Forum Opéra

HAENDEL, Rinaldo — Rennes

arrow_back_iosarrow_forward_ios
Partager sur :
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur pinterest
Partager sur whatsapp
Partager sur email
Partager sur print
Spectacle
2 octobre 2021
Démons et merveilles

Note ForumOpera.com

4

Infos sur l’œuvre

Opera seria en trois actes de Georg Friedrich Haendel

Livret de Aaron Hill et Giacomo Rossi

Créé au Queen’s Theater de Londres le 24 février 1711

Coproduction la co[opéra]tive

Détails

Mise en scène

Claire Dancoisne

Costumes

Elisabeth de Sauverzac

Lumières

Hervé Gary

Assistante à la mise en scène

Marie Liagre

Rinaldo

Paul-Antoine Bénos-Dijan

Goffredo

Blandine de Sansal

Almirena

Emmanuelle de Negri

Armida

Aurore Bucher

Argante

Thomas Dolié

Comédiens

Gaëlle Fraysse

Nicolas Cornille

Le Banquet Céleste

Direction musicale

Damien Guillon

Opéra de Rennes, jeudi 30 septembre, 20h

Éblouis, enchantés, voilà l’état d’esprit des chanceux applaudissant debout le Rinaldo proposé par la co[opera]tive et l’Opéra de Rennes en ce début de saison. La recréation de cette production de 2018 sera remontée cet automne à Besançon, Senart, Quimper et Tourcoing. Courrez-y car Caire Dancoisne, tout comme Armide, est une magicienne !

La metteure en scène expérimente depuis plus de trente ans, machines, marionnettes et théâtre d’objets au sein de son Théâtre de la Licorne. Rinaldo lui offre toute latitude pour inventer un monde à sa démesure. Cet univers mélange avec culot et fantaisie des éléments très contemporains dans une esthétique assez punk, à la Bilal pour les perruques improbables et les costumes de cuir et de broc d’Elisabeth de Sauverzac, quant le grand kakémono de fond de scène où se détache des ombres chinoises nous transporte, lui, chez Michel Ocelot et ses Princes et Princesses,

L’esprit baroque est pourtant bien présent avec d’éblouissantes machines articulées, dont la manipulation à vue dénonce délicieusement l’artifice du théâtre en train de se faire. Le spectateur est à la fois fasciné et complice amusé des « trucs » les plus sophistiqués comme des plus frustes. Lorsque Rinaldo se laisse envahir par le désespoir, son ombre immense disparaît peu à peu sous la terre projetée à vue sur son reflet, avant de réapparaître à la reprise quand l’espoir renaît. Par ce moyen très simple et qui s’affiche comme procédé, nous est parfaitement perceptible le risque de disparition d’un individu englouti dans la dépression. Tout comme lorsqu’Armide se grime en sa rivale ou que les chefs de guerre manipulent leurs armées de marionnettes depuis des échiquiers, cette créativité n’est jamais gratuite, elle sert toujours le propos.


 © Laurent Guizard

Chaque scène apporte ainsi une invention qui magnifie le moment : les éblouissantes entrées d’Argante et d’Armide sur leurs chars sont d’autant plus marquantes que le procédé n’a rien de répétitif : des marionnettes de tables se substituent aux chanteurs lorsque Rinaldo se laisse séduire par les fallacieuses promesses d’Armide. Ainsi, trompé par le chant des sirènes, c’est sa marionnette qui monte dans la barque le conduisant en captivité. Changement d’échelle et de réel à nouveau bouleversé dans l’immense arbre prison du tableau suivant où sa détresse reprend alors toute sa dimension humaine.

Par cette grande liberté esthétique et visuelle, par ces ruptures de ton – de nombreux éléments d’humour visuels émaillent la soirée – l’étonnement est constant, le spectateur garde les yeux écarquillé afin de ne rater aucune nouvelle trouvaille. En situation de totale gourmandise, il se délecte des airs successifs, adhère totalement aux émotions des personnages sans lassitude aucune. L’écueil bien connu de l’opera-seria, succession d’airs da capo qui peut être fastidieuse, est ici évité avec brio.

Il faut dire que la direction musicale de Damien Guillon, à la tête du Banquet Céleste, mérite également tous les éloges. Plein d’opulence en dépit de son effectif réduit de vingt musiciens, il cisèle la partition de mille nuances, raffinements et couleurs mais sans outrance ni ostentation. Il travaille remarquablement l’équilibre entre les pupitres, le naturel des transitions – en particulier les da capo –, et régale par l’inventivité de l’orchestration.

Ainsi les chanteurs sont-ils placés dans un cocon visuel et sonore qui leur permet de déployer pleinement leurs qualités d’autant plus que la direction d’acteur, entre grandeur et ridicule, donne une grande humanité à chaque personnage, peignant chez chacun une palette d’affects totalement crédibles.

Seule nouvelle venue dans la distribution, Blandine de Sansal s’empare avec conviction du rôle de Goffredo lui apportant ses graves riches et soyeux, son sens de la ligne mélodique et une belle noblesse.

Paul-Antoine Bénos-Dijan campe un Rinaldo bien projeté, d’une grande maîtrise dans les vocalises, en particulier « Venti, turbini » et  « Or la tromba » incandescents. Très juste dans ses élans, on ne doute pas une seconde de son amour pour Almirena, qui adopte la voix ductile, généreuse, aux phrasés délicats d’Emmanuelle de Negri. Le naturel de l’émission, les piani raffinés permettent même au tant rebattu « Lascia ch’io pianga » de retrouver fraîcheur et fragilité.

La jeune femme emporte tous les cœurs dont celui de Thomas Dolié, Argante aux graves sensuels bien ancrés et à la projection pleine de panache. Excellent comédien, il rend le roi des sarrasins extrêmement juste dans ses errements, lui offrant une profondeur psychologique touchante.

Il forme un superbe duo avec Aurore Bucher dont l’Armide est une Vivienne Westwood déjantée qui alterne pyrotechnies vocales et failles émotionnelles avec une puissance expressive notable.

Enfin, les deux comédiens Gaëlle Fraysse et Nicolas Cornille incarnent avec grand talent tout un bestiaire féerique aux sublimes masques d’oiseaux, boucs, hyènes ou furies. Indispensables bras armé du rêve, ils transforment le spectateur en complice de l’illusion, goûtant chaque nouvelle surprise avec délectation.

 

 

Commentaires

VOUS AIMEZ NOUS LIRE… SOUTENEZ-NOUS

Vous pouvez nous aider à garder un contenu de qualité et à nous développer. Partagez notre site et n’hésitez pas à faire un don.
Quel que soit le montant que vous donnez, nous vous remercions énormément et nous considérons cela comme un réel encouragement à poursuivre notre démarche.
>

Note ForumOpera.com

4

❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

Note des lecteurs

()

Votre note

/5 ( avis)

Aucun vote actuellement

Infos sur l’œuvre

Opera seria en trois actes de Georg Friedrich Haendel

Livret de Aaron Hill et Giacomo Rossi

Créé au Queen’s Theater de Londres le 24 février 1711

Coproduction la co[opéra]tive

Détails

Mise en scène

Claire Dancoisne

Costumes

Elisabeth de Sauverzac

Lumières

Hervé Gary

Assistante à la mise en scène

Marie Liagre

Rinaldo

Paul-Antoine Bénos-Dijan

Goffredo

Blandine de Sansal

Almirena

Emmanuelle de Negri

Armida

Aurore Bucher

Argante

Thomas Dolié

Comédiens

Gaëlle Fraysse

Nicolas Cornille

Le Banquet Céleste

Direction musicale

Damien Guillon

Opéra de Rennes, jeudi 30 septembre, 20h

>

Nos derniers podcasts

Nos derniers swags

Enfin de quoi se réjouir des JO !
CDSWAG

Les dernières interviews

Les derniers dossiers

Dossier

Zapping

Vous pourriez être intéressé par :

Les déserts de l’amour et de l’ennui
Ambroisine BRÉ, Cyrille DUBOIS, Edwin CROSSLEY-MERCER
Spectacle