Effet d’un programme largement puccinien et d’une présence irradiante, le récital de Sonya Yoncheva au Théâtre des Champs Elysées en cette rentrée 2026 était avant tout un moment de partage chaleureux entre l’une des grandes vedettes du circuit et son public, forcément conquis d’avance.
C’est une diva langoureuse qui entre en scène, presque comme lors d’une représentation, rose blanche à la main qu’elle égraine au fil de « se come voi piccina » extrait de Le Villi du Puccini. Une œuvre de jeunesse, à l’écriture encore brute, où Sonya Yoncheva déploie déjà un timbre opulent et un phrasé galbé. L’interprétation se pare de demi-teintes et de belles nuances piano. L’aigu, qui trahit un vibrato large, fait désormais office de signature vocale. Ces atouts et ce goût théâtral infuseront chacun des airs du concert, flirtant quelques fois avec le maniérisme, touchant juste souvent comme dans l’air extrait d’Hérodiade de Massenet, que la soprano bulgare interprète régulièrement au concert. La fin de la première partie du concert verra s’alterner un « donde lieta usci » frémissant où le cuivre du timbre nimbe la saynète d’une aura de tristesse et une prière à la lune de Rusalka entonnée sur un rythme excessivement lent.
La vigueur, on la trouvera dans les pièces dévolues à l’orchestre, toutes prises par Nayden Todorov sur un rythme haletant qui contraste fortement avec les tempos alanguis retenus par le chef pour sertir le chant de la soprano. La phalange bulgare y montre de belles qualités : cohésion des pupitres, virtuosité et certaines palettes de couleurs qui gagneraient toutefois à s’étoffer. C’est ce qui manquera le plus à l’accompagnement des airs, qui se cantonne souvent à un tapis sonore confortable mais sans aspérité véritable. C’est d’autant plus dommage que l’intermezzo de Manon Lescaut laisse entendre tout ce que Puccini requiert : des timbres et de tons différenciés, une harpe diaphane et une transparence qui superpose chaque pupitre avec évidence. Les deux pièces bulgares, une symphonique (les Danses de Thrace de Staynov) et l’autre extraite d’une scène de l’opéra Albena de Prashkev Hadjiev, parfois surnommé le Puccini bulgare, concentrent les qualités évoquées. Sonya Yoncheva y fait montre de son talent éprouvé de tragédienne.
La Habanera de Carmen conclut le programme, rose rouge à la main cette fois, dans la même veine : théâtrale dans toutes les acceptions du terme. Deux bis (Non ti scordar di me et La vie en rose) viendront remercier un public aussi attentif qu’enthousiaste.


