Intitulé Ainsi soit-il, le récital que le ténor Enguerrand de Hys et le pianiste Paul Beynet ont donné à la bibliothèque Lagrange-Fleuret à Paris s’inscrivait à la fois dans le cadre du prochain Festival de musique sacrée de Rocamadour où il sera repris en août et à l’occasion de la parution de leur enregistrement pour le label Cantica sacra Rocamadour. Un titre et un récital en forme de prière, au sens large du terme, tout à fait d’actualité. Dès les première œuvres, interprétées par le ténor avec des pianissimi bouleversants, les deux artistes ont profondément touché le public.
Remarquable ténor lyrique d’opéra, Enguerrand de Hys est aussi un récitaliste singulier. On se souvient de sa prestation remarquable dans L’Enlèvement au Sérail de Mozart à l’Opéra Royal de Versailles dont Forum Opéra avait rendu compte en mai 2024. On retrouve au récital les mêmes qualités de son chant : le timbre lumineux, l’égalité d’émission sur toute la tessiture du grave sonore à l’aigu rayonnant. Grâce à un legato sans failles et à une précision vocalique rare on ne perd pas un mot des textes qu’il chante que ce soit dans le répertoire italien et allemand ou, comme ici, en français. Quel beau duo il forme avec le pianiste Paul Beynet (on songe à la belle complicité, autrefois, entre Fritz Wunderlich et Hubert Giesen) ! Les deux artistes se sont rencontrés au Conservatoire de Toulouse et ne se sont plus quittés.
Leur programme débute par les Trois Prières qu’André Caplet avait composées dans les tranchées durant la première guerre mondiale (le ténor présente judicieusement les œuvres interprétées). L’émotion qui se dégage du chant, qui va de l’aigu forte jusqu’au murmure, est immédiate et l’accompagnement de Paul Beynet est à l’unisson. Vers la fin du récital ils interprètent aussi la bouleversante Prière Normande qu’André Caplet avait également composée lors de la Grande Guerre. Caplet, comme Honegger avec ses Trois Psaumes, donnent une réelle densité au programme composé, par ailleurs, d’œuvres de Fauré et Gounod ainsi que d’auteurs moins connus comme Mel Bonis, Jacques de la Presle et Clémence de Grandval.
Un programme sans concession, on le voit, qui correspond exactement à celui qu’ils ont enregistré. Cependant, lors d’un récital, une telle succession de thèmes religieux qui invite surtout au recueillement se heurte vite à une certaine uniformité de sorte qu’on décroche plusieurs fois. Plus de diversité et de contrastes seraient les bienvenus, en intégrant des œuvres spécialement choisies pour le récital. Paul Beynet est une découverte pour beaucoup: il sera en concert le 10 avril et le 7 juin à l’église St Julien le Pauvre à Paris. Quant à Enguerrand de Hys nous pourrons l’entendre l’automne prochain à l’Opéra Royal de Versailles dans l’opéra Tarare de Salieri et Don Giovanni de Mozart.


