
© Domaine public — Joseph Willibrord Mähler, 1815 — Wikimedia Commons
L’Opéra Royal de Versailles propose en octobre 2026 une nouvelle production de l’opéra, mis en scène par Jean-Romain Vesperini et dirigé par Théotime Langlois de Swarte.
Une tragédie lyrique par un Italien à Paris
Lorsque Salieri arrive à Paris en 1784, l’Académie royale de musique cherche de nouveaux modèles après la révolution opérée par Gluck. Après le succès des Danaïdes et l’accueil plus réservé des Horaces, il trouve avec Tarare un terrain idéal pour poursuivre cette synthèse. Créé en 1787, cette tragédie lyrique associe ambition politique et exotisme oriental. Salieri adapte sa musique aux situations et multiplie les styles pour répondre à la diversité du spectacle. Tarare témoigne de la manière dont le compositeur transforme les influences européennes en un langage théâtral personnel.
Un livret de Beaumarchais et un Orient en trompe-l’œil
Dans Tarare, Beaumarchais s’inspire notamment d’un conte persan, Sadak et Kalasrade, mais il transforme largement les éléments empruntés. L’intrigue du sérail, la figure du tyran et celle de la captive sont ainsi intégrées à un Orient volontairement imaginaire, où se mêlent références persanes, indiennes et ottomanes. Ormus n’a donc pas vocation à représenter un espace géographique réel : il constitue avant tout un cadre propice à la réflexion sur le pouvoir et la liberté. L’exotisme, les fêtes et les décors orientaux servent ainsi moins à produire une représentation réaliste de l’Orient qu’à mettre à distance une critique du despotisme.
Quand l’histoire réécrit Tarare
Les versions successives de l’opéra évoluent au gré des bouleversements historiques. Ainsi, la reprise de 1790 renforce les thèmes de liberté et de souveraineté nationale, notamment à travers le nouveau dénouement. En 1795, l’œuvre prend une orientation plus républicaine puisque Tarare renonce au pouvoir au profit de la République proclamée par le peuple d’Ormus. Sous le Consulat et la Restauration, cette portée politique est progressivement réduite afin de rendre l’œuvre compatible avec le retour d’un pouvoir monarchique.
De Tarare à Axur, un opéra métamorphosé
Tarare connaît quelques mois plus tard une seconde vie à Vienne sous le titre Axur, re d’Ormus, sur un un livret italien signé de Lorenzo Da Ponte. Ce dernier adapte l’opéra français au public viennois, mais une simple traduction s’avère impossible. Le livret est donc profondément remanié et le propos politique de Beaumarchais largement atténué. Prologue, personnages, tessitures, découpage et formes musicales sont transformés, tandis que les airs prennent davantage d’importance. Le sombre drame politique de Tarare devient ainsi un dramma tragicomico plus sentimental, où l’expression lyrique et les situations amoureuses occupent une place accrue.
À découvrir en CD, dirigé par Christophe Rousset
Pour Tarare, une seule, mais excellente, version discographique est aujourd’hui disponible : celle dirigée par Christophe Rousset. Enregistrée avec les Talens Lyriques et le chœur du Centre de musique baroque de Versailles, elle a pour atout une direction vive et incisive, qui met en valeur les contrastes de cette partition. Les solistes sont tous excellents et impeccables dans leur prononciation, à commencer par Cyrille Dubois dans le rôle-titre. À côté de cette référence, une captation de René Clemencic documente Axur, re d’Ormus, tandis que le DVD dirigé par Jean-Claude Malgoire propose une autre manière d’aborder Tarare, cette fois par la scène.
