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7 mai 1926 : les malheurs de Darius

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7 mai 2026
Les Malheurs d’Orphée, opéra de poche de Darius Milhaud, étaient créés voici 100 ans à Bruxelles

C’est un deuil qui conduit Darius Milhaud à s’intéresser au mythe d’Orphée au début des années 1920. Il racontera dans ses souvenirs (les passionnantes Notes sans musique) que sa décision d’écrire, à son tour après tant d’autres, un opéra sur ce mythe lui était venu à la suite d’une expérience personnelle douloureuse. Le critique littéraire Georges Jessula précisera plus tard que c’est bien un deuil, celui d’une femme aimée rencontrée avant son mariage avec Madeleine Milhaud, qui avait nourri sa propre interprétation du mythe d’Orphée, comme s’il s’identifiait au héros.

Intéressée par le projet, la princesse de Polignac, mécène essentielle de nombre d’artistes dans les années 20, passe commande de l’opéra, qui lui sera dédié. C’est un autre grand ami de Milhaud – qui en avait beaucoup – Armand Lunel, qui va en écrire le livret, librement inspiré du mythe : Les Malheurs d’Orphée.

Armand Lunel

L’action est transposée en Camargue. Orphée est un guérisseur rebouteux, respecté et heureux en ménage avec sa femme Eurydice, une bohémienne. Mais plusieurs villageois se méfient de ce « fils du diable » et sont jaloux de sa réussite. Ils vont provoquer la maladie d’Eurydice puis sa mort. Désespéré, Orphée revient au village après les funérailles et tombe sur les sœurs de la défunte, qui l’accusent d’avoir assassiné sa femme. Il se laisse tuer par elles à son tour, désireux de retrouver Eurydice dans la mort. Seuls les animaux, qui étaient ses amis, savent qu’il est innocent.

Armand Lunel élabore un livret très poétique, qui sera salué par la critique, autour de cette histoire terriblement noire, et s’interroge sur le rôle des artistes dans une société. Milhaud compose la partition à Paris et prévoit un orchestre de chambre de 13 instruments. Orphée et Eurydice sont les seuls solistes et les autres personnages sont confiés à des ensembles vocaux : celui des métiers, celui des animaux et celui des bohémiennes vengeresses. L’œuvre elle-même relève de l’opéra de poche et dure 35 minutes.

Elle est créée voici tout juste 100 ans, le 7 mai 1926, au Théâtre de la Monnaie à Bruxelles, sous la direction de Maurice Corneil de Thoran, co-directeur musical de la maison. La critique est très positive, tout comme l’accueil public. L’œuvre, touchante, est aussi le reflet de l’attachement profond de Milhaud pour sa Provence natale (il est né à Marseille, et Aix-en-Provence sera son havre. Il y est d’ailleurs enterré et le conservatoire y porte son nom), tout comme ses évolutions stylistiques, avec des influences diverses telles que le jazz, la musique populaire, la polytonalité, sans renoncer aux structures de la musique française.

Darius Milhaud a enregistré lui-même son opéra en 1956, mais je vous propose l’interprétation plus récente de Paul Sacher à Bâle. Car pour un centenaire, une fois n’est pas coutume, pourquoi ne pas écouter la totalité de ce remarquable opéra de poche ?

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