La ligne claire

Wagner : Die Walküre - Zurich

Par Charles Sigel | dim 25 Septembre 2022 | Imprimer

Voilà une image dont on se souviendra longtemps : Brünnhilde consolant un Wotan brisé par la douleur, au sommet du rocher. Un sommet d’émotion après de déchirants adieux père-fille.


© Monika Rittershaus

Cette Walküre zurichoise s’inscrit dans la ligne graphique déjà tracée par Andreas Homoki pour Das Rheingold. On retrouve les hautes parois blanches et leurs moulures. On retrouve la tournette. On passe d’une pièce à l’autre d’un appartement bourgeois démeublé, à moins que ce soit un hôtel de luxe anonyme ou les bureaux d’un conseil d’administration, ultimes restes des splendeurs d’une entreprise qui court vers la faillite.
Ce décor clair est comme un espace mental où s’inscrit le drame bourgeois qu’est devenu la Tétralogie, héritage de la lecture de Patrice Chéreau.

Seul souvenir d’une gloire déjà lézardée, un grand tableau posé contre un mur représente le Walhalla. C’est sur lui que se juchaient Fasolt et Fafner durant le prologue. Les mouvements de la tournette révèleront les arrière-cours de ce monde en déshérence, la cabane de Hunding, la forêt où s’enfuiront Siegmund et Sieglinde…

Une immense table dorée et une profusion de chaises dorées semblent attendre l’assemblée des Dieux, mais où sont-ils, les Loge, Froh, Freia et consorts ?


Tomasz Konieczny © Monika Rittershaus

Un zeste de second degré

Dans L’Or du Rhin, au gré d'une mise en scène joueuse et preste (ça bougeait tout le temps), le décor suggérait une manière de pensionnat où les Filles du Rhin bondissaient sur leurs lits en métal, puis un tas d’or apparaissait et c’était le Nibelung, les Géants avaient des airs de maçons italiens, Loge semblait une réincarnation de Jack Sparrow, Donner et Froh avaient l’allure d’amateurs de cricket avec veste à rayures et jambières. Un monde de dilettantes insouciants, gouvernés par un Wotan roublard à souhait, trompant tout le monde, un chevalier d’industrie, puérilement fier d’avoir arraché l’anneau d’or au doigt d’Alberich.

Temps heureux ! Mais le ciel des Dieux était lourd de menaces : Alberich, brutal comme un marchand d’esclaves, en grosse fourrure de capitaliste caricatural, avait proféré sa malédiction et Erda était montée des profondeurs pour avertir Wotan que le crépuscule approchait.


Eric Cutler © Monika Rittershaus

Si le décor reste le même, tout a changé, et dès les premiers vrombissements des cordes graves, dès l’apparition d’un Siegmund aux abois, on plonge dans le drame. Sieglinde, dans une triste robe grise d’orpheline, s’approche de ce Robinson qui échoue chez elle. Curieusement, apparait aussi la silhouette de Wotan, dans ce qui sera son costume de voyageur, chapeau en cuir bouilli et cache-poussière à la Sergio Leone. L’image est saisissante, mais ce qu’on entend aussi !
On va retrouver la direction incisive, nerveuse, vif-argent de Gianandrea Noseda qui dirige sa première Tétralogie, et qui, comme les chanteurs, privilégie l’action, le théâtre, le tempo et surtout la clarté.

Chaudron sonore et Italianitá

L’Opéra de Zürich est une petite salle, d’un touchant rococo 1900, dont l’acoustique est limpide à l’extrême. Pour le dire d’un mot, c’est le contraire du son de Bayreuth, où tout est fondu, enveloppant, mystérieux. Quand on a le privilège d’être au quatrième rang, comme le signataire de ces lignes ce soir-là, on y a le sentiment d’être plongé dans un chaudron sonore. On ne voit pas l’orchestre, mais on distingue géographiquement les alliages de timbres wagnériens, les mariages de bois ou de cuivres, variés à l'infini.
L’orchestre, protagoniste essentiel, est à nu, la moindre faute serait audible (il n’y en aura pas), et il faut saluer la performance du Philharmonia Zürich dans un exercice à haut risque. On ne perdra rien des incessants changements de climat d’une partition qui fait succéder des séquences spectaculaires et violentes, des explosions de passion amoureuse  et de longues scènes intimes comme des gros plans. Noseda chef de théâtre y apporte son italianité (et, après tout, à peu près à la même époque, ces scènes père-fille véhémentes ou effusives, Verdi les multipliait de son côté…)

Une libération vocale savamment graduée

Après le tonus foudroyant de l’orage d’ouverture, on sera tout d’abord un peu décontenancé par les premières notes de Sieglinde, un peu grises à l’image de sa robe… C’est chemin faisant qu’on comprendra mieux la subtile construction de son personnage par Daniela Köhler : à mesure que Sieglinde se libèrera de son statut de recluse, la voix s’ouvrira, gagnera en plénitude, en rayonnement, en opulence, pour connaître une manière d’apogée quand éclatera au troisième acte le sublime thème de la rédemption par l’amour, qui sera d’une puissance exaltante.


Daniela Köhler, Eric Cutler et Tomasz Konieczny © Monika Rittershaus

A côté d’elle, tandis que le violoncelle solo énoncera le motif sublime de l’amour, on entendra les premiers mots du Siegmund d’Eric Cutler : toute en subtilité sur « Kühlende Labung », cette voix de  ténor très longue, riche en graves mais puissante et éclatante, qui, quelques semaines auparavant campait un Erik ardent, violent, excessif, dans Der fliegende Holländer à Bayreuth prête à Siegmund une palette expressive très large, la fierté et la fragilité, l’héroïsme et un lyrisme altier, avec des finesses de Liedersänger, de diseur.

Une bande de patibulaires

Un mouvement de la tournette fera apparaitre une gigantesque sculpture couleur anthracite, figurant le frêne puissant qui est l’axe du monde, celui dans lequel Wotan aura taillé sa lance, celui où sont gravés les traités. Pour le moment, le frêne est entouré d’une tribu de patibulaires en peaux de bêtes, tout droits sortis de Game of Thrones, entourant la silhouette massive de Hunding, auquel Christof Fischesser prêtera de beaux graves et une frustrerie de composition.


© Monika Rittershaus

Wotan continue d’errer comme un deus ex machina, c’est lui qui a suscité la rencontre entre Siegmund et Sieglinde, lui qui a apporté l’eau pour désaltérer Siegmund, lui qui, dans une corne, apportera le breuvage pour endormir Hunding, lui qui viendra planter l’épée dans le tronc du frêne. Pour le moment, il dirige le jeu. Qu’il en profite, c’est bientôt fini. Tomasz Konieczny, qui ne prononce pas une note durant le premier acte, où en principe il n’apparait pas, s’impose seulement par sa silhouette altière.

Deux enfants qui jouent

Tout sera en savantes gradations durant ce premier acte : cordes et cors chambristes se mariant sur le « Unheil lag auf mir – Le malheur pèse sur moi » de Siegmund, la mâle fierté de « Wehwalt muss ich mich nennen – Je dois me nommer voué au malheur », l’éclat rutilant de la voix sur « Ein Schwert verhiess mir der Vater – Mon père me promit une épée », le récit d’abord presque trop sage de Sieglinde, désignant l’épée que Wotan a placée dans le tronc du frêne, avec de belles notes hautes mais peu d’élan…. A dessein, bien sûr… Gianandrea Noseda retient l’orchestre, fait des merveilles de mariage de couleurs, jusqu’à l’explosion du « chant du printemps » qu’il maintiendra à un tempo relativement lent et dont Eric Cutler (pour qui c’est une prise de rôle) donnera une interprétation toute en ferveur et en musicalité (le cor anglais !) jusqu’à une tenue radieuse sur « Paar ».

Et dès lors la voix de Daniela Köhler pourra prendre enfin son envol à partir de « Du bist der Lenz ! – Tu es la lumière », on les verra se poursuivre comme des enfants qui jouent à travers les pièces de ce vaste appartement désert, avant qu’éclatent, terrassants, les « Notung ! Notung ! » de l’épée libérée… Fin d’acte exaltée-exaltante, de cet acte dont on dit parfois qu’il est le plus beau de la Tétralogie… Mais que dire du deuxième alors ?


Daniela Köhler et Eric Cutler © Monika Rittershaus

Cheval-jupon

Jolie apparition des Walkyries, dont les têtes de cheval qui leur servent de heaumes font penser irrésistiblement à l’univers de Jean Cocteau. A l’orchestre la chevauchée a tout le mordant qu’il faut, cuivres conquérants et fusées des violons.
La première apparition de Brünnhilde convaincra moins, vocalement s’entend. Dans la véhémence, la voix semble un peu cueillie à froid. C’est pour Camilla Nylund une prise de rôle, après la belle carrière que l’on sait de straussienne et de wagnérienne aussi (les rôles « blonds » notamment).

Drame bourgeois

C’est le moment un peu comique où elle prévient son père qu’il va affronter un rude assaut… « Je ferai face ! » répond-il… Fricka, Mme Wotan, c’est comme dans Rheingold Patricia Bardon, en robe tailleur verte de maîtresse de maison munichoise, qui assume avec vaillance ce rôle ingrat. Mais essentiel puisque, malgré les caresses enjôleuses et les câlins vaudevillesques qu’il tente, elle va obtenir de son époux un renoncement total.


Tomasz Konieczny et Patricia Bardon © Monika Rittershaus

Cette scène de ménage entre un roi des Dieux velléitaire et celle qui se pose en gardienne du mariage (« der Ehe Hüterin ») et de la morale bourgeoise, Noseda va l’animer constamment, dosant avec finesse les changements de tempo, et en faire de l’excellent théâtre. Et le chef d’orchestre italien de faire remarquer l’habileté de Wagner qui, au fil de cette querelle matrimoniale et bientôt de la longue scène Wotan-Brunnhilde, va donner à comprendre toute l’intrigue du Ring.

Ici on apprend que c’est avec une mortelle que sous le nom de Wälse, le Loup, Wotan a engendré le couple incestueux des Wälsung, dont ce Siegmund qui ira à la reconquête du Ring, espère-t-il… Ce sur quoi Fricka n’est pas d’accord : impossible de confier le destin des Dieux au descendant à demi impur d’une mortelle, vocifère-t-elle en exigeant la mort de Siegmund…

Un empire en faillite

Tomasz Konieczny est un baryton clair, dont la voix est d’une insolente projection. De Wotan, il donne une incarnation parfaitement en cohérence avec la lecture d’Andreas Homoki : ce Dieu est une manière de chef d'entreprise, de maître de forges dont les affaires vont à vau-l’eau. Il a encore de la superbe, mais son empire s’effondre. C’est à la fois physiquement et vocalement que Konieczny rendra sensible la reddition du Dieu sous les longues phrases vindicatives de la déesse qui ne veut pas déchoir.
Et c’est très finement qu’il conduira son long monologue avec Brünnhilde : scène très étonnante qui commence dans un parlando, presque un chuchotis, sur un tapis de contrebasses, où Wotan confie à Brünnhilde tous ses secrets : comment il l’a conçue avec Erda, comment Alberich s’est juré la mort des Dieux, comment il avait rêvé d’un fils qui récupèrerait le Ring détenu par Fafner, ce Siegmund dont Fricka veut qu’il disparaisse.


Tomasz Konieczny et Camilla Nylund © Monika Rittershaus

Humain, trop humain

Musicalement tout cela est rendu dans un savant crescendo où s’enchevêtrent les leitmotivs donnant parfois l’impression d’un concerto pour voix et cuivres. Justement il y a du métal dans la voix de Tomasz Konieczny, mais ce n’est pas le bronze de certains Wotan aux graves profonds. Son Wotan, comediante-tragediante, est tour à tour accablé, démuni, puis grandiose dans un sursaut (sur « ewigem Ende » – la fin éternelle annoncée par la Wala), puis sardonique, amer, dérisoire.

En un mot « humain, trop humain ! » Si on admire la conduite de la voix, ses éclats puissants, c’est d’abord par ses accents de vérité, son art de diseur, par sa présence aussi, que le baryton polonais emporte l’enthousiasme, mais le plus beau pour lui est encore à venir…


Eric Cutler et Camilla Nylund © Monika Rittershaus

Au milieu de ce monumental deuxième acte (une heure et demie), une transition d’orchestre et un bref rideau conduiront au tableau suivant : une forêt de troncs dénudés sous la neige et la fuite éperdue des Wälsung. Belle image. Très beaux éclairages virtuoses de Franck Evin quand la tournette révèlera tour à tour les couleurs dorées du salon du Walhalla et celles froides et nocturnes de cette forêt.
La direction de Noseda, le plus souvent animée, ardente, frémissante, mais s’illuminant aussi de moments suspendus, songeurs, contemplatifs, sera à l’unisson de la vivacité, de la théâtralité de la mise en scène, et d’une direction d’acteurs très attentive à la sincérité des attitudes, à leur humanité, paradoxale évidemment.

Eric Cutler et Daniela Köhler magnifiques

C’est dans ce décor sylvestre glacial que Wagner offrira à Sieglinde un monologue saisissant où elle évoquera sa découverte de l’amour dans les bras de Siegmund, elle qui n’avait connu que la sauvagerie de Hunding. Surtout, dans une vision hallucinée, possédée par le pressentiment de la mort de son frère-amant, Daniela Köhler montera encore d’un cran dans l’expressivité, révélant toute l’expansion de sa voix, tandis qu’à l’orchestre s’entrelaceront les cors et les violoncelles précédant l’approche de Brünnhilde. « Ich bin’s, das bald du folgst – Je suis celle que bientôt tu suivras » lancera à Siegmund cette messagère de la mort.  
Le temps semblera alors s’arrêter et Noseda dosera magnifiquement cette attente où se fondront des timbales fatales et les cordes graves. Si Camilla Nylund sera parfois un peu couverte par les cuivres et sa voix un peu heurtée dans ses phrases les plus véhémentes, en revanche elle laissera admirer de beaux phrasés dans les passages plus tendres, tel le « Alles wär’dir das arme Weib – Elle est donc tout pour toi, cette pauvre femme ? »


Christof Fischesser, Eric Cutler, Camilla Nylund, Tomasz Konieczny © Monika Rittershaus

C’est Wotan qui tue son fils

A l’orchestre le thème de la mort se faisant obsédant, Eric Cutler sera superbement héroïque tout au long de cette scène où il dira consentir à mourir à condition d’entraîner Sieglinde avec lui : il lèvera l’épée sur elle (« Dies Schwert ! ») et Camilla Nylund, déchainée et puissante, arrêtera son geste in extremis. Sublime élégance d’Eric Cutler dans son adieu à Sigelinde endormie, douceur ineffable sur « Leblos » alors que le thème du printemps chantera à l’orchestre.
La fin de l’acte sera foudroyante. Après une fuite éperdue dans la forêt, Siegmund fera face à Hunding pour un bref combat, son épée se brisera sur la lance, et c’est Wotan lui-même qui enfoncera cette lance dans le corps de son fils, ce que Wagner n’avait pas prévu. Puis d’’un geste (magique), il tuera Hunding, tandis que Brünnhilde emportera Sieglinde et que Fricka traversera ce salon de bataille d’un air satisfait. Sans savoir bien sûr que Sieglinde porte en elle Siegfried.


Wotan et les Walkyries © Monika Rittershaus

Dans les meilleures mises en scène, il peut y avoir un trou d’air… En l’occurrence ici, ce sera la prise en chasse par les Walkyries d’une joyeuse bande de paladins en chemise de nuit, les mêmes figurants qui jouaient les acolytes patibulaires de Hunding, ici s’égayant avec leurs mollets maigrichons devant les Gerhilde, Helmwige et consorts. Tout cela aimablement ridicule, même si ces dames, jeunes et jolies, chantent plutôt bien et assument avec charme la cuirasse et le jupon blanc, ce qui n’est pas toujours le cas.

Rédemption par l’amour

Les choses sérieuses reprendront avec l’arrivée éperdue de Brünnhilde poursuivie par un Wotan fou de colère. L’engagement vocal de Camilla Nylund jouera dirons-nous la carte de l’expression au détriment de la ligne musicale, c’est d’ailleurs ce que Wagner affirmait préférer.
Mais comment ne pas admirer à nouveau la plénitude, le rayonnement de Sieglinde montant là à des sommets d’émotion et de lyrisme, et le crescendo qui, tandis que le thème de Siegfried traverse l’orchestre, l’amène à un sublime paroxysme sur « O hehrstes Wunder ! Herrlichste Maid ! » alors qu’apparaîtra l’un des plus beaux motifs de la Tétralogie, celui de la « rédemption par l’amour » qu’on ne réentendra qu’à l’extrême fin de Götterdämmerung et que Daniela Köhler profère ici avec un éclat splendide.


© Monika Rittershaus

A peine se sera-t-elle enfuie qu’un mouvement de la tournette fera apparaître le rocher sur lequel sera juché un Wotan montant à des  sommets de fureur (effet boeuf du tuba !) et la voix de Tomasz Konieczny s’ombrera ici de couleurs très noires, comme pour rappeler qu’Alberich et lui sont le miroir l’un de l’autre. Et la ferveur du chœur des Walkyries, aussi mélodieuses soient-elles pour l’appeler à la clémence, n’y fera rien.

Commencera alors la monumentale confrontation finale entre le Dieu furibard et sa fille insoumise. C’est là qu’on entendra Camilla Nylund à son meilleur, dans le mezza voce de « Hier bin ich Vater », puis dans le « War es so schmählich, was ich verbrach – Etait-ce si honteux, ce que j’ai commis ? » C’est là que son art de la ligne musicale fera merveille, davantage que dans la virulence. Accompagnée par hautbois et flûte, elle commencera un plaidoyer qui culminera sur « Der diese Liebe mir in Herz gehaucht » et une superbe note tenue sur « vertraut ».
Tomasz Konieczny alternera quant à lui des phrases d’une projection, d’une noirceur, d’une force de frappe impressionnantes, puis passera par des phases de lassitude, d’abattement, de fragilité, alors qu’on entendra dans la fosse des lambeaux de thèmes, celui de la mort, celui de la malédiction, dans un climat de tristesse accablée qui mènera aux Adieux.

Un degré de plus dans le sublime

Les images qui vont dès lors se succéder seront toutes plus belles les unes que les autres : Brünnhilde gisant à terre et Wotan se jetant sur elle comme pour une étreinte amoureuse, et commençant ainsi son « Leb wohl, du kühnes, herrliches Kind ! – Adieu, vaillante et sublime enfant ! »
On l’a dit, Tomasz Konieczny, baryton clair, s’il a la puissance et l’éclat, n’a peut-être pas les graves profonds qu’il faudrait pour ce moment de la partition. Avec beaucoup de sensibilité (et de science), il y suppléera par l’intensité tendre qu’il mettra dans cet adieu, et par tout ce qu’il exprimera par son corps. Devenu soudain très vieux, voûté, le corps pesant, il posera sa tête sur le rocher, en fera le tour comme un vieillard, puis en fera laborieusement l’ascension avec sa fille.


© Monika Rittershaus

Et là, image magnifique, on le verra s’abattre, comme mort, une main pendue dans le vide, Brünnhilde se penchant sur lui pour consoler ce vieil homme épuisé. Il se redressera pour lui chanter, au bord des larmes, telle une ballade amoureuse « Der Augen leuchtendes Paar » en caressant ses paupières, puis, comme halluciné, ouvrira ses mains d’un geste d’offrande sur « zum letzenmal ». Les derniers mots « Denn so kehrt der Gott sich dir ab, so küsst er die Gootheit von dir ! – Ainsi le dieu s’éloigne de toi, et te prend d’un baiser ta divinité ! » seront murmurés dans un souffle, presque inaudibles.

Tout cela très bouleversant.

Le reste, ce sera un défilé de thèmes mélancoliques aux violons, puis celui des Traités aux trombones , Wotan appellera Loge pour qu’il enflamme le rocher. Qu’on verra s’embraser de l’intérieur comme un charbon ardent et disparaître dans la coulisse. Wotan ôtera sa pelisse de dieu, enfilera son cache-poussière de Wanderer et son chapeau de cuir bouilli, hésitera à prendre sa lance, la laissera là, et sortira à petits pas.

Très beau.

(à suivre...)


© Monika Rittershaus

 

 

 

 

 

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