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	<title>Benjamin APPL - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Benjamin APPL - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>GOUNOD, Roméo et Juliette &#8211; Madrid</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/gounod-romeo-et-juliette-madrid/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Jun 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Reprise à Madrid de la production de Roméo et Juliette par Thomas Jolly que les Parisiens ont vue à l’ONP en 2023, et que Christian Peter a chroniquée ici (on renverra à cette chronique pour le détail de la mise en scène). Cette série de représentations est dédié à la mémoire d’Alfredo Kraus, dont on &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Reprise à Madrid de la production de <em>Roméo et Juliette</em> par <strong>Thomas Jolly</strong> que les Parisiens ont vue à l’ONP en 2023, et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gounod-romeo-et-juliette-paris-bastille/">que Christian Peter a chroniquée ici</a> (on renverra à cette chronique pour le détail de la mise en scène). Cette série de représentations est dédié à la mémoire d’Alfredo Kraus, dont on fêtera l’an prochain le centième anniversaire de la naissance et qui interpréta Roméo en 1987 au Teatro de la Zarzuela de Madrid. Au Teatro Real ce ne sont pas moins de trois distributions qui alternent pour les treize représentations données jusqu’au 13 juin. Nous voyons le Cast A.</p>
<p>Tout est bien sombre sur la scène du début à la fin. Le vaste plateau tournant, qui ne cesse d’ailleurs sa ronde pendant les cinq actes est une déclinaison d’escaliers monumentaux en pierre noire. Seul le premier acte, celui de l’insouciance, de la joie et de l’amour naissant, laisse transparaître la lumière de la fête, de la gaieté et, lorsqu’au deuxième acte les festivités sont achevées et les lumières éteintes, le vaste et complexe décor unique tournant fait figure de vaisseau fantôme ; jusqu’à la fin les lumières seront minimales et nous nous enfoncerons sans retour dans la tragédie.<br />
L’esthétique et l’équilibre de ce décor (<strong>Bruno de Lavenère</strong>)  sont une réussite incontestable, de même que les costumes (<strong>Sylvette Dequest</strong>). A remarquer aussi particulièrement la qualité chorégraphique. C’est <strong>Jodépha Madocki</strong> la grande ordonnatrice des ballets (dont le ballet du second tableau du IV)  et innombrables danses qui accompagnent principalement les deux premiers actes. C’est très dynamique, remarquablement réalisé sur le plan technique et c’est un plaisir des yeux. L’occupation de l’immense scène est optimale.</p>
<p style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/1920X1200_RomeoyJulieta_1-1200x600.jpg" />© Javier del Real, Teatro Real</p>
<p><strong>Nadine Sierra</strong> assure sept des treize représentations ; elle est de toute évidence en toute confiance et chez elle ici avec un public à ses genoux : il s’en est fallu de peu qu’elle succombe aux demandes bruyantes de ses fans de bisser sa « valse des fleurs » au premier acte. Les applaudissements fiévreux et du reste parfaitement mérités dès ce premier air ont approché et peut-être même dépassé la minute.<br />
Essayons de rester objectif, et ce n’est pas facile quand on évoque la voix de Nadine Sierra. Cette voix, c’est un velours d’une douceur enivrante allié à un legato si musical, une facilité à faire tournoyer les notes, y compris les plus aigües, et c’est un souffle féroce.  En fait et pour le dire simplement, Nadine Sierra fait de la musique, et elle en donne sans doute aujourd’hui une des plus belles définitions.</p>
<p>Son Roméo est <strong>Javier Camarena</strong>. Le Mexicain nous déçoit ce soir, il faut dire que nous attendions beaucoup de ce duo. Il passe à côté du premier acte où la voix est ténue, instable, la projection insuffisante dans une salle comme celle-ci. Au II son « Ah ! lève-toi, soleil ! » est bien prudent, les aigus sont comme arrachés. C’est à partir du IV, soit après l’entracte, que Camarena retrouve enfin une certaine aisance. Cela nous vaut un duo final avec Juliette de toute beauté.<br />
<strong>Roberto Tagliavini</strong>, habitué de cette scène est un parfait Frère Laurent. Nous aimons cette incarnation forte du prêtre qui va bénir les deux amants : la voix porte, le timbre séduit. <strong>Benjamin Appl</strong> doit lui aussi prendre tout le premier acte pour trouver ses marques. Une fois cela fait, les qualités musicales paraissent : clarté de la voix et projection très satisfaisante. Deux mentions spéciales : le Capulet de <strong>Laurent Naouri</strong> est aussi formidable dans la voix que dans le jeu ; quant au Stephano de <strong>Héloïse Mas</strong> , il a séduit le public dans son air du III (« Que fais-tu, blanche tourterelle ») par sa virtuosité et son (apparente) facilité. Le plateau est complété sans faiblesse par le Tybalt de <strong>Maciej Kwaśnikowski</strong>, la Gertrude de <strong>Sonia Ganassi</strong> et le Pâris de <strong>Tomeo Bibiloni</strong>.<br />
L&rsquo;orchestre du Teatro Real est une machine bien huilée. Les tempi demandés par <strong>Carlo Rizzi</strong> sont justes et le rendu dans l&rsquo;immense salle est généreux ; il y a de la place pour tous les pupitres, la qualité acoustique du théâtre royal n&rsquo;y est sans doute pas pour rien.<br />
Le chœur du Teatro Real est musicalement irréprochable, mais avouons qu’il ne faut pas être trop regardant sur la prononciation du français, ce qui vaut, peu ou prou, pour l’ensemble de la distribution.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<item>
		<title>BACH, Messe en si mineur &#8211; Verbier</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bach-messe-en-si-mineur-verbier/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 28 Jul 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Une ferveur partagée, une interprétation d’une puissance formidable, un chœur et un orchestre en état de grâce, cette soirée restera gravée dans la mémoire de ceux qui étaient là. Mais pour commencer, une impression personnelle si on me la permet : je suis assis non loin d’une travée dans l’immense salle des Combins, comble jusqu’aux &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Une ferveur partagée, une interprétation d’une puissance formidable, un chœur et un orchestre en état de grâce, cette soirée restera gravée dans la mémoire de ceux qui étaient là.</p>
<p>Mais pour commencer, une impression personnelle si on me la permet : je suis assis non loin d’une travée dans l’immense salle des Combins, comble jusqu’aux derniers rangs pour la <em>Messe en </em>si<em> mineur</em>. Tout près, à ma gauche, quelques choristes du <strong>Chœur de Chambre de Namur</strong>, des alti, hommes et femmes, alignés sur les marches, leur partition en main éclairée d’une petite loupiote. C’est ainsi que je vais entendre le <em>Kyrie</em>, avec au premier plan sonore leurs voix d’une incroyable justesse, jusque dans les plus infimes pianissimi, au bord des lèvres dans les dernières notes, et avec au second plan toute la masse chorale et orchestrale, mais dispersée, répandue dans l’espace. <br>Dans l’autre travée, là-bas à droite, il doit y avoir les sopranos, qui donnent la même impression à d’autres spectateurs. On voit au pied de la scène les basses, je ne sais trop où sont les ténors. Sur la scène l’<strong>Orchestre de Chambre du Verbier Festival</strong>, et Leonardo García Alarcón qui dirige, face au public.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/260725_1830_Leonardo-Garcia-Alarcon_-Sofia-Lambrou_BD_-020-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-195800"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Leonardo García Alarcón © Sofia Lambrou</sub></figcaption></figure>


<p>Il vient d’évoquer dans un speech liminaire « cette cathédrale qu’on va construire ensemble… » et justement, cette impression ressentie, c’est comme d’être dans une église près d’un pilier et d’avoir son propre regard, unique, sur l’architecture.</p>
<p>On l’avait entendu en répétition (je poursuis avec les notations personnelles…) dire aux membres du chœur à propos de ce <em>Kyrie</em> « Allez chercher le ciel à chaque note », et le voilà levant les bras très haut pour emmener tout le monde avec lui.</p>
<h4><strong>Une cosmologie sonore</strong></h4>
<p>Dans la même petite adresse au public, où il avait beaucoup dit « Je », signe de l’importance de cette soirée pour lui, il avait évoqué sa découverte de cette Messe alors qu’il avait quinze ans, en Patagonie, et son bouleversement. Puis il avait expliqué le choix des images qu’on verrait sur l’immense écran de fond de scène : des images de galaxies, de constellations, de champs d’étoiles, de filaments étranges, issues de photos prises par le télescope James Webb ou le télescope spatial Hubble, images de la réalité, mais d’une réalité tellement immense et vertigineuse, qu’elle en devient abstraite comme une image mentale.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/260725_1830_Leonardo-Garcia-Alarcon_-Sofia-Lambrou_BD_-149-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-195806"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Quelques membres du Chœur de Namur et de l&rsquo;Orchstre de chambre et le cosmos&#8230; © Sofia Lambrou</sub></figcaption></figure>


<p>Ces images se déployant derrière la musique, sans cesse renouvelées et en mouvement, mises en œuvre et colorées par <strong>Laurent Cools</strong> pour en faire une création video, séduiront les uns et en agaceront d’autres qui les trouveront inutiles. On avouera s’être demandé si ce débat ne reprenait pas la vieille querelle culturelle (pas tout à fait obsolète en Suisse) entre les catholiques amateurs d’images et les protestants amateurs d’austérité…</p>
<p>Au reste, à l’instar de Johann Sebastian Bach jouant sur les deux tableaux, le choix d’illustrer cette sublime musique par des images que chacun peut lire à sa façon, les uns y voyant la main d’un Créateur, les autres la puissance inépuisable et merveilleuse de la nature, ne fait qu’acquiescer à l&rsquo;universalité de cette œuvre, qui célèbre le mystère absolu de ce qui est, le non-vivant et le vivant, et singulièrement de l’Homme, qui n’en est qu’un élément, fragile comme on sait.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/260725_1830_Leonardo-Garcia-Alarcon_-Sofia-Lambrou_BD_-073-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-195801"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Ying Fang et LGA © Sofia Lambrou</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Un puzzle musicalo-spirituel</strong></h4>
<p>Ce qui est mystérieux aussi, ce sont les intentions de Bach, à l’extrême fin de sa vie et presque aveugle, construisant cette œuvre colossale, injouable à l’époque, en raison de ses proportions et de l’effectif qu’elle demande. <br>Il reprend une <em>Missa brevis</em> de 1733, élaborée en guise de dossier de candidature envoyé au nouveau Grand&nbsp;<em>Électeur</em> de Saxe et roi de Pologne, Frédéric-Auguste II, qui vient de succéder à Auguste le Fort, et se limitant à un <em>Kyrie</em> et à un <em>Gloria</em>, où interviennent d’ailleurs des passages récupérés de quelques-unes de ses cantates.<br>À quoi il ajoute un <em>Credo</em>, fait à la fois de morceaux nouveaux (le <em>Credo</em>, le <em>Et incarnatus est</em>, le <em>Confiteor</em>) et de morceaux recyclés, dont un <em>Sanctus</em> vieux d’un quart de siècle et un <em>Osanna</em> guère plus récent.</p>
<p>Outre le souci de donner du travail aux musicologues de l’avenir, leur laissant le souci de démêler ce qui est d’esprit luthérien et ce qui appartient au monde catholique, cet assemblage baroque témoigne de son désir de laisser un testament spirituel, pour ne pas dire de lancer une bouteille à la mer. <br>Et peut-être de créer une œuvre, qui transcendant les disputes théologico-politiques entre papistes et anti-papistes, vise à l’universel.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/260725_1830_Leonardo-Garcia-Alarcon_-Sofia-Lambrou_BD_-095-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-195802"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>LGA face aux étoiles et à l&rsquo;Orchestre de Chambre © Sofia Lambrou</sub></figcaption></figure>


<h4>I<strong>mpressions de répétition (notées au vol)</strong></h4>
<p>À nouveau, on fera appel à une impression personnelle, à cette répétition à laquelle on avait assisté durant trois heures la veille du concert dans un gymnase à l’acoustique très sèche. C’était la deuxième journée de travail seulement, et le travail se poursuivrait jusqu’à une heure avancée de la soirée.<br>Ce qui est impossible à transcrire, c’est l’infinie attention de Leonardo García Alarcón à des détails minuscules de phrasé, d’équilibre des voix, de couleur sonore, toutes choses qui dans le moment du concert fusionnent et disparaissent dans le grand flux émotionnel.</p>
<p>On se rappelle le chef faisant chanter le <em>In incarnatus est</em> par les choristes à bouches fermées, pour éviter le vibrato (effet pédagogique immédiat), ou leur faisant fermer la partition et chanter un passage par cœur : « Dès que vous regardez la partition, vous êtes moins dans la musique, vous êtes dans le monde réel… » Là encore, la différence s’entend, d’où : « Vous imaginez, ce que ce serait, toute la messe par cœur… Évidemment il faudrait trois mois de répétitions… »</p>
<p>Ou des notations plus énigmatiques : «&nbsp;Ici, ce n’est pas un<em> fa</em> dièse de <em>ré</em> majeur, c’est un <em>fa</em> dièse de <em>si</em> mineur.. », ou encore, après le <em>Qui tollis</em> : « C’est très beau parce que les notes sont très belles et que vos voix sont très belles, mais il n’y a aucune conscience de la dissonance. Or Bach <em>est</em> dissonant. Il faut que vous sachiez où sont les dissonances », et alors de faire reprendre en tenant certaines notes pour que soient assumés les frottements harmoniques.</p>
<p>Autre citation : « Gardez la note, sinon on ne profite pas de toutes les septièmes diminuées que Bach a écrites. »</p>
<p>Enfin, cette dernière, à l’ensemble des choristes (et peut-être des instrumentistes aussi) : «&nbsp;Vous êtes acteurs, ce n’est pas moi.&nbsp;»</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/260725_1830_Leonardo-Garcia-Alarcon_-Sofia-Lambrou_BD_-125-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-195803"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Leonardo García Alarcón et Mariana Flores © Sofia Lambrou</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Irrésistible ascension</strong></h4>
<p>Entrer dans le <em>Kyrie</em>, c’est entrer dans la cathédrale sonore évoquée plus haut. Au-delà de la science contrapuntique, de la complexité d’une fugue à cinq voix, toutes choses qu’on ressent physiquement, d’un mouvement ascensionnel par lequel on est emporté («&nbsp;le ciel dans chaque note&nbsp;»), c’est la gravité fervente de ce début qui saisit d’émotion. Avec laquelle contrastera le style opératique du <em>Christe eleyson</em>, par les soprano I et II, la voix très pure de <strong>Ying Fang</strong> et celle plus corsée de <strong>Mariana Flores</strong>. Enfin la reprise du <em>Kyrie</em> donnera à entendre le Chœur de Namur dans une page moins austère que la première, plus humaine, que le chef fera respirer plus librement, jouant des <em>diminuendo</em> et des accents, et que couronneront les voix lumineuses des sopranos (et on se souviendra de son insistance en répétition à les faire user de la <em>kopfstimme</em>, de leur registre le plus élevé, pour en somme illuminer la musique).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/260725_1830_Leonardo-Garcia-Alarcon_-Sofia-Lambrou_BD_-176-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-195807"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Leonardo García Alarcón © Sofia Lambrou</sub></figcaption></figure>


<p>Après ce Kyrie, le chœur prend place sur le plateau, mais on le verra au fil de la messe passer d’une disposition à une autre, derrière l’orchestre ou autour de lui, comme pour mettre en avant telles ou telles voix, mais aussi pour marquer le passage d’une séquence à l’autre.</p>
<p>L’acoustique de la salle des Combins n’est pas celle d’une église. Pas de réverbération ici, mais tout de même l’effet d’immersion sonore est sensible. On entend la plénitude du chœur (trente-cinq membres sauf erreur) et d’un orchestre de chambre, à peu près équivalent, s’équilibrant bien l’un l’autre. Leonardo García Alarcón cultive un son ample, riche, fruité, mais jamais épais. Témoin le contraste entre la flamboyance du <em>Gloria in excelsis</em>, qu’éclairent des trompettes quasi insolentes, puis le recueillement, l’intimité du premier <em>In terra pax</em>, et là encore les sopranos, dialoguant avec les altos, sur les ponctuations des violoncelles, installent cette prière, dans un luxe sonore radieux. Les écrans montrent le chef faisant le geste de faire surgir la musique des profondeurs pour la faire monter toujours plus haut, et éclater finalement à grands renforts de timbales.</p>
<h4><strong>Soli Deo Gloria</strong></h4>
<p>La partition reflète la curiosité universelle de Bach, informé de tout ce qui se faisait ailleurs, singulièrement en Italie, comme en témoigne le <em>Laudamus te,</em> une manière de double concerto pour violon (<strong>Daniel Cho</strong>, le premier violon très virtuose du VFCO, concertmeister ce soir) et pour la voix de Mariana Flores, aux vocalises pour le coup très italianisantes. Ou la volubilité charmeuse du <em>Domine deus</em> avec ses deux flûtes conversant dans un style presque galant avec Ying Fang et le ténor <strong>Bernard Richter</strong>, ceci venant après l’ampleur majestueuse du <em>Gratias</em> (sur fond d’anneaux de Saturne tour à tour verts, bleus ou orangés).</p>
<p>On dira encore la sérénité du <em>Qui tollis</em> où s’entend la certitude que nous serons tous sauvés, avec les longues tenues des voix du chœur se chevauchant, ou le rayonnement du <em>Qui sedes</em> où dialoguent la voix chaude du mezzo-soprano <strong>Alice Coote</strong> et un hautbois d&rsquo;amour (<strong>Emmanuel Laville</strong>) qui continuera à jubiler en arrière-plan du <em>Miserere nobis</em>, non moins virtuose que son collègue corniste <strong>David Sullivan</strong> dialoguant avec <strong>Benjamin Appl</strong> dans le <em>Quoniam</em>.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/260725_1830_Leonardo-Garcia-Alarcon_-Sofia-Lambrou_BD_-198-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-195808"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Alice Coote, LGA et Emmanuel Laville © Sofia Lambrou</sub></figcaption></figure>


<p>Tout concourt à élaborer un son très plein, pour ne pas dire opulent, jouant de toute la richesse du pupitre de vents, qui rutilera dans l’exaltation du <em>Cum Sancto Spiritu</em>, apothéose en forme de fugue pour double chœur, couronnement de la première partie. Bach avait prévu de s’arrêter là, comme en témoignent les mentions de sa main les mentions <em>Fine</em> et <em>Soli Deo Gloria</em> au bas du manuscrit.</p>
<p>Fin provisoire, comme on l’a vu.</p>
<h4><strong>Lumière née de la lumière</strong></h4>
<p>Le Credo prend d’abord l’aspect d’une chevauchée trépidante sur les ponctuations vigoureuses des cordes graves, avant le <em>sol</em> majeur rayonnant du <em>Patrem omnipotentem</em>, célébrant «&nbsp;le père tout-puissant, créateur de toutes choses&nbsp;». Ce qu’illustrent de nouvelles images du cosmos, toutes plus invraisemblables les unes que les autres, dont les couleurs de vitrail s’harmonisent avec les voix de Ying Fang et de Alice Coote, dialoguant en toute jubilation avec les contrechants des hautbois dans le <em>Et in unum Dominum.</em> <br>Des couleurs éclatantes qui semblent répondre à la poésie du texte, évoquant «&nbsp;la lumière née de la lumière&nbsp;»…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/260725_1830_Leonardo-Garcia-Alarcon_-Sofia-Lambrou_BD_-083-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-195809" width="910" height="606"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Le Chœur de Chambre de Namur avec son chef et quelques constellations © Sofia Lambrou</sup></figcaption></figure>


<p>Un sommet d’émotion, selon nous, sera atteint avec l’extatique <em>Et incarnatus est</em> : les cordes caressées de l’introduction, qui semblent respirer, l’entrée pianissimo des voix de sopranos, la lente progression, le jeu des lignes et des couleurs, l’étonnante horizontalité, un <em>rallentando</em> appuyé sur une tenue de l’orgue, la transparence des voix hautes, tout évoque le mystère de la création de Jésus, ou de l’Homme. « L’art sacré ne parle pas uniquement aux croyants, mais à tous ceux qui ressentent le mystère d’exister », dit García Alarcón. Et c’est qu’il donne à entendre là.</p>
<p>Non moins étonnamment, et dans des couleurs musicales d’abord semblables, vient immédiatement ensuite le <em>Crucifixus</em>, et l’expression de la douleur n’y sonne pas très différemment du bonheur de l’incarnation. Quatre des solistes sont apparus à l’avant-scène, mais leur voix ne se détachent pas de celles du chœur, ils ne sont là en somme que pour figurer l’humanité…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/260725_1830_Leonardo-Garcia-Alarcon_-Sofia-Lambrou_BD_-032-2-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-195815"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Leonardo García Alarcón © Sofia Lambrou</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Le sentiment de certitude</strong></h4>
<p>Il faudrait dire la jubilation de toutes les voix dans le triomphant <em>Et resurrexit</em>, la pétulance des bois, la solidité des voix mâles chantant en notes piquées le <em>Gloria</em>, l’éclat solaire des trompettes, et surtout la rapidité, l’élan du mouvement. Dans une manière d’opéra sacré.<br>Dire aussi le sentiment d’attente de la résurrection que dégage l’envol des voix dans le <em>Confiteor</em>, autre fugue complexe, au contrepoint savant, mais que LGA allège de telle sorte que d’une part tout semble limpide et évident, et que d’autre part le seul sentiment qui prévaut c’est le sentiment de confiance, de certitude (au passage quelques jolies dissonances, voir plus haut…)</p>
<p>Tout au long de la messe, une chorégraphie fait se déplacer le chœur (ce qui fera râler quelques râleurs). Pour le <em>Sanctus</em>, les chanteurs se constitueront en deux blocs, deux chœurs mixtes, à gauche et à droite du plateau, comme le demande l’écriture à double chœur de ce monument glorieux et spectaculaire. Le chef prend alors l’allure d’un démiurge en appelant au ciel, vers lequel se hissent ses gestes mais aussi ses regards. Attitude qu’il gardera pour le sautillant, galvanisant, somptueux <em>Osanna</em>… avant de s’asseoir sur son podium pour écouter le trio du ténor, de la flûte et du violoncelle dans le <em>Benedictus</em>, passage un peu moins réussi.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/260725_1830_Leonardo-Garcia-Alarcon_-Sofia-Lambrou_BD_-195-2-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-195816"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Alice Coote et Leonardo García Alarcón © Sofia Lambrou</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>La voix d’Alice Coote</strong></h4>
<p>Un autre sommet d’émotion, véritablement magique, sera atteint avec l’<em>Agnus Dei</em>. Rien de plus simple : une voix au premier plan et au lointain l’accompagnement onctueux des cordes. La magie tient à la couleur de la voix d’Alice Coote, à la chaleur de ce timbre, à ce quelque chose de maternel et de consolant, mais aussi à une technique souveraine, toutes notes parfaitement homogènes, à la longueur des lignes s’appuyant sur un souffle infini, à ce vibrato léger qui loin d’être gênant ajoute à l’émotion, à des demi-teintes inspirées, à des notes hautes radieuses et à des notes graves profondes et troublantes. Tout cela concourant à une déchirante prière, emplissant cette nef immense et écoutée-partagée dans un silence évidemment religieux.</p>
<p>Pour finir, le chœur reprendra ses positions du tout début, dans une géographie inclusive donnant à chacun, croyant ou pas, l’impression qu’il est partie prenante de ce cérémonial sacré. Et, quelque savant que soit le contrepoint de ce<em> In Terra pax</em>, c’est bien sa ferveur et sa lumière, l’espoir qu’il veut faire naître, qui éclaireront la fin de cette superbe, pour ne pas dire sublime, interprétation.</p>
<p>En manière de bis, et de réponse à l’euphorie du public, Leonardo García Alarcón<sub>&nbsp;</sub> fera reprendre la dernière pièce de cette Messe, l’ultime message de Bach.</p>
<p>Non sans&nbsp; avoir rappelé les derniers mots entendus : « Donna nobis Pacem »…</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bach-messe-en-si-mineur-verbier/">BACH, Messe en si mineur &#8211; Verbier</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Récital Benjamin Appl &#8211; Verbier</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/benjamin-appl-rend-hommage-a-fischer-dieskau-verbier/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 27 Jul 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est un récital qui aura suscité un enthousiasme débordant d’une bonne partie du public et des cris de joie, précision nécessaire, croyons-nous, si d’aventure nos impressions devaient être plus mitigées.Benjamin Appl propose un Hommage à Dietrich Fischer-Dieskau, en témoignage d’admiration et en souvenir de quelques rencontres qu’il eut avec lui et de conseils qui l’encouragèrent &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est un récital qui aura suscité un enthousiasme débordant d’une bonne partie du public et des cris de joie, précision nécessaire, croyons-nous, si d’aventure nos impressions devaient être plus mitigées.<br><strong>Benjamin Appl</strong> propose un <em>Hommage à Dietrich Fischer-Dieskau</em>, en témoignage d’admiration et en souvenir de quelques rencontres qu’il eut avec lui et de conseils qui l’encouragèrent dans son désir d’être chanteur, et notamment <em>Liedersänger</em>. Un programme qui coïncide souvent avec celui de l’album <em>Für Dieter</em>, paru il y a quelques mois chez Alpha Classics, déjà avec l&rsquo;excellent <strong>James Baillieu</strong> au piano.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/250725_1900_HommageFiescherDieskau_NicolasBrodard-_R7A3907-15-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-195734"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>James Baillieu, Benjamin Appl et un autoportrait de Fischer-Dieskau © Nicolas Brodard</sub></figcaption></figure>


<p>La soirée prend la forme d’un récit, lu par l’homme de théâtre britannique <strong>James Garnon</strong>, installé avec un lutrin sur la droite de la scène. Son propos sera en anglais, car si la Suisse possède quatre langues officielles, l’anglais est bien la langue officielle du <strong>Verbier Festival &amp; Academy</strong>. <br>Il s’arrêtera à différents moments de la vie de Fischer-Dieskau, d’abord son enfance berlinoise, d’une famille cultivée (et on entendra une composition de son grand-père Albert Fischer sur le <em>Heidenröslein</em> de Goethe, et, de son frère Klaus, chef de chœur et compositeur surtout pour l’église, un court <em>Nocturne</em> pour piano et une courte mélodie, toutes pièces intéressantes, comme on dit ; puis seront évoqués ses premiers pas de chanteur, sa mobilisation dans la Wehrmacht, et son retour à Berlin après avoir été prisonnier de guerre pendant deux ans ; ensuite les débuts fulgurants de la carrière que l’on sait, avec l’appui de Furtwängler, les amitiés musicales, Reimann, Britten, et quelques épisodes de la vie privée, la mort de sa première épouse Irmel, en 1963, ses trois autres épouses, la mort de sa mère, tout cela émaillé de quelques anecdotes glanées dans les écrits ou les propos de DFD.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/250725_1900_HommageFiescherDieskau_NicolasBrodard-_R7A3875-04-edited-scaled.jpeg" alt="" class="wp-image-195741" width="919"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Benjamin Appl © Nicolas Brodard</sub></figcaption></figure>


<p>Mais l’essentiel, c’est bien sûr la partie musicale.</p>
<p>Toute la question est bien sûr de savoir si, hormis la vénération qu’il éprouve pour l’immense artiste, et que nous partageons évidemment, la voix et la nature de Benjamin Appl coïncident peu ou prou avec celles de Fischer-Dieskau. Benjamin Appl est certes un baryton, un baryton aux aigus aisés et puissants, au medium expressif, mais aux graves parfois incertains. Ce n’est pas une voix de bronze. En revanche, il a une très belle technique vocale qui lui permet de changer de registre aisément et d’user souvent de la voix mixte (Fischer-Dieskau en était virtuose aussi).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/250725_1900_HommageFiescherDieskau_NicolasBrodard-_R7A3926-19-2-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-195737"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Benjamin Appl et James Baillieu © Nicolas Brodard</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Le sérieux problème des <em>Chants sérieux</em></strong></h4>
<p>Les cinq mélodies de Brahms inscrites au programme, pour prendre cet exemple, d’abord «&nbsp;Wie bist du meine Königin&nbsp;», puis ni plus ni moins que les <em>Vier ernste Gesänge</em>, amènent à se poser la question d’une possible filiation.<br>Tandis que Fischer-Dieskau était dans les <em>Chants sérieux</em> de Brahms austère, douloureux, monumental, parce que la profondeur de son timbre, son histoire, son tempérament l’y portaient par essence, Benjamin Appl doit construire ou conquérir son interprétation avec ses propres moyens. <br>D’où le ton agité, extérieur, du premier, «&nbsp;Denn es gehet dem Menschen wie dem Vieh&nbsp;», avec des changements de tempo qui veulent animer le discours, d’où la raideur, le défaut de souplesse, le côté maniéré de «&nbsp;Ich wandte mich&nbsp;», d’où le manque de gravité à tous les sens du mot, et c’est un comble, dans «&nbsp;O Tod wie bitter bist du&nbsp;», et le côté fabriqué, avec des effets de voix mixte, de «&nbsp;Wenn ich mit Menschen&nbsp;», tout de même le plus réussi des quatre. Ce moment qui devrait être le cœur du récital, le plus dense, celui où le chanteur rentrerait en lui-même pour donner ce qu’il a de plus profond, ne dépasse jamais l’anecdotique et semble artificieux.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/250725_1900_HommageFiescherDieskau_NicolasBrodard-_R7A3938-21-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-195740"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Benjamin Appl © Nicolas Brodard</sub></figcaption></figure>


<p>D’autres moments conviendront mieux à sa tessiture, notamment « Ich denke dein » de Hugo Wolf, écrit assez haut, qu’il chante avec bravoure à la manière d’une romance, ou « Tenebrae » d’Aribert Reimann, aux frontières de l’atonal, où il utilise la force de projection de ses notes hautes, exacerbant le dramatisme de cette prière désemparée. Ou encore le sentimental « Sylvelin », de Christian Sinding, illustrant les deux années où Dietrich Fischer Dieskau fut prisonnier, et où Benjamin Appl pourrait être plus tendre, mais c’est que le <em>cantabile</em> lui fait parfois défaut comme dans la célèbre romance « Nun wer die Sehnsucht kennet » de&nbsp;Tchaïkovski (et les <em>forte</em> y sonnent plus puissants qu’expressifs).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/250725_1900_HommageFiescherDieskau_NicolasBrodard-_R7A3922-18-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-195736"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Benjamin Appl © Nicolas Brodard</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>La légèreté lui va bien</strong></h4>
<p>Au chapitre des réussites, on citera aussi « Ein Traum », de Grieg, mélodie à l’élan romantique, que Benjamin Appl choisit de commencer rêveusement en détimbrant puis qu’il timbre peu à peu dans un crescendo qui lui permet de montrer toute sa puissance, qui peut-être considérable.<br>Si parfois, on l’aura compris, nous l’aurons trouvé en déficit de profondeur, en revanche la légèreté lui va bien, ainsi le délicieux «&nbsp;Ich bin nur ein armer Wandergesell&nbsp;», où il peut user de tout son charme et se muer en baryton d’opérette. <br>Et jouer habilement de l’ambiguïté de «&nbsp;Die Heimkehr&nbsp;», où Brecht et Eisler évoquent leur retour dans un Berlin anéanti par les bombardements : à cette manière de chanson un peu blafarde, Benjamin Appl prête les couleurs de sa voix mixte et même si les graves de la fin sont un peu grêles, ces demi-teintes lui vont bien.<br>Dans un registre similaire, le «&nbsp;A green lowland of pianos&nbsp;» de Samuel Barber qui penche du côté de Broadway le montre en presque <em>crooner</em>, ce qui fait fondre une bonne partie du public.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/250725_1900_HommageFiescherDieskau_NicolasBrodard-_R7A3918-17-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-195745"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Benjamin</sub> <sub>Appl et le récitant James Garnon</sub> <sub>© Nicolas Brodard</sub></figcaption></figure>


<p>Juste après, le brévissime <em>Proverb III</em> de Benjamin Britten, dont on peut citer l’unique vers, «&nbsp;The bird a nest, the spider a web, man friendship &#8211; L’oiseau un nid, l’araignée une toile, l’homme l’amitié&nbsp;», qu’il chantera avec un effet de voix blanche, lui permettra d’entrer dans la dernière partie de son programme, consacrée en partie aux malheurs qu’aura connu aussi Fischer-Dieskau, la mort de sa première femme, celle de sa mère, les déboires de ses mariages avant la rencontre avec Julia Varady qui partagera sa vie pendant trente-cinq ans.</p>
<h4><strong>Suavités</strong></h4>
<p>La douce Barcarolle , « Süsses Begräbnis » de Carl Loewe est prise <em>sotto voce</em> et chantée avec une tendresse soulignée, avant le « Mutterns Hände&nbsp;» de Eisler qui n’évite pas toujours la mièvrerie, moins réussi peut-être que sa version au disque, un peu plus distant, où s’apprécie particulièrement d’ailleurs cette diction allemande parfaite qui est l’une de ses qualités.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/250725_1900_HommageFiescherDieskau_NicolasBrodard-_R7A3935-20-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-195739"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Benjamin Appl © Nicolas Brodard</sub></figcaption></figure>


<p>Sentimental dans le «&nbsp;Liebst du um Schönheit&nbsp;» de Clara Schumann (qui certes s‘y prête), suave (très) dans le «&nbsp;Meine Lieder, meine Sänger&nbsp;» de Weber avec de coquettes vocalises en voix mixte, il terminera avec Schubert comme il avait commencé (avec un <em>Musensohn</em>, pris à un train d’enfer, et <em>accelerando</em>, mais le fidèle James Baillieu avait impavidement suivi le mouvement) : un très beau «&nbsp;Litanei auf das Fest Allerseelen&nbsp;» (Litanie pour la Toussaint), recueilli, intime, en confidence, sincère, et accompagné par James Baillieu avec une délicatesse infinie.</p>
<p>Puis le célèbre « An dir Musik » qui, même pris avec précaution étant donné son ambitus très large, n’atteindra pas tout à fait à la même réussite, mais peu importe, le public, sous le charme (et il est vrai que Benjamin Appl n’en manque pas et qu’il en joue avec art) lui fera un triomphe.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/benjamin-appl-rend-hommage-a-fischer-dieskau-verbier/">Récital Benjamin Appl &#8211; Verbier</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>DFD 100 &#8211; Dietrich Fischer-Dieskau et la nouvelle génération</title>
		<link>https://www.forumopera.com/dietrich-fischer-dieskau-et-la-nouvelle-generation/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Benoît Jacques de Dixmude]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Jun 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le répertoire des lieder est servi par une jeune génération d&#8217;une formidable vitalité et nous avons voulu savoir dans quelle mesure l&#8217;influence de Dietrich Fischer-Dieskau a pu les inspirer. Nous leur avons soumis les trois questions suivantes :1. Comment avez-vous découvert Dietrich Fischer-Dieskau ?2. Quel serait l’héritage de DFD pour un jeune chanteur aujourd’hui ?3. &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le répertoire des lieder est servi par une jeune génération d&rsquo;une formidable vitalité et nous avons voulu savoir dans quelle mesure l&rsquo;influence de Dietrich Fischer-Dieskau a pu les inspirer. Nous leur avons soumis les trois questions suivantes :<br><strong>1. Comment avez-vous découvert Dietrich Fischer-Dieskau ?</strong><br><strong>2. Quel serait l’héritage de DFD pour un jeune chanteur aujourd’hui ?<br></strong><strong>3. Quel album ou vidéo (YouTube, par exemple) recommanderiez-vous ?<br></strong>__________________________________________________________________________________________</p>
<h4><strong>Benjamin Appl</strong></h4>
<p><strong>Le jeune baryton allemand connaît une magnifique carrière, couronnée par de nombreuses récompenses, et qui parcourt l&rsquo;art du récital, mais aussi l&rsquo;opéra, la musique ancienne ou le répertoire actuel. L&rsquo;une de ses influences déterminantes fut DFD, en 2009.</strong>&nbsp;</p>
<p><strong>1. Comment avez-vous découvert Dietrich Fischer-Dieskau ?<br></strong><span style="font-size: revert;">J&rsquo;avais 12 ans quand j&rsquo;ai entendu pour la première fois l&rsquo;enregistrement du <em>Winterreise</em> de Schubert par DFD. J&rsquo;ai été immédiatement captivé. Ce n&rsquo;est que beaucoup plus tard que j&rsquo;ai compris pourquoi : c&rsquo;était l&rsquo;incroyable équilibre entre le texte et la musique, l&rsquo;esprit et le cœur, le sentiment et l&rsquo;objectivité.</span></p>
<p><span class="Y2IQFc" lang="fr"> À l&rsquo;été 2009, jeune chanteur débutant sa carrière, je me suis inscrit avec hésitation à une masterclass en Autriche, animée par DFD lui-même. C&rsquo;est là que j&rsquo;ai rencontré – et appris à connaître – cette figure emblématique du monde musical. Je doutais de pouvoir répondre à ses exigences élevées. J&rsquo;avais entendu dire qu&rsquo;il renvoyait les élèves s&rsquo;ils ne répondaient pas exactement à ses conseils au bout de deux tentatives. Mais dès le début, il m&rsquo;a mis à l&rsquo;aise par sa gentillesse et son attention. Après avoir terminé le cours, il m&rsquo;a proposé de poursuivre mon travail personnel avec lui. </span></p>
<p><span class="Y2IQFc" lang="fr">Au cours des années suivantes, je lui ai rendu visite à plusieurs reprises dans ses résidences de Berlin et de Bavière, jusqu&rsquo;à son décès en mai 2012. Aujourd&rsquo;hui encore, je dois parfois me pincer, car cela me paraît à peine réel. Ces rencontres restent parmi les expériences les plus précieuses de ma vie et de ma carrière.</span></p>
<p><strong>2. Quel serait l’héritage de DFD pour un jeune chanteur aujourd’hui ?<br></strong><span class="Y2IQFc" lang="fr">Fischer-Dieskau continue d&rsquo;inspirer des générations de jeunes chanteurs et pianistes, prouvant qu&rsquo;un amour profond pour la mélodie peut amener à consacrer sa vie à la plus belle des formes d&rsquo;art. Son chant transcendait la simple interprétation : il a exhumé un répertoire oublié et a transmis la tradition du lied allemand au public du monde entier. Au lendemain des atrocités commises par les nationaux-socialistes, Fischer-Dieskau a contribué à restaurer la dignité et la beauté de la culture allemande, offrant réconfort et sentiment de reconnexion aux émigrés dans des villes comme New York, Londres et Tel-Aviv – où il fut notamment le premier artiste allemand à se produire après la Seconde Guerre mondiale. </span></p>
<p><span class="Y2IQFc" lang="fr"> Son rôle dans la réconciliation entre des nations autrefois en guerre grâce au langage universel de la musique demeure un puissant témoignage du potentiel de guérison de l&rsquo;art. Personne n&rsquo;a autant révolutionné la mélodie allemande. Après 1945, il est devenu un ambassadeur mondial du genre, et son influence perdure encore aujourd&rsquo;hui. Leonard Bernstein l&rsquo;a un jour qualifié de « chanteur le plus important du XXe siècle ». </span></p>
<p><span class="Y2IQFc" lang="fr"> Nombre des enregistrements de Fischer-Dieskau demeurent des références dans le monde de la musique classique. Son œuvre est inégalée ; aucun autre chanteur n&rsquo;a appris et enregistré un répertoire aussi vaste. Selon Discogs.com</span><span class="Y2IQFc" lang="fr">, on lui attribue 1 003 albums, couvrant des compositeurs allant de Bach à Britten, de Haydn à Hindemith, ainsi que d&rsquo;innombrables apparitions à la radio et à la télévision. Sa présence culturelle était si emblématique que même Tom Ripley, dans le film « Le Talentueux Mr Ripley » de 1999, a emporté des disques de Schubert par Fischer-Dieskau dans sa valise.</span></p>
<p><strong>3. Quel album ou vidéo (YouTube, par exemple) recommanderiez-vous ?<br></strong><span class="Y2IQFc" lang="fr">Je suis particulièrement touché par le premier enregistrement du <em>Winterreise</em> de Schubert par Fischer-Dieskau avec Klaus Billing, réalisé en 1948 peu après son retour de captivité, comme prisonnier de guerre. Cette interprétation dégage une intensité et une vulnérabilité juvéniles qui résonnent toujours. Sur YouTube, j&rsquo;adore aussi regarder la vidéo emblématique où il interprète l&rsquo;Erlkönig de Schubert avec Gerald Moore ; c&rsquo;est un chef-d&rsquo;œuvre de narration dramatique et de collaboration musicale.</span></p>
<hr>
<h4>Samuel Hasselhorn</h4>
<p><strong>Lorsqu&rsquo;en 2018 le jeune baryton allemand remporte le premier prix du Concours Reine Elisabeth, c&rsquo;est a première fois qu&rsquo;un lauréat séduit le jury et le public en privilégiant ouvertement le répertoire du lied, alors que cette compétition, l&rsquo;une des plus exigeantes, recherche l&rsquo;artiste capable de briller dans tous les répertoires : opéra, oratorio et mélodies, du baroque au contemporain. Depuis lors il s&rsquo;investit dans l&rsquo;opéra, tout en poursuivant sa passion pour le lied, au disque (<a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/samuel-hasselhorn-urlicht-chants-de-mort-et-de-resurrection/"><em>Urlicht</em></a> et <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/schubert-die-schone-mullerin-par-samuel-hasselhorn/"><em>Die schöne Müllerin</em> </a>ont été salués par la presse, et par un Swag de Forumopera.com) comme à la scène, avec un immense talent et une maturité déconcertante.</strong></p>
<p id="tw-target-text" dir="ltr" data-placeholder="Traduction" data-ved="2ahUKEwiR5PnyzLuNAxX2xwIHHQ8kAaIQ3ewLegQICRAV" aria-label="Texte traduit&nbsp;: Je pense que lorsqu'on chante des lieder et qu'on écoute des enregistrements, on ne peut tout simplement pas ignorer Fischer-Dieskau. Je ne me souviens plus vraiment du jour exact ni de la chanson exacte où je l'ai découvert. Je sais juste que c'était vers 15 ou 16 ans, lorsque j'ai commencé mes premiers cours de chant, et c'était Schubert. Je pense que c'était Frühlingsglaube, car j'ai découvert son Voyage d'hiver ou Schöne Müllerin un peu plus tard."><span lang="fr"><strong>1. Comment avez-vous découvert Dietrich Fischer-Dieskau ?</strong><br>Je pense que lorsqu&rsquo;on chante des lieder et qu&rsquo;on écoute des enregistrements, on ne peut tout simplement pas ignorer Fischer-Dieskau. Je ne me souviens plus vraiment du jour exact ni de la chanson exacte où je l&rsquo;ai découvert. Je sais juste que c&rsquo;était vers 15 ou 16 ans, lorsque j&rsquo;ai commencé mes premiers cours de chant, et c&rsquo;était Schubert. Je pense que c&rsquo;était <em>Frühlingsglaube</em>, car j&rsquo;ai découvert son <em>Voyage d&rsquo;hiver</em> ou <em>Schöne Müllerin</em> un peu plus tard.</span></p>
<p><strong>2. Quel serait l’héritage de DFD pour un jeune chanteur aujourd’hui ?</strong></p>
<p>Aujourd&rsquo;hui, tout le monde veut comparer les barytons qui chantent des lieder à Fischer-Dieskau. Je suis sûr que chaque baryton a déjà entendu cette comparaison au cours de sa carrière. Il existe peut-être des « processeurs » de DFD, mais à mon avis, cela importe peu. Nous sommes tous uniques dans notre façon de chanter, dans notre ressenti musical, et même dans la voix que nous avons et développons. Fischer-Dieskau était sans conteste le chanteur de lieder le plus important de tous les temps. Mais je ne veux pas oublier d&rsquo;autres chanteurs comme Prey, Gerhaher, Goerne, Terfel, Finley, ainsi que d&rsquo;autres types de voix. Ce que j&rsquo;apprécie le plus, c&rsquo;est que nous avons tant de jeunes chanteurs prometteurs qui sont d&rsquo;excellents chanteurs de lieder, et ce que j&rsquo;apprécie encore plus, c&rsquo;est que beaucoup d&rsquo;entre eux chantent très différemment de Fischer-Dieskau. Je ne dis pas ça parce que je n&rsquo;aime pas sa façon de chanter, mais je veux dire que nous vivons à une époque différente et que tout évolue, y compris la façon de faire et de ressentir la musique. Aujourd&rsquo;hui, elle vient peut-être davantage du cœur et de l&rsquo;âme, et elle est devenue plus personnelle qu&rsquo;à l&rsquo;époque de Fischer-Dieskau. Et c&rsquo;est quelque chose que j&rsquo;apprécie vraiment.</p>
<p><strong>3. Quel album ou vidéo (YouTube, par exemple) recommanderiez-vous ?</strong></p>
<p>Il existe sur YouTube une vidéo d&rsquo;un très jeune DFD chantant<a href="https://youtu.be/Jd7ODIGY6Bk?si=A4gx9IM43MVR_WpV"> «&nbsp;Erlkönig&nbsp;» avec Gerald Moore au piano</a>. Je crois qu&rsquo;elle a été enregistrée à Londres et c&rsquo;est toujours, à mon avis, la meilleure version d&rsquo;«&nbsp;Erlkönig&nbsp;». J&rsquo;adore l&rsquo;expressivité de Fischer-Dieskau, avec si peu de mouvements, sans rien «&nbsp;faire&nbsp;» vraiment. C&rsquo;est une qualité que j&rsquo;admire profondément. Sa voix est d&rsquo;une grande fraîcheur et sa compréhension du lied est encore plus étonnante si l&rsquo;on considère son jeune âge à l&rsquo;époque.</p>
<h4>Andrè Schuen</h4>
<p><strong>Ce jeune baryton italien a quitté son Sud-Tyrol natal pour faire ses classes au Mozarteum de Salzbourg. Son enregistrement de La Belle Meunière avec Daniel Heide a enthousiasmé la critique, <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/schubert-die-schone-mullerin-par-andre-schuen-et-daniel-heide-comme-un-autre-voyage-dhiver/">y compris sur Forumopera.com&nbsp;</a></strong></p>
<p><strong>1. Comment avez-vous découvert Dietrich Fischer-Dieskau ?<br></strong><span class="Y2IQFc" lang="fr">J&rsquo;ai découvert DFD en préparant mon admission à Salzbourg. Je suis arrivé au chant classique grâce à Schubert et au Lied. Les enregistrements de DFD, mes premières écoutes, et plus particulièrement les enregistrements des cycles de Schubert, sont mes premiers souvenirs de Lieder de Schubert.</span></p>
<p><strong>2. Quel serait l’héritage de DFD pour un jeune chanteur aujourd’hui ?<br></strong><span class="Y2IQFc" lang="fr">Bien sûr, la plupart des gens pensent avant tout à DFD comme à un chanteur de lieder. Mais je vous invite à réfléchir à tout le répertoire qu&rsquo;il a chanté et enregistré au cours de sa carrière. Son répertoire, à l&rsquo;opéra comme au concert, était incroyablement vaste&nbsp;: il a chanté de la musique ancienne, tous les Mozart, beaucoup de Verdi, Wagner, des répertoires français et russes, des compositeurs modernes et des répertoires moins connus… Je pense qu&rsquo;il a été le chanteur le plus polyvalent de tous les temps. Il a atteint un niveau incroyablement élevé dans tous les domaines.</span></p>
<p><strong>3. Quel album ou vidéo (YouTube, par exemple) recommanderiez-vous ?</strong></p>
<p>Personnellement j&rsquo;adore son ancien enregistrement de <em>Die schöne</em> Magelone, avec Herman Reutter. C&rsquo;était à Cologne, dans les années &rsquo;50.</p>
<h4>Konstantin Krimmel</h4>
<p><strong>Couronné de nombreuses récompenses internationales, Konstantin Krimmel s&rsquo;affirme comme un <em>Liedersänger</em> à suivre. Il a produit des enregistrement de très grande qualité, dont une admirable <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/schubert-die-schone-mullerin-konstantin-krimmel/"><em>Belle Meunière</em></a>, avec la complicité de Daniel Heide, décidément fort recherché.</strong></p>
<p><strong>1. Comment avez-vous découvert Dietrich Fischer-Dieskau ?<br></strong>J&rsquo;ai découvert DFD à l&rsquo;université, quand je me suis intensément attaqué au répertoire du Lied</p>
<p><strong>2. Quel serait l’héritage de DFD pour un jeune chanteur aujourd’hui ?<br></strong>Tout d&rsquo;abord, l&rsquo;incroyable trésor et la richesse de ses enregistrements.<br>Ensuite la variété de ses interprétations et bien sûr sa voix incomparable.</p>
<p><strong>3. Quel album ou vidéo (YouTube, par exemple) recommanderiez-vous ?<br></strong>Je conseille vivement <a href="https://youtu.be/kg5q0mU3Zjg?si=-cakbx2qGaePWABT"><em>Der Taucher</em>, avec Gerald Moore</a>. Un très grand lied, et un enregistrement vraiment intense. Et aussi tout le <em>Schwanengesang</em>, encore avec Gerald Moore.</p>
<p></p>
<h4>Jérôme Boutillier</h4>
<p><strong>Le chemin emprunté par Jérôme Boutillier est aussi rare qu&rsquo;original. Après avoir été accompagnateur et coach vocal, il place sa propre voix au centre de son développement artistique. Sa carrière de baryton démarre en 2017 et on le retrouve depuis lors sur de nombreuses scènes lyriques, en France ou en Suisse. Il se lance actuellement dans le projet un peu fou de s&rsquo;accompagner lui-même en récital. Il faut l&rsquo;entendre donner le <a href="https://youtu.be/Ua9rB3cdTPA?si=Ye4Ec4jIBtLox29U"><em>Winterreise</em> à lui tout seul ! &nbsp; (1)</a></strong></p>
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<div class=""><strong>1. Comment avez-vous découvert Dietrich Fischer-Dieskau ?</strong></div>
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<p>Comme beaucoup de gens, j’imagine… d’abord par mes professeurs qui me le firent découvrir, et ensuite en flânant sur la toile, notamment sur Youtube où il figure cette émouvante vidéo de lui tout jeune, chantant «&nbsp;Le Roi des Aulnes&nbsp;» accompagné par Gerald Moore à la BBC, tout juste après guerre. C’est là qu’on le «&nbsp;saisit&nbsp;» le mieux, dans toute sa spontanéité et son rapport au texte qui le caractérise.</p>
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<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Der Erlkönig - Franz Schubert [Dietrich Fischer-Dieskau]" width="1200" height="900" src="https://www.youtube.com/embed/PaBNUzVSnj8?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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<div class=""><strong>2. Quel serait l’héritage de DFD pour un jeune chanteur aujourd’hui ?</strong></div>
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<p>Sans hésiter, la fidélité extrême dans le rapport au texte, tant poétique que musical. C’est cette rigueur, parfois implacable d’ailleurs, qui fait la singularité de son art, car il s’efforce d’avoir un rapport à l’écrit extrêmement pur et clair, avec une diction exacte à la limite de l’effroi. Cette ascèse presque monacale à laquelle il s’astreint, c’est cela qui amène tant de lumière à ses interprétations, à mon humble avis.&nbsp;</p>
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<div class=""><strong>3. Quel album ou vidéo (YouTube, par exemple) recommanderiez-vous ?</strong></div>
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<p>Ils sont si nombreux… comment choisir? Curieusement, je serais plutôt enclin à recommander <a href="https://dzr.page.link/6KkQtzybY1jHLaDE9">son disque Mahler en live avec Barenboim en 1971</a>. Je trouve qu’on n’embrasse jamais aussi bien le talent d’un liederiste que dans les exécutions publiques ; en outre, dans une musique aussi foisonnante et touffue que celle de Mahler, la rigueur qui le caractérise fait des merveilles de contraste et de nuances, d’autant que sa voix de <em>Kavalierbariton</em> sied magnifiquement la musique viennoise.&nbsp;</p>
<pre><br>(1) L'occasion en sera donnée le 5 octobre 2025 prochain dans le cadre du Festival Baroque de Pontoise, au Château de Montgeroult dans l’Oise.<br><br></pre>
<h4>Julian Prégardien</h4>
<p><strong>Fils de son père (Christoph), le jeune ténor a très naturellement fait l&rsquo;objet de comparaisons. Ceci explique sans doute son besoin d&rsquo;émancipation personnelle et sa volonté de tracer sa propre route en suivant ses propres balises.</strong></p>
<p>J&rsquo;ai eu mon premier contact indirect avec la légende du chant DFD à l&rsquo;église évangélique de Königstein, dans ma région natale, lors d&rsquo;un de mes tout premiers récitals. J&rsquo;avais peut-être 21 ans. Une spectatrice s&rsquo;est approchée de moi et m&rsquo;a dit : « vous devriez chanter davantage les syllabes finales, comme Fischer-Dieskau ».</p>
<p>J&rsquo;ai alors écouté un enregistrement et je n&rsquo;ai pas trouvé que les syllabes finales étaient l&rsquo;un de ses points forts. J&rsquo;ai donc préféré chanter beaucoup et écouter peu d&rsquo;enregistrements.</p>
<p>Mais le véritable message de mon anecdote est le suivant : la comparaison et l&rsquo;évaluation empêchent à mon avis d&rsquo;apprécier intuitivement et « honnêtement »&nbsp;la musique. J&rsquo;aimerais que cela cesse. Mes enfants en sont agacés à l&rsquo;école, ce n&rsquo;est pas une motivation pour eux. Pour moi non plus, ça ne l&rsquo;a jamais été.</p>
<p>De plus, j&rsquo;ai une figure de proue bien plus présente sur laquelle je peux me défouler intérieurement 😉</p>
<p>La semaine dernière, l&rsquo;ARD a posté : DFD, « à l&rsquo;aune duquel chacun et chacune doit aujourd&rsquo;hui se mesurer ». Je m&rsquo;y oppose avec véhémence. Ceux qui doivent se mesurer ou « mesurer »&nbsp;les autres se trompent sur les questions artistiques. Nos critères devraient être l&rsquo;homme, la nature ou le cosmos et les circonstances.</p>
<pre>Traduction Sylvain Fort</pre>
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		<title>En 2024, Benjamin Appl chante Noël</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/en-2024-benjamin-appl-chante-noel/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 29 Oct 2024 06:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Comme chaque année, de plus en plus tôt d’ailleurs jusqu’à devancer la Toussaint, se prépare la fête de Noël en un cortège de chants enregistrées par les plus belles voix du moment. Cette année, c’est Benjamin Appl qui s’y colle pour le label Alpha. Accompagné du Regensburger Domspatzen – choeur de jeunes garçons dont il &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Comme chaque année, de plus en plus tôt d’ailleurs jusqu’à devancer la Toussaint, se prépare la fête de Noël en un cortège de chants enregistrées par les plus belles voix du moment. Cette année, c’est <strong>Benjamin Appl</strong> qui s’y colle pour le label Alpha. Accompagné du Regensburger Domspatzen – choeur de jeunes garçons dont il a fait partie dans sa jeunesse –, de l&rsquo;orchestre de la radio de Munich, et d&rsquo;instrumentistes (dont sa propre mère à la guitare), le baryton allemand célèbre l’avènement du Rédempteur à travers quelques chorals de Bach et refrains populaires de tous les pays du Monde. A  noter parmi les titres au programme, « Engelbert Abendsegen », la prière de <em>Hansel et Gretel</em>, l’opéra de Humperdinck fréquemment représenté outre-Rhin à l’approche de Noël.</p>
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		<title>BERLIOZ, L&#8217;enfance du Christ &#8211; La Côte Saint-André</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/berlioz-lenfance-du-christ-la-cote-saint-andre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 01 Sep 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Sauf erreur, le Festival Berlioz n’avait pas donné L’enfance du Christ depuis 2018. Intitulée «&#160;Une jeunesse européenne&#160;», l’édition 2024 s’ouvre à l’Europe, du Royaume-Uni à la Pologne. Paul McCreesh avait gravé un mémorable Requiem de Berlioz en 2010. Comme nombre de chefs venus du baroque, il élargit son répertoire (Haydn, Mozart&#8230;Elgar, Britten) avec le souci &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Sauf erreur, le Festival Berlioz n’avait pas donné <em>L’enfance du Christ</em> depuis 2018. Intitulée «&nbsp;Une jeunesse européenne&nbsp;», l’édition 2024 s’ouvre à l’Europe, du Royaume-Uni à la Pologne. <strong>Paul McCreesh</strong> avait gravé un mémorable <em>Requiem</em> de Berlioz en 2010. Comme nombre de chefs venus du baroque, il élargit son répertoire (Haydn, Mozart&#8230;Elgar, Britten) avec le souci de s’approcher au plus près des conditions de création de l’œuvre. Cette fois, il a troqué son <em>Gabrieli Consort</em> pour l’un des fleurons de la vie musicale polonaise&nbsp;: le chœur &#8211; riche d’une cinquantaine de voix &#8211; et l’orchestre du Forum national de la musique (NFM) de Wroclaw. Certes les instruments sont modernes, mais l’esprit souffle, Berlioz est bien là.</p>
<p>La spatialisation participe à la magie dramatique de cette musique singulière dans l’œuvre de l’Isérois. Le choix a été fait de n’exposer que les voix d’hommes du chœur, derrière l’orchestre, pour le premier tableau. Les devins, consultés par Hérode, s’y montrent énergiques, impérieux, et le dialogue avec le monarque (<strong>Neal Davies</strong>) convaincant. Si on a connu des barytons-basses d’une autre puissance, les inquiétudes du souverain sont bien traduites par le soliste. Ses airs « Ô misère des rois », accablé, tourmenté, suivi de « Lâches, tremblez » sont justes, émouvants, malgré un soutien inégal. Les voix de femmes s’ajouteront au deuxième tableau, pour le célèbre « Adieu des bergers », après que les cuivres aient quitté leurs pupitres. La plénitude de l’ensemble, sa fraîcheur, les beaux modelés obtenus par le chef nous ravissent. Qu’il s’agisse de l’orchestre comme du chœur, c’est un constant régal. Tous les pupitres brillent par leur cohésion et leurs couleurs. Les bois sont admirables (la clarinette en contrepoint d’Hérode, les bassons&#8230;). Quant au chœur, divisé, puisque celui des anges (8 voix de femmes) chante derrière le public et que l’on ne le découvrira que lors des saluts, il se montre exemplaire d’émission, de phrasé, d’expression, de maîtrise de la langue. Rien ne présume de son origine. Il faut savoir gré à <strong>Lionel Sow</strong> d’avoir conduit les chanteurs à ce degré de perfection. La maîtrise du français des solistes, bien qu’inégale, pourrait faire envie à plus d’un chanteur francophone.</p>
<p>Les grandes fresques orchestrales qui ouvrent les deux premières parties donnent le ton. C’est clair, toujours, nuancé avec subtilité, dynamique et coloré à souhait. Les passages fugués – devenus chers à Berlioz – sont conduits avec art, et les progressions exemplaires. La direction souple et précise qu’imprime efficacement Paul McCreesh, toujours attentive à chacun et aux voix, lui permet de construire cette ample fresque avec une justesse rare. L’imagerie pieuse, tout à tour, tourmentée et violente, pastorale, doloriste, enfin édifiante, séduit, débarrassée de tout sucre ajouté ou édulcorant.</p>
<p>Marie (<strong>Anna Stephany</strong>) et Joseph (<strong>Benjamin Appl</strong>) chantent deux duos, dans l’étable de Bethléem, puis à l’arrivée à Saïs. La mezzo s’y montre exemplaire de conduite, de timbre, d’expression et de longueur de voix, le baryton apparaît quelque peu en retrait, emprunté, et il faudra attendre son dialogue avec le père de famille pour que sa voix s’épanouisse. Ce dernier, le charpentier ismaélite, généreux, qui n’apparaît qu’à l’arrivée à Saïs, est chanté par <strong>Ashley Riches</strong>. Le baryton s’impose dans cet emploi gratifiant. La voix est ample, les moyens sûrs. Les petits rôles (un centurion, Polydore), confiés à deux artistes du chœur, ne déparent pas une distribution de haut vol. Des solistes, nous avons gardé le meilleur pour la fin. Le récitant, <strong>Laurence Kilsby</strong>, dès son intervention initiale, nous vaut un chant sonore, projeté, intelligible, d’une belle longueur de voix et d’un timbre gratifiant. L’émission est mordante, arrogante à souhait et on se prend à regretter que Berlioz ne lui ait confié que des récits.</p>
<p>Exemplaires, le chœur et l’orchestre, conduits avec intelligence par l’excellent Paul McCreesh, une distribution de haut vol confirment le rayonnement européen de Berlioz, servi ce soir à merveille. Emu, comblé, le public acclame très longuement les artistes, après avoir retenu ses ovations durant tout l’ouvrage.</p>
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		<title>FAURE, Requiem &#8211; Evian</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/faure-requiem-evian/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 05 Jul 2024 22:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les Rencontres Musicales d&#8217;Évian commémorent cette année le centenaire de la disparition de Gabriel Fauré avec une très belle intégrale de sa musique de chambre en cinq matinées, complétée par son Requiem, donné dans le cadre enchanteur de la Grange au Lac. Ce théâtre tout de bois clair, à l&#8217;excellente acoustique, s&#8217;enorgueillit qui plus est &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Les Rencontres Musicales d&rsquo;Évian commémorent cette année le centenaire de la disparition de Gabriel Fauré avec une très belle intégrale de sa musique de chambre en cinq matinées, complétée par son <em>Requiem</em>, donné dans le cadre enchanteur de la Grange au Lac.</p>
<p>Ce théâtre tout de bois clair, à l&rsquo;excellente acoustique, s&rsquo;enorgueillit qui plus est d&rsquo;un sublime fond de scène composé de six grands lustres à pampilles devant un écran de troncs de bouleaux démultipliés par des miroirs dans un contraste entre baroque et brutalisme d&rsquo;une folle élégance. La scène en a été récemment agrandie pour accueillir des formations orchestrales plus conséquentes tandis que son architecte, Patrick Bouchain – à qui l&rsquo;on doit également le théâtre Zingaro – construit actuellement une seconde salle à la jauge plus réduite avec les mêmes préoccupations acoustiques, esthétiques et environnementales afin d&rsquo;accueillir dès fin 2025 musique de chambre, jazz et enregistrements.</p>
<p><strong>Renaud Capuçon</strong> est le directeur artistique du festival depuis l&rsquo;an passé et celui de <strong>Orchestre de Chambre de Lausanne</strong> depuis 2021. Il s&rsquo;est donc tout naturellement tourné vers cette formation – à un coup d&rsquo;archet de l&rsquo;autre côté du lac – pour cette superbe soirée dont le thème funèbre le dispute à l&rsquo;élan vital.</p>
<p>La première partie du concert met en lumière <em>Polyptyque</em> de Franck Martin, crée il y a cinquante et un ans, juste avant le décès du compositeur. L&rsquo;œuvre pourrait être décrite comme un concerto pour violon retraçant six moments clefs de la Passion du Christ, des Rameaux jusqu&rsquo;à la Résurrection. Renaud Capuçon dirige donc depuis son instrument, d&rsquo;une battue nerveuse et percutante, ajoutant le défi supplémentaire d&rsquo;un dialogue entre deux orchestres à cordes.<br />
Les différentes voix – le violon incarnant le Christ, l&rsquo;un des orchestres représentant les apôtres tandis que l&rsquo;autre personnifie la foule – se répondent dans une spatialisation très efficace et déjà s&rsquo;impose un somptueux travail de la pâte sonore qui nous accompagnera tout au long du concert dans un jeu de couleurs oscillant du tellurique au céleste. Chaque frottement, chaque dissonance est souligné sans lourdeur pour donner plus de chair à cette narration silencieuse avant une résolution océanique.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/MJ5_1425-1024x683.jpg" alt="L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est MJ5_1425-1024x683.jpg." />                                                                                                                                                                                                                                                

© Matthieu Joffres</pre>
<p>Les mêmes qualités président à la seconde partie de la soirée, alors que l&rsquo;excellent<strong> Ensemble Vocal de Lausanne</strong> rejoint la formation orchestrale. Les trente-trois chanteurs proposent d&rsquo;abord une <em>Pavane</em> toute de délicatesse. La diction est limpide, chaque ligne musicale se cristallise de clarté sans jamais priver le son de la chair et du gras requis.</p>
<p>Après le charme de cet intermède à la grâce proustienne, le <em>Requiem</em> confirme toutes les qualités déjà entrevues avec, quatre pupitres aussi justes qu&rsquo;équilibrés, unis dans une écoute affûtée du chef et de l&rsquo;orchestre. Le son est rond, les finales impeccables tout comme le soutien – y compris dans les pianissimi –, les contrastes travaillés en orfèvres sans nuire au beau legato qui fait planer la ligne musicale comme dans le « Kyrie ».<br />
La direction, pleine d&rsquo;intelligence et de sensibilité, dénote une fine imprégnation de la partition.<br />
« L&rsquo;Offertoire » conserve la même limpidité avec ce si beau crescendo, amené comme une respiration du flux musical. <strong>Benjamin Appl</strong> y porte sans effort son séduisant baryton à l&rsquo;émission claire et naturelle. Il intervient avec une étonnante implication, balayant le public du regard comme pour le prendre à témoin. La même force de conviction préside ensuite à son « Libera me ». <strong>Siobhan Stagg </strong>partage ce même souci dans son « Pie Jesu » qui profite d&rsquo;un timbre lumineux à souhait, ainsi que d&rsquo;un joli sens de la ligne vocale, même si la bouche bizarrement fermée semble inutilement coincer la mâchoire dans toute la première partie de l&rsquo;air.</p>
<p>Ceci dit, la part belle de cette partition revient au chœur et à l&rsquo;orchestre plus qu&rsquo;aux solistes, peu sollicités. De ce point de vue, « Sanctus » et « Agnus Dei » s&rsquo;avèrent particulièrement poignants entre fortissimi jubilatoires saturés d&rsquo;enharmoniques, contrastes de couleurs, de nuances, puissants mais toujours élégants. Tout cela jusqu&rsquo;à la tendresse indicible du « In Paradisum » final.</p>
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		<title>Le baryton Benjamin Appl prêt à faire ses débuts comme chef d&#8217;orchestre</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/le-baryton-benjamin-appl-pret-a-faire-ses-debuts-comme-chef-dorchestre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Taillia]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 May 2024 14:44:23 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>S&#8217;ils ne sont pas complètement inexistants (que l&#8217;on songe aux récents triomphes de Nathalie Stutzmann, ou aux succès plus mélangés de Placido Domingo ou de José Cura), les chanteurs se métamorphosant en chefs d&#8217;orchestre restent rares. Dernier étudiant de Dietrich Fischer-Dieskau, jusqu&#8217;à la mort du maître en 2012, le baryton germano-britannique Benjamin Appl marche décidément &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>S&rsquo;ils ne sont pas complètement inexistants (que l&rsquo;on songe aux récents triomphes de Nathalie Stutzmann, ou aux succès plus mélangés de Placido Domingo ou de José Cura), les chanteurs se métamorphosant en chefs d&rsquo;orchestre restent rares. Dernier étudiant de Dietrich Fischer-Dieskau, jusqu&rsquo;à la mort du maître en 2012, le baryton germano-britannique <strong>Benjamin Appl</strong> marche décidément dans les pas de son mentor. Ce grand habitué des Lieder de Schubert et des rôles mozartiens s&rsquo;apprête à faire, comme Fischer-Dieskau en son temps, ses premiers pas sur le podium. <a href="https://liverpoolphil.com/news/press-releases/details/royal-liverpool-philharmonic-orchestra-announces-202425-season?fbclid=IwZXh0bgNhZW0CMTAAAR02r1Ts8GSQzdQbxbMkSPDEk-fh9uvKas6k79cJEMuBI5h3KGH5BSncPLg_aem_AWaOPBj2R1U4p3Q6K0Vv6PEbkd9BH79G6hmtaIX9Rkx-7_5vaQ8wm8KU_z4g3NKwna6kAPqDpwrIycM-1MNaP_Q9">Artiste en résidence du Royal Liverpool Philharmonic, il dirigera la formation dans le <em>Messie </em>de Haendel, le 11 janvier prochain</a>. Un événement qu&rsquo;il s&rsquo;est empressé de partager sur ses réseaux sociaux, confiant sur sa page Facebook qu&rsquo;il « ne pourrait pas être plus heureux ni plus excité », mais qui ne devrait pas trop le détourner de sa vocation première, puisque les prochains mois seront, pour lui, occupés par de nombreuses tournées de récitals ainsi que des productions de<em> Pelléas et Mélisande </em>(à Dallas) et <em>La Flûte Enchantée </em>(à Hambourg). Et qui, avec un peu de chance, ne lui vaudra pas le commentaire acerbe que la légende prête à Otto Klemperer, à qui Dietrich Fischer-Dieskau demandait s&rsquo;il comptait le voir diriger son premier concert : « je ne peux pas, ce soir-là je dois chanter le <em>Winterreise</em> ! »</p>
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		<item>
		<title>Benjamin Appl : Forbidden Fruit</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/benjamin-appl-forbidden-fruit/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 25 Jun 2023 04:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=cd-dvd-livre&#038;p=132200</guid>

					<description><![CDATA[<p>Voilà un disque qui a besoin de son mode d’emploi. En l’occurrence du livret qui l’accompagne. On y trouve un texte assez malin de Benjamin Appl lui-même, expliquant que le fil rouge de ce programme se faufile entre «&#160;la tentation et la chute, l’interdit et la désobéissance, le bien et le mal&#160;». L’adieu au Paradis, &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Voilà un disque qui a besoin de son mode d’emploi. En l’occurrence du livret qui l’accompagne. On y trouve un texte assez malin de <strong>Benjamin Appl</strong> lui-même, expliquant que le fil rouge de ce programme se faufile entre «&nbsp;la tentation et la chute, l’interdit et la désobéissance, le bien et le mal&nbsp;». L’adieu au Paradis, la tentation, l’interdit, le tabou, la transgression… voilà l’idée.</p>
<p>L’ivresse en somme, mais qu’en est-il du flacon ? De même qu’il semble hésiter entre plusieurs registres, Benjamin Appl semble ici balancer entre plusieurs voix.</p>
<p>C’est un déconcertant mélange de lieder, de<em> songs</em>, de mélodies et l’on se promène entre Liederabend, salon parisien, music hall londonien et cabaret berlinois. Les époques, les styles s’entrechoquent, dans un parcours que balisent quelques phrases susurrées dans un anglais parlé un peu laborieux (en capitales dans les détails ci-contre). Le premier degré et le second s’entrelaçant indécidablement.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="824" height="777" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Screenshot-2023-05-24-at-08-09-20-ALPHA912_DIGITAL_BOOKLET.pdf.jpeg" alt="" class="wp-image-132204" /><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Photos © Manuel Outumuro</sup></figcaption></figure>


<p>On pourrait dire aussi de cet album qu’il ressemble tout à fait à la photo du livret : séducteur (ce regard de <em>german lover</em> !), assez kitsch (la chemise !), un peu limite. Frôlant le cross over, ce qui est étonnant pour un deuxième disque (le précédent c’était <em>Winterreise</em>, tout de même…).<br>Benjamin Appl aime plaire, ce n’est bien sûr pas un péché et d’ailleurs il ne manque pas d’atouts…</p>
<h4><strong>Mic-mac fantasque</strong></h4>
<p>La première écoute, dans la continuité, laisse assez désappointé, voire perplexe, pour ne pas dire agacé. On suggèrera donc de se libérer du mélange des genres, du mic-mac fantasque d’un programme qui fait se côtoyer des pièces qui, plutôt que de se mettre en valeur, se contrarient parfois l’une l’autre. Et d’écouter les items plutôt que l’ensemble, par exemple en commençant par les lieder.</p>
<p>Certains sont chantés avec gravité et délicatesse et c’est assez beau, ainsi les trois Hugo Wolf : <em>Ganymed</em> (malgré un penchant au portamento qu’on retrouvera souvent) est saisi dans une esthétique intime, tout près du micro, et rien ne se perd de la beauté du timbre ; <em>An die Geliebte</em> du même Hugo Wolf, très en confidence, met en évidence ce baryton clair, aux aigus faciles, jouant avec habileté de la voix mixte, fin diseur, sobre et subtil ; le tendre <em>Und willst du deinen Liebsten sterben</em> <em>sehen</em> mêle bouffées de lyrisme et pudeurs. <em>Die Nonne</em>, simple romance de Fanny Hensel, est donnée avec sensibilité, avec de jolis effets entre voix mixte et graves de velours.</p>
<h4><strong>Toute séduction dehors</strong></h4>
<p>Séduisants aussi les deux Schubert, que Benjamin Appl enchaîne comme dans une Schubertiade entre amis : <em>Heldenrösslein</em>, désinvolte, juvénile, drôle, et <em>Gretchen am Spinnrade</em>, presque murmuré, sans effet, sans insister, sans beaucoup d&rsquo;émotion non plus, hormis le soudain éclat sur « sein Kuss » et, sur la reprise de la dernière strophe, un tragique qui sonne assez vrai.</p>
<p>Ce grand charmeur est évidemment irrésistible en <em>Lorelei</em> (de Schumann), insinuant et captieux, et quel matelot ne s’y laisserait prendre ? C’est justement ce qui arrive à l’un des deux compagnons du <em>Frühlingsfahrt</em> d’Eichendordff et Schumann, qui cède à l’appel du désir et des sirènes et Appl raconte cette histoire avec une bravoure légère. Cette manière d’<em>understatement</em>, de mi-voix, a quelque chose de rafraîchissant. Le troisième Schumann, <em>Wer nie sein Brot mit Tränen aß</em>, sur un texte de Goethe, menaçant comme un sermon, n’en apparaîtra que plus implacable et fatidique. C’est l’inéluctable damnation qui viendrait nécessairement après le plaisir, et la voix va alors fouiller dans ses tréfonds les plus noirs.&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="729" height="541" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Sans-titre.jpeg" alt="" class="wp-image-132261" /><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Photos © Manuel Outumuro</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Les délices du péché</strong></h4>
<p>Mais avant la damnation, se souvenir des délices de la faute. On rangera au rayon du charme viennois le <em>Rosenband</em> de Richard Strauss, voluptueux jusqu’à son inattendue colorature finale sur « Elysium » et le très amusant air « aus dem Spiegel von Arcadien », valse lente où Schoenberg en 1901 semble pasticher Franz Lehár – soit dit en passant, on verrait bien Appl en Danilo…</p>
<p>L&rsquo;aimable baryton allemand est très à l’aise dans le répertoire français. On a une préférence pour le <em>À Chloris</em> de Reynaldo Hahn : timbré, fier, mâle et délicat, d’une diction quasi parfaite (ah ! les diphtongues nasales, éternel problème…), tendrement accompagné par <strong>James Baillieu</strong>, de même que <em>La Chevelure</em>, extraite des <em>Chansons de Bilitis</em>, où Appl n’a pas peur d’aller de diaphanes pianissimos à de percutants <em>forte</em> : là encore, l’attention portée aux mots va de pair avec une santé vocale bienvenue dans un répertoire souvent chanté avec des pincettes.<br />Même pétulance dans les trois Poulenc, des <em>Couplets bachiques</em> trompetants (mais on ne comprend pas un mot, ça va trop vite), une faussement médiévale et tout à fait grivoise <em>Offrande</em> (avec soupir de plaisir à la fin) et un <em>Serpent</em> (serpent demi-minute) très café-concert.<br />On rangera dans le répertoire français le <em>Youkali</em> de Kurt Weill, souvenir de son bref passage à Paris et de sa collaboration avec Jacques Deval pour <em>Marie-Galante</em> en 1934, exotisme de papier peint et suavité très <em>Comedian Harmonists</em>, mais quelle drôle d’idée de poser ce tango Arts-Déco juste après le <em>Ganymed</em> de Hugo Wolf.</p>
<h4><strong>Du caf’conc’ au music-hall</strong></h4>
<p>Côté music-hall, genre <em>Limelight</em>, <em>The Apple Orchard</em> d’Ivor Gurney, d’une voix de crooner, comme l’enjôleur <em>Now Sleeps the Crimson</em> de Roger Quilter, l’exotique <em>To a Devil </em>(en anglais) de Grieg, d’une voix très glamour, un <em>Just a Gigolo,</em> qui n’efface pas Louis Prima et <em>The Snake</em> de Jake Heggie, très Broadway, sont, dirons-nous, sympathiques, davantage qu’indispensables. De même d’ailleurs que les deux passages de l’<em>In Paradisum</em> de Fauré, dans une précautionneuse transcription pour piano de James Baillieu.</p>
<p>En revanche, réussite parfaitement idiomatique, <em>Die Ballade vom Paragraphen 218</em> de Eisler et Brecht, violente, grinçante, sardonique, donnerait envie que Benjamin Appl poursuive dans cette veine berlinoise.</p>
<p>Le plus beau aura été gardé pour la fin : le <em>Urlicht</em>, de la deuxième symphonie de Mahler, recueilli, sensible et altier, intérieur (comme le piano délicat de James Baillieu), jamais détimbré dans les pianissimos, impeccable de ligne.<br />Bel aboutissement d’un parcours buissonnier, anecdotique par moments, d’ailleurs enregistré il y a trois ans…</p>
<p>Les deux artistes proposent ce même programme en concert. <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/recital-de-benjamin-appl-festival-de-saint-denis/">Lisez ici le compte rendu de leur récital au festival de Saint-Denis.</a></p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/benjamin-appl-forbidden-fruit/">Benjamin Appl : Forbidden Fruit</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Récital de Benjamin Appl &#8211; Festival de Saint-Denis</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/recital-de-benjamin-appl-festival-de-saint-denis/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Taillia]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 24 Jun 2023 22:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Ce n’est pas un récital que Benjamin Appl a donné ce dimanche, dans la salle de musique du Lycée de la légion d’honneur de Saint-Denis ; c’est un voyage qu’il a proposé, autour du jardin d’Eden, reprenant le programme de son nouveau disque, Forbidden fruit, paru le 23 juin chez Alpha. Et puisque les voyages &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Ce n’est pas un récital que<a href="https://www.google.com/search?q=benjamin+appl+forumopera&amp;sxsrf=APwXEdcT_8pLz8tYYdlfWfIicdms-OOExg%3A1687522438233&amp;ei=hoyVZPLpDe-ukdUP5pWKkA8&amp;ved=0ahUKEwjyxOz7rtn_AhVvV6QEHeaKAvIQ4dUDCBA&amp;uact=5&amp;oq=benjamin+appl+forumopera&amp;gs_lcp=Cgxnd3Mtd2l6LXNlcnAQAzIFCCEQoAE6CggAEEcQ1gQQsAM6CggAEIoFELADEEM6DwguEIoFEMgDELADEEMYAToECCMQJzoHCAAQigUQQzoFCAAQgAQ6BQguEIAEOgoIABCABBAUEIcCOgYIABAWEB46BwghEKABEAo6BAghEBVKBAhBGABQhgFY6wpgjwxoAXABeAGAAZYDiAGGEZIBCTAuNy4zLjAuMZgBAKABAcABAcgBDdoBBggBEAEYCA&amp;sclient=gws-wiz-serp"> <strong>Benjamin Appl</strong> </a>a donné ce dimanche, dans la salle de musique du Lycée de la légion d’honneur de Saint-Denis ; c’est un voyage qu’il a proposé, autour du jardin d’Eden, reprenant le programme de<a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/benjamin-appl-forbidden-fruit/"> son nouveau disque, <em>Forbidden fruit</em></a>, paru le 23 juin chez Alpha. Et puisque les voyages commencent et finissent souvent de la même façon, le baryton démarre et conclut le parcours du fond de la salle, regardant la scène où le pianiste <strong>James Baillieu</strong> l’accompagne mais se fait aussi soliste, dans une transcription très à propos du « In paradisum » du <em>Requiem </em>de Fauré.</p>
<p>Le chemin se dessine ainsi, versatile et polyglotte, balisé par quelques phrases issues de la genèse. Il serait laborieux de détailler chaque élément de ce florilège de 26 mélodies, d’autant plus que ce qui frappe l’auditeur, c’est d’abord un ton, une originalité, un talent indéniable pour faire des pas de côté avant de reprendre le cours du propos : la mélodie anonyme « I will give my love an Apple » fait évidemment figure de clin d’œil et de signature, mais nous projette également dans la solennité d’un recueillement qui se prolonge avec des pièces de Wolf loin de toute emphase, d’où émerge un « Ganymed » tout aussi sobre que sombre, puis se fissure avec des pièces françaises aux saveurs plus terrestres. Ainsi de la grivoise « Offrande » de Francis Poulenc, du « Youkali » de Weill, qui trouve tout naturellement sa place dans un tel programme, et de la sublime « A Chloris » écrite par Reynaldo Hahn sur un poème de Théophile de Viau, dont les langueurs tombent sans un pli sur la voix à la fois mâle et juvénile de Benjamin Appl. Le voluptueux « Das Rosenband » de Strauss et l’érotisme de « La Chevelure » inspirée à Debussy par Pierre Louÿs dessinent une union d’Adam et Eve saisissante quand le très gaillard « Seit ich so viele Weiber sah » du jeune Schönberg et le « Just a gigolo » de Leonello Casucci laissent entrevoir, chacun à sa façon, la tentation qui provoquera la Chute. Quant à la pomme tendue à Eve, elle nous donne l’occasion d’écouter des mélodies plus rares de Clara Schumann (<em>Lorelei</em>) ou de Fanny Hensel-Mendelssohn (<em>die Nonne</em>), puis d’entendre la protagoniste interpeller directement le serpent dans une belle mélodie syncopée signée Jake Heggie. D’une façon fascinante, c’est au moment de l’expulsion du Paradis qu’interviennent les grands lieder romantiques : « Marguerite au Rouet » et « Heidenröslein » montrent quel Schubertien est Appl, capable d’impulser beaucoup d’intensité dramatique sans fracturer la ligne de chant ni perdre en tenue vocale – et « Wer nie sein Brott mit Tränen ass » de Schumann tient par la même violence contenue.</p>
<p>Car un tel voyage ne vaut qu’avec des guides à la hauteur, capables de donner sa cohérence à l’ensemble du parcours sans que les interprétations en deviennent seulement conjoncturelles : que Wolf, Strauss, Poulenc, Schubert, Clara Schumann ou Grieg gardent leur valeur intrinsèque, leurs couleurs et leurs qualités propres, servent le programme sans s’y soumettre. Le timbre de Benjamin Appl, ses reflets noirs capables de se parer de brusques éclaircissements, ses qualités de diction, quelle que soit la langue, constituent sans doute l’instrument le plus apte à éclairer chaque étape, tout à la fois dans sa particularité et dans sa grandeur musicale inhérente ; James Baillieu, au piano, est à cet égard plus qu’un accompagnateur : un partenaire aux phrasés  très subtils, avec qui le dialogue se noue et progresse sans jamais divaguer. Alors qu’un orage d’été éclate et fait s’ouvrir les portes-fenêtres de l’auditorium, l’« Urlicht » de Gustav Mahler résonne moins comme une étape finale que comme autant de points de suspension : quelle sera la prochaine aventure où nous convieront de tels artistes ?</p>
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