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	<title>Baden-Baden - Ville - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Fri, 10 Jul 2026 04:31:46 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Baden-Baden - Ville - Forum Opéra</title>
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		<title>MOZART, Requiem et Messe en ut mineur</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/mozart-requiem-et-messe-en-ut-mineur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 10 Jul 2026 03:45:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Sont-ce les prémisses d’une nouvelle ère ? Deutsche Grammophon, dont les vinyles et les cd sous étiquette jaune meublent nos discothèques, ne publiera ce mémorable enregistrement que sous forme de fichier téléchargeable (ou écoutable en streaming sur les plates-formes). Ni support physique, ni livret, ni images, ni détails. Rien. S’agissant des versions choisies de ces &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Sont-ce les prémisses d’une nouvelle ère ? Deutsche Grammophon, dont les vinyles et les cd sous étiquette jaune meublent nos discothèques, ne publiera ce mémorable enregistrement que sous forme de fichier téléchargeable (ou écoutable en streaming sur les plates-formes). Ni support physique, ni livret, ni images, ni détails. Rien.<br /><br />S’agissant des versions choisies de ces œuvres inachevées, on est prié de se contenter des mentions sur le site DG : « Compl. &amp; Ed. Ostrzyga » pour le <em>Requiem</em> et de « Reconstr., Compl. &amp; Ed. Leisinger » pour la <em>Messe en ut mineur</em>. En cherchant sur internet, on apprendra que ces deux chefs-d’œuvre ont été enregistrés à Baden-Baden en juillet 2025, lors de deux concerts consécutifs, avec la symphonie n° 40 en guise de hors-d’œuvre au <em>Requiem</em> et la symphonie <em>Jupiter</em> en préambule à la « Grande Messe ».<br /><br />Donc, seule reste la musique de Mozart, dématérialisée, ce qui après tout lui convient parfaitement.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1200" height="800" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/YNS-et-solistes-C-Michael-Gregonowits-2.jpeg" alt="" class="wp-image-216922"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Yannick Nézet-Séguin à Baden-Baden lors de ces deux concerts © Michael Gregonowits</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Ferveur et tragique</strong></h4>
<p>Dès les premières notes de l’<em>Introït</em> du <em>Requiem</em>, montant des bassons et des cors de basset, la noble lenteur du tempo, les longues notes étirées, les accords sinistres des cuivres, puis les notes tirées des cordes sur l’entrée du chœur indiquent l’esprit de la direction de <strong>Yannick Nézet-Séguin</strong>. Il recherchera l’ampleur, la générosité du son, la solennité, dans un geste qu’on qualifiera faute de mieux de romantique. Et très vite la voix d’une clarté de cristal de <strong>Ying Fang</strong> viendra survoler ces ténébreux présages. </p>
<p>Nézet-Séguin dispose d’un des meilleurs chœurs actuels avec le <strong>RIAS Kammerchor</strong>, préparé par <strong>Justin Doyle</strong>, et l’acoustique de Baden-Baden comme la prise de son rendent justice à sa cohésion, à la précision de ses attaques, à la lisibilité des lignes, à la clarté polyphonique de l’architecture fuguée du <em>Kyrie eleison</em>. C’est un climat à la fois de ferveur et de tragique qu’installe le chef québécois, à la tête de l’<strong>Orchestre de chambre d’Europe</strong>, fort de leurs nombreuses années de complicité musicale. De cette formation de chambre, il fait surgir un son d’une étonnante dimension, il vise grand et haut.</p>
<h4><strong><em>Terribilità</em> et <em>théatralità</em></strong></h4>
<p>Mais cette inspiration contemplative n’oblitère nullement le dynamisme, ni la tension, cela avance constamment ; ainsi le <em>Dies irae</em>, d’une énergie, d’une urgence formidables, ponctué de timbales rageuses. La netteté des attaques des différentes voix du chœur y est d’un tranchant à couper le souffle. Les cuivres prêtent pour la première fois toute leur puissance à cette vision de Jugement dernier, d’une farouche grandeur.<br />Quant à <strong>Michael Volle</strong>, superbe basse, il confère à son dialogue avec un trombone surgi des abysses de l’orchestre pour le <em>Tuba mirum</em> une dimension d’effroi, très humaine, comme d’ailleurs la réponse d’un <strong>Stanislas de Barbeyrac</strong> dont on croit percevoir que ses aigus lui demandent des efforts ce soir-là – et ils n’en sont que plus expressifs. Les entrées du mezzo (grandiose <strong>Emily D’Angelo</strong>, au timbre de bronze et de feu) et de Ying Fang rééquilibreront ce quatuor, que Nézet-Séguin, en amoureux des voix, laisse respirer avec naturel.</p>
<p>Le <em>Rex tremendae majestatis</em> n’en semblera que plus implacable dans son début (un RIAS affuté comme jamais) avant la tendresse fondante de<em> Salva me, Fons pietatis</em> (bouleversante entrée des sopranos, Nézet-Séguin ralentit tout, grand effet).<br />L’humble supplication des quatre voix entrelacées dans le<em> Recordare</em>, puis la stupéfiante, tellurique, pulsation du début du <em>Confutatis</em> (qu’illumine ensuite l’<em>a cappella</em> des sopranos), conduisent à un <em>Lacrimosa</em> d’une ferveur poignante. Où Nézet-Séguin met en relief les délicates broderies de l’orchestre, les bois notamment, en surimpression sur la déploration du chœur.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/YNS-au-pupitre-©--1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-216921"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Yannick Nézet-Séguin © Michael Gregonowits</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Terres nouvelles</strong></h4>
<p>Chose étonnante, ce morceau illustre est suivi d’un <em>Amen</em> fugué, à peine esquissé par Mozart, mais dont Ostrzyga propose une réalisation s’appuyant sur les modèles de Bach et Haendel (Levin avait déjà écrit un tel <em>Amen</em> fugué hypothétique). Pièce qui désarçonne, belle et monolithique, qui semble venue d’ailleurs, dans sa majestueuse (et un peu scolaire ?) opulence.</p>
<p>On entre ensuite dans les territoires de Süssmayer, <em>Domine Jesu</em>, <em>Hostias</em>, avec cette impression toujours ressentie d’une baisse de tension, dont on ne sait plus si elle est objective ou subjective. En tout cas, Nézet-Séguin et ses troupes en donnent une interprétation d’une netteté de dessin, d’une ampleur impeccables, qui précèdent un <em>Sanctus</em>, largement dû à la plume de Ostrzyga, de même que le <em>Benedictus</em>, où reviennent les quatre voix du quatuor. Là, encore, l’impression d’un travail scrupuleux, honnête, savant, mais où manque quelque chose d’essentiel, qu’on appellera l’inspiration.</p>
<p>De sorte que, quand s’élèvera le <em>Lux aeterna</em> — la reprise de l&rsquo;<em>Introït</em> par Süssmayer pour clore l&rsquo;œuvre —, on aura le sentiment de retrouver Mozart, et que le chœur et l’orchestre déploieront à nouveau une plénitude et une rutilance qu’ils avaient un instant remplacées par une scrupuleuse et probe application.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="734" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Great_Mass_in_C_minor_Mozart_p1-1024x734.jpg" alt="" class="wp-image-216945"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Le Kyrie de la Messe en ut mineur de la main de Mozart</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Le cadeau de Wolfgang à Constanze</strong></h4>
<p>La « Grande Messe en ut mineur, K. 427 », comme le <em>Requiem</em>, est restée inachevée, et même sa composition reste environnée d’incertitudes. On considère qu’elle a été créée à l’église St Pierre de Salzbourg en 1783, et qu’elle témoigne de l’amour de Wolfgang pour son épouse Constanze (ils s’étaient mariés l’année précédente), qui aurait été la créatrice des parties de soprano I, écrites pour elle. Dès le départ cette partition est incomplète, puisque Mozart ne compose pas toutes les sections de l’ordinaire d’une messe. Manquent certaines parties du <em>Credo</em> et la totalité de l’<em>Agnus Dei</em>. De surcroît le <em>Sanctus</em> et le <em>Benedictus</em> nous sont parvenus sous la forme d’une copie par le père Matthaüs Fischer qui, d’après les parties conservées de Mozart, élabora une version pour chœur à quatre voix (au lieu des huit initiales) dans le dessein d’une exécution qu’il dirigea à Augsbourg en 1800.</p>
<p>De nombreux chercheurs ont essayé de recréer une version plausible de cette messe, le dernier en date étant Ulrich Leisinger, qui donna en 2019 chez Bärenreiter une version reconstituée à la lumière des dernières recherches musicologiques. Si le <em>Kyrie</em> et le <em>Gloria</em> sont conservés intégralement de la main de Mozart, qui d’ailleurs les réutilisa, en 1785, dans la cantate <em>Davide penitente</em>, KV 469, en changeant seulement le texte, les deux premières sections du <em>Credo</em> ont été complétées par Ulrich Leisinger, qui s&rsquo;est appuyé sur des compositions originales de Mozart — dont l&rsquo;air « Deh vieni, non tardar » des <em>Noces de Figaro</em> — tout en veillant à préserver une sonorité transparente et stylistiquement cohérente. Le <em>Sanctus</em> et le <em>Benedictus</em> (incluant le <em>Hosanna</em>) ont été reconstitués d’après la copie du père Fischer.</p>
<h4><strong>Le miraculeux Kyrie</strong></h4>
<p>Le début du <em>Kyrie</em> donne d’emblée le ton. Comme pour le <em>Requiem</em>, grandeur tragique, largeur, hauteur de l’inspiration.<br />L’homogénéité du chœur, la clarté des lignes, et de chaque entrée, l’ampleur du son, le naturel avec lequel YNS fait respirer cette musique (le <em>rallentando</em> avant l’entrée du soprano), la fusion des voix du RIAS Kammerchor, tout bouleverse dans ce miraculeux <em>Kyrie</em>, et la voix ailée de Ying Fang s’envole au-dessus des textures sensuelles de l’orchestre de chambre d’Europe. Elle passe sans coup férie le gigantesque saut de notes sur <em>Christe eleison</em> qui lui ouvre la porte de voluptueuses vocalises.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/YNS-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-216924"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Yannick Nézet-Séguin © DR</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Un opéra sacré baroque</strong></h4>
<p>Par contraste, le <em>Gloria</em> rappelle combien Mozart connaissait Haendel (et notamment le <em>Messie</em>, très présent ici en arrière-plan). Enflammé, dessiné nettement, contrasté, théâtralisé, sous la baguette devenue impérieuse de Nézet-Séguin, il introduit l’<em>aria</em> du mezzo, très haendelienne elle aussi : la netteté de l’articulation, la vigueur, l’urgence dramatique du <em>Laudamus te</em> (habité par la voix chaude de Emily D’Angelo, avec son timbre naturellement dramatique, ses coloratures expressives et corsées plus que virtuoses), tout cela fait pencher la balance du côté d’un opéra sacré baroque. De même que le pathétique du <em>Gratias</em>, dominé par les voix graves et les cuivres, d’une glaçante <em>terribilità</em>. </p>
<p>Nézet-Séguin, là encore grand chef d’opéra, exalte avec volupté le dialogue des deux voix féminines, si belles, l’une diamantine, l’autre toute de velours fauve, dans le <em>Domine Deus</em>, mais le romantisme de sa lecture, c’est peut-être dans le <em>Qui tollis</em> qu’on le perçoit le mieux. La comparaison avec la vision de Philippe Herreweghe mettrait en présence deux mondes différents, presque antagonistes. À l’intériorité, à la retenue d’Herreweghe, répond le grand pathétique du Québécois, scandé de furieux accents des cordes tandis que l’orbe immense des voix du chœur se déploie dans un tableau d’une noire violence, parfois illuminé des supplications mezza voce des sopranos, vite terrassées par le grand théâtre funèbre du tutti, douloureux, grandiose, désespéré, aussi saisissant et implacable que les flammes qui engloutissent <em>Don Giovanni</em>.</p>
<p>Le trio vocal du <em>Quoniam</em> pâtit un peu d’une moindre projection de Stanislas de Barbeyrac ce soir-là – c’est un concert, rappelons-le –, d’où un certain déséquilibre au profit des deux voix féminines, très en avant. En revanche le chœur à quatre voix du <em>Cum Spiritu sancto</em> sera d’une netteté, d’une clarté de lecture, d’un allant, d’une majesté témoignant de l’autre inspiration présidant à l’élaboration de cette Grande Messe : la <em>Messe en si mineu</em>r de Bach, que Mozart connaissait par l’intermédiaire du baron van Swieten. Le formidable RIAS Kammerchor y est à nouveau remarquable de densité et d’incision à la fois.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/YNS-20250629_YannickNezet-Seguin_SFS_Festspielhaus-_cMichaelBode-2a-scaled-1-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-216920"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Yannick Nézet-Séguin et l&rsquo;Orchestre de chambre d&rsquo;Europe © Michael Bode</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Ferveur et jubilation</strong></h4>
<p>Après le bref <em>Credo in unum Deum</em> à cinq voix, tout aussi exaltant et grandiose (sans cesser d’avancer, entrainé qu’il est par de solaires trompettes et trombones et par des timbales conquérantes – timbales ajoutées par Leisinger), viendra l’<em>Et incarnatus es</em>. Moment d’apaisement porté par les vocalises argentines, célestes, immarcessibles de Ying Fang, ses coloratures d’une limpidité impalpable, ses trilles enivrants, au service d’une sérénité, d’une confiance, d’une ferveur jubilante. Le dialogue avec le hautbois, leurs volutes entrecroisées (et la flûte les rejoint<em> in fine</em>) sont d’une allégresse, non pas tant spectaculaire que profonde, intime, ardente.</p>
<p>Comme l’<em>Incarnatus</em>, le <em>Sanctus</em> a été achevé par Mozart. Constamment inattendu dans ses inventions, ses couleurs, ses surprises, ses bifurcations, le fugato de l’<em>Hosanna</em> bâtit une vaste architecture claire comme une cathédrale baroque d’Autriche, illuminée de lumière, avant que dans un quatuor joyeusement théâtral les quatre voix ne s’avancent pour dire leur joie dans le <em>Benedictus</em> ; avec en arrière-plan les palpitations des cordes graves, c’est un moment de pur hédonisme vocal, une manière de final d’opéra, auquel se joint pour la péroraison un RIAS Kammerchor décidément formidable de bout en bout.</p>
<p>On l&rsquo;aura compris, cet enregistrement, d&rsquo;une longueur généreuse, a sa place sinon dans toute discothèque, du moins dans tout disque dur mozartien.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/mozart-requiem-et-messe-en-ut-mineur/">MOZART, Requiem et Messe en ut mineur</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>STRAUSS, Der Rosenkavalier – Baden-Baden</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-der-rosenkavalier-baden-baden/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 May 2026 06:04:53 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Cette année, c’est le Chevalier à la rose qui est à l’affiche du Festival de Pentecôte au Festspielhaus de Baden-Baden pour deux représentations et le choix d’une mise en espace plutôt que d’une véritable mise en scène ou d’une version de concert. On se réjouit de découvrir le travail de Benjamin Lazar qu’on imagine volontiers &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Cette année, c’est le <em>Chevalier à la rose </em>qui est à l’affiche du Festival de Pentecôte au Festspielhaus de Baden-Baden pour deux représentations et le choix d’une mise en espace plutôt que d’une véritable mise en scène ou d’une version de concert. On se réjouit de découvrir le travail de <strong>Benjamin Lazar </strong>qu’on imagine volontiers se sortir avec les honneurs et beaucoup d’inventivité de la tâche délicate de restituer tout le génie de la dramaturgie de Hofmannsthal avec quelques bouts de ficelles. Récemment, Vincent Huguet s’était mieux que bien tiré de l’exercice dans une <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-la-cenerentola-baden-baden/">Cenerentola</a></em> époustouflante sur la vaste scène du Festspielhaus, avec quelques canapés de récupération. Le podium qui sert de décor ce soir est peut-être lui aussi du matériau recyclé, mais il n’a rien de viennois et n’apporte qu’un effet de rehausse de tout l’effectif. Métallique et froid, il sert également à séparer d’emblée les protagonistes et les mettre à distance. À la pause, certains se plaindront du choix des costumes et notamment celui de la Maréchale qui, plutôt qu’un costume XVIII<sup>e</sup> siècle ou une robe du soir pour une version de concert, porte une robe-pantalon. Le vêtement est pourtant très seyant, lui conférant l’allure moderne d’une femme de tête à la Marlène Dietrich, confortant son statut de femme mûre qui connaît les choses de la vie… Le minimalisme des accessoires et l’immersion des personnages dans notre univers contemporain ne manque par ailleurs pas de subtilités. Les talents de Benjamin Lazar ne sont plus à prouver, mais on reste tout de même un peu sur faim, tant il y aurait eu à faire avec la richesse du texte de Hofmannsthal. Si les chanteurs sont extrêmement bien dirigés, les aspects strictement viennois de l’œuvre ne surnagent qu’à grand peine. Certains choix de lecture surprennent, même s’ils prêtent à la réflexion : Octavian et la Maréchale, par exemple, sont séparés et l’un au-dessus de l’autre dès le premier acte. Sophie va prendre la place de la Maréchale et s’installer sur la chaise de sa rivale, ce qui est intéressant, mais l’on rit peu et l’ensemble reste bien sage, sans surprises. C’est un peu comme si l’équipe de mise en scène s’était contentée d’indiquer les effets, laissant au public le soin de combler les vides, à la manière d&rsquo;un théâtre élisabéthain contemporain : la structure de l’habitation est bien présente, mais nue, Octavian et Sophie s’échangent une rose qu’ils tiennent et que nous ne voyons pas, pas plus que n’apparaîtront l’épée ou le sang versé. Si les décors et accessoires sont sacrifiés, bien heureusement, la direction d’acteurs est formidable.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20260517_DerRosenkavalier_PFS_FSH_©MichaelBode-10-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-213906"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Michael Bode</sup></figcaption></figure>


<p><strong>Julia Kleiter</strong> est une bien belle Maréchale, tout en raffinements et subtilités. Élégante, digne et noble, la chanteuse confère à son rôle une humanité rayonnante. Il manque sans doute un je-ne-sais-quoi de désespéré et de nostalgique dans son approche, mais la diction est excellente, la psychologie de la femme qui s’affronte à son inéluctable vieillissement très bien évoquée et la voix en accord avec les facettes d’un personnage dont la soprano sait mettre en valeur tous les aspects, dotée qui plus est d’un timbre séduisant. Le physique androgyne d’<strong>Emily D’Angelo</strong> fait merveille dans le rôle d’Octavian. Longiligne et infiniment gracieuse dans ses maladresses feintes, la mezzo dispose d’un instrument tout en retenue et modestie, mais d’une délicate beauté dans les moires de sa ligne de chant d’une grande pureté, sublimée par un merveilleux legato. Dans ses débordements affectueux tout comme ses saines colères, le caractère juvénile et enflammé du jeune amoureux sont ici merveilleusement servis. Pour compléter un trio féminin d’une grande cohésion, <strong>Katharina Konradi</strong> compose une Sophie au caractère bien trempé. Radieuse et irrésistible, il faut la voir tomber amoureuse de son Chevalier à la rose, tenir tête et ne pas s’en laisser conter par un promis qu’elle refuse d’emblée et s’affirmer sans faillir. La voix est claire, voire cristalline, puissamment émouvante ; toute l’autorité dont est capable la jeune soprano n’en est que plus surprenante et vivifiante. Le trio final est magnifique.</p>
<p>Pourtant, celui qui emporte tous nos suffrages est, curieusement, le baron Ochs. Souvenons-nous que le titre provisoire de l’opéra était « Ochs von Lerchenau », Ochs signifiant bœuf, à l’aune du caractère peu raffiné du personnage. Pourtant, la basse <strong>Wilhelm Schwinghammer</strong> ne parvient jamais à approcher le ridicule habituel du mâle mal dégrossi auquel nous sommes habitués. La voix est d’une distinction qui semble naturelle et d’une élégance telle que l’on n’arrive jamais à trouver le cousin de la Maréchale graveleux et certainement pas antipathique. Cela en deviendrait presque gênant, n’était la capacité du chanteur à se fondre dans son rôle, impeccable comédien. On retiendra les notes caverneuses et résonnantes d’une basse profonde qu’on a envie de voir plus souvent. Après Jonas Kaufmann en 2009 et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/der-rosenkavalier-baden-baden-la-fragilite-des-roses/">Lawrence Brownlee</a> en 2015, c’est <strong>Jonathan Tetelman</strong> qui reprend le rôle du chanteur italien (de luxe) : c’est peu dire que ses aigus percutants immédiatement reconnaissables galvanisent un public qui frémit d’aise lors de sa brève mais remarquable performance, cabotine à souhait. Les rôles de complément se montrent tous à la hauteur, en particulier le Faninal éclatant et autoritaire de <strong>Roman Trekel</strong>.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20260517_DerRosenkavalier_PFS_FSH_©MichaelBode-3-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-213900"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Michael Bode</sup></figcaption></figure>


<p>Si les voix composent un ensemble cohérent qui passe la rampe sans peine, on restera davantage circonspect sur la disposition de l’orchestre, ni véritablement dans la fosse, ni sur la scène, mais dans un entre-deux où l’effectif se retrouve bien à l’étroit, une partie des cordes en surplomb à jardin, les percussions en vis-à-vis à cour. Le résultat sonore est un rien curieux, les dissonances voulues par Strauss se retrouvant encore plus accentuées. La comparaison est sans doute très exagérée, mais c’est un peu comme si l’on avait placé les couleurs côte à côte, mais trop éloignées : comme si, pour un tableau, au lieu de prendre une teinte verte à une certaine distance, les bleus et les jaunes restaient juxtaposés. Pourtant, le <strong>SWR Symphonieorchester</strong> est une formation à l’aise dans ce répertoire et son chef <strong>François-Xavier Roth</strong> adepte des partitions à l’architecture spectaculaire. Malgré ces réserves, il serait difficile de bouder la qualité générale ainsi que le plaisir pris à un spectacle de bien belle tenue…  </p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="RE-LIVE: Strauss - Der Rosenkavalier | Pfingstfestspiele Baden-Baden | Roth | SWR Symphonieorchester" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/mlp6y6gAxOM?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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			</item>
		<item>
		<title>WAGNER, Siegfried – Baden-Baden</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-siegfried-baden-baden/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Apr 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est pour l’instant réglé comme du papier à musique : tous les deux ans depuis 2022, nous découvrons au mois d’avril un opéra du Ring aussi bien au TCE qu’au Festspielhaus de Baden-Baden, en version de concert. Après l’Or du Rhin chroniqué à Paris par Christophe Rizoud et une sublime Walkyrie qui nous avait laissé &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est pour l’instant réglé comme du papier à musique : tous les deux ans depuis 2022, nous découvrons au mois d’avril un opéra du Ring aussi bien au TCE qu’au Festspielhaus de Baden-Baden, en version de concert. Après l’<em>Or du Rhin </em>chroniqué à Paris par <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-paris-tce-a-un-pas-du-walhalla/">Christophe Rizoud</a> et une sublime <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-la-walkyrie-paris-tce/">Walkyrie</a> </em>qui nous avait laissé <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-die-walkure-baden-baden/">KO debout</a>, c’est un <em>Siegfried </em>remarquable qui a subjugué un public qui s’est levé comme un seul homme pour acclamer un spectacle d’exception, quelques jours après un passage au TCE <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-siegfried-paris-tce/">très remarqué</a>.</p>
<p>Une fois de plus, <strong>Yannick Nézet-Seguin</strong>, le directeur musical du Met et chef honoraire du <strong>Rotterdam Philharmonic Orchestra</strong>, réussit à obtenir de son ample formation des miracles de ductilité et de délices sonores, sans compter la force tellurique des mouvements de forge ou des déplacements de dragon ou de héros survitaminé qui dégagent une force surhumaine. Puisque Wagner lui-même considérait sa tétralogie comme une succession de drames musicaux de caractère symphonique dans la continuité de la 9<sup>e</sup> de Beethoven, la version de concert se justifie amplement et la centaine de musiciens idéalement placée en face des auditeurs permet d’entendre les uns et les autres comme autant de solistes à la puissance d’expression décuplée. De la forge en ébullition aux profondeurs d’une forêt dense et mouvante jusqu’aux trilles mélodieux des murmures d’une nature et de ses habitants aériens en éveil jusqu’à l’ascension progressive vers la lumière d’où jaillit l’amour dans toute sa puissance solaire, tout cela est distinctement perceptible dans cet orchestre en fusion avec son chef.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20260427_Siegfried_cMichaelGregonowits-3-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-212560"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Michael Gregonowits</sup></figcaption></figure>


<p>Le flux sonore et la richesse du merveilleux légendaire qui s’étend en nappes denses et foisonnantes ne gênent en rien les solistes de luxe qui rivalisent de vigueur sonore et passent allègrement au-dessus de l’orchestre. Ce pourrait être une prestation de nature olympique, performance exclusivement sportive et mécanique à laquelle nous serions confrontés, s’il n’existait pas une adéquation aux rôles et une capacité à incarner les personnages au plus profond de leur psychologie qui se dégage de chacun des membres de cet octuor de tout premier choix. Le plus impressionnant de tous est <strong>Clay Hilley</strong>, exceptionnel Siegfried dont on retiendra surtout le caractère plus que trempé d’un héros tout d’une pièce, mais dont l’évolution est subtilement perceptible. Les prouesses vocales sont stupéfiantes, de bout en bout, et le ténor ne fait qu’une bouchée de l’un des rôles les plus éprouvants du répertoire, à l’aise dans une projection où la rondeur du timbre irradie, tout en produisant des étincelles. Pour les saluts, il revient sur scène tout sourire et au petit trot, comme s’il venait de finir une promenade de santé qui l’avait particulièrement bien mis en jambes. Une insolence juvénile et triomphante en adéquation totale avec un rôle qui lui sied comme un gant de fer sur une main d’airain. On retiendra également le formidable Mime de <strong>Ya-Chung Huang</strong>, tout en tics, agitations frénétiques et précision de métronome dans ses gestes de forgeron. La noirceur du personnage et ses manigances sont admirablement suggérés par les mimiques de l’excellent ténor dont la voix au timbre éclatant illustre avec évidence et une diction impeccable toute l’étendue d’un rôle aux contrastes dichotomiques ici magnifiquement suggérés. Comme il y a deux ans, <strong>Brian Mulligan</strong> propose un Wotan délicat et de plus en plus fragile, divinité aux pieds d’argile qui tranche avec la force vive de Siegfried, par exemple. Le timbre est séduisant au possible, mais on a l’impression que le baryton était un peu à la peine dans la dernière partie, la voix toujours aussi belle portant toutefois un peu moins. Mais cela va dans le sens de la psychologie d’un personnage qui court à sa perte et glisse vers le renoncement. <strong>Rebecca Nash</strong> incarne avec fougue une Brünnhilde passionnée, dotée d’une belle longueur de souffle et très convaincante en amoureuse éperdue. <strong>Samuel Youn</strong> réussit pour sa part à restituer le fiel et la noirceur d’Alberich, en écho à la prestation de Ya-Chung Huang, génial Mime. On se délecte également du magnifique timbre sombre et noble de <strong>Wiebke Lehmkuhl</strong>, impériale Erda. La délicieuse <strong>Julie Roset</strong> apporte une note de douceur de sa voix cristalline et merveilleusement fraîche et délicate, moment privilégié de pureté. Enfin, le sculptural <strong>Soloman Howard</strong> parvient, avec le seul appui d’une démarche lourde et pesante, à rendre crédible un dragon doublé d’un titanesque dernier des géants dont la monstruosité et la chute sont illustrées par les accents caverneux d’une voix au timbre d’un bronze éclatant. Autant dire qu’avec une distribution pareille et un orchestre en union sacrée avec son chef, le public a longuement ovationné un spectacle d’une qualité exceptionnelle. Vivement le dernier épisode du cycle dans deux ans !</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-siegfried-baden-baden/">WAGNER, Siegfried – Baden-Baden</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>WAGNER, Lohengrin – Baden-Baden</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-lohengrin-baden-baden/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 03 Apr 2026 08:36:28 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est une nouvelle ère qui s’ouvre à Baden-Baden pour le Festival de Pâques après le départ de Kirill Petrenko et du Berliner Philharmoniker, qui nous avaient fait vivre une inoubliable Butterfly lors de la précédente édition. On se souvient que le prestigieux orchestre s&#8217;est produit dans la ville badoise pendant plus de dix ans avant &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est une nouvelle ère qui s’ouvre à Baden-Baden pour le Festival de Pâques après le départ de Kirill Petrenko et du Berliner Philharmoniker, qui nous avaient fait vivre une inoubliable <em>Butterfly</em> lors de la <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-madama-butterfly-baden-baden/">précédente édition</a>. On se souvient que le prestigieux orchestre s&rsquo;est produit dans la ville badoise pendant plus de dix ans avant de retourner à Salzbourg. Il laisse la place, pour cette nouvelle production de <em>Lohengrin</em>, au <strong>Mahler Chamber Orchestra</strong>, dont le travail sur la musique de Wagner est passionnant, même si l’on reste parfois sur sa faim : l’ampleur est bien là, l’homogénéité également, mais l’on aurait aimé entendre ici et là des nuances plus expressives, voire plus ciselées et surtout, plus enveloppantes, dans cette immense salle qu’est le Festspielhaus. Ces quelques réserves énoncées, on ne peut que s’incliner devant l’impeccable direction de celle qui avait été élue cheffe de l’année par <em>Opernwelt</em> en 2019, <strong>Joana Mallwitz</strong>.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Lohengrin_Willis-Sorensen_Beczala_Ensemble_Baumgartner_cMartinSigmund-4-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-211143"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Martin Sigmund</sup></figcaption></figure>


<p>La complexité de la déferlante wagnérienne est maîtrisée et la jeune femme réussit à tirer de la formation équilibre, continuité et excellente qualité d’ensemble ; de son côté, le metteur en scène <strong>Johannes Erath</strong> a manifestement cherché à ne pas être en reste. Le musicien, assistant entre autres de Willy Decker, qui a par ailleurs grandi dans sa Forêt Noire natale, à la fois enchanteresse et sombre, a choisi de plonger le plateau dans une semi-obscurité, entre chien et loup, dans une ambiance mi féerique, mi naturaliste. Dans la pénombre, nous précise-t-il, difficile de savoir si, en apercevant un animal, il est habité d’intentions pacifiques ou hostiles. Les personnages principaux sont ainsi vêtus de blanc ou de noir, les autres portant des couleurs oscillant entre le bleu nuit, céleste, ciel ou azur, les teintes scintillantes rehaussées de strass étoilés ou de nébuleuses floues selon les éclairages, privilégiant les teintes froides. Entre onirisme et réalité crue, la mise en scène laisse la part belle au texte et à la logique visuelle qui en résulte. Les costumes et accessoires nous installent dans une temporalité élastique, mais on ne peut s’empêcher de penser aux années Trente, même si un écran de télévision nous renvoie une génération plus loin. Les images projetées en fond de scène tout comme celles du téléviseur sont en décalage et nous forcent à choisir ou à louvoyer. Une scène est tout particulièrement frappante et souligne cet écart temporel, cette sensation de flou, de fausseté, voire d’absurdité qui s’en échappe : le chœur trinque et mime le geste de boire, alors que les projections à l’arrière nous le montre, en noir et blanc, bel et bien en train de boire de la bière. Si Lohengrin et Elsa sont blancs comme neige quand Ortrud et Telramund sont en noir corbeau, difficile d’en faire une dichotomie manichéenne : les zones d’ombre subsistent, comme dans cette scène de retrouvailles entre les deux femmes dont les lits sont placés dos à dos, comme en miroir. Chacun y trouvera des clefs de lecture et d’interprétation (ou pas), comme de se demander si les deux héroïnes ne seraient pas les moitiés d’une même entité. Tout est suggestion et références plus ou moins biaisées. On pense souvent à l&rsquo;<em>Excalibur</em> de Boorman (une épée fichée dans les gradins qu’on vient déloger) ou <em>Melancholia</em> de Lars von Trier (les planètes géantes qui se rapprochent dangereusement), voire à d’autres correspondances cinématographiques, comme <em>Die 1000 Augen des Dr. Mabuse (Le Diabolique Docteur Mabuse)</em> de Fritz Lang ou encore <em>M le Maudit</em>. Mais aucune référence n’est insistante, comme si Johannes Erath se contentait d’instiller le doute et les interprétations possibles en nous laissant construire notre propre exégèse. C’est tout à son honneur. Le résultat est magnifique, notamment pour la beauté des costumes, l’élégance sophistiquée des coiffures et l’ambiance onirique générale. Le décor ressemble par endroits à un œil et son iris, pupille dilatée, véritable ouverture à l’iris sur rétine ultrasensible ou fragilisée jusqu’au décollement.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Lohengrin_Youn_Koch_Hasselborn_Baumgartner_Wllis-Sorensen_cMartinSigmund-1-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-211144"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Martin Sigmund</sup></figcaption></figure>


<p>Si la débauche d’effets techniques peut impressionner favorablement ou non, la qualité du plateau vocal, elle, met tout le monde d’accord. Nous avons affaire avec des interprètes de très haut niveau qui passent très aisément la rampe. En premier lieu, <strong>Piotr Beczala</strong>, rompu (notamment à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-lohengrin-bayreuth/">Bayreuth</a>), au rôle de Lohengrin dont il semble avoir intégré le moindre frémissement : de la pureté la plus éthérée au désespoir le plus expansif (mémorable « Weh »), la performance est uniforme et exemplaire : émission constante, prononciation impeccable, beauté ineffable du timbre et de la ligne vocale, le ténor est au sommet de ses moyens. Face à lui, <strong>Rachel Willis-Sørensen</strong> est une Elsa de haute tenue : la voix est large, puissante, mordorée et déborde de nuances subtiles et envoûtantes. Lumineuse et intense, la soprano excelle à laisser percevoir toutes les failles et fragilités de son personnage. <strong>Tanja Ariane Baumgartner</strong> campe une Ortrud complexe et démoniaque à souhait. Le timbre est riche, la voix ample, les qualités dramatiques évidentes, pour l’une des prestations les plus passionnantes de la soirée. N’oublions pas <strong>Wolfgang Koch</strong>, remarquable en Friedrich von Telramund, félon bravache et héros blessé, aigri et revenu de tout, dont chaque saillie est riche d’harmoniques qui en magnifient le contenu. Chaque mot tonne, rugit ou implore avec une intelligence scénique et un sens du phrasé impressionnants. <strong>Kwangchul Youn</strong> donne beaucoup d’humanité et de noblesse au roi quoique la voix souffre d’un vibrato bien envahissant par endroits. Enfin, <strong>Samuel Hasselhorn</strong> attire l’attention à chacune des interventions du Hérault, qu’il transcende avec aisance et brio d’une voix impeccablement timbrée.</p>
<p>L’année prochaine, le Festival de Pâques permettra de retrouver Joana Mallwitz à la tête du Mahler Chamber Orchestra pour une production de <em>Fidelio</em> mise en scène par Krzysztof Warlikowski. On peut d’ores et déjà acheter ses places <a href="https://www.festspielhaus.de/veranstaltungen/beethoven-fidelio/?date=2027-03-20-1800">sur le site</a> du Festspielhaus.</p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Lohengrin 2026 - Trailer" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/glDaGrG17GM?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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		<title>MOZART, Don Giovanni – Baden-Baden</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-baden-baden/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 21 Dec 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Prenez une pincée de Ponnelle, un doigt de Losey, un zeste de Fellini, un soupçon de Cocteau, une lichée de Béjart, un chouïa de Palladio et quelques autres images de classiques de toutes époques et vous obtiendrez la fabuleuse mise en scène de ce Don Giovanni de qualité supérieure que nous propose Baden-Baden pour son &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Prenez une pincée de Ponnelle, un doigt de Losey, un zeste de Fellini, un soupçon de Cocteau, une lichée de Béjart, un chouïa de Palladio et quelques autres images de classiques de toutes époques et vous obtiendrez la fabuleuse mise en scène de ce <em>Don Giovanni</em> de qualité supérieure que nous propose Baden-Baden pour son Festival d’hiver. Apparemment non prévue pour être enregistrée, cette production d’anthologie aurait pourtant largement mérité d’être gravée dans le marbre, tant pour sa beauté visuelle et son intelligence scénique que pour l’immense valeur de son plateau vocal. L’artisan de ce joyau remarquable ? <strong>Iván Fischer</strong>, à la fois directeur musical et metteur en scène, à la tête du <strong>Budapest Festival Orchestra </strong>sur instruments d’époque et de sa compagnie de danseurs.</p>
<p>Il y aurait tant à dire sur ce spectacle multi-facette, à la fois totalement au service de l’œuvre mozartienne mais aussi doté d’une sorte de force centrifuge qui titille tous les sens du spectateur, à savoir qu’on ne peut être que forcément excité par les trésors d’inventivité et autant d’idées géniales qui font briller l’œuvre comme un diamant d’exception. Le décor, tout d’abord : le fond de scène se réduit à des pendrillons sous forme de colonnes disposées en quinconce, alternant le noir du néant avec les piliers surmontés de statues du Teatro Olimpico de Vicence créé par Andrea Palladio. Pour ceux qui sont des amoureux du film de Joseph Losey où un chassé-croisé se déroule dans les « rues » du fabuleux théâtre, voilà qui ne peut qu’attiser l’attention. Sans entrer dans le détail des jeux de perspective suggérés, de la réflexion sur le rapport entre réalité et mimèsis ou autres enjeux de pur théâtre, on ne peut que s’interroger sur le rapport à la statue (et donc à l’idéalisation) des différents personnages. L’effet visuel est de toute beauté. Le mobilier se réduit à deux podiums, apparaissant alternativement comme socles, bases, piédestaux ou piédouches pour les protagonistes, eux-mêmes statufiés comme le sont les héros des <em>Enfants du paradis</em>, par exemple. Ce sont les danseurs transformistes et équilibristes qui se muent en chaises, tables, cadres ou tonnelles au gré des scènes. Le tableau vivant est d’une ineffable beauté. On pense beaucoup au Jean-Pierre Ponnelle de <em>La Clemenza di Tito</em> pour le travail sur la couleur et le raffinement des costumes créés par <strong>Anna Biagiotti</strong><em>.</em> Pure magie, encore sublimée par les jeux de lumières subtils d’<strong>Andrea Tocchio</strong>, qui éclaire ses propres décors. Décidément, les équipes de création sont ici réduites, mais quelle cohésion d’ensemble ! Nos danseurs, et ce n’aurait sûrement pas déplu à Jean Cocteau et ses collaborateurs de la <em>Belle et la Bête</em>, semblent tout droit sortis de festins à la Lucullus dignes de Pétrone mais surtout du Fellini du <em>Satyricon</em> et de <em>Roma</em>, simulacres de bronze ou de marbre<em>. </em>Immobiles ou en train de fumer d’imaginaires cigarettes, voire un joint roulé virtuellement par Don Giovanni lui-même, ces fascinantes créatures sont tour à tour vert-de-gris, élégantes modénatures, intrigantes figures en acrotère ou incroyable pièce montée à la Chantilly se muant en viscères ou magma organique prêt à engloutir Don Giovanni, avec une statue de Commandeur comme figure de proue ou figurine d’un étrange et malsain mariage final. La description est peu ragoutante ? Comme le précise Iván Fischer, nous éprouvons de la fascination pour Don Giovanni et nous nous laisserions volontiers séduire par lui, tout en désirant ardemment sa mort et sa punition, mais que cela nous apporte-t-il ? Plaisir coupable, empathie pour celui qui nous est parfois si proche ou satisfaction de voir la morale triompher ? Nous pouvons condamner les Harvey Weinstein à loisir, mais qu’en est-il de nos modes de représentation ou notre consumérisme, y compris sexuel et visuel ? On se garde bien de trancher et l’opéra se termine comme il se doit, à savoir à la mort de Don Giovanni, la scène morale rapportée étant supprimée. On s’en réjouit et en même temps, reste un petit pincement et la frustration que ce soit déjà fini : on aurait bien écouté encore un nouvel ensemble en bis, tant le plateau vocal est excellent…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20251219_DG_Semenzato_Ensemble_cMichaelBode-4-1024x682.jpg" alt="" class="wp-image-205479"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Michael Bode</sup></figcaption></figure>


<p>Voix remarquables en effet, mais également adéquation aux rôles époustouflante, de la part de tous, physique de rêve à l’appui et naturel de comédiens en prime. De façon assez jouissive, cependant, ce sont plutôt les femmes qui sont mises en valeur dans la direction d’acteurs, les placements, les éclairages et toutes sortes de détails subtils. Prenons toutefois les rôles les uns après les autres, par ordre de « préséance ». <strong>Andrè Schuen</strong> est un Don Giovanni de rêve, véritable gravure de mode et jeune premier merveilleux, mais qui court d’échecs en empêchements successifs. Le baryton tyrolien excelle dans cette décadence dansée menée avec une fausse désinvolture bienvenue, dotée d’un charme inouï qu’on retrouve dans sa voix idoine. En double à la fois gémellaire et antinomique, <strong>Luca Pisaroni</strong> est formidable, comme toujours, dans ce rôle qu’il connaît bien et qu’on avait admiré <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/brochette-de-stars/">ici-même avec jubilation</a> en 2011. La direction d’acteurs le conduit à incarner un Leporello davantage bouc émissaire et faire-valoir à la fois magnifique et minable. Vocalement, le baryton italien réfrène donc ses ardeurs, mais déploie des trésors de virtuosité dans une veine comique où il n’a pas son pareil. <strong>Miah Persson</strong> est une Elvira déchirante et émouvante avant de se muer en virago à la voix légèrement acidulée dans ses revendications désespérées. Victime de ses valses-hésitations sentimentales, son rôle est moins brillant que celui des autres conquêtes du séducteur invétéré, mais les inflexions mélancoliques de sa ligne de chant émeuvent continuellement. Sublime dans sa robe de deuil noir et or, <strong>Maria Bengtsson</strong> force le respect en Donna Anna, vraie femme de caractère, droite et fière malgré la douleur et l’humiliation, déterminée et jusqu’au-boutiste dans la poursuite de sa vengeance. La soprano suédoise donne l’impression de cumuler deux voix, tant elle déploie avec force et évidence des cascades d’harmoniques tourbillonnantes et foisonnantes. Quelle santé vocale et quel éblouissement ! Loin du cocu falot qu’on rencontre parfois, le Don Ottavio de <strong>Bernard Richter</strong> est superbe, à la fois incroyablement humain et supérieur, quasi divin. Survitaminé, le ténor suisse semble incapable de retenue, même dans les récitatifs, qu’il transforme en arias splendides. Ductilité de la voix, émission solaire et rayonnante, le ténor a tendance à voler la vedette aux autres rôles masculins et on en redemande. Autre personnage qui s’impose dès qu’elle met le pied sur scène, la Zerlina de <strong>Giulia Semenzato</strong>, vraie fausse jeune paysanne naïve dont l’appréhension du rôle tout en naturel, séduction aisée et dynamisme triomphant montre la maîtresse femme qu’elle ne cherche même pas à cacher. La voix est fraîche, fruitée et primesautière, éclatante de santé. <strong>Daniel Noyola</strong> ne dépare pas : le baryton mexicain tonne, se lamente et interagit avec fougue et courage, dans une belle énergie. Dans le rôle du Commandeur, la basse hongroise <strong>Krisztián Cser</strong> bénéficie de la magnificence de la mise en scène qu’il transcende de sa belle autorité et de la noblesse de son interprétation. Les ensembles sont époustouflants et cela contraste étonnamment avec les chœurs, en fait interprétés par les danseurs, ce qui humanise le propos : aux voix d’opéra quasi surhumaines se mêlent des organes plus communs, de statues descendues de leur piédestal, mais diablement efficaces, notamment dans l’inoubliable scène finale. Le festin de pierre se fait festin de chair.</p>
<p>L’orchestre est en fusion avec les artistes, la banda régulièrement sur la scène, dans un continuum enveloppant et jubilatoire. Tout cela paraît simple comme du Mozart, c’est-à-dire d’une infinie complexité, d’une extraordinaire difficulté et d’une incommensurable beauté… De pures délices pour un inoubliable régal. Décidément, le Festspielhaus de Baden-Baden nous gâte ces derniers temps (on repense notamment à la récente <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-la-cenerentola-baden-baden/">Cenerentola</a></em>). Mais là, quel beau cadeau de Noël !</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-baden-baden/">MOZART, Don Giovanni – Baden-Baden</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>ROSSINI, La Cenerentola – Baden-Baden</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-la-cenerentola-baden-baden/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 24 Nov 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Des spectacles comme celui-là, on voudrait en voir plus souvent. Présentée comme une version de concert avec mise en espace et un ensemble de voix qui ne sont pas celles de superstars, cette Cenerentola s’est révélée, avec trois fois rien (en apparence), être une mise en scène éblouissante, tout simplement géniale ! Une réussite telle &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Des spectacles comme celui-là, on voudrait en voir plus souvent. Présentée comme une version de concert avec mise en espace et un ensemble de voix qui ne sont pas celles de superstars, cette <em>Cenerentola</em> s’est révélée, avec trois fois rien (en apparence), être une mise en scène éblouissante, tout simplement géniale ! Une réussite telle qu’on aurait souhaité voir dans la salle certains metteurs en scène chevronnés qui, d’une montagne de moyens et d’une débauche d’intentions fumeuses réussissent à accoucher de souris. Dans notre cas d’école, une simple citrouille, quelques canapés récupérés d’un autre décor bâlois, des jeux de lumière ingénieux, quelques lustres et beaucoup d’imagination (mais n’oublions pas l’ingrédient majeur, à savoir la complicité des artistes qu’on sent totale), le tout génère une poésie et une féerie absolues. Chapeaux bas ! Toute l’énergie, l’inventivité, la beauté des airs et l’intelligence de l’œuvre de Rossini se trouvent ici servis avec évidence et conviction. De quoi revigorer et combler un auditoire embrigadé dans un tourbillon de trois heures qui ont passé comme un éclair ou plutôt comme un feu d’artifice, qu’un coup de baguette magique aurait habillé des couleurs les plus chatoyantes. La mise en espace de <strong>Vincent Huguet</strong> est un enchantement, sa direction d’acteurs s’imposant comme une évidence ; on sent un travail d’équipe sain et productif, avec une mention spéciale pour le travail de <strong>Charles de Vilmorin</strong>, jeune créateur de mode dont on a pu récemment découvrir sa robe froissée dans le cadre de l’exposition « Louvre Couture », création qui sied comme un gant à Cendrillon triomphante, contrastant juste ce qu’il faut avec les autres vêtements, petites merveilles de révélateurs de sentiments des personnages qui les endossent.</p>
<p>Littéralement dopés par une battue énergique d’un chef qui semble se délecter comme jamais du festin qu’il a composé, tout le plateau est survitaminé et en pleine possession de ses moyens. Malgré la moue qui ne la quitte pas de la soirée, la mezzo <strong>Justyna Rapacz Ołów</strong> est une Thisbe plus supportable que de coutume et son timbre chaud n’a pas les acidités habituelles. Il en va de même pour sa sœur Clorinda, fièrement campée par la soprano <strong>Alice Rossi</strong> dont on apprécie l’art du faire-valoir. <strong>Adolfo Corrado</strong> offre à Alidoro une très belle voix de basse dont on goûte les délices de chacune de ses interventions. Le baryton <strong>Misha Kiria</strong> est au sommet de son art et se délecte manifestement beaucoup de ce Don Magnifico dont il expose avec gourmandise et une vis comique certaine toutes les facettes de son truculent personnage. Autre baryton d’exception, <strong>Edward Nelson</strong> est un Dandini de première classe, toujours légèrement en retrait de celui dont il joue temporairement le rôle, avec ironie et mordant. En vif contraste, le timbre clair et lumineux du ténor <strong>Levy Sekgapane </strong>fait merveille en prince Don Ramiro. Visiblement à l’aise, le jeune homme se montre généreux de bout en bout dans des vocalises vaillantes, acrobatiques et d’une insolente projection qui semble ne pas connaître de limites. Comment résister ? Et pour finir, le timbre particulièrement sombre de <strong>Maria Kataeva</strong> confère d’emblée gravité et sérieux à son personnage d’Angelina, une Cendrillon qui triomphe parce qu’elle choisit la bonté comme le veut Rossini, mais qui est avant tout une maîtresse femme suffisamment intelligente et patiente pour arriver à ses fins et ne pas se laisser marcher sur les pieds. La mezzo est impressionnante d’agilité, de maîtrise et de souplesse pour son instrument, à tel point que ses vocalises pyrotechniques semblent presque faciles et surtout très naturelles.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20251116_Aschenputtel_c-Michael-Bode-6-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-203708"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Michael Bode</sup></figcaption></figure>


<p>Cette belle distribution, homogène et à l’unisson, est encore magnifiée par les membres du <strong>Balthasar-Neumann-Chor</strong> qui, en plus, semblent s’amuser énormément, virevoltants et tourbillonnants, véritable sauce liant un met des plus raffinés. </p>
<p>À la tête du <strong>Balthasar-Neumann-Orchester</strong> dont on apprécie les sonorités de chaque instrument d’époque qui permet une écoute ciselée de ce chef-d’œuvre qu’on n’a pas souvent l’occasion d’entendre ainsi, <strong>Thomas Hengelbrock</strong> , bien qu&rsquo;il nous tourne le dos (jeu de mot facile, pardon, c&rsquo;est l&rsquo;enthousiasme&#8230;), ne cesse de sourire (on a du mal à se détourner de lui quand on croise des yeux les écrans de contrôle qui permettent de le voir diriger de face) et en profite pour imposer un rythme endiablé à son petit monde qui ne demande visiblement pas mieux. Les spectateurs n’en perdent évidemment pas une miette et ovationnent le spectacle. Magique et féerique, vraiment&#8230;</p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Eine starke „Cenerentola“!" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/Uo87esRYZo8?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
</div></figure>


<p>La présentation du spectacle par Maria Kataeva/Cenerentola (en allemand) et Levy Sekgapane/Don Ramiro (en anglais).</p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Don Ramiro: Wahrhaft verliebt" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/oCO47Rjkp3o?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
</div></figure>
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		<title>Récital Cecilia Bartoli et Lang Lang – Baden-Baden</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/recital-cecilia-bartoli-et-lang-lang-baden-baden/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 Nov 2025 06:24:18 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En 2008, Cecilia Bartoli avait réalisé son marathon de concerts pour célébrer l’anniversaire de la naissance de Maria Malibran : Lang Lang faisait partie des interprètes qui l’avaient accompagnée. On raconte qu’un coup de foudre artistique s’était produit entre eux… Cette année, c’est tout un programme de récitals en Europe (Hambourg, Dortmund, Cologne, Paris ou encore &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En 2008, <strong>Cecilia Bartoli</strong> avait réalisé son marathon de concerts pour célébrer l’anniversaire de la naissance de Maria Malibran : <strong>Lang Lang</strong> faisait partie des interprètes qui l’avaient accompagnée. On raconte qu’un coup de foudre artistique s’était produit entre eux… Cette année, c’est tout un programme de récitals en Europe (Hambourg, Dortmund, Cologne, Paris ou encore Amsterdam) qui réunit les deux stars. Au Festspielhaus de Baden-Baden, les 2500 places se sont rapidement arrachées, à tel point que les organisateurs ont eu une idée : rajouter des chaises directement sur la scène, de part et d’autre des artistes. Cette première pour la grande salle badoise, à savoir cumuler des spectateurs à la fois dans la salle et sur la scène semble avoir séduit et convenu à tout un chacun, à commencer par les privilégiés qui étaient au plus près. Il est vrai qu’avoir Lang Lang en face de soi et Cecilia Bartoli qui se tourne de temps à autre pour décocher une œillade à ses voisins d’un soir est une expérience inoubliable, surtout quand on est fan de la première heure. Certes, la belle romaine projette sa voix face à la salle, pas dans notre direction, mais la sensation de grande intimité qui se dégage de la proximité directe s’avère être un cadeau exceptionnel.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20251031_Bartoli_LangLang_c-Marco-Borrelli-1-1-1294x600.jpg" />© Marco Borrelli</pre>
<p>Le duo d’exception propose ce soir un programme extrêmement varié, essentiellement romantique, franco-italien, allant de Scarlatti à Puccini et de Bizet à Debussy, composé de courtes pièces célébrissimes mêlées à quelques raretés. Si virtuosité il y a, ce n’est pas tant au niveau des pyrotechnies vocales ou de la dextérité rapide au clavier qu’elle se situe, les airs de bravoure étant rares, que dans l’apparente aisance et évidence qui se dégage de la performance des deux complices, visiblement à l’écoute et au diapason l’un de l’autre, quitte à enchaîner, par exemple, un <em>Impromptu </em>schubertien avec <em>Una voce poco fa</em> sans pause avec un naturel confondant. L’interprétation commune met en valeur le moindre frémissement, les plus infimes subtilités d’airs qu’on croit connaître par cœur et qui révèlent évidemment toujours de nouveaux trésors et de surprenantes émotions. L’indémodable « Lascia la spina » est ainsi à la fois totalement éthéré et d’un chatoiement coloré d’une richesse inouïe. Les doigts de Lang Lang, eux aussi, semblent ne faire qu’effleurer les touches, mais chaque note flatte l’oreille avec un mélange assez détonant de classicisme épuré et de sensualité sans égale. Les frissons obtenus nous mettent au bord des vapeurs, comme on aurait dit au xix<sup>e</sup> siècle… Les mélodies belliniennes ont droit au même traitement : la simplicité de la note et de la ligne mélodique, sans doute, mais portée par une volupté et un raffinement à se pâmer. La belle romaine, à qui <a href="https://www.forumopera.com/breve/paroles-dartistes-cecilia-bartoli-ou-les-couleurs-dune-voix-en-francais-with-english-subtiles/">Camille De Rijck demandait cet été de qualifier sa voix</a>, la définissait comme flexible et colorée, de nature picturale, évoquant le Caravage. En effet, on se croirait avec elle dans la chapelle Contarelli de l’église Saint-Louis-des-Français à Rome décorée par Caravaggio, dans une tempête d’émotions maîtrisées servie par une palette au premier abord sombre, quoique d’une richesse qui balaie tout le spectre coloré, si on sait y regarder de plus près. Cela dit, c’est davantage au Caravage apparemment plus lumineux et serein qu’on pense, devant une Cecilia Bartoli qui n’a plus vingt ans et la fougue de la prime jeunesse, mais une technique époustouflante de maestria servie par un métier mieux que solide qui transpire de la star, radieuse et superbe, dans une merveilleuse robe rouge incarnat puis déclinée, dans un modèle quasi identique vert émeraude qui met admirablement en valeurs ses formes généreuses et ultra-féminines. La diva est couronnée d’une cascade de cheveux magnifiques, rassemblés en une coiffure sophistiquée qu’on n’oserait certainement pas qualifier de queue de cheval mais qui est comme son chant : à la fois naturel et élaboré, évident et généreux, absolument pas apprêté, mais simplement splendide et si profondément humain.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20251031_Bartoli_LangLang_c-Marco-Borrelli-7-1-1294x600.jpg" />© Marco Borrelli</pre>
<p>On pourrait se lancer dans une analyse de chaque pièce choisie au cours de cette soirée et s’amuser, entre autres, des liens entre les œuvres ; une <em>Arianna a Naxos</em> de Haydn admirée par Rossini, par exemple, dont on entend après un <em>Impromptu</em> de Schubert le « Una voce poco fa » dont les chausse-trape virtuoses ne posent aucun problème à l’infatigable mezzo… On préfèrera n’évoquer que l’intense poésie qui s’est dégagée et intensifiée au cours de cette belle soirée, avec des moments où l’émotion ne pouvait que déborder : comment résister à « O, mio babbino caro », délicat et sincère, profondément habité, sublimé par le <em>Clair de lune </em>de Debussy grâce à un Lang Lang en apesanteur, tout en offrant gaieté, énergie et bonheur dans la <em>Danza</em> ou la <em>Coccinelle </em>de Bizet, à grands renforts de castagnettes, tambourins et mouvements de bouche pour imiter la guitare au besoin…</p>
<p>Tout coule de source et s’équilibre harmonieusement, avec cette curieuse sensation de ne susciter aucun effort apparent aux deux artistes en fusion, à la fois idoles inatteignables et figures familières et amicales en visite. En guise de rappel, un « Non ti scordar di me » d’une qualité nostalgique rarissime, une Séguedille endiablée et un <em>O sole mio</em> craquant, récompensés par toute une collection de bouquets offerts à nos vaillants interprètes. Merveilleuse expérience que ce concert donné à 2500 personnes qu’on a vécu comme un récital de chambre entre intimes. Un souvenir déjà précieux.</p>
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		<title>WEBER, Der Freischütz – Baden-Baden</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/weber-der-freischutz-baden-baden/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 07 May 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Déjà proposée au Théâtre des Champs-Élysées il y a quelques jours, cette version de concert du Freischütz est à présent donnée au Festspielhaus de Baden-Baden. Comme à Paris, l’opéra se voit dépouillé de ses dialogues parlés d’origine au profit d’une prose écrite par Steffen Kopetzky en 1971, correspondant au seul rôle de Samiel. Quand bien &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Déjà proposée au <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/weber-der-freischutz-paris-tce/?utm_source=refresh&amp;utm_content=1746348510&amp;utm_medium=self&amp;utm_term=age-70532&amp;utm_campaign=auto-refresh-stale-content">Théâtre des Champs-Élysées</a> il y a quelques jours, cette version de concert du <em>Freischütz</em> est à présent donnée au Festspielhaus de Baden-Baden. Comme à Paris, l’opéra se voit dépouillé de ses dialogues parlés d’origine au profit d’une prose écrite par Steffen Kopetzky en 1971, correspondant au seul rôle de Samiel. Quand bien même ce texte est récité avec éclat et une belle énergie par la comédienne <strong>Johanna Wokalek</strong>, cette dernière doit être équipée d’un micro pour emplir l’immense salle badoise et surtout, lui permettre de se mesurer aux solistes. Mais le procédé est artificiel et nuit fortement à la cohérence voire au rythme de l’opéra, sans même s’appesantir sur la nature de ce monologue, pour le moins ronflant et ampoulé. On s’interroge sur les motivations de ce choix : les dialogues parlés n’auraient nui en rien au plaisir pris par les auditeurs, tout en permettant de garantir une progression normale de l’intrigue. En l’état, il ressort une sensation de télescopage, voire de mutilation, d’où surnage une succession d’airs plus beaux les uns que les autres, enfilés comme des perles trop espacées sur leur chapelet. Ce tripatouillage est bien éloigné tant du singspiel que de l’opéra romantique dont Carl Maria von Weber est un éminent représentant. Et pourtant, on sort fasciné de ce spectacle, car cet opéra est un chef-d’œuvre qu’on aimerait entendre plus souvent et il se trouve qu’il a été remarquablement interprété ce soir.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20250503_DerFreischutz_c-ManoloPress_MichaelBode-2-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-188850"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Manolo Press/ Michael Bode</sup></figcaption></figure>


<p>Si les rôles de <strong>Milan Siljanov</strong> et <strong>Levente Páll</strong> ne sont pas très étoffés, les deux artistes sont tout à fait en phase avec leurs partenaires, tous impeccables. En méchant obligé de conclure un pacte avec le diable pour arriver à ses fins, <strong>Kyle Ketelsen</strong> excelle et instille dans son rôle de belles subtilités qui magnifient le rôle. Au-delà de ses qualités de diction, le baryton-basse américain possède une vraie présence et rendrait plus que sympathique le plus insignifiant suppôt du diable… Rivalisant d’excellence avec lui, la basse coréenne <strong>Jongmin Park</strong>, quoique cumulant les rôles de Kuno et de l’Ermite, n’a droit qu’à de courtes interventions, mais très remarquées. Le timbre est d’une beauté ineffable et les graves d’une profondeur à la sensualité délicate. En comparaison, le Max de <strong>Charles Castronovo</strong> ferait presque pale figure. La diction du ténor américain, régulièrement invité au Festspielhaus, est tout à fait convaincante&nbsp;; l’incarnation du rôle également (en particulier au début de l’opéra, où le jeune homme n’arrive plus à toucher la moindre cible et se fait moquer par son entourage). Mais lorsque le héros reprend pied, on aurait souhaité davantage de puissance et de rayonnement.</p>
<p>La distribution féminine est, quant à elle, un enchantement. La soprano allemande <strong>Nikola Hillebrand</strong> campe une Ännchen absolument délicieuse, minaudant avec art et beaucoup d’humour, trouvant instinctivement les accents adaptés aux développements de son rôle. La facilité apparente de ses aigus brillants et délicats laisse augurer le meilleur pour la suite de sa carrière. Elle accompagne merveilleusement la superbe <strong>Golda Schultz</strong>. La soprano sud-africaine parvient à faire de son Agathe un personnage d’une richesse peu commune. La moindre note est accentuée par des nuances sensuelles, frémissantes ou autoritaires dans les registres les plus variés&nbsp;: de l’amour pur et sincère à la terreur pour finir en soulagement extatique, tant le visage de la cantatrice que ses ornementations nous émeuvent au plus haut point. Les solistes sont soutenus par le <strong>RIAS Kammerchor</strong> dont on ne peut dire que le plus grand bien, tant dans les liesses villageoises que les scènes d’épouvante de la Gorge-aux-Loups. Et l’on s’incline devant le fringuant <strong>Antonello Manacorda</strong> à la tête de la <strong>Kammerakademie Potsdam</strong>, très en forme, dans tous les pupitres. Un vrai régal&nbsp;!</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/weber-der-freischutz-baden-baden/">WEBER, Der Freischütz – Baden-Baden</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>PUCCINI, Madama Butterfly – Baden-Baden</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-madama-butterfly-baden-baden/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 22 Apr 2025 06:47:13 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Fabuleux. Voilà qui résume le flot d’émotions ressenti au cours de ce spectacle exceptionnel et inoubliable, entre extase et douce mélancolie, le tout zébré de violents coups au cœur. Une soirée proche de la perfection, en fusion totale avec le drame de Puccini. Entre une mise en scène enchanteresse, une interprétation de très haut niveau &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Fabuleux. Voilà qui résume le flot d’émotions ressenti au cours de ce spectacle exceptionnel et inoubliable, entre extase et douce mélancolie, le tout zébré de violents coups au cœur. Une soirée proche de la perfection, en fusion totale avec le drame de Puccini. Entre une mise en scène enchanteresse, une interprétation de très haut niveau et un orchestre au sommet, comment ne pas succomber à cette déferlante émotionnelle de nature orgasmique&nbsp;? Il y a des jours où l’on se sent tout particulièrement privilégié et heureux, d’autant que c’est tout un théâtre qui semble partager le même enthousiasme…</p>
<p><em>Madama Butterfly</em> était la production phare du Festival de Pâques de Baden-Baden et pour cette troisième et dernière représentation, le Festspielhaus était plein comme un œuf, ce qui est bien le moins pour un dimanche pascal, me retorquera-t-on. Dès le matin, les chiffres étaient tombés&nbsp;: cette édition aura accueilli, en 9 jours, plus de 20 000 spectateurs dans les différents lieux de la ville, avec un taux de remplissage de 97&nbsp;%. Vu la taille de la salle (2500 sièges) et le prix des places (370 euros pour les plus chères, tout de même&nbsp;!), on se dit que tout le monde en a eu largement pour son argent, à commencer par ceux qui avaient acquis un billet il y a un an pour s’offrir une place à prix abordable.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20250411_MadamaButterfly_Tetelman_Buratto_c-Monika-Rittershaus-8-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-187799"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>©  Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<p>Pour sa première mise en scène à Baden-Baden, <strong>Davide Livermore</strong> a choisi de déplacer l’action de l’opéra en 1978, où le jeune homme qu’est devenu Dolore, le fils de Cio-Cio-San, revient à Nagazaki et retrouve une Suzuki âgée qui va l’aider à revivre l’histoire de sa mère, dont les amours malheureuses se situent non pas à l’orée du xx<sup>e</sup> siècle, mais dans les années qui suivent la Seconde Guerre mondiale. Or, l’on sait le sort funeste qui a frappé le port japonais en 1945… Les vidéos de <strong>D-Wok</strong>, complice régulier du metteur en scène italien, en attestent, faisant se teinter de noir-de-gris les eaux de ce qui pourrait être un océan ou un aquarium, dans lequel les personnages se meuvent et sont en quelque sorte prisonniers. Le travail du vidéaste est superbe et l’on se noie dedans, comme on pourrait le faire dans un liquide amiotique. Couleurs, formes raffinées et grand soleil rouge ne sont pas sans évoquer le décor admirablement stylisé du film de Paul Schrader, <em>Mishima</em>, ce qui met l’accent sur le sacrifice à la fois du père mais surtout de Cio-Cio-San, magistralement représenté, d’abord avorté, à travers les persiennes de la délicate et fragile cage de papier qu’est la maison de la geisha, puis réussi, la toute jeune femme, humiliée et reniée, mais sublimée, nous tournant le dos lors du seppuku d’une violence et d’une beauté à l’aune de ce que l’on a fait subir à la pauvre jeune femme. Les références sont nombreuses, entre culture européenne et fantasmes orientalisants, tout en s’ancrant dans le théâtre Nô ou les délicates lignes sinueuses et complexes des estampes japonaises. Entre passé et présent, Orient et Occident, dans un fourmillement prolifique du bonheur rêvé ou la sobriété proche du néant dans lequel va plonger l’héroïne, le travail du vidéaste force l’admiration et suscite un intérêt constant, avec quelques séquences sublimes, comme l’explosion qui se traduit par un envol de milliers de papillons ou, par contraste, le pauvre lépidoptère incandescent puis carbonisé mais toujours palpitant du dernier acte. Des lanternes qui s’éteignent peu à peu au petit matin dans une maison qui s’est rétrécie inexorablement, de l’emboîtement de ces falots, en volumes ou simples images filmées faisant paraître Butterfly et ses proches comme autant de marionnettes Bunraku ou de poupées Hina, l’univers poétique qui en découle est un enchantement. Quand Dolore adulte étreint son double enfant, tous deux vêtus à l’identique, on ressent intensément cette exploration au fond de soi dont parle David Livermore : « on cherche souvent à se comprendre soi-même en regardant vers le passé, en se confrontant aux traumas et blessures de ses ancêtres ». Enfant, le metteur en scène ne pouvait supporter le drame de cet opéra qu’à travers le dessin et le chant ; ce sont les dessins de l’enfant qu’était Dolore qui sont d’abord projetés, avant de laisser place à des images plus sophistiquées. Tout est fait ici pour draper le spectateur dans des abîmes sensoriels en contrepoint du chant.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20250411_MadamaButterfly_Tetelman_Istratii_c-Monika-Rittershaus-1-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-187782"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<p>Et c’est peu de dire que le chant est sublime et enveloppant, ce soir. Pourtant, ce sont des torrents sonores qui se déversent de l’orchestre et font paraître les solistes et les chœurs un peu pâlots en contraste, au cours de la cérémonie du mariage. Mais très vite, on ne sait trop comment, l’équilibre se fait et, dans l’immense salle du Festspielhaus, on se sent pleinement immergé, littéralement projeté au centre de la scène. Au centre de ce dispositif, la magnifique <strong>Eleonora Buratto</strong>, formidable Cio-Cio-San, noble et altière, délicieusement juvénile mais incroyablement mature et déterminée à la fois. La soprano lyrique est devenue intensément dramatique, puissamment sonore et incroyablement touchante. Celle qui pourrait n’incarner qu’un fragile papillon épinglé sur le tableau de chasse de l’exploitation ordinaire de l’homme inconséquent et irresponsable est avant tout un être sensible et généreux qui, une fois choisie sa destinée, va l’affronter vaillamment jusqu’au bout, sans rien perdre de sa profonde humanité. La voix, puissante et ductile, en témoigne sans faillir, sans artifices ni simulations, mais avec franchise et mise à nu totale. Face à elle, dans un rôle peu sympathique mais si attachant, <strong>Jonathan Tetelman</strong> est impeccable. Le physique plus qu’attrayant du fringuant ténor correspond idéalement à ce qu’on peut imaginer du héros irrésistible de séduction qu’est Pinkerton. Quant à la puissance phénoménale de la voix, elle est sidérante. Point d’orgue de son interprétation, le «&nbsp;son vil&nbsp;» de l’«&nbsp;Addio, fiorito asil&nbsp;», hurlement prolongé pour une honte bue jusqu’à la lie&nbsp;: de quoi assurer vocalement à coup sûr la rédemption de son personnage… Les «&nbsp;Butterfly&nbsp;» finaux sont presque étouffés, par contraste, ce qui confère au séducteur repentant une noblesse supplémentaire. La mezzo <strong>Teresa Iervolino</strong> se révèle être une Suzuki mieux que crédible. Elle est à la fois le soutien, l’ombre et le reflet de sa maîtresse. Les duos, en particulier celui des fleurs, sont de toute beauté. Le baryton <strong>Tassis Christoyannis</strong> apporte beaucoup d’humanité et de distinction à son Sharpless. Les autres partenaires sont également irréprochables, comme galvanisés par leurs partenaires. Le <strong>Chœur du Tschechischer Philharmoniker de Brünn</strong>, magnifiquement disposé sur le plateau, nous comble dans un chœur à bouche fermée de toute beauté.</p>
<p>La cerise sur le gâteau (une Forêt-Noire, évidemment), c’est la présence de <strong>Kirill Petrenko</strong> à la tête d’un prodigieux <strong>Berliner Philharmoniker</strong>. Quel orchestre ! Il est rare d’atteindre une telle puissance sonore dans l’ample salle badoise. Chaque accentuation, notamment provenant des percussions, est ressentie comme un véritable coup de tonnerre, en traduction sonore d’une violence inouïe des affres vécus par la pauvre geisha. Océan en fureur ou mer (mère ?) étale, la formation parvient à se maintenir en équilibre avec les voix et transcende le drame dans des trésors de sonorités qui s’imposent comme autant d’évidences. Est-ce parce qu’ils sont là pour la dernière fois ? Voilà douze ans que nos musiciens faisaient la joie des festivaliers de Baden-Baden en merveilleuse parenthèse enchantée, avant le retour à Salzbourg. On savait déjà qu’on allait profondément les regretter, mais après ce qu’ils nous ont offert, le manque va se faire souffrance. En attendant, il s’agit de digérer ce moment d’intense beauté, en patientant jusqu’au prochain festival de Pâques. Non seulement le rendez-vous est pris pour l’année prochaine, mais il est déjà possible de <a href="https://www.festspielhaus.de/veranstaltungen/richard-wagner-lohengrin/">prendre les billets dès maintenant</a>, notamment pour une future production de <em>Lohengrin</em> qu’on attend avec impatience, avec Rachel Willis-Sørensen et Piotr Beczała avec Joana Mallwitz à la direction du Mahler Chamber Orchestra.</p>


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<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Osterfestspiele 2025 | Premiere »Madama Butterfly«" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/UOUAaypl1kQ?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Davide Livermore" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/9i0GiDzwc9o?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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		<title>STRAUSS, Die Fledermaus – Baden-Baden</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-die-fledermaus-baden-baden/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Dec 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Un an quasiment jour pour jour après avoir été montée au Théâtre des Champs-Élysées, la production de Die Fledermaus en version de concert est présentée au Festspielhaus de Baden-Baden pour deux représentations dont la première, ce vendredi soir, a rencontré un beau succès. Déjà au TCE, le spectacle avait été ovationné, comme nous le raconte &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Un an quasiment jour pour jour après avoir été montée au Théâtre des Champs-Élysées, la production de <em>Die Fledermaus</em> en version de concert est présentée au Festspielhaus de Baden-Baden pour deux représentations dont la première, ce vendredi soir, a rencontré un beau succès. Déjà au TCE, le spectacle avait été ovationné, comme nous le raconte <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-ii-die-fledermaus-paris-tce/">Audrey Bouctot</a>&nbsp;; à Baden, le public est tout aussi preneur de la vision francophile proposée de ce monument de la culture germanique.</p>
<p>Il faut dire que la mise en espace de <strong>Romain Gilbert</strong> est tout à fait remarquable, pétillante et virevoltante à souhait. Comme pour <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gluck-orfeo-ed-euridice-baden-baden/">Orfeo ed Euridice</a></em> il y a quelques jours à peine, les versions de concert du Festspielhaus sont en quelque sorte des mises en scène déguisées qui se suffisent largement à elles-mêmes. Tous les chanteurs incarnent leur rôle à la perfection, merveilleusement dirigés par le Français qui sait les placer et les faire se mouvoir comme d’authentiques stars de théâtre. Tous en font des tonnes, mais juste ce qu’il faut pour ne pas sombrer dans le grotesque ou le ridicule. Le chant peut dès lors se déployer aussi librement qu’avantageusement et correspondre à des personnages de chair, un vrai régal pour les spectateurs présents, dont les zygomatiques sont sollicités de la première à la dernière minute d’un spectacle survolté.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="681" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Fledermaus_Andrea_Kremper_1-1024x681.jpg" alt="" class="wp-image-179385"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Andrea Kremper</sup></figcaption></figure>


<p>De tout ce déploiement d’énergie, c’est Adèle qui est la meneuse la plus brillante. Il faut la voir se trémousser, se prendre dans les câbles avant de les mettre en connexion, illuminant le grand sapin de Noël jusque-là sagement enrubanné par une myriade de Led. C’est à croire qu’elle aurait avalé la guirlande électrique tant la jeune soprano allemande brille et irradie, chantant toujours un peu plus fort que les autres, ne reculant devant aucune vocalise périlleuse mais magistralement envoyée et maîtrisée. Bref, montée sur ressorts, aussi effrontée et adorablement insupportable que son personnage de soubrette qui en connaît un rayon et va se faire sa place au soleil, <strong>Alina Wunderlin</strong> est partout et se débrouille pour tirer la couverture à soi en toutes circonstances. Épatante et en roue libre, voici une chanteuse qu’on est ravie de découvrir enfin (elle a pourtant pas mal de rôles de colorature à son actif) et qu’on va se faire un plaisir de suivre, en lui souhaitant une longue carrière pleine de peps et de brio. Le timbre est séduisant, les aigus percutants et agiles, la technique sûre dans tous les registres.</p>
<p>À ses côtés, tous tirent leur épingle du jeu et nous offrent de belles prestations, avec en tête un <strong>Huw Montague Rendall </strong>plus rentier décontracté et séducteur que nature, timbre velouté et lumineux, tessiture homogène et science de l’abattage. Tout juste pourrait-on reprocher au baryton britannique et à son Eisenstein de ne pas adopter plus souvent l’accent viennois, ce qui est d’ailleurs le cas de l’ensemble des protagonistes. Son camarade vengeur Falke est impeccablement servi par le baryton croate <strong>Leon Košavić</strong>, qui donne à son personnage beaucoup de charisme. Tout aussi épatant, le Frank du baryton <strong>Michael Kraus</strong>, authentique viennois et inénarrable facétieux. Le ténor Magnus Dietrich n’est pas en reste, qui nous ravit d’aigus percutants une fois sur le devant de la scène, alors qu’il faisait presque pâle figure quand il donnait la sérénade à la maîtresse de maison du fond de la scène. Laquelle est magistralement campée par <strong>Iulia Maria Dan</strong>, maîtresse femme, un rien fatale et autoritaire, mais tout en nuances et en raffinements. Une bien belle Rosalinde, dont la voix se marie merveilleusement avec celle de ses partenaires. La mezzo ukrainienne <strong>Ekaterina Chayka-Rubinstein</strong>, très drôle en Orlofsky qui déloge le chef de son pupitre, nous propose cependant un prince blasé un peu trop sage. On aurait bien aimé pouvoir la comparer avec Marina Viotti prévue pour le même rôle dans la seconde distribution.</p>
<p>À la tête des <strong>Musiciens du Louvre</strong> en grande forme, <strong>Marc Minkowski</strong> semble prendre beaucoup de plaisir à ce répertoire dont il arrive, avec sa phalange, à restituer toute la subtilité, la sensualité et le brio. Constamment tourné vers les solistes chanteurs, la complicité est totale et le tout se déguste comme un bon champagne. Le chef a cependant le triomphe modeste. À peine arrivé sous un tonnerre d’applaudissements, il commence sans s’attarder ; pour les saluts, il fait s’avancer tout l’orchestre au bord de la rampe (il y a de la place au Festspielhaus) et se positionne derrière sa formation et les choristes, très en voix. Une bien belle réussite.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-die-fledermaus-baden-baden/">STRAUSS, Die Fledermaus – Baden-Baden</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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