Valérie Chevalier : « je me souhaite de réussir à Montpellier ce que Jean-Pierre Brossmann a réussi à Lyon. »

Par Maurice Salles | lun 27 Janvier 2014 | Imprimer
Pour la commodité de la lecture nous donnons à cet entretien avec Valérie Chevalier la forme classique question-réponse. A regret car ce compte-rendu sera dépourvu de l’agréable impression de conversation à bâtons rompus que la nouvelle responsable de l’ l’Opéra et de l’Orchestre National de Montpellier excelle à donner. Véritable spontanéité ou maîtrise souveraine de la communication ? Chaleureuse, enjouée, souriante, avouant son âge sans fard…un vent nouveau souffle bien sur l’Opéra de Montpellier. On reste sous le charme.
 
Quel a été votre parcours artistique ?
Ma relation à la musique remonte à mon enfance ; j’ai commencé par étudier la flûte traversière, vers mes six ans, puis le chant choral. Très vite on m’a confié des solos, et avant même mes douze ans j’ai pris des leçons de chant. J’ai eu mon prix au Conservatoire de Rouen en même temps que le baccalauréat, et je me suis inscrite au concours du Conservatoire de Paris. Mais mon parrain connaissait Michel Sénéchal qui lui a parlé du Concours de l’Ecole de l’Opéra, et je me suis inscrite aussi. Ce concours précédait celui du Conservatoire…et j’ai été admise. Alors j’ai abandonné le Conservatoire pour en quelque sorte entrer au paradis : nous prenions nos cours à l’Opéra-Comique, nos repas avec les danseurs étoiles de l’Opéra, et nous pouvions non seulement nous faufiler aux répétitions mais encore assister aux spectacles, et l’Opéra accueillait alors Pavarotti, Sherryl Milnes, Shirley Verrett, Frederica Von Stade, j’en passe…Vous devinez mon émerveillement ! Très vite on m’a confié des utilités, des petits rôles, et je suis entrée dans la carrière. Puis pour diverses raisons personnelles je suis partie pour les Etats-Unis, où j’ai continué à travailler, en particulier avec Lorraine Nubar. Mais j’y ai aussi commencé une formation en administration et gestion, et à mon retour en France je l’ai complétée. Alors, que s’est-il passé ? Je n’avais plus la flamme initiale pour être sur la scène, aux lumières, mais j’avais envie d’organiser. J’ai commencé par ouvrir une agence, pour aider les jeunes chanteurs, et puis j’ai été appelée à Nancy. La suite est un peu plus connue, j’ai pu progressivement y élargir le répertoire de l’opéra et de la musique symphonique, appeler beaucoup d’artistes à leurs débuts, qu’il s’agisse de chanteurs ou de metteurs en scène, bref imposer la maison à un niveau artistique reconnu et envié.
Pourquoi alors quitter Nancy pour Montpellier ?
Parce que j’aime me lancer des défis. Après neuf années à Nancy, où je crois avoir exploré toutes les possibilités de ma fonction et de la maison, venir à Montpellier était changer d’échelle, en termes d’effectifs et de budget. C’est un enjeu stimulant.
Pourtant votre arrivée coïncide avec des restrictions budgétaires sévères qui vont limiter votre liberté d’action…
Oui, et en plus il y a un changement dans l’organisation de la structure, avec la transformation en EPIC. Mais je m’efforce d’être positive : au lieu d’être frustrée je considère que l’accord unanime des tutelles sur le budget, avec les provisions pour les défraiements liés aux indemnités de départ des uns et des autres, constitue une base nette et saine sur laquelle je peux bâtir quelque chose.
On a pu lire que vous souhaitez augmenter le nombre de titres. Comment ferez-vous, avec moins d’argent ?
Je voudrais intégrer la production d’Opéra-Junior à la saison de l’Opéra, en lui donnant les moyens d’un véritable spectacle, de façon à pouvoir la reprendre avec une distribution « adulte ». Je vais aussi explorer les ressources des théâtres qui existent dans les villes de la région en termes d’accueil, car il faut qu’au moins une production puisse sortir de Montpellier. Je vais chercher les moyens de revoir certains projets, qu’il s’agisse de distributions ou de partenariats, dans le sens d’une baisse des coûts. Il y a le souhaitable, le désirable, et il y a le possible. C’est mon rôle d’être responsable en fonction des moyens disponibles. Et puis je crois pouvoir compter sur la solidarité d’un certain nombre de collègues qui m’ont déjà appelée pour me proposer certaines de leurs productions à prix d’ami, autant dire pour un prix symbolique, seuls les frais de transport et d’installation restant à notre charge. D’autres me proposent de nous associer pour des coproductions, ce qui divise les coûts…Vous voyez, il y a des pistes.
Ne craignez-vous pas que les syndicats en appellent aux sacro-saints avantages acquis ?
Non, parce que ce qui m’a frappé dans les quelques contacts que j’ai eus, c’est le sens de la responsabilité de personnes bien conscientes que le changement de structure entraînera de fait des changements des situations, et que les surenchères ou l’intransigeance auraient pour seul résultat de compromettre jusqu’à le menacer l’avenir professionnel de certains. Il y a un outil de travail magnifique, il y a du personnel compétent et motivé, les conditions existent pour qu’ensemble nous fassions du bon travail.
Pourriez-vous nous parler du chœur, objet de maintes rumeurs ?
Je vais rencontrer prochainement le chef de chœur, Noëlle Gény, dont la compétence est reconnue. Dans tous les théâtres la composition du chœur est l’objet de commentaires, parce que des gens vieillissent, d’autres s’encroûtent, mais il ne faut jamais perdre de vue l’aspect humain de la gestion. L’important est de ne pas laisser les problèmes s’enkyster, et c’est malheureusement ce qui s’est produit ici. De toute façon je ne prendrai aucune décision avant d’y voir plus clair.
Et pour la direction musicale de l’orchestre, pouvez-vous nous en parler ?
Un nom circule dans l’orchestre et j’y serai plus que favorable, mais d’une part les contraintes financières nous empêchent de procéder à une nomination avant 2015, d’autre part il faudra trouver un accord sur la durée de la présence et un accord sur les cachets. Donc je ne puis en dire davantage.
Si vous deviez vous choisir un modèle parmi les directeurs d’opéra ?
Sans hésiter, Jean-Pierre Brossmann. Je l’admire et je me souhaite de réussir à Montpellier ce qu’il a réussi à Lyon !
 
Propos recueillis par Maurice Salles le 2 janvier 2013
 
 
 
 
 
 
Valérie Chevalier © DR

 

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