On l’a encore vu et entendu cette année sur la scène du Palais Garnier dans Satyagraha de Philip Glass et on l’aime plus que de raison. Mais Anthony Roth Costanzo ne se contente pas de chanter : il dirige désormais Opera Philadelphia, imagine des spectacles, enregistre et va publier son premier livre.
Le 27 octobre paraîtra aux États-Unis Countertenor. S’y entremêlent autobiographie, histoire de la musique, réflexion sur le genre et exploration intime de la voix. Costanzo remonte évidemment jusqu’aux castrats, mais refuse de s’arrêter aux portes de l’opéra. Pour comprendre ce que peut être une voix masculine aiguë, il convoque aussi la culture populaire, de Michael Jackson à Mickey Mouse.
Une manière que l’on imagine fidèle de raconter un artiste qui s’est toujours plu à faire sauter les cloisons. Le livre sera d’ailleurs précédé, le 23 octobre, d’un album portant lui aussi le titre Countertenor, sorte d’autoportrait musical où Monteverdi, Vivaldi, Mozart et Philip Glass côtoient une chanson hawaïenne, Walk Like a Man des Four Seasons ou encore You Don’t Own Me, revisité dans un univers qui n’est pas sans rappeler Klaus Nomi, géniale comète fauchée par le sida.
Le grand écart n’est finalement qu’apparent. Costanzo entend montrer que le falsetto et les voix masculines évoluant dans l’aigu ne constituent nullement une curiosité réservée aux amateurs d’opéra baroque : ils traversent les siècles, les genres et notre imaginaire sonore, depuis les castrats jusqu’aux icônes de la pop.
Venant d’un chanteur dont la carrière elle-même échappe aux catégories, la démarche prend une saveur particulière. Akhnaten de Philip Glass est l’un des rôles aujourd’hui indissociables de son nom. Depuis 2024, il est également directeur général et président d’Opera Philadelphia, sans pour autant avoir renoncé à la scène. Le public parisien le connaît bien : avant Satyagraha cette saison, il avait notamment participé à The Exterminating Angel de Thomas Adès et s’était offert, en novembre dernier, un gala à Garnier conçu autour de son univers.
À 44 ans, Anthony Roth Costanzo possède donc suffisamment de vies pour écrire ses mémoires. Il préfère manifestement commencer par expliquer pourquoi, de Farinelli à Mickey Mouse, les hommes n’ont jamais cessé d’aimer chanter haut.

