harmonique du timbre servent également la touchante prière « Dank, Herr, dir dort im Sternenland ».
Damien Pass nous avait émerveillé ici même en Pagageno. Baryton généreux et accompli, il conserve cette présence tendre et souriante qui illumine notamment l’évocation du bonheur conjugal passé du meunier dans « Die letzte Scholl’ hinunterrollt ».
Benoît Rameau est un habitué de la Maison rennaise depuis Narcisse ou encore les Ailes du Désir. Son timbre lumineux nous avait régalé dans la Flûte Enchantée où il conférait beaucoup d’humanité à son Monostatos. Cette singulière sensibilité ce confirme ici dès « Johannis war gekommen » ou « So sangen sie » au legato moelleux et culmine dans l’émouvant « Und wie ein Jahr verronnen ist » tout de pure simplicité, en duo avec la soprano.
Nul doute que Cendrillon lui sourira pareillement à la fin du mois, lui qui, ne craignant pas les grands écarts, campe actuellement Jean Valjean au théâtre du Châtelet.
Les créations d’Emma Bertin sont projetées au dessus du plateau et retravaillées, animées en direct par la jeune illustratrice. Le jeu des cadrages nourrit l’imaginaire sans l’enfermer comme ces bras de femme qui étreignent le torse de l’époux en plan rapproché. Les teintes acides, voir fluorescentes qui rehaussent un travail tout en contrastes lumineux – entre aquarelle et acrylique – ne sont pas sans évoquer la palette de David Hockney ; un artiste qui affectionne lui aussi les peintures sur tablette graphique. Cette proposition visuelle auréole la soirée d’une poésie supplémentaire d’autant plus qu’il existe une indéniable osmose entre l’émotion du plateau et le rythme du dessin.
Prochain rdv le 11 décembre prochain à l’Opéra de Rennes avec à nouveau l’Ensemble Mélisme(s) et la Maîtrise de Bretagne guidés par la merveilleuse conteuse Marthe Vassallo autour de la légende de Sainte Brigitte.