Pour ouvrir sa 136e saison, le Carnegie Hall avait sorti le grand jeu : les Berliner Philharmoniker, Kirill Petrenko au pupitre et Jonas Kaufmann en vedette. Jeudi 8 octobre, le ténor allemand donnait son premier concert new-yorkais avec orchestre depuis huit ans. Au programme, Verdi, Leoncavallo, Cilea, Giordano et les somptueuses fresques romaines de Respighi. La soirée promettait d’être mémorable. Elle l’a été, mais pas pour les mêmes raisons selon les critiques.
Pour Susan Hall, de Berkshire Fine Arts, Kaufmann est en pleine forme. Sa voix lui paraît plus riche, plus ample, ses aigus particulièrement satisfaisants. Elle salue également l’entente entre le chanteur et le chef russo-autrichien, dont elle admire la façon de faire respirer l’orchestre.
Tout autre son de cloche chez Carlos J. López Rayward, d’Opera World. Sous un titre évoquant un « faux pas de Kaufmann », le critique de la revue espagnole oppose la perfection orchestrale à une prestation vocale qu’il juge très en deçà. Même la mezza voce du ténor ne trouve pas grâce à ses yeux.
Entre ces deux extrêmes, David Salazar, d’OperaWire, admire le phrasé toujours aussi élégant de Kaufmann dans le Prologue de Pagliacci, page écrite pour baryton, tout en relevant des graves moins sonores et quelques aspérités vocales. Son « Vesti la giubba » lui semble le plus abouti de ses quatre airs. Rick Perdian, pour Seen and Heard International, apprécie surtout les demi-teintes de « È la solita storia del pastore » de L’Arlesiana, mais trouve plus routinier l’air final, « Amor ti vieta » de Fedora.
Plusieurs comptes rendus relèvent toutefois un incident : au terme de l’air de Cilea, Kaufmann a dû écourter l’aigu final et s’éclaircir la gorge avant de conclure. Pour Perdian, cet accroc expliquait la retenue observée depuis le début de la soirée, et les quintes de toux qui ont accompagné les derniers saluts ne laissaient guère de doute sur une indisposition. Le public n’en a pas moins réservé au chanteur une chaleureuse ovation.
Sur Petrenko et les Berliner Philharmoniker, les jugements convergent davantage, malgré certaines réserves sur des excès de puissance. Les Fontane di Roma et Pini di Roma de Respighi ont permis à l’orchestre de déployer toute sa palette sonore et de faire briller ses pupitres. Kaufmann aura donc divisé, mais Berlin semble avoir conquis New York.
Et le Carnegie Hall n’en est qu’au début de ses réjouissances. Les 13 et 15 novembre, Kaufmann y retrouvera Gustavo Dudamel, à la tête du New York Philharmonic, pour une Tosca de concert avec Marina Rebeka et Ludovic Tézier. Ce rendez-vous inaugurera un partenariat de cinq ans consacré à l’opéra. Du 18 au 23 mars 2027, Gianandrea Noseda dirigera le premier Ring intégral de l’histoire de la salle, avec l’Orchestre de l’Opéra de Zurich, Michael Volle, Klaus Florian Vogt et Camilla Nylund. Côté lyrique, la saison s’annonce trépidante.
Programmation officielle 2026-2027 du Carnegie Hall

