Un lion dans l'arène

Gala Placido Domingo - Vérone

Par Placido Carrerotti | sam 25 Juillet 2009 | Imprimer
C’est en 1969 que Placido Domingo fit ses débuts en Calaf aux Arènes. Il y reviendra régulièrement jusqu’en 1977, puis seulement en 93 et 94 , et ultérieurement pour quelques apparitions sporadiques comme chanteur ou chef d’orchestre. Pour fêter ces quarante années de fidélité toute relative, le Festival des Arènes de Vérone a monté un spectacle réunissant les derniers actes respectifs d’Otello, de Cyrano et de Carmen. Pour assurer la transition entre des spectacles aussi divers, Ezio Antonelli a conçu un système scénique simple, à base de praticables et de colonnades pour la scène et d’un gigantesque écran en éventail couvrant les gradins sur lequel seront projetées des animations rappelant un peu l’esthétique des jeux vidéo : pour Otello, un château sur une presqu’ile battue par les vagues et sous un ciel d’orage ; pour Cyrano, de simples vitraux puis, en flash back, des scènes de bataille au siège d’Arras ; pour Carmen, les rues sévillanes puis l’inévitable maestranza. Les costumes semblent venir des productions actuelles des Arènes. Quant à la direction d’acteur, elle est relativement fouillée par rapport aux habitudes du lieu, et la mise en scène respecte le texte à la lettre, sans moindre trace de modernisme, conformément aux habitudes de la maison et aux goûts de son public.
Le spectacle commence par un zoom qui nous conduit de la vision du globe terrestre à celle du public des arènes : comme l’écran suit lui-même la pente des gradins, on a un instant l’impression que le public fait le tour complet de l’amphithéâtre. L’effet rappellera un récent « Macbeth » parisien.
Ainsi, ce qui pouvait passer pour le dernier cri de l’innovation en avril dernier, se retrouve trois mois plus tard sur une scène réputée ringarde …
Otello nous vaut un Domingo en bonne forme, toujours aussi convaincant en maure de Venise : à tel point qu’on souhaiterait vraiment le revoir dans le rôle entier, fut-ce au prix de transpositions importantes. Sa Desdémone est la jeune Teresa Romano, récente triomphatrice du 48ème concours Voci Verdiane « Città di Busseto » en 2008. Un très beau matériau, un timbre magnifique et une bonne projection, mais une artiste qui gagnera à se perfectionner techniquement, par exemple pour que les piani deviennent de vrais pianissimi. Quant au chef Pier Giorgio Morandi, on appréciera davantage sa direction élégiaque en première partie, que la scène finale qui manque un peu de tonus.
En Cyrano, Domingo est apparu en revanche en moins bonne forme qu’à Paris, souvent difficile à comprendre. Isabelle Kabatu, belge francophone pourtant, est encore plus incompréhensible. La voix manque de projection, sans doute à cause de la tessiture, ce qui la rend souvent inaudible. L’orchestre lui-même est un peu imprécis, sans doute à cause d’un nombre de répétitions limité plutôt qu’à la baguette experte de Patrick Fournillier.
De même qu’il n’y a pas de production véritablement moderne sans alignement de bidets, Vérone ne serait plus Vérone sans ses processions tape-à-l’œil. Après deux premières parties relativement intimistes, « Carmen » renoue avec les traditions de la maison : ballet pendant l’introduction orchestrale puis déferlement de figurants, de choristes et autres animaux (il y a même des picadors à cheval mais l’éléphant avait les oreillons). Tandis que les quadrilles défilent entre les rangées du parterre, la foule bigarrée déferle des vomitoires : plus de 200 personnes finissent par occuper la scène. Le public heureux tape dans les mains aux rythmes de Bizet : c’est tellement enfantin qu’on en serait presque ému. Ici, « opéra populaire » n’est pas un vain mot.
Premier prix du concours Operalia en 1996, Nancy Fabiola Herrera est une Carmen efficace, vraie actrice mais sans outrance, au timbre sombre, à la voix bien projetée et au français impeccable. La direction de Pier Giorgio Morandi manque encore fois de brio et la brève intervention de Simone Piazzola (finaliste d’Operalia 2008 pourtant) en Escamillo ne convainc pas davantage que son Jago ou son De Guiche précédents.  Mais la surprise vient surtout de Placido, au sommet de ses moyens actuels et dont le Don José est tout simplement renversant d’engagement scénique  et de splendeur vocal. Certes, la scène finale est transposée d’un demi ton, mais à 68 ans, on ne sera pas trop regardant vu le résultat !
Le spectacle se termine par la remise d’un trophée par les autorités locales : on aurait préféré un bis repris en cœur par le public ! Mais ne boudons pas notre plaisir : des soirées comme celle-ci sont des moments rares.
 
 

 

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