Une diva seule ne fait pas Tosca

Tosca - Londres (ROH)

Par Yannick Boussaert | sam 09 Janvier 2016 | Imprimer

Soirée de première pour cette septième reprise de la production de Tosca de Jonathan Kent au Royal Opera House. Londres s’est donné rendez-vous pour voir Angela Gheorghiu se parer à nouveau des atours de la diva romaine, qu’elle incarnait en 2006 lors de la création de cette proposition scénique d'un classicisme chic. Samuel Youn fait ses débuts Outre-Manche en Baron et Riccardo Massi complète le triangle sanglant.

La soprano roumaine déploie dès son arrivée les capitons de son timbre. Sensuelle déjà depuis les « Mario ! » en coulisses, et dans l’acoustique favorable aux voix du Royal Opera House, Angela Gheorghiu n’est guère handicapée par ce surplus de puissance qui lui manque dans les passages les plus intenses. Mutine, rieuse, colérique, aimante… Toutes les facettes défilent et la soprano colore à l’envi ses notes et phrases. On la sent à l’aise et en phase avec la mise en scène littérale et illustrative de Jonathan Kent. Pourtant la prestation reste très extérieure, le jeu ne s’extrayant que rarement de la minauderie ou de la pause affectée. Une forme de caricature de diva qui obère beaucoup l’impact émotionnel, notamment au deuxième acte. Dans cette représentation d’elle-même, le « vissi d’arte » est le passage qui la met le plus en valeur, comme une aria de récital au milieu du drame, auquel le public réagira par un triomphe un brin exagéré, n’était la relation si particulière entre la roumaine et les londoniens.

Samuel Youn chasse ici sur des terres qui lui sont moins familières. D’ailleurs l’italien de ce baryton wagnérien régulièrement invité à Bayreuth est un peu haché, le legato fait défaut bien souvent, et le timbre clair sied mal à un Scarpia moins lubrique, cauteleux et menaçant qu’il ne faudrait. Reste une belle vaillance, une projection et une assurance dans le haut de la tessiture qui lui permet de déjouer les chausse-trapes du rôle.  Francesco Meli ayant renoncé, c’est Riccardo Massi qui incarne le peintre, rôle dans lequel il avait fait ses débuts londonien en 2014. Son nom sur la distribution pouvait inquiéter. Après un Calaf élégant et prometteur, en autres, à Stockholm début 2013, le ténor italien a enchainé nombre de contre-performances ces dernières années. Ce soir il convainc. Jamais les moyens ne sont forcés. Il défend son Cavaradossi avec musicalité et intelligence, à défaut du spinto qu’exigent certains passages. Chez les comprimari ce sont Donald Maxwell, en sacristain, et Harry Fetherstonhaugh, en jeune berger, qui retiennent l’attention, le premier par sa truculence scénique, le dernier par la rigueur de son chant.


© Catherine Ashmore

A la lecture de cette description on pourrait penser qu’il s’agit d’une représentation de répertoire de niveau moyen pour le Royal Opera House. C’est sans compter sur une certaine alchimie entre tous les interprètes à laquelle Emmanuel Villaume n’est pas étranger. Déjà remarqué à New York en mars dernier (Manon avec Diana Damrau et Vittorio Grigolo), le chef français cisèle un Orchestre du Royal Opera des grands soirs comme un orfèvre : clarté et contrastes pour mettre en valeur tous les détails dont Puccini a truffé sa partition ; battue du tonnerre et tutti parfaits de précision pour scander les rebondissements. Surtout dans ce déluge musical, le chef veille en permanence à ses chanteurs, adapte le volume à leur capacité sans distendre les fils de l’intrigue. Aussi malgré les réserves ça et là, cette Tosca emporte la mise.

 

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