Un jour, une création : 19 mai 1842, bluette des Alpes

Par Cédric Manuel | sam 18 Mai 2019 | Imprimer

Au moment où Gaetano Donizetti compose son opéra semiseria Linda di Chamounix, la ville savoyarde n’est pas encore française. C’est pourtant bien à partir d’une pièce de théâtre  très contemporaine (1841) de deux auteurs français, La Grâce de Dieu d’Adolphe-Philippe d’Ennery et de Gustave Lemoine, que le librettiste Gaetano Rossi élabore l’argument de l’opéra. L’impresario Bartolomeo Merelli, patron de la Scala de Milan et du Kärntnertor-Theater de Vienne, avait en effet passé commande à Donizetti d’une œuvre nouvelle pour le second de ces théâtres après lui avoir demandé Maria Padilla pour le premier. 

On ne sera pas édifié, comme bien souvent, par la finesse de l’argument, et encore moins par son réalisme. L’action se déroule en 1760, à Chamonix. Pour faire simple : Linda est la fille de fermiers dont le bail doit être renouvelé par leur propriétaire, le marquis de Boisfleury. Comme par hasard, ce dernier a surtout envie de séduire Linda, qui aime évidemment un jeune peintre désargenté, Carlo, qui ne l’aime pas moins mais lui cache quelque chose. Le père de Linda, informé des visées du marquis par le préfet du coin, se laisse convaincre de l’envoyer à Paris quelques temps auprès de son frère pour échapper au prédateur, lequel a signé le renouvellement du bail en espérant encaisser un loyer plutôt en nature…

À Paris, Linda vit dans un appartement que lui prête Carlo, pas si pauvre que ça, puisqu’il est en réalité fils de vicomte et neveu du marquis-prédateur. Sa mère découvre sa liaison avec Linda et lui ordonne de trouver un meilleur parti. Premier gros drame. Puis voilà que le père de Linda débarque et renie sa fille. Second gros drame. Et dans la foulée, on prépare déjà le mariage de Carlo avec le meilleur parti rondement trouvé… Troisième gros drame. Evidemment, avec un tel traitement, Linda perd la raison, comme il se doit dans un opéra romantique en 1842.

Elle est ramenée à Chamonix et Carlo vient annoncer que finalement sa mère lui permet de rester avec elle (c’était bien la peine d’embêter le monde, tiens). Le marquis, finalement revenu à des sentiments moins libidineux, souhaite même marier les deux jeunes gens. Mais Linda reste totalement égarée, au désespoir de Carlo et des amis rassemblés pour les noces. Tous prient pour elle et crac, voilà qu’elle retrouve prestement ses esprits. Linda n’est pas Lucia… Happy end, rideau.

Donizetti élabore sa partition relativement vite (2 mois). Il est fort dommage qu’elle reste encore aujourd’hui relativement ignorée. A Vienne pourtant, lors de sa création, elle remporte un triomphe mémorable, aidée par une distribution en or, emmenée par la Linda de la Tadolini qui chantera le rôle dans plusieurs capitales européennes dans la foulée. À tel point que Donizetti sera conduit à lui ajouter un air tout neuf pour la création parisienne, au mois de novembre suivant. C’est le fameux « O luce di quest’anima », qui reste l’air le plus connu de l’œuvre. Ce n’est pourtant pas lui qui a été choisi ici, mais tout le finale, dans une production barcelonaise de 2011, mise en scène par Emilio Sagi, avec Diana Damrau en Linda et Juan Diego Flórez en Carlo, sous la direction de Marco Armiliato.

 

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