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VERDI, Macbeth (New York)

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Spectacle
12 octobre 2026
Et les sorcières conduisent le bal

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3

Légende

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❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
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Infos sur l’œuvre

Macbeth, melodramma en quatre actes, créé à Florence au Teatro della Pergola, le 14 mars 1847
Musique de Giuseppe Verdi et livret de Francesco Maria Piave et Andrea Maffei
(Version de Paris de 1865, chantée en italien, avec l’air de mort de Macbeth « Mal per me che m’affidai » de la version de 1847)

Détails

Mise en scène
Louisa Proske
Décors
Jon Bausor
Costumes
Montana Levi Blanco
Lumières
Adam Silverman
Chorégraphie
Jorrell Lawyer-Jefferson
Réglage des combats
Ran Arthur Braun

Macbeth
Quinn Kelsey
Banco
Ryan Speedo Green
Lady Macbeth
Lise Davidsen
Dama di Lady Macbeth
Marcy Stonikas
Domestico di Macbeth
Jeongcheol Cha
Malcolm
Jonathan Burton
Macduff
Freddie De Tommaso
Sicario
Christopher Job
Prima apparizione
Alan Williams
Seconda apparizione
Jazmine Saunders
Terza apparizione
Timothy Choi
Araldo
Yohan Yi
Medico
Bradley Garvin
Fleanzio
Tāwhana Smith-McDaniel
Danseurs du banquet
George Goderdzishvili, Data Darakhvelidze et Luka Kikacheishvili

Chœur du Metropolitan Opera
Orchestre du Metropolitan Opera

Chef de chœur
Tilman Michael
Direction musicale
Yannick Nézet-Séguin

New York, Metropolitan Opera House, jeudi 8 octobre 2026, 19h30

Le Metropolitan Opera n’avait pas monté de nouveau Macbeth depuis la production d’Adrian Noble, en 2007 : celle qui ouvre cette saison 2026-2027 était donc très attendue. D’abord pour Lise Davidsen, qui aborde Lady Macbeth sur scène pour la première fois, après une prise de rôle en concert à Copenhague au printemps dernier. Ensuite pour la direction musicale de Yannick Nézet-Séguin, qui dirige ici son premier Macbeth en fosse. Enfin pour Louisa Proske, metteuse en scène allemande mais cofondatrice de la compagnie new-yorkaise Heartbeat Opera, qui fait ses débuts au Met. 

Tout d’abord, donc, Lise Davidsen. La soprano norvégienne possède indéniablement le charisme scénique d’une Lady et les notes que la partition exige. Son timbre, souvent parcouru d’une pointe d’acidité, convient même assez bien aux ambiguïtés du personnage. Pourtant, si son portrait convainc globalement, elle ne parvient pas tout à fait à soulever l’enthousiasme. La voix manque singulièrement de mordant et l’italien est plus que flou. Les virtuosités exigées par le rôle sont exécutées avec application, jusque dans la reprise de la cabalette « Or tutti sorgete », sans que la chanteuse possède véritablement les moyens d’une voix de colorature, notamment quand il s’agit de triller. Le registre grave manque également de substance, tandis que la palette vocale demeure relativement limitée. La scène de somnambulisme, couronnée par un bel aigu piano, constitue peut-être la meilleure partie de son interprétation. Il en résulte une Lady Macbeth parfaitement crédible, mais à laquelle manque encore une part de sauvagerie.

Face à elle, Quinn Kelsey compose un Macbeth particulièrement convaincant sur le plan dramatique. Sa voix de baryton, solide et charpentée, lui confère une puissante autorité et il sait nuancer son chant par des accents variés. On regrettera toutefois, comme chez sa Lady, un certain manque d’italianité dans la ligne de chant, dont le legato se relâche parfois, tandis que la couverture se défait un peu. Le Banco de Ryan Speedo Green séduit par la beauté de son timbre et sa présence en scène, mais sa projection paraît insuffisante pour remplir la grande salle du Metropolitan Opera. Freddie De Tommaso, en Macduff, fait entendre une voix impressionnante de vaillance et de solidité, qui rappelle celle des ténors lyriques d’un autre temps. Cette générosité vocale ne suffit pourtant pas à donner beaucoup de personnalité à son interprétation, qui demeure assez générique. On saluera au passage d’excellents comprimari et la remarquable présence du jeune interprète du fils de Banco.

À la tête de l’Orchestre du Metropolitan Opera, Yannick Nézet-Séguin fait éclater toute la puissance dramatique de la partition de Verdi. Sa direction épouse les mouvements de l’action, alternant des moments de suspension avec des relances d’une vigueur saisissante : les ruptures et les contrastes voulus par Verdi prennent ainsi tout leur sens. Les cuivres, particulièrement sonores, déploient un timbre brillant et étincelant, qui conserve pourtant sa part de noirceur. Quelques tempi paraissent cependant étrangement retenus, notamment dans les airs de Lady Macbeth, comme s’il s’agissait de ménager la soprano. Le Chœur du Metropolitan Opera se montre quant à lui remarquable de présence et de vitalité, participant pleinement à l’animation et à la force du drame. Au passage, le choix de la version mérite d’être signalé : fondée sur la révision parisienne de 1865, elle conserve la reprise de la cabalette de Lady Macbeth et plusieurs passages du ballet, tout en rétablissant « Mal per me che m’affidai », l’air final de Macbeth dans la version de 1847, avant le chœur conclusif de 1865.

C’est finalement la mise en scène de Louisa Proske qui constitue sans aucun doute la plus heureuse surprise de la soirée. Sans chercher à actualiser le propos de Shakespeare, la metteuse en scène installe l’action dans une époque indéterminée, quelque part entre la cour anglaise du temps de Shakespeare et la cour d’Espagne portraiturée par Velázquez. Les somptueux costumes de Montana Levi Blanco, aussi nombreux que raffinés dans leurs associations de couleurs, contribuent à cette impression d’un monde à la fois familier et merveilleux, presque de l’ordre du conte. Les décors de Jon Bausor, dominés par des nuances de gris qui ne sombrent jamais dans la monotonie, installent une atmosphère mystérieuse. Un mur de béton troué, d’où dépassent des tiges de fer, fait office de cadre de scène, comme si nous observions les ruines du passé depuis les ruines de notre époque. Les débris et les murs délabrés qui entourent les personnages donnent à cet univers une véritable âpreté.

Le dispositif scénographique repose sur une tournette présentant quatre espaces distincts, dont les mouvements, parfois effectués au cours même des scènes, confèrent au spectacle une remarquable fluidité, presque cinématographique. Parmi les tableaux les plus réussis figure la chambre de Lady Macbeth, dont les murs en perspective accélérée, tendus de lourds rideaux cramoisis, éclairés par un chandelier dont la cire se répand vers le sol, évoquent l’esthétique des films de la Hammer. La première apparition de la chanteuse, vêtue de blanc sur un lit rouge, fait même songer au célèbre Cauchemar de Füssli. La grande salle ornée de miroirs piqués par le temps offre quant à elle un cadre fastueux à la scène du banquet, avant de retrouver une tout autre fonction lors du somnambulisme, où Lady Macbeth erre parmi les reflets jusqu’à sa chambre, réduite à un lit calciné.

Proske sait composer des images d’une grande puissance évocatrice. La transformation du cochon servi sur la table du banquet en Banco constitue ainsi une trouvaille aussi étrange que frappante, tandis que la scène des apparitions du troisième acte déploie un imaginaire fantastique envoûtant. Juste avant le somnambulisme, elle montre aussi la famille de Macduff assassinée, massacre bien présent chez Shakespeare mais que l’opéra se contente de rapporter. Hors des scènes chantées par le chœur, les sorcières sont incarnées par des danseuses d’un engagement physique exceptionnel, qui parcourent l’ensemble du spectacle et constituent un personnage protéiforme à part entière. Le ballet, durant lequel elles rejouent l’histoire des Macbeth sur un mode burlesque, fonctionne comme une forme de théâtre dans le théâtre, écho lointain à la représentation organisée par Hamlet pour confondre son oncle. En revanche, l’intervention des trois danseurs géorgiens lors du banquet laisse davantage perplexe, tant sa fonction dramaturgique paraît difficile à saisir.

La direction d’acteurs se révèle généralement précise et convaincante, même si quelques conventions théâtrales un peu vieillies subsistent, à l’image de ce trio figé face au public à l’avant-scène à la fin du banquet, tandis que le chœur recule. On pourra également reprocher à Proske de ne proposer aucune véritable lecture contemporaine de l’œuvre, préférant tenir le drame à distance dans un univers de conte cruel. Mais ce choix, qui laisse toute sa place à la violence des situations et au pouvoir des images, possède sa cohérence. Sans prétendre renouveler profondément notre compréhension de Macbeth, cette nouvelle production offre au drame de Verdi un écrin visuel d’une rare séduction. Le public français pourra admirer ce travail au cinéma le 17 octobre prochain dans les salles partenaires.

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Macbeth, melodramma en quatre actes, créé à Florence au Teatro della Pergola, le 14 mars 1847
Musique de Giuseppe Verdi et livret de Francesco Maria Piave et Andrea Maffei
(Version de Paris de 1865, chantée en italien, avec l’air de mort de Macbeth « Mal per me che m’affidai » de la version de 1847)

Détails

Mise en scène
Louisa Proske
Décors
Jon Bausor
Costumes
Montana Levi Blanco
Lumières
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Macbeth
Quinn Kelsey
Banco
Ryan Speedo Green
Lady Macbeth
Lise Davidsen
Dama di Lady Macbeth
Marcy Stonikas
Domestico di Macbeth
Jeongcheol Cha
Malcolm
Jonathan Burton
Macduff
Freddie De Tommaso
Sicario
Christopher Job
Prima apparizione
Alan Williams
Seconda apparizione
Jazmine Saunders
Terza apparizione
Timothy Choi
Araldo
Yohan Yi
Medico
Bradley Garvin
Fleanzio
Tāwhana Smith-McDaniel
Danseurs du banquet
George Goderdzishvili, Data Darakhvelidze et Luka Kikacheishvili

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