Trop fort, Alaimo !

Concert de Bel canto - Pesaro

Par Antoine Brunetto | ven 19 Août 2011 | Imprimer
Le Festival Rossini a eu la main heureuse - et originale ! - pour la programmation de ce récital réunissant deux des protagonistes du Barbier de Séville (en version de concert le 22 août). A l’orée d’une carrière prometteuse, Mario Cassi et Nicola Alaimo, le neveu de Simone, jouent à tessiture égale : barytons et italiens l’un et l’autre. La ressemblance s’arrête là.
 
Mario Cassi, que la stature imposante de son confère fait apparaître fluet, semble souvent sur la réserve, peinant d’abord à insuffler vie au roi Alphonse dans La Favorite. Consonnes écrasées, voyelles déformées : bien malin celui qui peut comprendre un mot de son français (il faut d’ailleurs un certain temps pour réaliser que l’air est interprété dans notre langue). Plus installé dans le personnage de Posa (Don Carlo), le chant garde ce caractère uniforme et souvent forcé. Les aigus, même si confortables, sont émis à pleine voix au détriment des nuances. Une salle aux dimensions moins modestes mettrait vraisemblablement mieux en valeur la qualité de la projection. Les duos le montrent plus à son avantage, soulignant un timbre flatteur dont la clarté offre un contraste bienvenu avec celui de son partenaire.
Ces duos exposent aussi la complicité qui unit les deux barytons et la pianiste, Carmen Santoro, particulièrement dans Don Pasquale que Nicola Alaimo et Mario Cassi ont chanté ensemble en tournée sous la baguette de Riccardo Muti (voir le compte-rendu de la représentation parisienne). Malgré l’absence de mise en scène, c’est un véritable show que nous offrent les deux chanteurs avec entrées, sorties et jeux de chaise. On retrouve la même connivence dans la grande scène de Falstaff : même accord vocal, même vérité scénique et même déséquilibre entre les deux interprètes, lorsque Mario Cassi, seul sur scène pour le grand air de Ford, retrouve les crispations qui au début du concert avaient paralysé son chant. Il suffit que Nicola Alaimo revienne, mimant, grondant, dansant un Falstaff, plus pancione que de raison, pour que le théâtre reprenne ses marques.
Difficile d’exister en fait à côté d’un tel monstre. Sans le vouloir, Nicola Alaimo tire la couverture à lui. Le timbre, s’il est plus sombre que celui de son partenaire, charme par son velours. Souci de la ligne, sens du phrasé… L’art du baryton se distingue aussi par un relief qui est d’ordinaire l’apanage de l’expérience. A-t-on souvent vu des Falstaff et des Don Pasquale d’une trentaine d’années qui soient aussi crédibles ? Mais plus encore que ces qualités, c’est la force de l’interprétation qui l’emporte. Quelle que soit l’humeur, rires (les duos précités) ou larmes, Nicola Alaimo frappe juste. La prononciation française, encore perfectible, empêche de goûter totalement « Sois immobile, et vers la terre ». En revanche, on est confondu par la façon dont le chanteur prend à bras le corps l’air de Macbeth, cet adieu amer à la vie qui se situe peut-être à la limite de son chant aujourd’hui mais dont l’impact émotionnel, immédiatement palpable dans la salle, atteint une intensité rare. Question de couleurs, de dynamique, de ton et aussi de contraste avec les personnages de joyeux drilles que Nicola Alaimo interprétait auparavant. Le masque tombe ; un géant se profile.
 
 
 

 

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