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	<title>Kaëlig BOCHÉ - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Kaëlig BOCHÉ - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>OFFENBACH, Robinson Crusoé – Nantes</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Jun 2026 04:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après avoir connu un beau succès au Théâtre des Champs-Élysées où elle était créée l’hiver dernier, la production de Laurent Pelly (en fait une coproduction avec Angers Nantes Opéra, Rennes et le Palazzetto Bru Zane) du rare Robinson Crusoé de Jacques Offenbach suit son périple et s’installe pour quelques jours à Nantes. L’œuvre est ici &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après avoir connu un beau succès au Théâtre des Champs-Élysées où elle était créée <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-robinson-crusoe-paris-tce/">l’hiver dernier</a>, la production de <strong>Laurent Pelly</strong> (en fait une coproduction avec Angers Nantes Opéra, Rennes et le Palazzetto Bru Zane) du rare <em>Robinson Crusoé </em>de Jacques Offenbach suit son périple et s’installe pour quelques jours à Nantes. L’œuvre est ici proposée avec un nouveau chef et une nouvelle distribution, à l’exception de la mère de Robinson interprétée par <strong>Julie Pasturaud</strong>, dans un bel écrin plus intime que la salle du TCE, où les décors imaginés par la scénographe<strong> Chantal Thomas</strong>, à commencer par la tournette du premier acte, s’intègrent parfaitement dans la structure du Théâtre Graslin. Et le public, non seulement, est au rendez-vous, mais acclame avec enthousiasme une œuvre dont on s’explique mal pourquoi elle n’a bénéficié que d’un demi-succès à sa création et une absence quasi totale sur les scènes françaises (plus rien depuis 1986). Certes, le sujet est délicat et le livret quasi inexploitable en l’état à l’heure actuelle. Mais Laurent Pelly et son équipe ont su actualiser le propos tout en évitant les écueils du « blackface » et du colonialisme (pour ne mentionner que deux aspects potentiellement problématiques de cette adaptation du roman de Daniel Defoe de 1719). Les dialogues permettent maintenant de souligner l’aspect onirique, quasi surréaliste et cynique d’un opéra entre comique et bouffe, tout en mettant en valeur les qualités de la partition et des airs. Ne serait-ce que pour se délecter des ensembles, trios, quatuors ou quintettes qui abondent dans une œuvre où, en principe, le héros est seul sur une île déserte avant de rencontrer Vendredi, on se délecte du choix de monter enfin cette rareté, ce qui a également permis à l’Avant-Scène Opéra de lui concocter un <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/offenbach-robinson-crusoe-avant-scene-opera/">excellent numéro</a> tout récemment.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/RB-ROBINSON-CRUSOE-PRE-GENERALE-85-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-214585"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Romain Boulanger</sup></figcaption></figure>


<p><em>Robinson Crusoé</em> mélange les genres et les pistes narratives : du naufragé solitaire aux chasseurs de trésor qui semblent sortis de l’<em>Île au trésor</em> de Stevenson aux histoires d’amours y compris encombrées (Vendredi s’éprend sans le savoir de la fiancée de Robinson) sans oublier les cannibales qui veulent offrir la blonde étrangère à leur divinité dans une ambiance très <em>King Kong</em> de 1933, il y a à boire et à manger dans cette fantaisie loufoque et débridée. La maison de Bristol (autrefois plaque tournante du commerce triangulaire anglais, rappelons-le) du premier acte permet, avec la déclinaison des motifs à carreaux verts et une esthétique British très années 1950, de montrer le carcan familial trop confortable duquel veut s’arracher Robinson. Le contraste avec le décor de l’île déserte n’en est que plus saisissant : c’est dans une série de tentes plantées devant des gratte-ciels sans âme que les naufragés sont réfugiés… L’idée est bonne, tout comme celle de situer la cuisine des cannibales dans une sorte d’élevage intensif où les morceaux de viande ne sont pas ceux auxquels ont est habitués (ou contre lesquels on se révolte, c’est selon) : la vision est percutante et l’on se délecte de cet humour noir que ne renierait pas un Tim Burton. Mais le clou réside dans l’apparition des cannibales tous clonés sur un modèle immédiatement reconnaissable : mèche blonde en banane, lunettes fumées, cravate rouge et costume bleu roi, le public explose de rire à l’arrivée de cette armée de répliques de Trump assoiffée de chair humaine. On s’amuse beaucoup et les interprètes sont merveilleusement bien dirigés.</p>
<p>Du Robinson de <strong>Pierre Derhet</strong>, on retiendra avant tout une diction exemplaire, où chaque mot est intelligible et correctement articulé : un vrai bonheur, mais qui entrave de fait par la méticulosité de la scansion un legato qu’on aurait aimé plus sensuel et affirmé ; mais c’est là un reproche d’enfant gâté. On se repaît de chacune des interventions sonores et percutantes du jeune ténor belge. Tout aussi réjouissante, la performance de la ravissante et délicieuse <strong>Catherine Trottmann</strong>, Edwige déchaînée qui ne fait qu’une bouchée des coloratures où elle diffuse tous les atouts de sa personnalité de femme fatale sachant mettre au pas son petit monde. Elle a cependant une concurrence de taille en la personne de la mezzo <strong>Mathilde Ortscheidt</strong> mieux que crédible en Vendredi auquel elle confère une grande noblesse et une très riche palette émotionnelle. L’émotion affleure sans cesse et l’on écoute avec ravissement ce timbre beau aux riches textures. <strong>Marc Scoffoni</strong> incarne avec gourmandise et une grande maîtrise le rôle savoureux du cuisinier Jim Cocks, roulant des mécaniques et du biceps comme un authentique culturiste. Très drôles eux aussi, le couple truculent de Suzanne et Toby formé par la délicieuse <strong>Apolline Raï-Westphal</strong> et un <strong>Kaëlig Boché</strong> fougueux et vaillant. Les autres interprètes complètent harmonieusement la distribution.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/RB-ROBINSON-CRUSOE-PRE-GENERALE-153-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-214590"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Romain Boulanger</sup></figcaption></figure>


<p>Prenant le relais de Marc Minkowski après le TCE, <strong>Guillaume Tourniaire</strong> fait honneur à la partition d’Offenbach, dont il fait ressortir avec conviction les beautés et la richesse. Le chef français, amateur de raretés, est visiblement à l’aise avec ce répertoire. L’<strong>Orchestre National des Pays de la Loire</strong> semble s’être très bien entendu avec lui et le résultat est jouissif. Après Angers puis Nantes, Rennes accueillera le spectacle du 16 au 24 juin.</p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Opéra sur écrans 2026 | &quot;Robinson Crusoé&quot; de Jacques Offenbach" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/r4mb3r7r-Eo?start=26&amp;feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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<p>Et comme chaque année, l’opération « Opéra sur écrans » se poursuit. Le jeudi 18 juin à 20h, le spectacle sera diffusé gratuitement sur écrans géants (notamment devant le théâtre Graslin à Nantes, la Place du Ralliement à Angers ou la Place de la Mairie à Rennes), dans plus de 75 villes et lieux culturels (cinémas, salles de spectacles, maisons de la culture, etc.), essentiellement en Bretagne, Pays de la Loire et région Centre, sans oublier un partenariat avec Sarrebruck en Allemagne ainsi que Jersey et Guernesey. Plus de 12 000 spectateurs avaient assisté à la <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-flute-enchantee-nantes/">Flûte enchantée</a></em> l’année passée. Et c’est sans compter sur le streaming assuré par France.tv, le site internet de France 3 régions et les chaînes locales, dont Angers Télé, Télénantes ou encore TV Vendée. Autant dire que le spectacle de cette année devrait faire de nombreux adeptes et contribuer à former le public de demain, ce qui est tout à fait rassurant. Tous les lieux figurent sur la <a href="https://www.angers-nantes-opera.com/opera-sur-ecrans-2026-robinson-crusoe">page dédiée</a>.</p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="🎬 TRAILER / Robinson Crusoé I J. Offenbach" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/h4zzi697NTk?start=2&amp;feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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		<item>
		<title>POULENC, Dialogues des Carmélites &#8211; Marseille</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/poulenc-dialogues-des-carmelites-marseille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 30 Mar 2026 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Comme toute œuvre lyrique, Dialogues des Carmélites est un défi, tant pour le metteur en scène que pour le chef d’orchestre, et évidemment pour les chanteurs, quand l’intensité sonore menace l’intelligibilité et suscite le besoin ou la tentation de forcer sans que le sens le justifie. A cet égard la relation entre le plateau et la &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Comme toute œuvre lyrique, <em>Dialogues des Carmélites </em>est un défi, tant pour le metteur en scène que pour le chef d’orchestre, et évidemment pour les chanteurs, quand l’intensité sonore menace l’intelligibilité et suscite le besoin ou la tentation de forcer sans que le sens le justifie. A cet égard la relation entre le plateau et la fosse, pour cette production qui succède à celle de 2006, est globalement satisfaisante, même si çà et là le souci pour les solistes de se faire entendre engendre des touches expressionnistes. <strong>Débora Waldman </strong>maîtrise la partition avec précision et souplesse, mettant en évidence les hommages à Debussy ou à Moussorgski, fait chanter les psalmodies et chatoyer les dissonances annonciatrices des changements de climat, avec un rendu orchestral presque irréprochable. Seule vraie réserve, l’énergie de la direction et la richesse sonore exaltent sans trêve la grandeur de la composition, si bien que dans le tableau final les uppercuts qui scandent les chutes de la lame fatale n’ont pas l’impact supérieur que l’on attend.</p>
<p>Il est vrai que ce tableau final est traité par la mise en scène de <strong>Louis Désiré </strong>d’une manière qui nous est restée énigmatique. Que les Carmélites nouent à leur cou un ruban rouge qu’elles dénoueront les unes après les autres au fur et à mesure des exécutions, pourquoi pas, – si un mauvais esprit ne nous soufflait : à découper selon le liseré – mais au lieu de s’effondrer elles se mettent l’une après l’autre à enchaîner des mouvements dansants. Nul texte n’accompagnant le programme de salle qui éclairerait les intentions et le sens, cette option a gardé son mystère. Mystérieux l’était déjà le va-et-vient en fond de scène, au début du premier tableau, d’hommes porteurs de lanternes. Fait-il nuit ? Sont-ce des serviteurs qui gardent le jardin ? C’est par là qu’entreront tour à tour le Chevalier de La Force et Blanche. A s’en tenir au plan classique d’un hôtel particulier, on entre par la cour à l’avant…Pinaillage ? Si l’on veut. Et pourquoi faire du parloir où le frère viendra embrasser sa sœur un dortoir, quand Mère Marie raccompagne Blanche dans sa cellule ? L’image de ces corps étendus, immobiles comme des gisants, est saisissante, mais l’espace d’un instant on se demande si les nonnes ont été victimes d’une épidémie. Oui, c’est peut-être la clé de ce travail, faire image.</p>
<p>Parfois cela fonctionne bien : le sommeil agité du marquis de La Force témoigne de l’intranquillité de cet homme à qui la colère de la rue rappelle celle qui a précédé et peut-être causé la mort en couches de son épouse. Parfois cela ne fonctionne pas. Le parti pris d’austérité semble poussé jusqu’à l’absurde : quand Blanche fuit ses sœurs pour se réfugier dans la demeure paternelle, l’ottoman où le marquis sommeillait, devenue au couvent le lit de l’agonie de la prieure, a évidemment disparu, et le plateau est entièrement nu. Pas plus qu’on n’a vu les déprédations subies par la chapelle, qui ont poussé Mère Marie à proposer le martyre, on ne voit les traces du saccage de cet hôtel particulier, où elle se croit à l’abri et cuisine, puisqu’elle reproche à Mère Marie de lui avoir fait brûler son repas. Qu’auront compris les néophytes ? Ce dépouillement a néanmoins un avantage, il permet d’enchaîner les scènes sans ralentir la représentation par des précipités.</p>
<p>Ces choix pour nous problématiques – Constance quitte la veille funèbre pour aller chercher la relève, or on la voit aller se coucher – sont pourtant transcendés par les éclairages splendides de <strong>Patrick</strong> <strong>Mééüs. </strong>Il les varie sans cesse, et ils tiennent souvent lieu de décor dans un nuancier subtil d’une réelle efficacité dramatique, embrassant les personnages, à la manière d’une composition picturale, avec des fonds de scène à la Tiepolo et des couleurs à la Philippe de Champaigne, qui relèvent les costumes classiques de <strong>Diego Méndez-Casariego</strong>.</p>
<p>Hormis les réserves mentionnées pour l’intensité sonore et ses conséquences, une brassée de lauriers pour les chanteurs. Les représentants de la révolution, le geôlier menaçant de <strong>Gilen Goicoechea, </strong>le premier commissaire, brebis qui hurle avec les loups, de <strong>Yan Bua, </strong>le deuxième commissaire méfiant  et l’officier soupçonneux de <strong>Frédéric Cornille, </strong>tout comme le valet Thierry de <strong>Thomas Dear et </strong>Javelinot le médecin inflexible, de <strong>Raphaël Brémard</strong>, sont irréprochables. <strong>Kaëlig Boché </strong> est bien jeune pour un aumônier mais il a l’autorité suffisante pour incarner  ce personnage avec crédibilité.</p>
<p><strong>Marc Barrard </strong>n’ignore rien du sien, le marquis de La Force, qu’il a déjà incarné plusieurs fois. Il en exprime la bonhomie et la volonté de ne pas se laisser affaiblir par les souvenirs douloureux. Ce père aimant qui mesure mal le désarroi de sa fille sera guillotiné, et on le voit hanter la pièce où Blanche a trouvé refuge, mais fort heureusement elle ne le voit pas ! Le chevalier de La Force est échu à <strong>Léo Vermot-Desroches, </strong>ténor des plus séduisants, qui est peut-être ce soir en petite forme, car les notes les plus aigües sont prises  en voix mixte, à la limite de la voix de tête, et quelques sons engorgés qui se répètent suggèrent un malaise persistant. La prestation reste honorable mais on attendait mieux.</p>
<p>Du groupe des carmélites émergent la peu charitable sœur Mathilde – <strong>Esma Mehdaoui</strong> – prompte à accuser Blanche, et l’efficace Mère Jeanne, un avatar et un défi de plus pour <strong>Laurence Janot</strong>, qui garde en toute occasion son sens aigu de la scène. Sœur Constance est incarnée avec la fraîcheur souhaitable par <strong>Ana Escudero </strong>; on craint d’abord que la voix ne soit bien petite, mais une fois chauffée, sans devenir évidemment énorme, elle passe plutôt bien la rampe et l’interprète est convaincante en jeune fille spontanée sûre de son destin, que son reniement provisoire rend encore plus touchante.</p>
<p>Mère Marie de l’Incarnation ne doute pas : elle est sûre que les croyants persécutés n’ont pas de voie meilleure que le sacrifice volontaire. Alors à la faveur de l’absence de la nouvelle prieure, elle use de son autorité pour engager ses sœurs à résister aux mesures révolutionnaires, au risque d’être condamnées à mort. <strong>Eugénie Joneau </strong>campe le personnage, tant vocalement que scéniquement, avec la détermination de la responsable, dont la fermeté n’exclut pas la bienveillance, mais dont l’aspiration au martyre relève peut-être autant de l’orgueil que de la foi.</p>
<p>La nouvelle prieure, Madame Lidoine, concession au climat politique, n’est pas issue des rangs de la classe habituée à commander, mais son discours inaugural, s’il se veut prosaïque, frappe néanmoins par la netteté de ses positions : « la prière est un devoir, le martyre une récompense ». Elle est dans l’orthodoxie la plus stricte tout en étant proche de « ses filles ». <strong>Angélique Boudeville </strong>l’incarne avec l’alliance d’autorité et de simplicité requise, et dramatiquement et vocalement.</p>
<p>Madame de Croissy, c’est l’ancien monde, comme le marquis de La Force. Mais si elle est prieure par son ascendance aristocratique, elle n’en exerce pas moins sa fonction avec compétence. Elle sait que vouloir entrer au couvent ne signifie pas forcément avoir la vocation de la vie monastique. Son expérience et sa clairvoyance, elle les exerce à travers l’examen de passage où elle questionne Blanche et n’hésite pas à la rudoyer. Avant de succomber elle jette ses dernières forces dans un entretien qu’elle voudrait édifiant et où la faiblesse humaine l’emporte : la mort, qu’elle devrait accueillir avec joie puisqu’elle va la mettre en présence du Créateur, l’épouvante. <strong>Lucie Roche</strong>, qui fut Mère Jeanne il y a vingt ans, campe le personnage avec une force prégnante, dans sa fermeté, sa véhémence, son amertume et sa déréliction. C’est une grande performance, vocale et théâtrale.</p>
<p>Il revient à <strong>Hélène Carpentier </strong>d’être Blanche de la Force, en qui Gertrud Von Le Fort s’est projetée. Est-ce le sourire avec lequel elle entre en scène ? La jeune fille est lasse, impressionnable, une ombre va la faire hurler. On a beau se dire que la bonne éducation lui impose de masquer sa morosité à son père et à son frère, la fragilité du personnage n’est pas immédiatement perceptible. Mais il s’agit d’une prise de rôle et le résultat global est déjà très beau. L’endurance vocale ne connaît pas de faiblesse et l’expressivité nuancée comme l’exige le rôle. Les ovations du public, qui a largement et longuement applaudi ses partenaires, sur la fosse et le plateau, récompensent cet engagement.</p>
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		<item>
		<title>POULENC, Dialogues des Carmélites &#8211; Nancy</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/poulenc-dialogues-des-carmelites-nancy/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Jan 2026 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Avant même que la salle soit plongée dans l’obscurité, s’incruste sur le panneau de scène le regard de Blanche, en très gros plan. Il nous accompagnera ponctuellement jusqu’au terme de l’ouvrage. Défilent alors à vitesse accélérée, la projection des cris proférés par la foule révolutionnaire, ainsi que les commentaires. Le ton est donné. Personne ne &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Avant même que la salle soit plongée dans l’obscurité, s’incruste sur le panneau de scène le regard de Blanche, en très gros plan. Il nous accompagnera ponctuellement jusqu’au terme de l’ouvrage. Défilent alors à vitesse accélérée, la projection des cris proférés par la foule révolutionnaire, ainsi que les commentaires. Le ton est donné. Personne ne peut rester indifférent à cette production d’une force incontestable, à laquelle assistait Christophe Rizoud, il y a un an, à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/poulenc-dialogues-des-carmelites-rouen/">Rouen.</a></p>
<p>Délibérément, la mise en scène joue sur le décalage entre le contexte daté des Carmélites de Compiègne, rappelé avec insistance par toute la palette de moyens dont elle dispose, et une transposition contemporaine, dominée par un réalisme prosaïque, frôlant parfois le vulgaire sans y tomber, qui tranche avec ce à quoi nous sommes habitués, malgré Warlikowski et autres. On n’énumérera pas les situations qui, en des contextes différents prêteraient à sourire, à rire ou à huer, sinon une seule. Constance assise aux toilettes, qu’elle nettoiera avec soin, avant que la Prieure soit conduite à l’infirmerie&#8230; Pas de guillotine (malgré une projection d’un texte égalitariste de Guillotin) : une exécution froide de chacune des sœurs par des tireurs invisibles, dans un décor stylisé, noir, sans issue, avec une pluie dense d&rsquo;eau lustrale tombant des cintres. Les corps s’effondrent (*) dans l’eau, alors que le panneau de fond de scène va laisser progressivement la lumière filtrer par les interstices. La force dramatique est à un point culminant. Les poncifs (les nervis en treillis avec kalachnikov, les tableaux collectifs figés sur image&#8230;) abondent, qui agacent plus qu’ils n’émeuvent. Le prosaïsme réduit la ferveur et la grâce au texte chanté. Et pourtant, cela fonctionne et certaines scènes nous étreignent (la mort de la Prieure, les adieux du Chevalier à sa sœur, la scène finale). <strong>Tiphaine Raffier</strong>, qui aborde l’opéra pour la première fois, dit avoir été séduite par « cette foi comme acte de résistance universelle ». Or l’ouvrage recèle une ambivalence permanente, qui fait sa richesse, au travers des motivations de Blanche, de la mort de la Prieure, particulièrement. La mise en scène intègre ainsi des textes projetés, allant du cri, du slogan à la déclaration, qui participent au climat dans lequel s’insère l’intrigue. La vidéo mobile et les gros plans qu’elle projette en direct confortent ce réalisme délibéré. La télé, le lave-linge participent de ce parti pris. Les interludes sont raccourcis, nous explique la metteuse en scène, « pour préserver le flux dramatique ». Soit, mais alors pourquoi ces interminables pauses, avec ces sourds grondements de percussion, qui le meublent ? Pourquoi cette longue séquence cinématographique qui mêle du peplum médiéval et Jeanne d’Arc à des scènes fantastiques ? Certes le poster de la Pucelle dans la chambre de Blanche lui donne sa cohérence. Mais était-il besoin d’un soulignement aussi fort que réducteur pour que l’âme troublée de Blanche soit perceptible par chacun ? Nous préférons l’ellipse. Cependant, cette surprise ne saurait occulter l’un des atouts de cette production : la direction d’acteurs est admirable et efficace, faisant oublier les limites de la transposition. Les lumières, inventives, de <strong>Kelig Le Bars</strong>, n’appellent que des éloges.</p>
<p>De la distribution rouennaise seule subsiste Blanche. La Nancéenne, composée avec soin, s’avère du meilleur tonneau. Outre le premier rôle on en retiendra déjà une Prieure d’exception et une Constance plus vraie que jamais. <strong>Hélène Carpentier</strong> (Blanche) affiche une santé florissante et une apparente sérénité, rassurante, que contredit son état mental. Son mysticisme orgueilleux fait oublier sa fragilité, sa délicatesse. Indéniablement une présence physique et vocale, intense. Les intonations quelque peu véristes du premier tableau, la projection associée à sa violence seront bientôt oubliées pour une maîtrise qui fascine, jusqu’au sacrifice ultime. Madame de Croissy impressionne à sa première apparition, pour nous bouleverser dans son agonie douloureuse, violente, blasphématoire. <strong>Helena Rasker </strong>impose son personnage avec une autorité exceptionnelle. La voix, somptueuse, et le jeu, exemplaire, nous font espérer la retrouver dans d’autres productions. De surcroît sa maîtrise de notre langue est parfaite. La voix lumineuse de<strong> Michèle Bréant </strong>s’accorde idéalement à Sœur Constance, naïve et profonde, émouvante de spontanéité et de lucidité. L’innocence joyeuse, la bonté d’âme, tous les registres sont illustrés avec le même bonheur. Mère Marie de l’Incarnation est pour le moins aussi complexe à traduire que chacune de ses compagnes. Autoritaire, orgueilleuse, préconisant un courage qui lui fera défaut, elle n’en est pas moins attachante par le rôle qu’elle assume dans la communauté. <strong>Marie-Adeline Henry –</strong> qui fut Madame Lidoine – lui prête sa voix chaude, au beau médium. Cette dernière, la nouvelle prieure, dont l’humilité et la droiture forcent l’admiration, rayonne. Son arioso ultime (« Mes filles, j’ai désiré de tout cœur vous sauver&#8230; »), empreint d’une tendresse maternelle est un moment fort. <strong>Claire Antoine</strong>, qui l’a déjà chantée à <a href="_wp_link_placeholder" data-wplink-edit="true">Liège</a>, en connaît bien les moindres ressorts et habite son personnage, en lui prêtant une voix à suivre.</p>
<p><strong>Matthieu Lécroart </strong>campe un Marquis de la Force comme un geôlier très justes, et la première scène – outrée – dans la chambre (pourquoi l’avoir substituée à la bibliothèque ?) nous offre une voix généreuse, d’une intelligibilité constante, dont l’autorité est naturelle. Même si on ne peut s’empêcher de penser aux pères verdiens, la parenté s’arrête là car le style n’est en rien redevable à ceux-ci. Le Chevalier de la Force n’apparaît, en dehors de la première scène, que pour celle des adieux à sa sœur. <strong>Pierre Derhet </strong>nous vaut un officier viril, d’une voix jeune et bien timbrée. Cette dernière scène dont la force naît de l’incompréhension empreinte de tendresse entre Blanche et son frère est particulièrement bien conduite. <strong>Kaëlig Boché </strong>est l’Aumônier, prêtre réfractaire, qui s’efforce de protéger les Carmélites, voulant convaincre Blanche de ne point rejoindre ses sœurs au sacrifice. L’émission serrée convient bien au personnage, crédible dans son humanité. Aucun des rôles secondaires ne dépare, et – chacun avec sa personnalité propre – tous participent à la réussite vocale de la production.</p>
<p>L’orchestre se pare de belles couleurs (les bois particulièrement), sous la baguette attentive de <strong>Marc Leroy-Calatayud</strong>, et l’on regrette que les interludes soient accompagnés de mouvements dramatiques, qui distraient l’attention. Les chœurs, dont les interventions sont limitées, tirent leur épingle du jeu dans les derniers tableaux.</p>
<p>Au sortir de cette extraordinaire lecture, encore sous le poids de l’émotion, on s’interroge sur l’approche de la mise en scène qui nous prive d’une part de la dimension spirituelle de la partition.</p>
<pre>* Comme à Tours (2010, Gilles Bouillon)</pre>
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		<title>OFFENBACH, La Périchole &#8211; Saint-Etienne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-la-perichole-saint-etienne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 04 Jan 2026 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On se souvient de l’ingénieuse et efficace mise en scène de l’Enlèvement au sérail, produite ici-même en juin dernier. Son réalisateur, Jean-Christophe Mast, nous revient, toujours flanqué de Jérôme Bourdin, qui signe décors et costumes, pour une Périchole réjouissante, riche en surprises et en trouvailles. Une mécanique bien huilée vous emporte, grisé, pour une soirée &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On se souvient de l’ingénieuse et efficace mise en scène de <a href="_wp_link_placeholder" data-wplink-edit="true"><em>l’Enlèvement au sérail</em>,</a> produite ici-même en juin dernier. Son réalisateur, <strong>Jean-Christophe Mast</strong>, nous revient, toujours flanqué de <strong>Jérôme Bourdin</strong>, qui signe décors et costumes, pour une <em>Périchole</em> réjouissante, riche en surprises et en trouvailles. Une mécanique bien huilée vous emporte, grisé, pour une soirée festive, rythmée à souhait. La direction d’acteur est soignée, parfois proche du music-hall, dont la gestique et la chorégraphie emportent l’adhésion. L’atmosphère foraine, carnavalesque, les travestissements réjouissent, même si cette lecture laisse peu de place à l’émotion que la musique recèle. L’ambiguïté sur laquelle repose l’ouvrage est occultée. Si le sourire est constant, la douce amertume est réduite à la portion congrue. Le ton de la farce, grotesque, l’emporte ce soir, évitant la caricature (les puissants ne sont antipathiques que par leurs actes) et la niaiserie. Pratiquement pas d’actualisation du livret ni de cause à défendre, la fidélité à l’esprit festif est pleinement assumée.</p>
<p>Le metteur en scène a-t-il été marqué par <em>le Temple du soleil</em> ? Son Pérou, de fantaisie, coloré à souhait, tourne autour d’une pyramide inca, avec des lamas emblématiques, et des costumes aussi caractérisés que cocasses. Un ingénieux dispositif sur plateau tournant évitera les changements de tableau, conférant unité renforcée et continuité au déroulé de l’œuvre. Riches en couleurs, les costumes, recherchés, sont drôles, particulièrement pour le Vice-roi et ses assistants. Pour ne parler que de Don Andrès, entre sa première et sa dernière apparition, les changements appropriés de tenue sont aussi comiques que justes. Cela va de son déguisement en docteur (couplets de l’incognito) à la tenue d’apparat du souverain, en passant par un séducteur mi catcheur-mi Monsieur Propre, et par un geôlier catcheur caricatural. On est bien dans le registre bouffe et la drôlerie est constante. L’univers forain et carnavalesque n’est pas très loin, avec ses manèges, attractions (lanceurs de couteaux) et buvette des Trois cousines. Ses tons crus et bigarrés, sa fantaisie, donnent le ton. La coiffure commune à Panatellas et Hinoyosa, dignitaires jumeaux et exécutants du Vice-roi, les tresses des Péruviennes, il n’est pas un détail qui ne participe à cette joyeuse débauche de formes et de tons. Un régal visuel que ce fouillis synthétique de clichés. Les  têtes de lamas couronnant chacune des faces de la pyramide, qui crachent de l’or si besoin, ne sont que l’affirmation de leur omniprésence : chevaux de bois-lamas, autos tamponneuses-lamas…</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" title="611632425_10239791210382038_4635132049990957492_n" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/611632425_10239791210382038_4635132049990957492_n-1294x600.jpg" alt="" />© Cyrille Cauvet - Opéra de Saint-Etienne</pre>
<p>La distribution, sans réelles inégalités, se caractérise par de nombreuses prises de rôle qui excluent toute routine : l’aisance constante des chanteurs-comédiens d’une troupe complice est manifeste. Notre Périchole affiche une santé rayonnante. Pour cette prise de rôle, <strong>Marie-Andrée Bouchard-Lesieur</strong>, déploie ce soir des moyens éblouissants, on pense à Régine Crespin, avec, en plus, un sens singulier de l’opéra-bouffe ; il est vrai qu’Offenbach lui est familier. La voix est sonore, aux graves assurés, colorée, ductile et articulée de façon exemplaire. Plus rebelle que soumise, elle nous réjouit et nous émeut, déchirée entre son amour pour le malheureux Piquillo et la misère de leur quotidien, que la mise en scène traduit de façon superficielle. Mais l’émotion attendue est bien là dans la scène de la lettre, la finesse aussi (« Ah ! quel dîner je viens de faire », sa griserie). Attendrissant sont le « Nigaud, nigaud, tu ne comprends donc rien », comme le « Je t’adore, brigand ». Les duos sont autant de moments de bonheur. Une grande voix.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" title="611336880_10239791211222059_1883902186151145014_n" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/611336880_10239791211222059_1883902186151145014_n-1294x600.jpg" alt="" />© Cyrille Cauvet - Opéra de Saint-Etienne</pre>
<p><strong>Kaëlig Boché </strong>(Pedrillo, dans <em>l’Enlèvement au Sérail</em> en juin), s’empare du rôle de Piquillo, écrasant, dans chacun des trois actes. Le chanteur de rue n’est ce soir ni trop gauche ou ballot, ni vulgaire. La voix est sûre et impressionne, l’éclat et le mordant sont au rendez-vous. La tendresse comme l’indignation, la jalousie et la peine sont traduites avec art, dans la lointaine descendance d’Alain Vanzo. Après la complainte de l’Espagnol à la jeune Indienne, le duetto du mariage est un excellent moment. Son suicide avorté est aussi convaincant que celui de Papageno. Sa dignité, sa droiture, comme sa peine (« On me proposait d’être infâme ») alors qu’il croupit sur la paille, ont le ton juste, avant la complainte des amoureux, dont l’émotion sera partagée par le Vice-roi comme par la salle. Un grand bravo. <strong>Florent Karrer</strong> nous vaut un Don Andrès de Ribeira imposant, athlétique, jeune et séduisant, l’un des Vice-rois les plus convaincants, les plus drôles, que l’on ait vus et écoutés. Ses costumes renouvelés et sa gestique le dispensent de toute bouffonnerie ajoutée. Ce n’est pas le despote concupiscent, calculateur et suffisant que l’on rencontre souvent, mais un homme, veuf, qui s’éprend sincèrement de la Périchole. Sa clémence finale n’est pas feinte, calculée, mais sincère. Le trio de la prison (« la jalousie et la souffrance »), où la constance de son amour est manifeste nous émeut. Dès les couplets de l’incognito, la voix s’impose, puissante, riche en couleurs, d’une intelligibilité constante. Chacune de ses apparitions est un morceau d’anthologie, vocale comme visuelle. Le public acclamera chaleureusement nos trois premiers rôles pour le bonheur de leur chant et de leur jeu.</p>
<p>Les courtisans serviles, voire obséquieux, et facétieux, forment un duo réussi. Don Miguel de Panatellas est confié à <strong>Flannan Obé</strong>, une présence, une voix et une diction d’exception, et Don Pedro de Hinoyosa à <strong>Jean-Gabriel Saint-Martin</strong>, également remarquable. « Les maris courbaient la tête » (boléro) où ils accompagnent Piquillo auprès du geôlier (Vice-roi) est abouti. Les trois cousines, les dames d’honneur (<strong>Amandine Ammirati, Mathilde Lemaire, Aliénor Feix</strong>), ont du chien, faisant preuve d’une assurance individuelle et collective remarquable, et répondant à toutes les attentes, musicales, dramatiques et chorégraphiques. Chacune de leurs interventions réjouit. On retiendra particulièrement les deux couplets du cancan, et la valse du troisième acte, truculente. On boit d’abondance dans l’ouvrage. Les deux notaires (<strong>Alix Varenne et Frédéric Bayle</strong>) sont impayables, dont l’ébriété (« Tenez-vous bien par le bras ») s’ajoute à la griserie de la Périchole, et à l’ivresse de Piquillo. Les voix sont bien assorties et leur jeu divertissant. Pour le marquis de Tarapote, le vieux prisonnier, <strong>Jean-Claude Calon</strong> ne convainc qu’à moitié : ses gestes sans équivoque se substituant à la demi-douzaine de baisers à la Périchole, renouvelés, s’imposaient-ils ? Les nombreux ensembles sont autant de réussites et de bonheur, et on ne les énumérera pas, sinon les trios du dernier acte (du joli geôlier, puis de la prison), d’une rare perfection vocale.</p>
<p>A la tête de l’orchestre symphonique Saint-Etienne Loire, et de son chœur, <strong>Laurent Touche</strong>, à la fois familier du répertoire et de ses interprètes, impose une direction aussi fouillée que dynamique et truculente. Dès l’ouverture, l‘<em>allegro non troppo</em> est pris dans le tempo juste, et le thème de la lettre, confié au hautbois, puis à l’alto solo, lyrique à souhait. Elégance, joie débridée, sensibilité, comme poésie et humour, souligné par les couleurs de l’orchestre sont au rendez-vous : les espagnolades (Séguedille, Boléro, « Il grandira… ») réjouissent tout particulièrement. La pesanteur appuyée du chœur des patrouilles, les finales endiablés des premier et troisième actes sont irrésistibles. L’attention constante portée au chant, la cohésion, la précision des ensembles n’appellent que des éloges. Est-il besoin de souligner les qualités du chœur, très sollicité, rayonnant, intelligible ? Le plus souvent mixte, signalons cependant le chœur des dames de la Cour, puis celui des Seigneurs, qui attestent l’équilibre des pupitres. Ses évolutions servent fort bien le propos, chaque chanteur se doublant d’un acteur engagé.</p>
<p>Malgré le seul – petit – bémol, relatif au manque d’ambiguïté de la lecture, la virtuosité débridée d’une vraie troupe, servie par une direction et une mise en scène de haut vol, sont longuement ovationnés par un public galvanisé, ce qui n’était que justice. Pour celles et ceux qui n’auraient eu le bonheur d’assister à cette <em>Périchole</em>, l’Opéra de Marseille en reprendra la production, succédant à celle d’Olivier Le Pelletier. A surveiller !</p>
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		<title>Rennes 2025-26: L&#8217;Opéra en partage</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/rennes-2025-26-lopera-en-partage/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 Jun 2025 05:48:25 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>« L&#8217;Opéra en partage », voilà la bannière sous laquelle Matthieu Rietzler dévoile sa nouvelle saison le jour-même de l&#8217;opération Opéra sur Ecran(s) qui fait résonner la Flûte Enchantée, gratuitement, dans plus de 70 lieux entre Bretagne et Pays de Loire. Cette nouvelle saison débute dès le 30 août avec un premier temps fort en &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>« L&rsquo;Opéra en partage », voilà la bannière sous laquelle Matthieu Rietzler dévoile sa nouvelle saison le jour-même de l&rsquo;opération <a href="https://www.opera-rennes.fr/fr/evenement/opera-sur-ecrans-la-flute-enchantee">Opéra sur Ecran(s)</a> qui fait résonner <em>la Flûte Enchantée</em>, gratuitement, dans plus de 70 lieux entre Bretagne et Pays de Loire.</p>
<p>Cette <a href="https://www.opera-rennes.fr/fr/programmation">nouvelle saison</a> débute dès le 30 août avec un premier temps fort en plein air le 30 aout. Le très beau <em>Rinaldo</em> de la Co[opéra]tive applaudi ici même en <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rinaldo-rennes-demons-et-merveilles/">2021</a> reprend du service, en plein air, à l&rsquo;éco-musée de la Bintinais après que Claire Dancoisne l&rsquo;ait adapté cet été pour le Festival de Saint-Céré.</p>
<p>Pour le reste, fidèle à ses partenariats fructueux, Rennes accueillera des incontournables comme <em>Lucia di Lammermoor</em> en février 2026, sous le regard de Simon Delétang, coproduit avec Angers-Nantes Opéra, mais également Massy, le Théâtre Impérial de Compiègne – Opéra de Compiègne et le Théâtre de Lorient – CDN.</p>
<p>D&rsquo;autres œuvres sont plus audacieuses, à l&rsquo;exemple de cet alléchant <em>Robinson Crusoé</em> de Jacques Offenbach, également à l&rsquo;affiche du Théâtre des Champs-Elysées sous la houlette de Laurent Pelly – et applaudit dans plus de 80 communes à l&rsquo;occasion d&rsquo;Opéra(s) sur écrans en juin prochain &#8211; ou encore<em> La Calisto</em> de Francesco Cavalli coproduit avec le Festival d’Aix-en-Provence sous la houlette de Sébastien Daucé et de son ensemble Correspondances dans une mise en scène prometteuse de Jetske Mijnssen dès le mois d&rsquo;octobre.</p>
<p>Ces deux spectacles sont crées en complicité avec Angers-Nantes Opéra, tout comme le nouvel opus de la Co[opéra]tive, mis en scène par David Lescot, en janvier 2026&nbsp;: l&rsquo;opéra de chambre de Pauline Viardot, <em>Cendrillon</em>.</p>
<p>Enfin, après leur <em>Carnaval Baroque</em>, Vincent Dumestre et Le Poème Harmonique proposeront cette fois une version méconnue de<em> L’Avare</em> de Molière, mise en musique par Francesco Gasparini.</p>
<p>Enfin, la création contemporaine ne sera pas oubliée en mai 2026 avec <em>I didn’t know where to put all my tear</em>s croisant la musique de Benjamin Britten et celle de Marko Nikodijević en création mondiale le 29 mars 2026 à l’Opéra national de Nancy-Lorraine</p>
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		<title>Angers-Nantes Opéra 2025-26 : Fragilisé mais déterminé</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/angers-nantes-opera-2025-26-fragilise-mais-determine/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 19 Jun 2025 08:24:45 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La création imminente et ambitieuse de la Messe pour une planète fragile sur un texte de &#160;de la poétesse sud-africaine Antjie Krog et une musique de Guillaume Hazebrouck viendra clore la semaine prochaine la saison 2024-25 d&#8217;Angers Nantes Opéra. Voilà huit ans maintenant qu&#8217;Alain Surrans a quitté l&#8217;opéra de Rennes pour Angers Nantes Opéra, tout &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La création imminente et ambitieuse de la <a href="https://www.angers-nantes-opera.com/messe-pour-une-planete-fragile"><em><i>Messe pour une planète fragile</i></em></a> sur un texte de &nbsp;de la poétesse sud-africaine <strong>Antjie Krog et une musique de Guillaume Hazebrouck viendra clore la semaine prochaine la saison 2024-25 d&rsquo;Angers Nantes Opéra.</strong></p>
<p>Voilà huit ans maintenant qu&rsquo;Alain Surrans a quitté l&rsquo;opéra de Rennes pour Angers Nantes Opéra, tout en conservant des liens forts avec la maison bretonne qu&rsquo;il avait dirigé pendant quatorze ans, impulsant de nombreuses et fructueuses collaborations. Il achèvera son mandat en Pays de Loire le 1er janvier prochain, cédant la place à Alexandra Lacroix de manière sereine et concertée.</p>
<p><a href="https://www.angers-nantes-opera.com/#3">L&rsquo;ultime saison</a> qu&rsquo;il programme conserve son ambition en dépit du contexte brutal qui est celui des coupes budgétaires drastiques imposées par la Région Pays de Loire ainsi que par le département de Loire Atlantique. Les deux métropoles ainsi que le ministère de la Culture ont partiellement amorti le choc par effort financier complémentaire. Si les levers de rideaux passent de 72 à 60, sacrifiant en particulier les programmations baroques, de danse et de certains projets du chœur, en revanche, il semble hors de propos de transiger avec la qualité des propositions.</p>
<p>Les coproductions les plus prestigieuses promettent le meilleur comme <em>La Calisto</em> de Francesco Cavalli avec le Festival d’Aix-en-Provence en novembre ou encore, début juin, <em>Robinson Crusoé</em> de Jacques Offenbach avec le Théâtre des Champs-Elysées sous la houlette de Laurent Pelly et des décors, costumes, réalisés par les ateliers d’Angers-Nantes Opéra.</p>
<p>En mars, une large coproduction rassemblera les opéras de Rennes et Massy, le Théâtre Impérial de Compiègne – Opéra de Compiègne et le Théâtre de Lorient – CDN pour <em>Lucia di Lammermoor</em>.</p>
<p>Alain Surrans ne renonce pas à l&rsquo;innovation avec <em>Solaris</em>, un vidéo-opéra contemporain écrit par Othman Louati dont l&rsquo;opéra &#8211; <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/louati-les-ailes-du-desir-rennes/"><em>les Ailes</em></a> <em>du Désir</em>, toujours avec Miroirs Etendus &#8211; avait déjà été applaudi dans le cadre de la Co[opéra]tive.</p>
<p>Cette dernière, incontournable, sera à nouveau présente en mars 2026 avec <em>Cendrillon</em> de Pauline Viardot.</p>
<p>Enfin Patricia Petibon illuminera dès novembre la version de concert de <em>l’Amour sorcier</em> et <em>La Vie brève</em> de Manuel de Falla,</p>
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		<title>MOZART, Die Entführung aus dem Serail &#8211; Saint-Etienne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-die-entfuhrung-aus-dem-serail-saint-etienne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 16 Jun 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=192108</guid>

					<description><![CDATA[<p>On se souvient de la singulière histoire de Constance, Blondchen et Pedrillo, tombés aux mains des pirates et captifs du sultan Selim, qui s’est épris de la première. Il a donné Blondchen au gardien de son harem, Osmin, et a fait de Pedrillo son jardinier.  Ils devront leur liberté à la magnanimité du souverain, après &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-die-entfuhrung-aus-dem-serail-saint-etienne/"> <span class="screen-reader-text">MOZART, Die Entführung aus dem Serail &#8211; Saint-Etienne</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-die-entfuhrung-aus-dem-serail-saint-etienne/">MOZART, Die Entführung aus dem Serail &#8211; Saint-Etienne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On se souvient de la singulière histoire de Constance, Blondchen et Pedrillo, tombés aux mains des pirates et captifs du sultan Selim, qui s’est épris de la première. Il a donné Blondchen au gardien de son harem, Osmin, et a fait de Pedrillo son jardinier.  Ils devront leur liberté à la magnanimité du souverain, après une tentative avortée d’évasion, conduite par le fiancé de Constance, Belmonte.</p>
<p><strong>Jean-Christophe Mast</strong>, à qui l’on doit la mise en scène, connaît bien l’ouvrage, pour l’avoir déjà monté, ici même, en 2007. L’action est transposée à Istambul, dans la première moitié du siècle dernier, alors que les idées progressistes d’Atatürk s’opposent au conservatisme rétrograde. Pourquoi pas, d’autant que le personnage attachant de Selim, inspiré des Lumières, y trouve une vraisemblance bienvenue ? Cependant, le réalisme de cette proposition en limite la fantaisie, intemporelle. L’Orient de pacotille se traduit essentiellement par les costumes. Ceux des Janissaires, tout de blanc vêtus, surprennent, choquent même (les femmes sont en niqab&#8230;.). S’il y a longtemps que l’on ne convoque plus les <em>Mille et une nuits</em> pour mettre le sérail en scène, les décors ne conservent de la turquerie qu’un ingénieux assemblage central de cages, volières, rappel stylisé de moucharabieh, qui sera mur d’enceinte, chambre, prison, observatoire, à la faveur de quelques transformations, réalisées par les quatre serviteurs – muets – du sultan.</p>
<p>Est-il œuvre plus malaisée, plus subtile à réaliser ? Comment créer cette fluidité entre les scènes, construire une dramaturgie qui captive l’auditeur ? Le passage du récit parlé au chant, qui se double ici de la maîtrise de l’allemand et du français, puisque les dialogues sont traduits, soulève bien des interrogations, particulièrement avec une distribution dépourvue de germanophones de naissance.</p>
<p>Le premier acte déçoit, plus fébrile qu’exubérant, sans jeunesse ni sensualité, souffrant des passages parlés dans un français parfois approximatif (pourquoi ce choix ?). L’humour est chichement mesuré, limité à des jeux de scène. Par chance, l’entrée en jeu de Blondchen et de Pedrillo au deuxième acte marquera d’une aisance et d’un naturel nouveaux cette production, qui se terminera dans la bonne humeur de sa conclusion moralisatrice. La distribution, par trop inégale et disparate, ne convainc qu’à moitié. Ainsi, le couple central ne recueillera que des applaudissements polis au terme du spectacle alors que celui formé par Blondchen et Pedrillo sera acclamé, comme Osmin et Selim. D’autre part, le redoutable exercice consistant à jouer la comédie, en français, accuse les limites de nos deux aristocrates.</p>
<p>Etonnante Constance, on connaît et apprécie<strong> Ruth Iniesta</strong>, sa belle étoffe vocale, son agilité comme son engagement. La voix est ample, épanouie, sûre. Hélas, pour ce qui doit être une prise de rôle, elle imprime à Mozart sa technique belcantiste, sa projection, son puissant medium. Aussi, après son <em>Traurigkeit</em>, plus formel que pathétique, les décoiffantes vocalises, les aigus filés, les effets pyrotechniques de <em>Marten alle Arten</em> en font-il ce soir un air de concert, démonstratif, hors contexte. Son Belmonte fait assez pâle figure, écrasé par l’orchestre au premier acte. Pourtant <strong>Benoît-Joseph Meier</strong>, ténor usant d’une belle voix mixte, souple, suave, mais trop faible pour le lieu, ne démérite pas toujours. N’était la puissance, l’élégance, le phrasé, renvoient à Leopold Simoneau. Méforme passagère ou difficulté à passer d&rsquo;un baroque intime à Mozart ? Son air d’entrée, comme le « Constance » suivant nous laissent sur notre faim. Par contre, sa participation au trio, au quatuor comme au finale s’avère convaincante.</p>
<p>Blondchen est ici une soubrette délicieusement effrontée, piquante et énergique. <strong>Marie-Eve Munger, </strong>épanouie, a l’abattage requis. Le timbre séduit, empreint de fraîcheur, le charme joue dès son premier air, moqueur, dont le trait final, superbe, est un régal. « Welche Wonne », tendre, primesautier, la confirme comme mozartienne. Son Pedrillo (<strong>Kaëlig Boché)</strong> est remarquable, aussi à l’aise dans les dialogues en français que dans ses airs ou ensembles. La sûreté de l’émission, la facilité dans la plus large tessiture sont bien là. Non seulement en pleine possession de ses moyens, son jeu, ses talents de comédien s’épanouissent pour le plus grand bonheur de chacun. Entre la crainte et la résolution, toujours tendre, la composition est réussie. Les deux couples réunis dans le grand quatuor nous font oublier les inégales performances des chanteurs.</p>
<p>Osmin, l’eunuque gardien du sérail, est campé par<strong> Sulkhan Jaijani. </strong>Svelte, séduisant, à rebours des clichés, le bouffe est quelque peu gommé, estompé, au profit de la vérité humaine. La richesse du bas-medium, les solides graves, la clarté de l’élocution, la puissance sont au rendez-vous, même si les aigus manquent d’aisance. La dissonance entre le personnage dessiné, bourru et cruel, mais sensible, et la mise en scène interroge (la description des supplices se traduit ainsi par du grand guignol). Son ivresse soporifique est privée des bouffonneries éthyliques attendues. Pour parlé que soit le rôle, celui de Selim est essentiel, par sa dimension, par sa générosité comme par son amour pour Constance. Le metteur en scène ne s’y est pas trompé, qui nous le montre, seul, devant le rideau de scène, pensif, dès l’ouverture, puis accablé après les dernières notes. Excellent comédien, <strong>Denis Baronnet </strong>traduit remarquablement, la classe, l’élégance, l’aristocratie du maintien comme la bonté d’âme d’une sorte de prémonition de Sarastro.</p>
<p>Pour traduire les exaltations juvéniles du cœur comme les échos de l’amour opprimé, l’allégresse, le sourire et les larmes, on attendait de<strong> Giuseppe Grazioli </strong>une direction malicieuse, sensuelle et raffinée, tendre et mélancolique, jeune, bondissante, exubérante, alliant précision, poésie et vigueur. L’entrain joyeux, assorti de savoureuses turqueries, paraît quelque peu appliqué. L’équilibre privilégie les cordes. Les vents ne méritaient-il pas d’être valorisés par un déplacement qui aurait favorisé leur mise en évidence ? <em>Andante</em> est un caractère, on peut être allant sans que le mouvement métronomique soit rapide. <em>Wenn ein Liebchen hat gefunden</em>, nous présente un Osmin tendre, émouvant, qui va se révéler possessif jusqu’à la séquestration. Ce soir, l&rsquo;air est défiguré, dépourvu de respiration, indifférent. La remarque vaut à d’autres moments. Les contrastes, de tempi comme de nuances, sont amoindris, et ce, dès l’andante central de l’ouverture. Alors que Mozart a voulu établir un lien fort avec le premier air de Belmonte, cette production apparaît comme une succession de numéros plutôt qu’une fresque construite, avec ses progressions, ses ruptures dramatiques. Le choix de dialogues en français ajoute à ce sentiment. La jubilation finale, bienvenue, nous fera oublier bien des réserves. <em>L’Enlèvement au sérail</em> est inaltérable !</p>
<p>L’orchestre symphonique Saint-Etienne Loire, en fosse, reste en-deçà de nos attentes. Les cordes, abondantes, sont trop souvent pâteuses, lourdes ou ternes, les bois insuffisamment articulés et privés de verdeur. Ainsi, la petite symphonie concertante qui introduit le <em>Marten alle Arten</em>, une merveille d’écriture, est-elle un peu fade. C’est propre, à quelques rares exceptions près, mais on cherche trop souvent la fraîcheur, la ductilité, la jeunesse, la vie. Les deux interventions des vingt chanteurs du chœur (celui des Janissaires, puis le vaudeville final), purement décoratives, sont parfaitement en place, comme attendu. Il en va de même de ses quatre solistes intervenant ponctuellement.</p>
<p>Au sortir de ce spectacle, malgré les quelques frustrations soulignées, on retiendra la proposition de mise en scène, et le couple Blondchen-Pedrillo, comme les ensembles, équilibrés et musicalement bien conduits.</p>
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		<title>Carmen en version de poche dans le Marais</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/carmen-en-version-de-poche-dans-le-marais/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 06 Jun 2025 13:49:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Suite au succès de la création de sa version « de poche » de Carmen, les Moments lyriques du Marais reprendront leur spectacle le 20 juin prochain à la Cathédrale Sainte-Croix des Arméniens, 13 rue du Perche à Paris (IIIe arrondissement). Cette version pour huit voix et un récitant (Nicolas Poli) est accompagnée au piano par Flore &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Suite au succès de la création de sa version « de poche » de <em>Carmen</em>, les<em> Moments lyriques du Marais</em> reprendront leur spectacle le 20 juin prochain à la Cathédrale Sainte-Croix des Arméniens, 13 rue du Perche à Paris (IIIe arrondissement). Cette version pour huit voix et un récitant (<strong>Nicolas</strong> <strong>Poli</strong>) est accompagnée au piano par <strong>Flore Merlin</strong>. La distribution est constituée de jeunes chanteurs et d&rsquo;artistes confirmés. <strong>Eléonore Pancrazi</strong> incarnera le rôle-titre qu&rsquo;<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-carmen-versailles/">elle chantait récemment à l&rsquo;Opéra royal de Versailles</a>. <strong>Kaëlig Boché</strong>, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-larlesienne-le-docteur-miracle-tours/">qui commence à se faire un nom</a>, reprendra son Don José. La distribution comprendra également <strong><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/duvernoy-la-tempete-paris-temple-du-luxembourg/">Erminie Blondel</a> </strong>(Micaela), <strong><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/cosi-fan-tutte-opera-eclate-clermont-ferrand-en-rouge-et-blanc/">Antoine Foulon</a> </strong>(Escamillo), <strong><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/die-zauberflote-clermont-ferrand-mozart-reenchante/">Pauline Feracci</a> </strong>(Frasquita), <strong>Brenda Poupard</strong> (Mercedes), &nbsp;Benoît-<strong>Joseph Meier</strong> (le Remendado) et <strong>Thibault de Damas</strong> (le Dancaïre). La participation aux frais est de 25€ (10€ pour les moins de 20 ans).</p>
<p>Réservations : par courriel (vivrelemarais@orange.fr), par téléphone (06 80 88 87 10) ou via <a href="https://l.facebook.com/l.php?u=https%3A%2F%2Fwww.helloasso.com%2Fassociations%2Fvivre-le-marais%2Fevenements%2Fcarmen-2025%3Ffbclid%3DIwZXh0bgNhZW0CMTAAYnJpZBEwaWl0NE5YVkljYUFSUkpTVgEetIg3jwzyYRmHQ6O6P8djmg6B_WsOAbQYtKVSa7LHxCL503HkwMintc-gJwU_aem_194s1OuwNmxeKBFVmuS66g&amp;h=AT0fy7y7lVAlThSqq5HOOdqdaUMw1hXDEQ4c6YDcsPDHEzPOJGsfPcoi-SjVauJfE8JYhTf-05i855nz-SDogj52tFMdJjS4EWPV6R8400ma2lbTci9PxLgFjZC2tJblKc9uR7fR1Kg3nU0G1t0bMS4&amp;__tn__=-UK-R&amp;c[0]=AT2ivQ102ZrOQnASQ19Ex0SZwSmk8wQ9vW_RiDk_hufWPd_iFEFvEpF1eH4KjqMNOzPC4asclmMEEVR08TzMTc8S-nXe7CmjE4rdWHmeBlWnkXeEIonmPS3LKePocdlzPQD16FgcI814VcfYXsmJW5CvSoTvpdLgmC426K2MyLUlVewjIpYBQLnbZwVRHSBdpgwWLrNt19UrBIFO1FexXTU57aZWAE6R">Helloasso</a>.</p>
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		<title>REYER, Sigurd &#8211; Marseille</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/reyer-sigurd-marseille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 05 Apr 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Au soir du 3 décembre 1924, la foule se presse pour assister à la réouverture de l’Opéra de Marseille, entièrement reconstruit après un incendie qui n’avait épargné que les murs extérieurs du bâtiment. Le directeur du théâtre a choisi pour cette grande occasion de mettre à l’affiche une œuvre alors renommée et admirée : Sigurd, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Au soir du 3 décembre 1924, la foule se presse pour assister à la réouverture de l’Opéra de Marseille, entièrement reconstruit après un incendie qui n’avait épargné que les murs extérieurs du bâtiment. Le directeur du théâtre a choisi pour cette grande occasion de mettre à l’affiche une œuvre alors renommée et admirée : <em>Sigurd</em>, composé par Ernest Reyer, un enfant du pays.</p>
<p>Cent ans plus tard, en 2025, <em>Sigurd</em> et son compositeur – dont la statue trônait autrefois devant l’Opéra, avant d’être transférée au Parc Longchamps – sont bien loin de jouir de la même glorieuse popularité. L’œuvre a été redonnée récemment à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/sigurd-nancy-les-nibelungs-sont-a-tout-le-monde/">Nancy</a> dans une version de concert (là aussi pour célébrer le centenaire de l’Opéra de Nancy, inauguré avec <em>Sigurd</em>, décidément un hit au début du siècle&nbsp;!) et en version scénique à Erfurt. Il faut cependant remonter trente ans en arrière, en 1995, à Marseille déjà (en coproduction avec Montpellier), pour relever la présence sur une scène française du chef-d’œuvre de Reyer. Quel heureux choix de l’Opéra de Marseille, donc, de redonner sa chance à <em>Sigurd</em> pour célébrer le centenaire de la réouverture du bâtiment actuel !</p>
<p>On dit souvent que le crépuscule de l’œuvre de Reyer est en grande partie due à son sujet, identique à celui des deux derniers volets de la Tétralogie de Wagner. En effet : Sigurd, c’est Siegfried, et on retrouve à ses côtés Brunehilde, Hagen, Gunther… Est-ce qu’un de ces deux héros devait écraser l’autre pour survivre ? Pourtant, les Manon de Massenet et de Puccini parviennent à cohabiter…</p>
<p>Le livret de Camille du Locle (co-auteur de <em>Don Carlos</em>) et d’Alfred Blau (co-auteur de <em>Werther</em>) est plus fidèle à la source originelle des <em>Niebelungen</em> que ne l’est le Ring. S’il fallait résumer l’action brièvement (pour plus de détails, voir <a href="https://www.forumopera.com/zapping/7-janvier-1884-une-tetralogie-du-pauvre/">l’article de notre collègue</a>), on dirait que c’est l’histoire de deux héros « purs » – Sigurd et Brunehilde – dont l’union est empêchée par les manipulations de deux humains viciés par leurs passions — le roi Gunther et sa sœur Hilda. En effet, la jeune Hilda fait absorber un philtre à Sigurd pour qu&rsquo;il tombe sous son charme tandis que Gunther se sert de lui pour délivrer Brunehilde, endormie dans un palais de flammes. La vierge guerrière ne peut être délivrée que par un « héros au cœur de diamant », « vierge de corps et d’âme », ce qui correspond très exactement au signalement de Sigurd. Gunther exige que Sigurd lui livre Brunehilde après l’avoir sauvée et il pourra en échange épouser sa sœur Hilda. Dissimulé sous la visière de son casque, Sigurd réveille Brunehilde (qui se rendort aussitôt) et la ramène au palais de Gunther. Elle ne reconnaît pas son vainqueur en Gunther : elle n’a pas vu le visage de son sauveur, mais sent que ce n’est pas lui. Elle accepte cependant d’épouser le roi, tandis que Sigurd s&rsquo;unit à Hilda. Au moment de bénir l’union des jeunes amants, Brunehilde touche la main de Sigurd et un éclair fend le ciel : elle comprend que quelque chose (ou quelqu&rsquo;un) a contrarié le destin. C’est finalement Hilda elle-même, jalouse et orgueilleuse, qui avoue à Brunehilde la supercherie (Gunther n’est pas son sauveur) et la guerrière comprend que Sigurd est la proie d’un enchantement. Elle désenvoute le héros et celui-ci découvre qu’il aime Brunehilde, comme les dieux l’avait voulu en le désignant comme le seul capable de la délivrer de son sommeil. Mais Gunther, encouragé par son conseiller Hagen, tue Sigurd ; Brunehilde expire au même instant, tandis qu’Hilda se suicide en maudissant son frère et appelant sa chute, comme la Camille de Corneille et la Didon de Berlioz.</p>
<p><figure id="attachment_186666" aria-describedby="caption-attachment-186666" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="wp-image-186666 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/P1760264-©-photo-Christian-DRESSE-2025-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683"><figcaption id="caption-attachment-186666" class="wp-caption-text">Nicolas Cavallier (Hagen), Florian Laconi (Sigurd), Alexandre Duhamel (Gunther) et Marc Barrard (le Prêtre d&rsquo;Odin) © Christian Dresse</figcaption></figure></p>
<p>Musicalement, <em>Sigurd</em> est bien moins wagnérien que ne pourrait le laisser présager l’admiration de Reyer pour le maître de Bayreuth. D’ailleurs, l’œuvre a été composée bien avant le Ring et on y perçoit plus l’influence de <em>Lohengrin</em> et <em>Tannhaüser</em> que des œuvres ultérieures de Wagner. Certes, on retrouve l’utilisation des leitmotivs (celui de Gunther, en tierces mineures, se repère assez facilement), mais ce n’est pas une invention du compositeur allemand. L’œuvre s&rsquo;inscrit plutôt dans la tradition du Grand Opéra français à la Meyerbeer (duquel Wagner s’est lui-même beaucoup inspiré) et on remarque surtout beaucoup de tournures berlioziennes dans l&rsquo;orchestration ou la prosodie. Au-delà, c&rsquo;est bien sûr Gluck et Weber qui semblent inspirer le compositeur marseillais : plus d&rsquo;une fois, on a l&rsquo;impression d&rsquo;entendre des réminiscences de la scène de la Gorge au Loup du <em>Freischütz</em> et quelque chose de l&rsquo;atmosphère d&rsquo;<em>Euryanthe</em> plane sur l&rsquo;œuvre.</p>
<p>Certaines scènes d&rsquo;ensemble du premier acte, ainsi qu&rsquo;une phrase ascendante pleine d&rsquo;élan exposée dans l&rsquo;ouverture, sonnent pour le coup très wagnériennes. On a pourtant devant les oreilles une œuvre à numéros, bien que la musique soit <em>durchkomponiert</em> : l&rsquo;air de la nourrice Uta et le chant du Barde se démarquent ainsi comme les moments forts de ce premier acte. Le deuxième acte cultive d&#8217;emblée une ambiance plus mystérieuse, avec les prières et le récit du Grand prêtre d&rsquo;Odin, tandis que Sigurd entonne son air fameux « Esprits, gardiens de ces lieux », très longtemps un pilier du répertoire des forts ténors. Le réveil de Brunehilde qui suit est une merveille de lyrisme et de délicatesse. Mais c’est dans le quatrième et dernier acte que Reyer atteint le sommet de son inspiration, qui voit se succéder un air pour Brunehilde plein d&rsquo;émotions variées, une scène de confrontation entre les deux rivales qui ravira les amateurs du genre et un duo du désenvoûtement entre Sigurd et Brunehilde, paradoxalement enivrant. Hélas, l&rsquo;œuvre est à Marseille (et comme ailleurs) abondamment coupée, ce qui a pour effet de rendre confus certains passages et d&rsquo;enlever aux personnages un peu de leur densité. Il faut dire que l&rsquo;œuvre est longue, la prosodie parfois difficile à suivre (on a là un langage singulier comme l&rsquo;est celui de Berlioz) et l&rsquo;harmonie plus ou moins inventive : il y a des passages plus inspirés que d&rsquo;autres, mais le dernier acte au moins (l&rsquo;air de Brunehilde et l&rsquo;apothéose des amants surtout) mériterait d&rsquo;être donné intégralement.</p>
<p><figure id="attachment_186674" aria-describedby="caption-attachment-186674" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-186674 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/P1770283-©-photo-Christian-DRESSE-2025-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683"><figcaption id="caption-attachment-186674" class="wp-caption-text">Catherine Hunold (Brunhilde) et Florian Laconi (Sigurd) © Christian Dresse</figcaption></figure></p>
<p>La mise en scène de <strong>Charles Roubaud</strong> situe l’action dans les années 1930/1940 – c’est ce que semble nous indiquer en tout cas les costumes soignés de <strong>Katia Duflot</strong>. On est cependant bien en peine de percevoir ce qu’apporte cette transposition, sinon qu’elle contourne les écueils de la littéralité (lances, casques à pointe, armures), dans laquelle versait encore la production de 1995. Brunehilde arbore tout de même une longue tresse blonde et son costume est moins ancré historiquement, si bien qu’elle semble issue d’un autre monde, plus éternel. La proposition ne manque pas d’élégance et la scénographie du premier acte (signée <strong>Emmanuelle Favre</strong>), avec ses pans coupés digne d’un décor de Fritz Lang, est particulièrement réussie. L’espace se transforme de tableaux en tableaux avec fluidité et clarté, tandis que les lumières de<strong> Jacques Rouveyrollis</strong> mettent l’accent sur tel ou tel événement comme s’il s’agissait de plans rapprochés (le versement du philtre, le coup de foudre). La direction d’acteur manque cependant de précision et l’ensemble demeure trop statique. Les vidéos projetées au deuxième acte, représentant la lutte de Sigurd avec les Nornes et les kobolds sont une honnête tentative de substitution aux effets scéniques, mais le numérique peine toujours à s’élever au rang de la magie. Malgré quelques scènes réussies, l’ensemble de la soirée manque cruellement d’élan, de feu, de foudre – c’est pourtant une musique et un livret qui n’en sont pas avares.</p>
<p class="" data-start="74" data-end="582">Dans le rôle-titre, <strong>Florian Laconi</strong> impressionne par l’homogénéité de sa voix, d’un beau métal, et par la vaillance avec laquelle il assume crânement la tessiture exigeante du rôle. Sigurd demande en effet une endurance vocale redoutable, des aigus vigoureux et une projection solide, qualités que le chanteur français déploie avec une assurance remarquable. Il se montre particulièrement à l’aise dans les passages héroïques, sculptant chaque phrase avec autorité. Cependant, l’interprète peine à totalement fendre l’armure dans les passages plus lyriques et intimes et reste scéniquement très statique. Il parvient enfin à toucher dans le duo du désenvoûtement, où son interprétation gagne en intensité et en sensibilité. Face à lui, <strong>Alexandre Duhamel</strong> campe un Gunther fascinant, véritable double sombre de Sigurd. Tout dans sa présence scénique évoque une gémellité troublante avec le héros : même silhouette imposante, même coiffure, même barbe soigneusement taillée. Son baryton aux couleurs riches et à l’émission assurée confère au personnage une autorité naturelle. Le début du troisième acte le révèle particulièrement à son aise : sa voix se colore de subtiles demi-teintes et on se surprend à s&rsquo;émouvoir du destin du roi, pourtant pas le plus sympathique des personnages.</p>
<p><strong>Catherine Hunold</strong> retrouve le rôle de Brunehilde qu’elle avait déjà incarné à Nancy, et elle le défend ici avec une aisance éclatante. Ce répertoire semble fait pour elle : elle y évolue avec une autorité naturelle. La voix est parfois couverte par l&rsquo;orchestre dans le bas médium, mais c&rsquo;est plus le fait de l&rsquo;acoustique du parterre ou de la direction orchestrale, car c&rsquo;est une donnée générale, surtout en première partie. Autrement, l&rsquo;aigu est glorieux et le timbre a ce qu&rsquo;il faut de noblesse et de de tranchant pour l&rsquo;amener à composer un portrait puissant de la vierge guerrière. Dans le rôle très touchant (car trop humain) de Hilda, <strong>Charlotte Bonnet</strong> fait feu de tout bois : son timbre onctueux, son engagement scénique et sa projection précise impressionnent. Son duo avec Brunhilde au dernier acte, où les deux femmes se bravent à coup de passionnés « Sigurd m&rsquo;aime ! », est le sommet de la soirée, tant la chanteuse y infuse frémissements et fougue, face à la sévérité contenue de la Brunehilde de Catherine Hunold. Les graves de <strong>Marion Lebègue</strong> sont eux aussi un peu happés par l&rsquo;effectif orchestral ou l&rsquo;acoustique du lieu, mais elle est d&rsquo;une élégance scénique naturelle si grande que son Uta convainc complètement, d&rsquo;autant plus que son jeu est nuancé et sa diction soignée.</p>
<p><figure id="attachment_186663" aria-describedby="caption-attachment-186663" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-186663 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/P1760064-©-photo-Christian-DRESSE-2025-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683"><figcaption id="caption-attachment-186663" class="wp-caption-text">Charlotte Bonnet (Hilda) et Marion Lebègue (Uta) © Christian Dresse</figcaption></figure></p>
<p>Dans le rôle du conseiller du roi Hagen, <strong>Nicolas Cavallier</strong> marque les esprits par une voix qui a gardé toute sa souplesse et par une présence scénique séduisante. Il a cependant tendance à trop couvrir son émission, pour homogénéiser son timbre sans doute, ce qui rend le texte un peu flou par moments. <strong>Marc Barrard</strong> est un Prêtre d&rsquo;Odin vocalement solide et convaincant, mais un peu réservé scéniquement. Ce n&rsquo;est pas le cas de <strong>Gilen Goicoechea</strong> qui remporte la mise sur tous les plans dans le petit rôle du Barde. Le quatuor des soldats, composé de <strong>Marc Larcher, Kaëlig Boché, Jean-Marie Delpas </strong>et<strong>Jean-Vincent Blot</strong>, complète idéalement une distribution qui rend honneur au chant français actuel.</p>
<p>Le grand effectif prévu par Reyer oblige l&rsquo;<strong>Orchestre de l&rsquo;Opéra de Marseille</strong> à déborder un peu sur les loges à côté de la scène : les deux harpistes et les deux percussionnistes sont ainsi exilés du reste de leurs collègues. Cela entraine quelques décalages dans la très belle ouverture de l&rsquo;œuvre, mais permet par la suite de savourer plus intensément les parties de harpes et d&rsquo;être mieux percuté par les interventions des percussions. <strong>Jean-Marie Zeitouni</strong> dirige l&rsquo;œuvre avec une grande intensité, révélant les mouvements de poussée ménagés par Reyer dans de nombreux numéros de l&rsquo;œuvre. Les passages les plus lyriques, comme la fin du deuxième acte, sont particulièrement électrisants. Mais cette attention à l&rsquo;écriture orchestrale se fait parfois au détriment des voix qui se retrouvent couvertes. Mais ne serait-ce pas, comme évoqué plus haut, le fait de l&rsquo;acoustique de la salle ? Les membres du <strong>Chœur de l&rsquo;Opéra de Marseille</strong> se mettent en place tardivement, à partir du deuxième acte, mais la suite de la représentation n&rsquo;appelle que des louanges.</p>
<p>Finissons ce compte-rendu avec une remarque (et une prière) : si la statue de Reyer autrefois dressée devant l&rsquo;Opéra de Marseille semble se boucher les oreilles, c&rsquo;est peut-être parce que l&rsquo;audition de son œuvre a été perturbée en cette soirée de première par le sifflement strident de certains appareils auditifs. Ce n&rsquo;est pas la première fois que cela nous arrive : il serait judicieux, comme l&rsquo;a fait un membre du personnel de l&rsquo;Opéra de Gand lorsque nous sommes allé y voir <em>Der Freischütz</em> dernièrement et qu&rsquo;un bruit aigu avait perturbé la première partie de la représentation, de rappeler aux spectateurs, dès le début de la représentation, de veiller au bon fonctionnement de leur sonotone, car cela perturbe vraiment l&rsquo;audition de l&rsquo;œuvre par les autres spectateurs et même très certainement les artistes sur le plateau et dans la fosse&#8230;</p>
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		<title>BIZET, L’Arlésienne/Le Docteur Miracle &#8211; Tours</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-larlesienne-le-docteur-miracle-tours/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre Venissac]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Oct 2024 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour célébrer les 150 ans de la disparition de Georges Bizet (1838-1875), le Palazetto Bru Zane n’a pas choisi la facilité, en programmant auprès de l’Arlésienne, œuvre connue mais rarement jouée dans son intégralité, un opéra-comique de jeunesse oublié pendant un siècle qui n’a ensuite jamais réussi à s’inscrire durablement au répertoire. Il faut saluer &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour célébrer les 150 ans de la disparition de Georges Bizet (1838-1875), le Palazetto Bru Zane n’a pas choisi la facilité, en programmant auprès de <strong>l’Arlésienne</strong>, œuvre connue mais rarement jouée dans son intégralité, un opéra-comique de jeunesse oublié pendant un siècle qui n’a ensuite jamais réussi à s’inscrire durablement au répertoire. Il faut saluer l’audace des co-producteurs du spectacle, qui fera notamment une escale parisienne au théâtre du Châtelet fin mai 2025. C’est l’Opéra de Tours qui ouvre les festivités, et autant le dire de suite, le résultat est tout à fait réjouissant, et ne devrait qu’aller en s’améliorant au fil des reprises.</p>
<h4>Dis-moi, berger, si l’on peut mourir d’amour</h4>
<p>Créée en 1872 au Théâtre-Lyrique, <strong>l’Arlésienne</strong> n’a jamais vraiment réussi à s’imposer dans sa mouture originelle. Si les suites pour orchestre ont contribué à la popularité des interludes, le reste de la musique de scène composée par Bizet reste largement inconnu, et ne parlons pas de la pièce d’Alphonse Daudet, carrément oubliée. Ce n’est d’ailleurs pas aujourd’hui qu’elle ressuscitera : il s’agit ici d’une nouvelle adaptation sous forme de conte musical avec récitant. La musique est donnée intégralement, mais le texte est réécrit (avec habileté) par <strong>Hervé Lacombe</strong>, spécialiste du compositeur auquel il a consacré un ouvrage biographique.</p>
<p>Le rideau s’ouvre sur le personnage de Balthazar, qui apporte avec lui l’unique élément de scénographie de cette partie : un moulin en bois à moitié délabré, dont on ne cesse d’être surpris par l’inventivité que sa conception démontre. Balthazar, le vieux berger qui raconte des histoires à l’Innocent, devient assez logiquement le narrateur du drame de l’amour de Frédéri pour cette mystérieuse Arlésienne. Le récit est illustré par les excellents danseurs <strong>Aurélien Bednarek</strong> et <strong>Iris Florentiny</strong> (lui tout en tension et en tourmente, et elle formidable d’expressivité par un simple regard), les chanteurs qui se font figurants pour cette partie, ainsi que le metteur en scène lui-même, <strong>Pierre Lebon</strong>, dans le rôle de l’Innocent. Ce dernier, en plus d’être déjà metteur en scène et comédien, est également scénographe, danseur, chanteur, et même poète si l’on en croit ses belles notes d’intention. Il crée un spectacle sans aucun temps mort grâce à un vrai sens du rythme, touchant et toujours ingénieux dans l’utilisation des ressources théâtrales dont il dispose. Costumes qui s’arrachent ou se retournent pour changer de personnage, décor modulable : l’artifice est complètement assumé avec de jolies trouvailles visuelles, comme ce vélo cheval ou ces toiles de paysages qu’on fait défiler à la manivelle. Cet amour pour l’artisanat se double d’une direction d’acteurs précise, avec des entrées sorties toujours rythmées, et beaucoup de perméabilité entre le jeu et la danse.</p>
<p><strong>Eddie Chignara</strong> porte quasiment à lui seul le texte de Daudet/Lacombe avec son emploi de récitant/Balthazar. Il le fait avec intensité, et capture immédiatement l’attention grâce à une diction claire malgré le rythme soutenu. Les reprises de la production devraient rendre le tout encore plus fluide, les différents personnages secondaires étant difficiles à saisir dans cette version réduite, et les quelques ruptures de ton un peu artificielles.</p>
<p>Dans la fosse, <strong>Marc Leroy-Catalayud</strong> fait honneur à la partition en réussissant aussi bien à porter les élans lyriques demandés qu’à ménager des moments de délicatesse qui mettent en valeur la finesse de l’orchestration de Bizet. Sa direction, extrêmement attentive à l’équilibre avec le plateau, vaut par sa souplesse. L’<strong>Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours</strong> le suit valeureusement, même si on regrette que tous les soli ne soient pas aussi forts en proposition, et que les cordes semblent un brin écraser la petite harmonie. Notons de belles interventions de flûte et piccolo, ainsi qu’une sicilienne très réussie lors de l’apparition de la mère Renaud, l’un des moments les plus touchants de la partition.</p>
<p><figure id="attachment_173822" aria-describedby="caption-attachment-173822" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-173822" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/0Q0A4959-©Opera-de-Tours-A.-Nabo-de-Sousa-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-173822" class="wp-caption-text">Eddie Chignara, Pierre Lebon @A. Nabo de Sousa</figcaption></figure></p>
<h4>Drôle de musique</h4>
<p><span style="font-size: revert; color: #4b4f58;">Changement radical pour la deuxième partie, où l’on passe du drame provençal aux Bouffes-Parisiens d’Offenbach. <strong>Le Docteur Miracle</strong> est en effet le fruit d’un concours de composition d’opérette organisé par ce dernier sur un livret imposé, qui verra le jeune Bizet (19 ans) triompher ex æquo avec Charles Lecocq. L’idée du concours était notamment de faire revenir l’opéra-comique à la légèreté qui l’aurait vu naître. L’intrigue sur laquelle ont œuvré les deux compositeurs se déroule à Padoue « au temps jadis », dans la demeure du Podestat (premier magistrat de la ville). Ce dernier engage un nouveau domestique pour surveiller sa fille, Laurette, qui aimerait bien quitter le domicile familial pour partir avec le beau Capitaine Silvio. Il s’avère cependant que ce nouveau domestique n’est autre que Silvio lui-même… </span></p>
<p><span style="font-size: revert; color: #4b4f58;">Pierre Lebon a déjà monté la <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/le-docteur-miracle-paris-marigny-cest-toujours-bien-chez-laurette/">version de Lecocq en 2019 au studio Marigny</a> : les quelques photos de cette production rappellent beaucoup ce que l’on a pu voir aujourd’hui. Encore une fois, on retrouve un goût de la scénographie jubilatoire, avec ces jeux de trappes, de rideaux, riches en surprises. L’action est mise au tempo de son propre style de jeu, très physique, proche du clown ou du mime : maquillés en blanc avec des joues rouges, les chanteurs adoptent un jeu volontiers outrancier, pour dessiner des caractères très affirmés. Ils se prêtent tous sans aucune difficulté apparente à l’activité permanente que leur demande la mise en scène, et à sa précision, même si certains ont commencé plus timidement que d’autres aujourd’hui.</span></p>
<p>Le rôle de Silvio est le plus exigeant à ce niveau, avec ce stéréotype de valet facétieux et bondissant : <strong>Kaëlig Boché</strong> y est excellent. Drôle, investi, vif, il semble parfaitement à son aise dans ce répertoire, aussi bien dans le chant que dans les dialogues, pourtant pas toujours faciles à assumer. Sa dulcinée, Laurette, est campée par <strong>Dima Bawab</strong>, voix légère et agile, qui hérite d’un rôle de fausse ingénue plus compliqué à assumer. Après une première apparition assez drôle, oiseau au doigt, où elle semble singer Cendrillon ou Blanche-Neige, elle y donne beaucoup de caractère, même si elle semble moins à l’aise avec l’exercice de la voix parlée. Le Podestat, prototype du barbon bourgeois, est chanté par <strong>Florent Karrer</strong>, qui, à défaut d’avoir l’âge du rôle, en a la voix exacte, à savoir un baryton bien ancré dans le médium mais pourvu d’un aigu aisé et puissant. Tout au plus aurait-on aimé un peu plus de surenchère de sa part tout du long, mais il est très convaincant dans sa fausse agonie. Enfin, <strong>Héloïse Mas</strong> en Véronique, épouse du Podestat, fait mouche à chacune de ses interventions. La voix, homogène et longue, est également très bien projetée (on plaint Dima Bawab qui reçoit ce son directement dans son oreille lors d’un ensemble). Son personnage a beau être d’un autre temps, elle excelle dans ce rôle de triple veuve nymphomane, et semble beaucoup s’y amuser, entraînant les rires du public avec elle. L’une des fantaisies musicologiques de la production est de lui rajouter un air non pas de Bizet, mais d’Hervé « Cela n’est pas visible à l’œil nu », la version d’origine ne lui en accordant aucun : cela ne crée aucune rupture musicale avec le reste de l’œuvre, mais quand bien même ce serait le cas, on ne saurait s’en plaindre quand c’est fait avec autant d’humour.</p>
<p>Cependant, toute cette bonne humeur ne saurait camoufler la relative faiblesse de l’œuvre à nos yeux, même si elle est évidemment tout à fait intéressante musicologiquement. Le livret n’est pas très inspiré, plutôt bien mené mais assez convenu et désuet. Surtout, la mise en musique de Bizet est pleine de charme et de savoir-faire mais manque cruellement de théâtre : s’il réussit à créer de la drôlerie par le décalage (le quatuor de l’omelette), il faudrait finalement un peu plus de vulgarité ou d’effets dramatiques pour faire vivre un texte si simplet. Ce type de musique semi-légère, qui doit beaucoup à Gounod, pourrait fonctionner si les dialogues avaient davantage d’esprit ou de finesse, mais ici il y a un hiatus entre les deux champs qui rend l’œuvre assez peu efficace. Les moments qui déclenchent le plus de rires lors de la représentation sont ainsi plus des trouvailles de mise en scène que des éléments de l’opérette en soi.</p>
<p>L’orchestre appelle moins de commentaires dans cette partie, ayant moins à défendre. L’écriture pourrait permettre davantage de finesse, l’ouverture paraissant par exemple un peu lourde, mais en même temps cette optique permet de réduire le hiatus inhérent à l’œuvre dont nous parlions auparavant. Les moments plus solennels qui amènent des touches ironiques sont quand à eux tout à fait réussis.</p>
<p>Une fois ces réserves émises, il faut bien dire que l’on quitte la salle avec le sourire, et que le spectacle remporte un vrai succès auprès du public, qui ne devrait pas se démentir lors des reprises. C’est amplement mérité, et l’on espère voir un jour <strong>l’Arlésienne</strong> dans sa version théâtrale d’origine traitée avec le même soin.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-larlesienne-le-docteur-miracle-tours/">BIZET, L’Arlésienne/Le Docteur Miracle &#8211; Tours</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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