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	<title>Samy CAMPS - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Samy CAMPS - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>VERDI, Les Vêpres siciliennes &#8211; Aix-en-Provence</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-les-vepres-siciliennes-aix-en-provence/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 20 Jul 2026 04:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Ces dernières années, le Festival d&#8217;Aix-en-Provence a creusé le sillon du grand opéra français – Moïse et Pharaon de Rossini puis Le Prophète de Meyerbeer, auquel on peut ajouter Lucie de Lammermoor, adapté par Donizetti pour l&#8217;Opéra-Comique – qu&#8217;il prolonge cet été avec Les Vêpres siciliennes de Verdi, en version de concert au Grand Théâtre de Provence. &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto">Ces dernières années, le Festival d&rsquo;Aix-en-Provence a creusé le sillon du grand opéra français – <em>Moïse et Pharaon</em> de Rossini puis <em>Le Prophète</em> de Meyerbeer, auquel on peut ajouter <em>Lucie de Lammermoor,</em> adapté par Donizetti pour l&rsquo;Opéra-Comique – qu&rsquo;il prolonge cet été avec <em>Les Vêpres siciliennes</em> de Verdi, en version de concert au Grand Théâtre de Provence. La direction musicale en revient, comme pour <em>Moïse</em> et <em>Lucie</em>, à <strong>Daniele Rustioni</strong>, familier du répertoire italien qu&rsquo;il a beaucoup servi au Festival (<em>Tosca</em>, <em>Falstaff</em>, <em>I due Foscari</em>, <em>La forza del destino</em> entre 2019 et 2025), à la tête de l&rsquo;orchestre et du chœur de l&rsquo;Opéra de Lyon. La soirée, annulée en 2024 pour raisons budgétaires, et dans une distribution presque entièrement renouvelée, marquait la prise de rôle de <strong>Karine Deshayes</strong> en Hélène.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto">Contrairement à <em>Moïse et Pharaon</em>, tiré du <em>Mosè in Egitto</em>, ou à <em>Lucie</em>, refonte de <em>Lucia di Lammermoor</em>, <em>Les Vêpres siciliennes</em> a été directement pensé en français : il s&rsquo;agit du premier grand opéra que Verdi ait conçu directement pour l&rsquo;Opéra de Paris, à l&rsquo;occasion de l&rsquo;Exposition universelle de 1855. Le livret est signé à deux mains par l&rsquo;inévitable Eugène Scribe et par son co-équipier occasionnel, Charles Duveyrier. Le sujet – le massacre des Français occupant la Sicile au soir de Pâques 1282 – avait déjà connu un grand succès au théâtre grâce à la tragédie de Casimir Delavigne, créée à l&rsquo;Odéon en 1819, que Scribe connaissait bien et qu&rsquo;il avait même parodiée. Quant au schéma dramatique, il le reprend d&rsquo;un canevas resté dans ses tiroirs, <em>Le Duc d&rsquo;Albe</em>, destiné jadis à Halévy puis à Donizetti (qui n&rsquo;acheva jamais la partition), dont l&rsquo;intrigue se déroulait dans les Flandres occupées par l&rsquo;Espagne : en la transposant dans la Sicile médiévale en lutte contre Charles d&rsquo;Anjou, Scribe retrouvait le terrain de Delavigne. Le livret « original » est donc doublement de seconde main – ce dont Verdi hérita comme d&rsquo;un « fond de boutique », selon le mot de Scribe lui-même.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto">Le compositeur s&rsquo;est d&#8217;emblée plié au cahier des charges du grand opéra parisien : cinq actes, un sujet politico-historique, de grandes scènes chorales et spectaculaires, un ballet (<em>Les Quatre Saisons</em>, trente minutes, le plus long qu&rsquo;il ait écrit) et des « morceaux de genre » comme le boléro d&rsquo;Hélène. Le passage du livret de quatre à cinq actes, imposé par l&rsquo;Opéra, que Verdi surnommait « la Grande Boutique », fut d&rsquo;ailleurs un objet de discorde avec Scribe, et Verdi pesta tout au long de la composition contre la construction répétitive de l&rsquo;ouvrage (les actes centraux bâtis sur la même coupe) et contre un acte V qu&rsquo;il jugeait « sans intérêt ».</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto"><em>Les Vêpres siciliennes</em>, au bout du compte, ne sont probablement ni le plus grand Verdi ni le meilleur Scribe : les personnages tiennent souvent de la fonction dramatique plus que du caractère et de la conscience, et l&rsquo;on est bien loin des vertiges de <em>Don Carlos</em>, le grand opéra que Verdi écrira pour Paris douze ans plus tard – sans doute le chef-d&rsquo;œuvre ultime du genre. On pourrait même soutenir que <em>Jérusalem</em>, simple adaptation d&rsquo;<em>I Lombardi </em>pour l&rsquo;Opéra de Paris, présente une architecture plus continue que ces <em>Vêpres</em>. Reste que Verdi n&rsquo;est déjà plus l&rsquo;homme des années de galère italiennes : <em>Rigoletto</em> et <em>La Traviata</em> sont derrière lui, riches de nouvelles formes dramatiques et musicales. La partition abonde en pages fortes, où l&rsquo;ancienne succession de numéros clos éclate sous la pression du drame. Certaines regardent franchement vers Meyerbeer – le quatuor a cappella du premier acte, le grand finale du troisième acte –, ailleurs Verdi revient à une concentration toute italienne ; l&rsquo;ouvrage oscille entre deux traditions sans bien choisir son camp, mais c&rsquo;est aussi ce qui en fait son originalité.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto">Plus policé que les opéras de Meyerbeer (dont les étrangetés mêmes font l&rsquo;essentiel du charme), <em>Les Vêpres siciliennes</em> n&rsquo;atteint pourtant pas toujours la puissance dramatique des plus grands ouvrages du genre. L&rsquo;œuvre demeure néanmoins plus continûment inspirée que <em>Guillaume Tell</em> ou <em>La Muette de Portici</em>, sans atteindre l&rsquo;étonnante beauté et l&rsquo;efficacité dramatique de<em> La Juive</em> ou des <em>Huguenots</em>. On notera tout de même un trait commun à ces trois pièces, qui est le signe de la malice de Scribe : dans ces trois grands opéras, le groupe social auquel le public parisien pouvait le plus naturellement s&rsquo;identifier se trouve placé du côté de l&rsquo;oppresseur. Les catholiques français persécutent les protestants dans <em>Les Huguenots</em>, les chrétiens affrontent les juifs dans <em>La Juive</em>, et les Français occupent la Sicile dans <em>Les Vêpres siciliennes</em>. Dans ce dernier cas, l&rsquo;enjeu est moins religieux que national, mais le procédé dramatique demeure : le public est invité à regarder sa propre communauté depuis le point de vue de ceux qu&rsquo;elle domine.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto">Pour ce concert, la coupe du ballet des <em>Quatre Saisons</em>, si traditionnelle soit-elle (on l&rsquo;écartait déjà dans les reprises italiennes du XIXᵉ siècle), n&rsquo;en laisse pas moins un vide très concret entre la scène de Montfort et le bal des conspirateurs. Le ballet ne fait certes pas avancer l&rsquo;action, mais il dilate la durée entre deux épisodes chargés. Son absence comprime les événements et rend plus visibles les coutures de l&rsquo;ouvrage – d&rsquo;autant que Rustioni possède précisément ce sens du souffle théâtral et de la coloration qui aurait fait merveille ici.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto">Car le chef dirige ces <em>Vêpres</em> en vrai metteur en scène, et trouve l&rsquo;équilibre que réclame cet hybride franco-italien : des flûtes ou des clarinettes claires et franches, à la française, et un feu tout italien qui embrase les cordes. La seconde partie de l&rsquo;ouverture file un train d&rsquo;enfer, avec des contrastes dynamiques accusés, et des transitions tendues ; le trait orageux des violoncelles précédant « Au sein des mers » installe l&rsquo;imaginaire marin ; le grand récitatif de Montfort au troisième acte, l&rsquo;un des sommets de la soirée, est conduit avec une souplesse qui laisse respirer le texte sans dissoudre la tension ; une flûte mordante ouvre la scène du bal (qui rappelle d&rsquo;ailleurs dans son principe l&rsquo;acte I et le deuxième tableau de l&rsquo;acte II de <em>La Traviata)</em>. L&rsquo;<strong>orchestre de l&rsquo;Opéra de Lyon</strong> répond avec un engagement de tous les instants, cordes soudées dans les tutti, cuivres et percussions pétaradants sans couvrir les voix. Une réserve, au dernier acte (mais c&rsquo;est aussi pour ça qu&rsquo;on aime Rustioni) : le chef en fait parfois un peu trop au pupitre, dirigeant d&rsquo;une gestique presque dansée qui distrait des chanteurs et de la musique.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto">Le <strong>chœur de l&rsquo;Opéra de Lyon</strong>, lui, est admirable de bout en bout, d&rsquo;engagement, d&rsquo;homogénéité et de diction. Il faut l&rsquo;entendre au côté de Procida susurrer « silence », ou bien dans le chœur de stupeur du deuxième acte, glaçant, ainsi que dans les couleurs du cinquième, où la harpe et les castagnettes – la « couleur locale » que Verdi voulait introduire – dessinent moins une Sicile historique qu&rsquo;une Sicile rêvée par le Paris du Second Empire, avant le grand déchaînement final lors du massacre.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto">La distribution réunie à Aix-en-Provence est admirable et sert l&rsquo;ouvrage avec un engagement sans faille. D&rsquo;abord, une révélation et, on l&rsquo;espère, le début d&rsquo;une carrière sur les plus grandes scènes : <strong>Insik Choi</strong>, appelé pour remplacer Nicola Alaimo, qui propose un Montfort de premier ordre. Dès son entrée au premier acte, le timbre enveloppe de noirceur le rôle sans rien perdre de la mobilité de la ligne ; l&rsquo;émission, nuancée, s&rsquo;appuie sur un grave bien assis et de beaux aigus ; le volume est large, le souffle long, le legato maîtrisé et le français superlatif. On souhaiterait seulement qu&rsquo;il fende un peu plus l&rsquo;armure, mais l&rsquo;éclat dramatique est déjà là, mordant par instants. On espère pouvoir le réentendre bientôt !</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto">Le triomphateur indiscutable de la soirée, qui avait déjà fait grande impression dans le rôle de Jean il y a trois ans, est <strong>John Osborn</strong>. Il connaît Henri de longue date – il l&rsquo;a chanté à Rome en 2019, déjà face à Michele Pertusi – mais il faut dire que c&rsquo;est un rôle taillé sur mesure pour lui : une émission puissante et très focalisée, un timbre au métal brillant, une projection plus incisive que large, une maîtrise de la tessiture d&rsquo;un bout à l&rsquo;autre de l&rsquo;ambitus, un souffle ample, un legato superbe&#8230; Que demander de plus ? Surtout, il incarne son personnage avec une finesse exemplaire, en parvenant à faire exister les paradoxes de ces ténors de grands opéras français : des héros, mais aussi de jeunes hommes un peu perdus qui ont grandi trop vite, qui se retrouvent un peu penauds au centre de situations inextricables. Son grand air du quatrième acte est éclatant, mais ce sont surtout les deux grands duos avec Montfort qui le porte au sommet, avec des suraigus, contre-ut et contre-ré, pleins et irradiants, ajoutés avec une aisance insolente. Un portrait ébouriffant, qui confirme qu&rsquo;il est l&rsquo;un des plus grands serviteurs actuels du chant français.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto"><strong>Karine Deshayes</strong>, elle, abordait Hélène pour la première fois. Le rôle compte parmi les plus retors de Verdi : son écriture est duelle, un peu comme celle de Violetta, mais retournée : quand <em>La Traviata</em> demande d&rsquo;abord la virtuose puis la tragédienne, Hélène exige au premier acte une soprano dramatique capable de <em>slancio</em> – un peu comme l&rsquo;Odabella d&rsquo;<em>Attila – </em>avant de réclamer au cinquième l&rsquo;agilité pyrotechnique du boléro, ce « morceau de genre » imposé par le cahier des charges, dont Verdi lui-même trouvait le texte « si extérieur », pourtant d&rsquo;une fraîcheur enthousiasmante. Entre la révoltée et la coquette (presque un emploi à la Oscar du <em>Bal masqué</em>), Deshayes choisit l&rsquo;homogénéité plutôt que le grand écart : elle est une Hélène maternelle et douce, une force tranquille plus proche de l&rsquo;Alice de <em>Robert le diable</em> ou de la Valentine des <em>Huguenots.</em> Le premier air est très réussi, énergique et engagé, avec un claquant impressionnant. « Ami, le cœur d&rsquo;Hélène », au quatrième acte, tout en cantabile, est le plus beau moment de ce portrait, la voix se déployant sur un fil, avec une ligne allégée et laissant affleurer une vulnérabilité rare. Le grave, en revanche, est un peu court, et même le bas médium n&rsquo;est pas très présent ; dans le boléro, le trille reste assez flou, mal défini. La vocalisation est adéquate, c&rsquo;est la détente qui lui fait défaut. Elle n&rsquo;en demeure pas moins remarquablement à son aise dans cette tessiture et il faudrait qu&rsquo;elle puisse se libérer de la partition, sur laquelle elle reste un peu trop rivée, pour vraiment dominer le rôle dans toutes ses dimensions.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto"><strong>Michele Pertusi</strong>, enfin, appelé pour remplacer Christian Van Horn, impose un Procida charismatique dès son entrée en scène. La voix porte les marques du temps, surtout dans l&rsquo;aigu où la projection plafonne ; mais le style demeure intact : souffle long, legato admirable, phrasé soutenu, et les seules phrases d&rsquo;entrée de « Ô toi Palerme » suffisent à donner sa consistance au personnage. Il compose un personnage d&rsquo;une grande noblesse, bien qu&rsquo;il soit avant tout un fanatique assez effrayant. Comme dans toute la distribution, la qualité de la prosodie française frappe. Il n&rsquo;est pas question que d&rsquo;une bonne prononciation du français, mais d&rsquo;un vrai sens de la déclamation, avec des appuis et des accents soigneusement placés – la cheffe de chant créditée dans le programme, <strong>Cécile Restier</strong>, n&rsquo;y est peut-être pas étrangère ?</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto">Parmi les seconds rôles, les deux ténors se détachent : <strong>Ronan Caillet</strong>, qu&rsquo;on entend peu mais dont le timbre, très beau, se projette dans un français limpide, et <strong>Samy Camps</strong>, plus énergique et plus noir, au plus près de son personnage. <strong>Jusung Park</strong> impressionne lui aussi dans le rôle de Robert, et <strong>Niamh O&rsquo;Sullivan</strong> campe une Ninetta de belle tenue ; <strong>Ugo Rabec</strong> (qui remplace Adrien Mathonat en Béthune), <strong>Thomas Dear</strong> et <strong>Grégoire Mour</strong> accompagnent solidement l&rsquo;ensemble.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto"><em>Les Vêpres siciliennes</em> n&rsquo;ont donc ni la grandeur de <em>Don Carlos</em>, ni l&rsquo;étrangeté fructueuse d&rsquo;autres livrets de Scribe. Mais dans leur langue d&rsquo;origine, sous une direction tendue et portées par des chanteurs qui font du verbe français une matière vivante, ces <em>Vêpres siciliennes</em> plaident pour elles-mêmes. Le public, debout, ne s&rsquo;y est pas trompé. On pourra réentendre cette merveilleuse soirée sur France Musique le 26 juillet prochain et réécouter en boucle les deux duos Montfort/Henri.</p>
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		<title>WAGNER, Das Rheingold &#8211; Marseille</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-marseille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 12 May 2026 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Et si les metteurs en scène arrêtaient de fumer la moquette, wagnérienne notamment. S’ils se contentaient de mettre leur talent au service de l’œuvre, plutôt que de s’excaver la cervelle à la recherche d’un concept, le plus souvent mauvais. A Marseille, une nouvelle production de L’Or du Rhin plaide en faveur de ce retour à &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Et si les metteurs en scène arrêtaient de fumer la moquette, wagnérienne notamment. S’ils se contentaient de mettre leur talent au service de l’œuvre, plutôt que de s’excaver la cervelle à la recherche d’un concept, le plus souvent mauvais. A Marseille, une nouvelle production de <em>L’Or du Rhin</em> plaide en faveur de ce retour à l’humilité – qui ne signifie pas pauvreté – à rebours <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-paris-bastille/">des récents égarements parisiens de Calixto Bieito</a>. <strong>Charles Roubaud</strong> n’essaye pas de faire rentrer au forceps dans le prologue du Ring ses angoisses, visions, combats existentiels ou politiques – rayer la ou les mentions inutiles. Tout juste déplace-t-il le premier tableau dans une banque où Alberich, converti en technicien de surface, tentera de lutiner les Filles du Rhin avant de s’emparer du précieux métal entreposé dans un coffre-fort géant. L’idée ne sera pas plus développée ; dès la deuxième scène, le récit poursuit son cours dans son cadre littéral, aidé d’un plateau circulaire et des vidéos de <strong>Julien Soulier</strong> – belle projection du Walhalla en fond de scène, à la façon d’un château doré imaginé par Walt Disney. Les images se succèdent, rivalisant de prouesses techniques, des métamorphoses d’Alberich à la montée des dieux dans leur Trump Tower. A en juger par l’enthousiasme de la salle à l’issue de la représentation, que demande le public, si ce n’est qu’on lui raconte une histoire, telle qu’il l’aime et telle qu’il la comprend. Retrouver son âme d’enfant sans se poser plus de questions, par Wotan, que c’est bon ! – même si cette illustration ne prend en compte les enjeux théâtraux de l’œuvre qu’à travers certains personnages. A l’évidence, Loge et Alberich ont plus inspiré le metteur en scène que les géants et les dieux du Walhalla.</p>
<p>La narration puise aussi sa force dans la direction de <strong>Michele Spotti</strong>. Pour son baptême wagnérien, le maestro conduit d’une main de fer un orchestre dispersé jusque dans les loges latérales. L’exiguïté de la fosse marseillaise oblige à un tel dispositif avec ce que cela ajoute de difficulté en termes de précision mais aussi, pour le spectateur, d’immersion dans la partition. Chef de vision par la façon dont le Rhin liminaire charrie son flux de musique, du mi bémol initial à l’ascension du Walhalla, et chef de détail par la netteté avec laquelle se détachent les leitmotivs, Michele Spotti sculpte la matière instrumentale d’un geste puissant. La large palette sonore dans laquelle il trempe sa baguette, du murmure au fracas, est un procédé narratif imparable. L’attention portée au dialogue entre chanteurs et instruments – cordes, cuivres, percussion, tous galvanisés –, est gage d’intelligibilité dramatique. Ainsi avance le discours, libre mais contrôlé, sans que jamais la battue ne relâche sa tension.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Rheingold-Marseille-2-c-Camille-Rovera.jpg" />© Camille Rovera</pre>
<p>Ce n’est pas un mince exploit de la part de l’Opéra de Marseille de proposer dans un opéra de Wagner une distribution française pour l’essentiel. Un tel tour de force n’aurait sans doute pas été possible il y a une dizaine d’années – dans une actualité lyrique anxiogène, le moindre signal positif mérite d’être souligné. Tous les chanteurs, ou presque, trempent pour la première fois dans l’eau du Rhin et le naturel avec lequel ils s’ébattent dans le chant wagnérien n’est pas la moindre des satisfactions de la matinée. Tous sans exception possèdent l’endurance, la projection suffisante pour surmonter un orchestre dont Michele Spotti règle le volume à bon escient – on l’a dit. Tous maîtrisent la déclamation et le nerf de l’écriture.</p>
<p>La distribution offre même la surprise de noms que l’on n’aurait pas imaginés dans ce répertoire. <strong>Eric Huchet</strong>, offenbachien accompli, sangle l’armure de Froh avec une facilité déconcertante. <strong>Yoann Dubruque</strong>, souvent apparenté à Mozart, lance d’un trait sûr les appels de Donner. <strong>Patrick Bolleire </strong>(Fasolt) et <strong>Louis Morvan</strong> (Fafner) se hissent à la hauteur des Géants, sans charbonnage ni caricature, dans une incarnation d’une sobre puissance. Loin de l’image de la marâtre acariâtre, d’une sensualité au contraire provocante, <strong>Marion Lebègue </strong>prête à Fricka un mezzo-soprano qui nous semble avoir encore gagné en chair et en ampleur. Sous la blonde chevelure de Freia toutes griffes dehors et tous aigus acérés, <strong>Elodie Hache</strong> laisse transparaître les sommets héroïques qu’elle pourrait un jour conquérir. En Erda, <strong>Cornelia Oncioiu</strong> suspend le temps par la seule densité de son chant, long et tenu. <strong>Marius Brenciu</strong> glapit Mime avec beaucoup de conviction et les Filles du Rhin – <strong>Amandine Ammirati</strong> (Woglinde), <strong>Marie Kalinine</strong> (Wellgunde), <strong>Lucie Roche </strong>(Flosshilde) – ondoient à l’unisson tout en préservant leur individualité. Le plus surprenant de tous reste <strong>Samy Camps</strong>, que l’on pensait ténor lyrique, voire léger, épousant toutes les ambiguïtés de Loge d’une voix incisive et claire, évoluant d’un pas souple, tant scéniquement que vocalement, au sein du drame dont il tire les ficelles avec brio.</p>
<p>Alberich peut-il être séduisant ? Telle est la question soulevée par <strong>Zolt</strong><strong>án Nagy</strong> en mal de bile et de noirceur, trop lumineux de prime abord pour l’âme damnée du Nibelung. Mais le chanteur transylvanien trouve en lui des ressources insoupçonnées pour proférer sans faillir une malédiction de l’anneau, peut-être moins effrayante que d’autres, mais plus insidieuse.</p>
<p>Après <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-der-fliegende-hollander-rouen/">un <em>Fliegende Holländer</em> à Rouen salué par notre confrère Clément Taillia</a>, <strong>Alexandre Duhamel</strong> ajoute un deuxième fleuron wagnérien à son palmarès. Là où le Hollandais repose sur une obsession unique, Wotan concentre des contradictions immenses : puissance, désir, peur, renoncement, culpabilité. C’est ce camaïeu de sentiments que donne à entrevoir le baryton français avec les moyens qui lui sont propres : une présence massive, une matière dense, graniteuse, un medium solide, un aigu dont la relative fragilité trahit la faiblesse du dieu et un legato de violoncelle qui maintient jusque dans les élans les plus sombres une ligne d’une grande humanité.</p>
<p>Il est de coutume de conclure un compte rendu de <em>Das Rheingold</em> sur des perspectives : à la lumière de ce premier jalon, que peut augurer la suite du cycle ? À Marseille, la question se pose en d’autres termes. <em><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/die-walkure-marseille-se-mefier-des-prejuges/">Die Walküre</a></em>, deuxième volet de la saga, a déjà vu le jour en 2022 dans les conditions contrariées de la pandémie. La saison prochaine, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/breve/marseille-2026-27-grands-operas-grandes-voix-grande-saison/">dévoilée récemment</a>, n’annonce ni une reprise de cette première journée, ni une nouvelle production de la suivante – <em>Siegfried</em>. Qu’en sera-t-il des années à venir ? Dans le contexte actuel, l’effort budgétaire qu’exige la poursuite d’un <em>Ring</em> apparaît plus que jamais suspendu à la volonté des institutions. Mais il serait dommage d’en rester là.</p>
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		<title>MEYERBEER – Le Prophète, Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/meyerbeer-le-prophete-paris-tce/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Picard]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 30 Mar 2026 04:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dans un moment de réflexion intense sur les moyens dont dispose l’opéra pour rester (ou redevenir) un genre pertinent dans son époque, la calcification du répertoire est un problème central. On ne saurait oublier que l’antidote à cela ne se trouve pas que du côté de la création contemporaine (qu’il faut encourager et soutenir partout &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans un moment de <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/questions-du-soir-le-debat/l-opera-est-il-un-art-poussiereux-et-elitiste-1636644">réflexion intense sur les moyens dont dispose l’opéra pour rester (ou redevenir) un genre pertinent</a> dans son époque, la calcification du répertoire est un problème central. On ne saurait oublier que l’antidote à cela ne se trouve pas que du côté de la création contemporaine (qu’il faut encourager et soutenir partout où on en a les moyens). La redécouverte d’un patrimoine musical injustement oublié, qui signe aussi des retrouvailles avec un moment esthétique et socio-politique, a déjà plusieurs fois permis un renouvellement enthousiasmant du répertoire. On ne saurait oser parler si précocement d’un Meyerbeer revival, mais le triomphe du <em>Prophète</em> au TCE est un signe encourageant. Il est l’aboutissement d’une renaissance en Allemagne (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/le-prophete-karlsruhe-spectacle-total/">Karlsruhe en 2015</a>, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/le-prophete-berlin-deutsche-oper-meyerbeer-est-grand-kunde-est-son-prophete/">Berlin</a> et Essen en 2017) puis en France (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/le-prophete-toulouse-john-osborn-souverain/">Toulouse en 2017</a>, Aix en 2023), qui devait bien finir par toucher Paris, berceau du mythe Meyerbeer, dont le nom trône en bonne place à Garnier. La dernière représentation dans l’opéra national remonte, semble-t-il, à… 1912. Pourtant, <em>Le Prophète</em> avait provoqué lors de sa création un vrai choc, qui était particulièrement dû à sa dimension spectaculaire : la mise en scène comprenait des lumières électriques (une première), de gigantesques toiles peintes, des patineurs pour le ballet de l’acte III, un sacre grandiose au IV et un effondrement du palais au V.</p>
<p>C’est cette dimension scénique qui a manqué à la version concert proposée par le TCE, dont le niveau musical était excellent, nous y reviendrons. Le nombre de personnages, leurs entrées et sorties incessantes, les didascalies internes difficiles à ignorer pour préserver un minimum de théâtre ont naturellement poussé les chanteurs à organiser un semblant de mise en espace, parfaitement bienvenu mais nécessairement inabouti et parfois un peu chaotique. On ne peut que formuler le vœu de voir <em>Le Prophète</em> rendu à sa dimension triomphale et politique, qui devrait sans doute permettre de racheter certaines fragilités dramatiques et poétiques du livret et certains traits surannés de la partition.</p>
<p>Reste une musique monumentale et rutilante, aux séductions instantanées, dont l’éclectisme permet des réussites sur plusieurs tableaux : le choral inquiétant des anabaptistes et son harmonie entêtante qui revient tout au long de l’opéra, les moments de ferveur du chœur, la cantilène naïve de Berthe au premier acte, le dilemme de Jean au II, la pitoyable scène de Fidès au III, le trio tant attendu du dernier acte et bien sûr, toute l’extraordinaire scène du sacre. La musique n’évite pas quelques facilités ou tics d’époque qui ont mal vieilli (on est frappé par le nombre de personnages qui répètent dix « Non ! » sur une gamme ascendante), mais on les pardonne devant le charme des moments pastoraux (le chœur lourdé de l’acte I ou le chœur bachique du II) et surtout la puissance des instants de drame.</p>
<p>La direction de <strong>Marc Leroy-Calatayud</strong> rend justice à la verve et aux dimensions les plus cuivrées de la partition de Meyerbeer : <strong>l’orchestre de chambre de Genève</strong> produit un son étincelant, une pâte qui sait se faire bondissante et tournoyante, qu’on aurait rêvée plus percutante dans les passages dramatiques. Signalons un beau violoncelle solo qui donne du relief à quelques phrases pathétiques. Les coupures (qui, outre celles pratiquées dès les premières représentations de l’œuvre, se concentrent essentiellement dans les musiques de ballet de l’acte III) sont justifiées par les impératifs d’une version concert. On note de même plusieurs décalages avec les chanteurs, qui sont bien compréhensibles quand on sait la rareté et la démesure de la partition, et quand on prend en compte la difficulté de diriger dos aux interprètes. <strong>L’Ensemble vocal de Lausanne</strong>, rejoint par des élèves de la <strong>Haute </strong><strong>École de Musique de Genève</strong>, est éblouissant de netteté et de diction. Leur impact est forcément réduit par la disposition, qui les confine à un lointain et immobile arrière-scène, et on aurait pu imaginer un effectif plus ample pour une telle œuvre, mais la qualité de leur interprétation est admirable. On a bonheur à retrouver la (désormais) <strong>Nouvelle Maîtrise des Hauts-de-Seine</strong>, pour le fameux chœur enfantin du sacre, avec deux jeunes solistes d’un excellent niveau.</p>
<p>La grande réussite est du côté du plateau. <strong>John Osborn</strong>, fin connaisseur du rôle, est un Prophète idéal. La voix, malgré le passage des ans, reste claire, ductile, moirée, et sait trouver à la fois les ressources d’une voix mixte aux douceurs infinies et d’un héroïsme trompetant, aux grands aigus confiants, qui fait merveille dans les finales. La diction française est par ailleurs superbe. Fidès est un rôle redoutable, dans lequel on a souvent vu l’origine des mezzos verdiens, mais qui exige aussi la maîtrise d’une grammaire proprement rossinienne – le rôle fut composé spécialement pour Pauline Viardot et ce n’est pas un hasard s’il a été ressuscité par Marilyn Horne dans les années 1970. <strong>Marina Viotti</strong>, à ce jeu, vous coupe le souffle : la voix a un timbre splendide, un ambitus vertigineux et homogène, un contrôle merveilleux qui lui permet sons filés et legato impeccablement dramatique. Elle est en outre une actrice à l’aise, qui n’a besoin que d’un regard ou de l’esquisse d’un geste pour faire croire à ce qu’elle chante, imposant son autorité et sa sincérité. Sa réussite est éclatante dans la scène à l’italienne « O prêtres de Baal » dont la cabalette « Comme un éclair précipité » est assumée avec toutes ses coloratures à une vitesse foudroyante. <strong>Emma Fekete</strong> déploie un soprano léger mais sonore, plutôt agile, pour composer une belle première Berthe, qui pourrait gagner en aisance avec les années. Elle offre avec Marina Viotti un duo remarquable à l’acte IV, où l’on entend les réminiscences d’une Norma et d’une Adalgisa unissant leurs fioritures et leurs roulades. <strong>Jean-Sébastien Bou</strong> campe un Oberthal tout en nerfs, très bien joué, servi par son baryton à la projection solide. Le trio des Anabaptistes qui ponctue si souvent l’opéra complète ce beau plateau : <strong>Marc Scoffoni</strong> est un Mathisen sonore, impérieux, théâtral qui se détache du trio. <strong>Christian Zaremba</strong>, en Zacharie, fait entendre une basse musclée. Le ténor <strong>Samy Camps</strong> semblait malade mais il défend jusqu’au bout, avec vaillance, le personnage de Jonas.</p>
<p>Espérons réentendre prochainement parler, à Paris, des folies, trop pures pour être innocentes, du mystique Jean de Leyde, dans une version aussi bien chantée qu’au TCE, mais cette fois sur scène.</p>
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		<title>MASSENET: Don Quichotte, Paris (ONP)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/massenet-don-quichotte-paris-onp/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 11 May 2024 05:35:17 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après Cendrillon à l’automne 2023, Don Quichotte est le second opéra de Massenet que l’OnP propose cette saison, un choix judicieux qui évite de réduire le musicien à ses deux ouvrages les plus fameux, Manon et Werther. Souhaitons que d’autres partitions du compositeur stéphanois suivront bientôt. Don Quichotte n’avait plus été joué sur la scène &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après <em>Cendrillon</em> à l’automne 2023, <em>Don Quichotte</em> est le second opéra de Massenet que l’OnP propose cette saison, un choix judicieux qui évite de réduire le musicien à ses deux ouvrages les plus fameux, <em>Manon</em> et <em>Werther</em>. Souhaitons que d’autres partitions du compositeur stéphanois suivront bientôt. <em>Don Quichotte</em> n’avait plus été joué sur la scène de l’Opéra Bastille depuis les représentations de 2002 où José van Dam chantait le rôle-titre dans une réalisation de Gilbert Deflo. Cette fois, le choix s’est porté sur <strong>Damiano Michieletto,</strong> l’un des metteurs en scène les plus demandés aujourd’hui qui, pour sa quatrième collaboration avec l’OnP en dix ans, signe une production pleinement aboutie en appliquant à l’ouvrage un traitement que l’on pourrait qualifier de radical. Plus de Fiera ni de places publiques, plus de sierra entourée de montagnes non plus, plus de patio de Dulcinée où l’on festoie, en un mot, plus d’Espagne. Celle-ci n’est suggérée que par un groupe des danseurs et de danseuses, vêtus de costumes traditionnels entièrement noirs qui, tels des ombres, viennent tournoyer autour de Don Quichotte en lieu et place des moulins, car dans cette conception, le chevalier à la longue figure, vieilli et malade, revit chez lui les événements les plus marquants de son existence, sous l’œil bienveillant de Sancho. Le rideau se lève sur une immense salle de séjour aux murs vert pâle. Au centre, un canapé et deux fauteuils verdâtres entourent une table basse blanche, à gauche une bibliothèque blanche remplie de livres et à droite un buffet, blanc également. Don Quichotte apparaît, entouré de Pedro, Garcias, Rodriguez et Juan, qui sont sortis du buffet ou de dessous le tapis comme des fantômes du passé bientôt rejoints par la foule qui surgit derrière le mur du fond, amovible. Des chevaux de manèges descendus des cintres et les vidéos discrètes et pertinentes de <strong>Roland Horvarth</strong> contribuent à matérialiser les hallucinations du vieux chevalier. La totalité de l’action se déroule dans cet intérieur confiné et froid où réside Don Quichotte avec Sancho Pança, tout à tour homme à tout faire, cuisinier ou infirmier. Les décors de <strong>Paolo Fantin</strong>, sont élégants et raffinés, les costumes bigarrés des personnages qui constituent la foule tranchent avec ceux de Don Quichotte et Sancho aux teintes plus sobres, Au quatrième acte, Dulcinée porte une robe décolletée de couleur vive. La direction d’acteurs d’une grande précision capte durablement l’attention et permet d’entrer progressivement dans l’univers imaginé par le metteur en scène vénitien, largement ovationné au rideau final en dépit de quelques huées éparses rapidement couvertes par les applaudissements.</p>


<figure class="wp-block-image size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="900" height="599" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Don-Quichotte-23-24-©-Emilie-Brouchon-OnP-7-1.jpg" alt="" class="wp-image-162663"/><figcaption class="wp-element-caption">Don Quichotte 23-24 © Emilie Brouchon &#8211; OnP </figcaption></figure>


<p>Pas de huées en revanche pour la distribution, acclamée sans réserve par le public. <strong>Emy Gazeilles</strong>,<strong>&nbsp;Marine Chagnon</strong> et <strong>Nicholas Jones</strong>, tous trois membres de la troupe de l’OnP, forment avec <strong>Samy</strong> <strong>Camps</strong> un quatuor vocal harmonieux et se révèlent excellents comédiens. Bien connu du public parisien, <strong>Etienne Dupuis</strong> possède une voix homogène et bien timbrée, une diction impeccable et une belle ligne de chant nuancée. Il campe un Sancho sensible et attentionné qui gagne en émotion tout au long de la soirée jusqu’au dernier acte où son « Ô mon maître, ô mon grand » a mis la larme à l’œil de bien des spectateurs. <strong>Gaëlle Arquez</strong> ajoute un nouveau rôle, et non des moindres, à la dizaine de ceux qu’elle a déjà chantés sur notre première scène nationale. La Belle Dulcinée est un personnage moins extraverti que Carmen, qu’elle interprétait en 2022. Elle en fait une séductrice frivole en apparence mais non dépourvue de lucidité comme en témoignent ces vers chantés avec nostalgie « Lorsque le temps d’amour a fui que reste-t-il de nos bonheurs ? », ni de compassion envers Don Quichotte. Avec son timbre fruité et son adéquation au style de cette musique elle emporte amplement l’adhésion. <strong>Christian Van Horn</strong> qui a déjà incarné avec bonheur Méphisto dans <em>Faust</em> et les quatre méchants des <em>Contes d’Hoffmann</em> ajoute un nouvel ouvrage français à son répertoire <em>in loco</em>. C’est avec conviction qu’il s’empare du Chevalier à la longue figure à qui il prête son timbre rocailleux bien adapté à son personnage. On aura noté de réels progrès dans la diction de notre langue et l’on espère qu’au fil des représentations son incarnation, certes touchante, gagnera encore en émotion. Les Chœurs préparés par <strong>Ching-Lien Wu</strong> sont comme à l’accoutumée irréprochables.</p>
<p>Au pupitre, <strong>Patrick Fournillier</strong> fait des merveilles. Sa direction nerveuse, chatoyante et précise ainsi que sa parfaite maîtrise du style de cette musique lui ont valu au rideau final une salve d’applaudissements nourris. &nbsp;</p>
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		<title>OFFENBACH, Orphée aux enfers &#8211; Lausanne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-orphee-aux-enfers-lausanne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 31 Dec 2023 05:30:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour le tableau infernal -gentiment infernal- de cet Orphée aux enfers lausannois, Olivier Py et Pierre-André Weitz se sont inspirés, croyons-nous, de la devanture d’un cabaret parisien disparu, jadis situé sur le boulevard ce Clichy, et qui figurait la gueule gigantesque d’un diable cornu. Ce cabaret s’appelait L’Enfer et on y pénétrait par une bouche &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour le tableau infernal -gentiment infernal- de cet <em>Orphée aux enfers</em> lausannois, <strong>Olivier Py</strong> et <strong>Pierre-André Weitz</strong> se sont inspirés, croyons-nous, de la devanture d’un cabaret parisien disparu, jadis situé sur le boulevard ce Clichy, et qui figurait la gueule gigantesque d’un diable cornu. Ce cabaret s’appelait L’Enfer et on y pénétrait par une bouche énorme qui ressemblait à celle d’un chat.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="742" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Maquette-pour-Orph‚e-aux-Enfers-c-P.-A.-Weitz-1024x742.jpg" alt="" class="wp-image-153631"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Maquette pour Orphée aux enfers © Pierre-André Weitz</sup></figcaption></figure>


<p>C’est dire qu’ils ont situé dans une atmosphère de music-hall de la (prétendue) Belle Époque leur mise en scène de l’opéra-féérie d’Offenbach. On est du côté de Montmartre. Un Montmartre aimablement conventionnel, avec jolies femmes en petite tenue, fêtards en gibus, et cancan enlevé. Léger, coloré, bon-enfant, leur spectacle pour période de fêtes fait comme MM. Crémieux, Halévy et Offenbach : il égratigne. Pendant l’ouverture, on verra défiler de cour à jardin une ribambelle sans fin de messieurs en redingote et haut-de-forme feuilletant leur journal, sans doute à la page de la Bourse, mais ce sera bien la seule allusion à quelque critique sociale.</p>
<p>Une mise en scène qui joue, comme le veut le genre, le second degré. Elle pourrait d’ailleurs le jouer davantage. On connaît la face sombre du duo Py-Weitz, illustrée par tant de spectacles en noir majeur gravés dans notre mémoire, notamment une <em>Damnation de</em> <em>Faust</em> et des <em>Contes d’Hoffmann</em>, où le Diable tenait un rôle majeur, mais c’est ici leur face rose, cabaretière.</p>
<p>Encore que… Côté diabolisme, et parce qu’on ne se refait pas, Olivier Py fait défiler en fond de scène un cortège de détails du <em>Jardin</em> <em>des Délices</em> de Jérôme Bosch, démesurément agrandis, en manière de contrepoint grinçant aux galipettes d’Eurydice et Aristée, et on verra quasi constamment danser (très bien) un grimaçant squelette. Car c’est après tout de mort qu’il s’agit, le seul sujet qui vaille comme disait je ne sais plus qui.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="659" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Piano-Orphee-aux-Enfers_c_Jean-Guy-Python-11-1024x659.jpg" alt="" class="wp-image-153140"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Jean-Guy Python</sup></figcaption></figure>


<p>Quant à leur Olympe du deuxième acte, c’est un théâtre rouge et or, comme un hymne amoureux aux salles à l’italienne, avec galeries aux balustres dorés côté jardin et manteau d’Arlequin non moins emblématique à cour. Aux galeries, se pressent les hauts-de-forme boursicoteurs du début, accompagnés de crinolines d’un jaune doré éclatant. Les déesses, elles, semblent sortir d’un tableau de Winterhalter repeint en majeur et Jupiter a l’aspect d’un Napoléon III plus Badinguet que nature. Les crinolines sont amovibles d’ailleurs. Et les déesses seront aussi délurées en justaucorps que les choristes et les danseuses.</p>
<p>Au troisième acte, un escalier métallique figure la descente à des Enfers que garde le chien Cerbère, en l’occurrence un jeune homme torse nu aboyant joliment derrière son masque -et d’ailleurs les moutons d’Aristée auront été aussi de jolis jeunes hommes un peu déshabillés (et munis d’oreilles en peluche), une manière de signature en somme.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="716" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Piano-Orphee-aux-Enfers_c_Jean-Guy-Python-5-1024x716.jpg" alt="" class="wp-image-153134"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>La mort et Samy Camps © Jean-Guy Python</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Un adieu (momentané ?) à l’opéra</strong></h4>
<p>Est-ce parce que c’est, de son propre aveu, sa dernière mise en scène d’opéra, puisqu’il sera désormais directeur du Châtelet (du moins la dernière pendant un certain temps…), il semble qu’Olivier Py joue avec jubilation la carte du «&nbsp;rouge et or&nbsp;» pour reprendre le titre de Georges Banu. Les décors dansent sans arrêt, tournent sur eux-mêmes, manipulés par une cohorte de machinos en salopettes sous des éclairages (de <strong>Bertrand Killy</strong>) aux couleurs sans cesse variées. Au dernier acte, celui de la bouche de l’Enfer, on apercevra la scène envahie jusqu’au mur du fond par les éléments des actes précédents, et on verra le manteau d’Arlequin du côté de sa face interne, comme pour célébrer l’artisanat théâtral. <br>La mise en scène habite l’espace vertical autant que le plateau. Elle fait revenir le souvenir de certaine <em>Lulu</em> d’Alban Berg, où pour la première fois, sauf erreur, Olivier Py mettait de la couleur dans son univers. Et ces <em>petites-femmes-de-Paris</em>, pour lesquelles Paul-André Weitz a dessiné des costumes dans une palette évoquant le <em>Moulin-Rouge</em> de Jean Renoir, on les voyait dans la maison de rendez-vous de sa <em>Manon</em> (déjà un décor mobile et vertical).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Piano-Orphee-aux-Enfers_c_Jean-Guy-Python-4-1024x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-153133"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Marie Perbost © Jean-Guy Python</sup></figcaption></figure>


<p>Est-ce parce qu’il y a chez Offenbach une mélancolie profonde que la folie ne semble qu’intermittente dans la lecture d’Olivier Py, une mélancolie à l’image de celle de John Styx, roi déchu au rang de factotum et qui noie son chagrin dans l’ivresse. <strong>Frédéric Longbois</strong> chante avec émotion la romance « Quand j’étais roi de Béotie » où il dit sa nostalgie de sa passion amoureuse enfuie. Et le thème du roi de Béotie traverse déjà une ouverture qui, dans la version de 1874 donnée ici, plus riche musicalement que la version de 1858, prend la forme d’un pastiche de prélude d’un grand opéra. <strong>Arie van Beek</strong> en conduit savamment le crescendo, depuis un incipit très retenu, prétexte à une manière de menuet jusqu’au galop final, à ses grands renforts de cuivre. Sous sa baguette, le <strong>Sinfonietta de Lausanne</strong>, très précis et coloré, met en valeur le piqué d’une orchestration verveuse et ironique.</p>
<h4><strong>Amours asynchrones</strong></h4>
<p>Orphée aime Eurydice qui aime Aristée qui ne l’aime pas et la trompe. Tout cela n’est pas drôle. Mais la gaieté apparente de la musique déguise la vérité des sentiments.&nbsp; Eurydice, c’est ici <strong>Marie Perbost</strong>, amoureuse de son « berger joli » (mais « N’en dites rien à mon mari »). Timbre lumineux et pulpeuse apparition (en duo avec une flûte comme chez Donizetti). Sa voix, ce soir-là, nous sembla gagner en plénitude à mesure qu’on avançait dans l’opéra. Elle sera à son meilleur dans les « Regrets » de l’acte des Enfers et tout-à-fait rayonnante quand Jupiter l’aura métamorphosée en Bacchante.<br>Mais elle glisse déjà de belles notes hautes (et un rire irrésistible) dès son duo d’entrée avec son Orphée, chanté par l’emphase pathétique qu’il faut par <strong>Samy Camps</strong>, en marcel et pantalon de cuir, tous tatouages dehors et mèche peroxydée. Cet Orphée est un violoniste à la David Garrett. Il a composé un concerto qu’Eurydice, cette cruche, déteste. Alors que la mélodie en est ravissante (jouée ici par le concertmeister du Sinfonietta <strong>Félix Froschhammer</strong>).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Piano-Orphee-aux-Enfers_c_Jean-Guy-Python-2-1024x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-153131"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Julien Dran en Aristée © Jean-Guy Python</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Un texte à dire</strong></h4>
<p>On nous permettra ici de ronchonner quelque peu : comme dans le grand opéra français, la diction est essentielle et, si le livret de Crémieux et Halévy n’a peut-être pas les ambitions de celui de <em>Pelléas</em>, il en a d’autres. On aimerait que tous les chanteurs ici soient aussi fins diseurs que l’est <strong>Julien Dran</strong>, qui dessine un très caustique Aristée-Pluton. Non seulement le timbre est beau, voix de ténor très chaude, mais le personnage est pile dans le ton Offenbach : ce second degré, ce sérieux déguisé, cette cruauté cachée sous le sarcasme, esprit d’époque qu’on retrouve chez Feydeau comme chez Lautrec.</p>
<p>Une cruauté qu’on entend dans l’invocation d’Eurydice («&nbsp;La mort m&rsquo;apparait souriante, qui vient me frapper près de toi…&nbsp;») -et Marie Perbost phrase très joliment cette parodie de Gounod. Et une ironie qu’on retrouve dans le final faussement grandiose que mène l’Opinion publique (<strong>Sophie Pondjiclis</strong>, emphatique à souhait) ou dans les adieux d’Orphée à ses élèves, ici une touchante phalange de très jeunes violonistes du Conservatoire, jouant tant mal que mal (effet voulu) leur valse d’adieu, avant la tyrolienne non moins gentille du chœur d’enfants dudit.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="702" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Piano-Orphee-aux-Enfers_c_Jean-Guy-Python-7-1024x702.jpg" alt="" class="wp-image-153136"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Nicolas Cavallier (Jupiter) et Julian Dran (Pluton) © Jean-Guy Python</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Du rififi sur l’Olympe</strong></h4>
<p>Drolatique entrée des Dieux, tous de retour d’un «&nbsp;petit voyage à Cythère&nbsp;», sur fond de chœur «&nbsp;du sommeil&nbsp;» par l’excellent <strong>Chœur de l’Opéra de Lausanne</strong>, ici <em>sotto voce</em>, mais qu’on verra bientôt chanter-danser et lever la jambe avec fougue. <br>Non moins dans le ton, le Jupiter tonitruant (ça s’impose) de <strong>Nicolas Cavallier</strong> (entré sur un appel de cors à la Weber), diction considérable, silhouette grandiose, tentant tel Wotan de tenir son empyrée turbulent. <br>Si les Dieux et Déeeses n’ont peut-être pas la diction qu’on souhaiterait, ils et elles dessinent des silhouettes cocasses, ainsi la Vénus tout de rouge vêtue de <strong>Béatrice Nani</strong> et le Cupidon touchant de <strong>Yuki Tsurusaki.</strong> Mention particulière au Mars rentrant « d’chez sa particulière » d’<strong>Aslam Safla</strong>, en slip panthère et le pantalon tombant sur les chaussures, à la Diane de <strong>Clémentine</strong> <strong>Bourgoin</strong> à la recherche de son Actéon (« Tonton tontaine tonton ») que Jupiter aura changé en cerf (autre apparition animalière et torse nu) et au Mercure d’<strong>Hoël Troadec</strong> (rondo gaillardement enlevé sur un texte pas commode). <br>À nouveau excellent, Julien Dran dans l’air en prose de Pluton, dont il distille avec gourmandise le texte caustique («&nbsp;Ici l&rsquo;on respire une odeur de déesse et de nymphe&nbsp;»).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="702" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Piano-Orphee-aux-Enfers_c_Jean-Guy-Python-6-1024x702.jpg" alt="" class="wp-image-153135"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Aslam Safla (Mars) © Jean-Guy Python</sub></figcaption></figure>


<p>Burlesques encore le chœur de la révolte («&nbsp;Plus de nectar ! plus d’ambroisie !&nbsp;») avec Marseillaise détournée et pasionaria à la Delacroix, puis le rondeau des métamorphoses, un peu claudicant côté solistes, et la citation de l’<em>Orphée</em> de Gluck (où Samy Camps peut sortir ses plus belles notes) avant un départ des Dieux pour «&nbsp;ce sémillant enfer&nbsp;» («&nbsp;Plus de nectar, plus de ciel bleu !&nbsp;»), un galop trépidant et irrésistible, dans un accelerando impeccablement tenu par Arie van Beek.</p>
<h4><strong>Le sémillant enfer</strong></h4>
<p>Un Arie van Beek qui mène à un train d’enfer (forcément) le bref prélude de la deuxième partie, avant d’accompagner joliment le «&nbsp;Je vais regretter mon mari&nbsp;» d’Eurydice. <br>Toute la fin prendra l’allure d’un divertissement enlevé, le brio dissimulant le décousu du livret. Crémieux et Halévy, on le sent, se débrouillent pour répondre aux désirs d’Offenbach. Ils lui confectionnent le personnage de John Styx pour le plaisir des couplets nostalgiques évoqués au début, ils écrivent pour Cupidon les couplets des baisers (Yuki Tsurusaki à son aise surtout dans les aigues) qui amènent l’un des morceaux de bravoure de la partition, le duo de la mouche.</p>
<p>Réjouissant numéro de Nicolas Cavallier voletant suspendu dans les airs, poursuivant de ses bourdonnements une Marie Perbost envoyant avec esprit les vocalises d’une Eurydice conquise par «&nbsp;Ernest, baron de Jupiter&nbsp;». Là encore, la parodie devient grinçante, puisqu’aussi bien c’est le duo d’amour indispensable dans tout opéra, culminant ici dans des «&nbsp;<em>Zi…</em>&nbsp;» dérisoires.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Piano-Orphee-aux-Enfers_c_Jean-Guy-Python-9-1024x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-153138"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Nicolas Cavallier (Jupiter) © Jean-Guy Python</sub></figcaption></figure>


<p>À remarquer absolument, la brillante chorégraphie d&rsquo;<strong>Ivo Bauchiero</strong> (par ailleurs assistant à la mise en scène à laquelle on imagine qu’il a contribué). Ses dix danseurs et danseuses semblent se démultiplier dans une Bacchanale débridée. Costumes particulièrement succincts pour les danseuses. Énergie débordante, émouvante&#8230;</p>
<p>Dans les loges dorées, les fêtards s’encanaillent et se déboutonnent. L’humeur est à la fête et le chœur chante « Si l’on comprend la vie, amis, c’est un enfer ! ». Toujours l’humeur grinçante…</p>
<p>Dans un nouvel avatar, Eurydice, changée par Jupiter en Bacchante, et désormais en justaucorps, peut chanter «&nbsp;J’ai vu le Dieu Bacchus&nbsp;», moment où Marie Perbost nous semblera au meilleur de sa voix, avec de beaux phrasés et toujours l’aisance de ses notes hautes.</p>
<p>Le galop presque final sera évidemment aussi virtuose qu’on peut l’attendre, mené sur un tempo archi-rapide par Arie von Beek. Au premier plan les danseurs et leurs grands écarts, les garçons comme les filles, et sur la scène au second plan le galop des dieux et déesses, moins athlétique certes mais joyeusement endiablé.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Piano-Orphee-aux-Enfers_c_Jean-Guy-Python-10-1024x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-153139"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Marie Perbost en Bacchante, sur l&rsquo;escalier Samy Camps et Sophie Pondjiclis © Jean-Guy Python</sub></figcaption></figure>


<p>Restera l’ultime tableau. Pour l’encadrer, descendra des cintres l’image de la bouche diabolique qu’on a décrite, derrière laquelle on glissera un escalier rouge. «&nbsp;Je vais élever le dialogue avec la situation&nbsp;», dira pompeusement Orphée réapparu (les librettistes l’avaient oublié, celui-là). «&nbsp;Femme, reconnais-tu ce chant de violon (ici Gluck montant de la fosse), c’est ton époux qui vient pour racheter ton âme, cette âme que j’aimais et que je n’aime plus…&nbsp;» Sic.</p>
<p>« Ne regarde pas en arrière », chantera l’Opinion publique… On connaît la suite, le « mouvement involontaire » d’Orphée et Eurydice décidant de rester aux Enfers, où décidément on s’amuse davantage. « Ce n’est pas dans la mythologie » proteste Pluton, « Nous réécrirons la mythologie » . Ultime galop !</p>
<h4><strong>C&rsquo;est beau comme le spectacle&#8230;</strong></h4>
<p>C’est le moment où celui qui se permet de jouer les critiques (de quel droit, d’ailleurs ?) ravale ses ronchonnements et ses finasseries. Tous ces talents sur scène, qui se pressent et saluent, la somme de ces énergies, ce public enchanté… C’est beau comme le spectacle…</p>
<p>On a envie de citer les lignes de Colette dans « L’envers du music-hall » : « Les forces mystérieuses de la discipline, du rythme musical, l’orgueil enfantin et noble de paraître beaux, de paraître forts, nous soulèvent, nous conduisent… Le public, prostré, ne verra rien de ce qu’il doit ignorer : le halètement rapide qui dessèche nos poumons, l’eau qui nous inonde et noircit la soie de nos costumes… Le rideau tombé, nous nous séparons vite, nous nous hâtons vers la rue, vers l’illusion de la fraîcheur que verse une lune haute, épanouie, chaude et dédorée… »</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="595" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Piano-Orphee-aux-Enfers_c_Jean-Guy-Python-1-1024x595.jpg" alt="" class="wp-image-153130"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Jean-Guy Python</sub></figcaption></figure>
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		<title>VERDI, Macbeth &#8211; Saint-Étienne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-macbeth-saint-etienne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Jun 2023 05:49:31 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Macbeth raconte «&#160;une histoire pleine de bruit et de fureur&#160;», selon les propres mots de Shakespeare repris dans le livret de l’opéra de Verdi. Est-ce là le point de départ de l’inspiration de Daniel Benoin, pour sa mise en scène&#160;? Elle abreuve le spectateur, dès l’ouverture et durant tous les précipités, de vidéos dues à &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Macbeth </em>raconte «&nbsp;une histoire pleine de bruit et de fureur&nbsp;», selon les propres mots de Shakespeare repris dans le livret de l’opéra de Verdi. Est-ce là le point de départ de l’inspiration de <strong>Daniel Benoin</strong>, pour sa mise en scène&nbsp;? Elle abreuve le spectateur, dès l’ouverture et durant tous les précipités, de vidéos dues à <strong>Paulo Correia</strong> où les chanteurs programmés en Macbeth et en Banco apparaissent comme englués dans les horreurs d’un conflit meurtrier. Le décor art déco de l’intérieur du château de Macbeth incitera à penser qu’il s’agit de la première guerre mondiale. Le mélange entre les images de fiction et les bandes d’actualités est réalisé avec grand soin. Par la suite, la vidéo confirmera son rôle, en faisant apparaître le spectre de Banco, les démons supérieurs&nbsp; et la lignée de souverains que Macbeth voudrait interrompre. Cette omniprésence a donc son utilité, d’autant qu’elle supprime les temps morts pendant les changements de décor. Mais pourquoi est-elle accompagnée d’un « habillage sonore » ? Ces rumeurs qui s’insèrent dans le discours verdien étaient-elles nécessaires ? Et les pauses musicales liées aux interventions des précipités, outre qu’elles permettent de repenser à ce qu’on vient d’entendre, ne préparent-elles pas à mieux recevoir ce qui les suit ?</p>
<p>L’action de <em>Macbeth </em>se déroule entre extérieur et intérieur, l’espace naturel et l’espace créé par les humains pour s’abriter. Les décors – signés <strong>Jean-Pierre Laporte</strong> – sont censés les représenter. Le premier est pour le moins déconcertant&nbsp;: foin de lande sauvage, le spectateur a sous les yeux une cour dont les côtés sont bordés de maisonnettes identiques et dont le fond est occupé par un bâtiment de vastes proportions. On croit voir un des ensembles industriels, comme il en existait à Saint-Étienne, &nbsp;l’usine au centre et à ses flancs les logements des ouvriers. On attend les sorcières, on voit surgir des ouvrières en blouse grise uniforme – costumes de <strong>Nathalie Bérard-Benoin </strong>– plutôt désinvoltes qui évoquent forcément les cigarières de <em>Carmen</em>. Plus tard elles iront travailler dans le grand bâtiment, peut-être une fonderie, et le spectateur fera peut-être le lien entre leur activité qui transforme la matière et leur nature de sorcières. Quand, au troisième acte, Macbeth retourne les consulter, on se demande à les voir s’éveiller si leur phalanstère n’est pas une variante du pensionnat de Poudlar. Sur les murs sera projeté le défilé des souverains. Et au dernier acte le spectateur devra voir dans cet espace la lande où se rejoignent les troupes pour préparer l’assaut contre Macbeth, une vidéo dans une forêt représentant celle de Birnam.</p>
<p>L’autre décor montre une vaste pièce, occupée en son centre par une longue table dont on devine qu’elle servira pour le banquet. A cour, contre le mur, un lit à deux places où le couple Macbeth aura un entretien dépourvu de la sensualité mutuelle que le meuble semblait commander, de quoi donc s’interroger sur son utilité. A jardin une cheminée art-déco, une porte, et une autre en fond de scène derrière la table. La frise qui orne le haut des murs porte des chardons pour indiquer que l’action est&nbsp; en Ecosse. Le lecteur a déjà deviné que l’encombrante table réduit l’espace disponible pour les évolutions des chanteurs, et en déduit que quand le chœur est sur scène pour le banquet il est contraint de s’entasser en arrière. Dans cette scène des hallucinations de Macbeth la lumière et la vidéo jouent un rôle important et plutôt bien réalisé. De quoi s’étonner qu’à l’acte I les larges baies de la chambre se soient illuminées a giorno alors que tout le déroulé de l’assassinat est nocturne. D’ailleurs, à s’étonner, pourquoi Macbeth est-il présent quand son épouse lit la lettre qu’il lui a adressée et qu’en principe elle lit avant son retour&nbsp;? Et pourquoi des sorcières meurent-elles au troisième acte&nbsp;? Victimes du devoir&nbsp;?</p>
<pre><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DSC0456-1000x600.jpg">© Cyrille Cauvet</pre>
<p>Cela ne suffit pourtant pas à disqualifier la production. Daniel Benoin a sûrement sa part du mérite dans la direction d’acteur, mais encore plus sûrement <strong>Giuseppe Grazioli </strong>est l’artisan de la réussite musicale incontestable et longuement saluée au rideau final. Sa direction est un modèle de limpidité et d’équilibre dans la gestion de la dynamique et des accents; il obtient de l’orchestre une exécution d’une qualité délectable, tous pupitres confondus, avec des cordes impeccables et des vents irréprochables. Le dosage sonore entre fosse et plateau est un sans-faute, et la tension dramatique ne faiblit pas un instant. Nul doute que cette qualité ne soit le reflet de l’alchimie entre les musiciens et leur chef.</p>
<p>Autre atout du spectacle, la qualité des seconds rôles. En suivante de Lady Macbeth <strong>Cyrielle Ndjiki </strong>amène à regretter que ses interventions solistes soient si brèves tant la rondeur, la longueur et l’éclat de la voix ont de séduction. Également remarquables d’engagement et de tenue vocale, le Malcolm de <strong>Léo Vermot-Desroches </strong>et le touchant Macduff de <strong>Samy Camps. </strong>Habitué du rôle de Banco, <strong>Giovanni Battista Parodi</strong> démontre combien il le maîtrise en lui donnant toute l’épaisseur dramatique possible avec une belle projection nuancée.</p>
<p><strong>Catherine Hunold</strong> se taille un beau succès aux saluts, et c’est justice car elle phrase de façon souveraine, mais sa Lady Macbeth nous semble inaboutie. La souplesse de la voix autorise une interprétation qui ferait du personnage une sirène qui subjugue sensuellement son époux pour qu’il consente à ces méfaits auxquels d’abord il répugne. Mais lady Macbeth est aussi une dominatrice mordante, que nous n’entendons pas dans la voix de la cantatrice. La fusion des deux, qui serait idéale, n’est pas réalisée. Alors on reste un peu extérieur, savourant le métier de la belcantiste, admirant les volutes, les fusées, les aigus tenus et les graves de poitrine, mais tendant l’oreille pour un medium peu sonore. A la décharge de l’interprète, elle était à peine remise d’un déboire physique et peut-être une certaine prudence a pu entraver un engagement plus fougueux.</p>
<p>Reste le rôle-titre, et la découverte d’un interprète, <strong>Valdis Jansons</strong>. Ignoré des scènes françaises hormis&nbsp; un Scarpia bien chantant à Tours il y a six ans, ce baryton letton à peine entré dans sa maturité a pourtant bien des atouts : d’abord la voix du rôle, dont la tessiture ne lui pose manifestement aucun problème, une projection et une articulation impeccables, le sens des nuances, des dons d’acteur satisfaisants et une prestance physique qui en donne au personnage</p>
<p>Si le premier chœur des sorcières a été jugé par certains un tantinet trop acide il était à notre goût, glapissant et grinçant à souhait, et les incantations du troisième acte aussi volubiles que prescrit. Irréprochables &nbsp;le chœur des sicaires au troisième acte et le chœur mixte au dernier acte.</p>
<p>Bien des satisfactions donc, musicales et vocales pour l’essentiel, pour ce dernier opéra de la saison à Saint-Étienne. Avant le lever de rideau, des artistes intermittents sont venus sobrement exposer au public leurs craintes pour l’avenir, en évoquant une diminution de leur temps de travail pour la saison prochaine. Rappelons au lecteur que cet Opéra municipal propose en 2023-2024 cinq productions lyriques. Quel Opéra labellisé « national » en propose moins ?</p>
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		<title>ROSSINI, Elisabetta, regina d&#039;Inghilterra — Marseille</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/elisabetta-regina-dinghilterra-marseille-karine-deshayes-tendre-et-violente-elisabeth/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 10 Nov 2022 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>﻿1815 : Napoléon rend les armes à Waterloo ; Rossini fourbit les siennes à Naples. Elisabetta, regina d’Inghilterra, sa première création in loco, veut convaincre du bien-fondé de sa réputation un public exigeant en matière d’art lyrique. L’antique Parthénope ne se targue-t-elle pas d’être depuis le XVIIIe siècle la capitale de l’opéra. Ses musiciens sont les &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>﻿1815 : Napoléon rend les armes à Waterloo ; Rossini fourbit les siennes à Naples. <em>Elisabetta, regina d’Inghilterra</em>, sa première création <em>in loco</em>, veut convaincre du bien-fondé de sa réputation un public exigeant en matière d’art lyrique. L’antique Parthénope ne se targue-t-elle pas d’être depuis le XVIIIe siècle la capitale de l’opéra. Ses musiciens sont les meilleurs d’Italie, ses chanteurs enviés par l’Europe entière. La fin justifiant les moyens, le baptême du feu se transmute en partition ébouriffante, où la virtuosité domine, où le brillant l’emporte sur la tendresse, exception faite du duo entre Matilde et Elisabetta au deuxième acte – rare accalmie dans un ciel sinon tempétueux –, où l’habileté prendrait le pas sur la témérité si déjà le jeune compositeur – 23 ans ! – ne commençait à bousculer la forme, moins dans le récitatif accompagné – dont Mayr à Naples avait auparavant fait usage – que dans la construction complexe du finale du premier acte, un des sommets d’une œuvre qui en comporte plusieurs. </p>
<p>C’est dire l’intérêt d’un opéra, souvent méjugé en raison de son ouverture empruntée à <em>Aureliano in Palmira</em> avant d’être de nouveau reprise dans <em>Il barbiere di Siviglia</em>, et surtout peu joué en raison de ses innombrables difficultés. Pesaro l’affichait en 2021 dans <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/elisabetta-regina-dinghilterra-pesaro-who-run-the-world-girls">une mise en scène de Davide Livermore</a> inspirée par <em>The Crown ; </em>Marseille l’ajoute cette saison à son répertoire mais en version de concert. Le dénominateur commun de ces deux séries de représentations : <strong>Karine Deshayes</strong> dans le rôle-titre. Les affinités de la mezzo-soprano française avec le répertoire rossinien ne sont plus à démontrer. Elles s’imposent une fois encore avec une évidence telle que l’on ne sait qu’écrire de plus que ce qui a déjà été maintes fois décrit : l’or du timbre, la longueur de la voix, la maîtrise technique, la précision du trait, l’incroyable agilité. Tout cela est déjà beaucoup mais il y a davantage : la justesse de l&rsquo;interprétation nourrie par l’expérience scénique de l’année précédente, cette évidence dramatique confondante de naturel à laquelle parvient l’art le plus artificiel qui soit. Là est la magie de l’opéra. Par le regard, par le geste, par le port de tête et, avant tout, par la tension imposée au récitatif, la reine outragée se dresse sur scène dans la splendeur de sa majesté, dût cet éclat faire involontairement de l’ombre à ses partenaires. </p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/el2_0.jpg?itok=PZx5LtLp" title="Ruzil Gatin (Norfolk) et Julien Dran (Leicester) © Christian Dresse" width="468" /><br />
	Ruzil Gatin (Norfolk) et Julien Dran (Leicester) © Christian Dresse</p>
<p>Ainsi, <strong>Giuliana Gianfaldoni</strong>, soprano d’une ampleur insuffisante pour le rôle de Matilde, n’existe qu’au-delà d’une ligne située dans le haut médium. Cet Oscar du <em><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/un-ballo-in-maschera-parme-de-verdi-a-verdi">Bal Masqué</a></em><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/un-ballo-in-maschera-parme-de-verdi-a-verdi"> à Parme l’an passé</a>, cette Musetta de <em>La Bohème</em> prochainement à Vérone, offre alors la fraîcheur d’un chant dont l’essence reste légère et la souplesse inhérente à sa vocalité.</p>
<p>De même, <strong>Julien Dran</strong> s’aventure en des terres dont il n’est pas certain qu’elles correspondent aujourd’hui à son profil vocal. La voix a gagné en largeur, le métal s’est cuivré, sans pouvoir cependant répondre à toutes les conditions posées par Leicester, aux extrémités de la tessiture notamment. L’écriture, conçue à la mesure barytonale – et monstrueuse – de Nozzari, le contraint à chanter trop souvent en force, au détriment des effets nécessaires à la caractérisation.</p>
<p><strong>Ruzil Gatin</strong> en Norfolk évolue plus naturellement dans un univers dont il a appris les codes en 2017 sur les bancs de l’Accademia rossiniana de Pesaro. La hauteur de l’émission, l’apparente facilité avec laquelle l’aigu jaillit, vertical et précis, la franchise des couleurs, sans cette surexposition préjudiciable à certains de ses confrères, la vaillance – mieux, la liberté – confirment la nature d’un authentique ténor rossinien, appelé à compter dans sa catégorie, dès qu’il aura peaufiné sa vocalise et enrichi son vocabulaire (il chantera Aménophis en début d’année prochaine dans la reprise lyonnaise de <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/moise-et-pharaon-aix-en-provence-comme-a-la-tv">la mise en scène aixoise de <em>Moïse et Pharaon</em></a>)</p>
<p>Moins exposés, <strong>Floriane Hasler</strong> (Enrico) et <strong>Samy Camps</strong> (Guglielmo) font valoir pour la première l’étoffe capiteuse du timbre, pour le second l’engagement inconditionnel que l’on peut attendre du fidèle serviteur d’Elisabetta. </p>
<p>Nul n’est épargné dans cette marche vers la gloire menée par le jeune Rossini. Les chanteurs certes mais aussi les chœurs, conquérants, et l’orchestre, notamment les instruments à vent. D’un mouvement de bras dont la nervosité n’entrave pas la conduite du récit, <strong>Roberto Rizzi Brignoli</strong> galvanise les forces chorales et orchestrales – mention spéciale pour la première clarinette. Sous sa direction, la parole rossinienne s’épanouit, généreuse et éloquente au point que la soirée, entrecoupée d’applaudissements, s’écoule sans longueur, pour s’achever en feu d’artifice par une cabalette époustouflante où Rossini roi sacre Karine Deshayes reine. </p>
<p>Deux représentations encore, le jeudi 10 novembre à 20h et le dimanche 13 novembre à 14h30.</p>
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		<title>VERDI, Don Carlo — Marseille</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/don-carlo-marseille-brillante-fin-de-saison/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 05 Jun 2022 21:04:23 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A cinq ans de distance, cette reprise à Marseille du Don Carlo  coproduit avec Bordeaux ne laisse pas d’intriguer : pourquoi le spectacle nous impressionne-t-il plus favorablement ? Le décor en évolution – signé Emmanuelle Favre – est toujours formé de panneaux et de parallélépipèdes rectangulaires qui descendent des cintres ou y retournent et servent de support &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>A cinq ans de distance, cette reprise à Marseille du <em>Don Carlo  </em>coproduit avec Bordeaux ne laisse pas d’intriguer : pourquoi le spectacle nous impressionne-t-il plus favorablement ? Le décor en évolution – signé <strong>Emmanuelle Favre</strong> – est toujours formé de panneaux et de parallélépipèdes rectangulaires qui descendent des cintres ou y retournent et servent de support aux vidéos conçues par <strong>Virgil Koering</strong>. Etions-nous si peu vigilant pour avoir raté en 2017 les références picturales à Zurbaràn, Le Greco ou Goya ? Ou bien ont-elles aussi été revues, comme la mise en scène de <strong>Charles Roubaud </strong>semble l’avoir été pour s’adapter aux nouveaux interprètes ? En tout cas ces images initiales de fragments de gisants brisés, idoines au climat de la situation – le tombeau de Charles Quint – sont un équivalent judicieux des « vanités » de la peinture classique car elles annoncent la couleur, ou plutôt s’accordent à celles de la musique. C’est ce raffinement qui nous apparaît plus nettement qu’alors. D’autres détails confirment le regard englobant porté sur l’œuvre, comme ces arbres en cage, peut-être symboles d’une volonté de contrôle absolu et alors symptômes d’un pouvoir malade à visée totalitaire.</p>
<p>Car c’est de cela qu’il s’agit dans cette œuvre, quelle que soit la version retenue. Quatre personnages  principaux dépendent étroitement de l’autorité d’un monarque par ailleurs tyran de son peuple et qui s’en vante. Il prétend contrôler jusqu’à leurs sentiments, et évidemment il échoue lamentablement. Ainsi frustré, il l’est encore parce que son pouvoir absolu ne l’est qu’autant que la Sainte Inquisition y consent, autrement dit il doit se soumettre aux décisions de ce tribunal religieux. Dès lors le malheur s’étend autour de lui. Son fils et successeur, sentimental et généreux, voudrait être effectivement le protecteur du peuple flamand qui réclame des réformes administratives. Il semble ignorer que ce mot est synonyme d’hérésie pour le Tribunal catholique. Révolté par la rebuffade du roi envers les députés qu’il a conduits auprès de lui, Carlo commet un crime de lèse-majesté. Son mentor, ami et conseiller, un homme pragmatique dont les idées naissent du réel – il a vu en Flandre les malheurs résultant de la tyrannie royale – se sacrifiera pour que le prince puisse réaliser son projet. En vain car nul n’échappe aux verdicts de l’Inquisition : les derniers mots du roi annoncent une double exécution, et ils sont proférés dans le décor initial, celui des tombes délabrées.</p>
<p>De cette histoire affreusement triste on devrait sortir déprimé. Et pourtant nos voisins avaient le sourire aux lèvres. Venus au spectacle parce qu’une de leurs proches leur avait offert ce cadeau, il était néophyte, elle un peu moins, et elle lui disait de façon lapidaire l’essentiel du livret qu’elle déchiffrait dans la pénombre. Il s’étonnait que le page soit interprété par une chanteuse ; n’avait-on pas pu trouver un homme ? Mais leur attention, ou plutôt leur concentration, était exemplaire. Ils avaient de la chance :<strong> Charles Roubaud</strong>, grâces lui soient rendues, n’est pas de ces metteurs en scène qui soumettent les œuvres à leurs fantasmes ou à des transpositions incongrues. Aussi ces ingénus ont-ils pu suivre sans difficulté le déroulement de l’action pour laquelle Verdi a composé sa musique. Ils ont pu ainsi découvrir une œuvre au contenu de laquelle ils pourront repenser, car certains thèmes, les rapports d’autorité, les rivalités intergénérationnelles, les unions d’intérêt, la jalousie, l’immobilisme et les réformes, etc…sont toujours actuels, sans devoir déchiffrer de surcroît les arcanes d’une adaptation inopportune.</p>
<p>Ils y repenseront peut-être d’autant plus volontiers qu’ils en ont eu du plaisir. Plaisir visuel et d’écoute mêlés puisque la musique commence avec le lever du rideau et qu’on découvre ces images qui illustrent le « sic transit gloria mundi » tandis que dans la fosse le festin a commencé. La partition, quelle que soit la version, est un déroulé de plaisirs sonores tels qu’on peine à comprendre les réticences exprimées par de grands musiciens. Cet enchaînement de mouvements mélodiques et d’harmonies expressives  que ponctuent les accents dramatiques <strong>Paolo Arrivabeni </strong>le conduit de main de maître, restituant fidèlement l’énergie qui avorte, la mélancolie douloureuse, l’exubérance fugace, la conviction du malheur, l’ardeur impuissante, l’indignation outrée, toutes ces couleurs des sentiments que celles des timbres associés, renforcées par les redites, tissent pour nous captiver. Les ensembles vocaux, duos, trios et quatuor, sont mis au point parfaitement et atteignent leur impact maximal. S’il arrive que les musiciens jouent parfois un rien trop fort, à notre avis, l’enchantement fonctionne néanmoins car les moments abondent où vibre la sensibilité et brille la virtuosité des cordes, des bois et des cuivres. La même satisfaction naît de la prestation des chœurs, à l’homogénéité sans défaut et dont les effets de lointain ou de polyphonie sont de vraies réussites. On regrettera à nouveau que le parti-pris d’uniformité pour les costumes des choristes ne permette pas de différencier nettement les groupes dans le tableau de l’autodafé.</p>
<p>Plaisir constant aussi quant aux rôles différenciés. Irréprochables les députés flamands, et remarquable <strong>Samy Camps </strong>dont la voix claire tire le héraut de l’anonymat. Si la Voix du Ciel  &#8211;<strong> Cécile Lo Bianco </strong>&#8211; ne nous a pas fait planer, celle de <strong>Caroline Géa </strong>a la portée et le brillant nécessaire pour le rôle du page espiègle. Une crainte de méforme lors de la première intervention de Jacques-Greg Belobo, au souffle limité et affecté d’un vibrato, mais son intervention finale aura la netteté requise et attendue. Rien de tel n’affecte <strong>Simon Lim</strong> dont le Grand Inquisiteur a la profondeur et la portée nécessaire à affirmer son autorité. Il poursuivra de sa vindicte le malheureux Posa, victime de ses convictions réformistes. Pour sa prise de rôle, <strong>Jérôme Boutillier </strong>coche toutes les cases, vocalement et théâtralement. Sa performance est de première grandeur, et on lui souhaite de garder l’adrénaline qui lui permettra de la maintenir à ces hauteurs. Le chant n’est jamais forcé ou difficile, et l’engagement scénique emporte la conviction. On adressera le mêmes éloges à  <strong>Nicolas Courjal</strong>, qui a déjà incarné Filippo II, même si sa composition ne nous convainc pas entièrement. Il semble concevoir le personnage comme prisonnier de sa fonction de représentation, avec comme postulats qu’un roi ne gesticule pas et reste impassible. C’est cohérent et défendable et effectivement dans son monologue désespéré, qu’il chante sans témoins, son visage et son corps expriment son tourment. Mais souvent l’immobilité de son bras gauche, même si elle est liée à la raideur du personnage, nous a semblé excessive. La voix même se veut rogue ; est-ce bien nécessaire ? Si l’intention artistique est perceptible elle prive le personnage de séduction. Mais après tout Filippo II est détestable…</p>
<p>Aucune réserve en revanche pour les deux rivales, la flamboyante Eboli et la nostalgique Elisabetta. La première est échue à <strong>Varduhi Abrahamyan </strong>dont on peut dire – en espérant que quelqu’un lui expliquera que l’expression n’est pas péjorative – qu’elle est une bête de scène. Elle s’empare des moindres possibilités de faire exister le personnage scéniquement, par exemple dans l’échange entre Posa et Elisabetta, où ses mimiques et ses mouvements révèlent la curiosité malveillante d&rsquo;Eboli. Ses airs solistes sont de purs moments de théâtre, car elle se sert du moindre mot pour des jeux de physionomie. Ce talent de comédienne s’ajoute aux dons vocaux bien connus, qui lui permettent de ciseler ses airs à la manière d’une Martine Dupuy, et comme elle ne cède pas à la tentation de faire du son ou de noircir, son Eboli s’inscrit au plus haut. Face à une Eboli pareille il fallait une grande Elisabetta. Maurice Xiberras l’a trouvée, ou plutôt il l’a devinée puisque <strong>Chiara Isotton</strong> effectue sa prise de rôle. Que dire sinon qu’elle n’a cessé de nous ébahir ? Une voix longue, pleine, homogène, capable d’éclats ou de pianissimi, des aigus rayonnants, un medium charnu, des graves sonores, et surtout une admirable façon de se servir de cet instrument. La technique est là, mais aussi la sensibilité, qui fait par exemple de l’adieu de la reine à sa suivante un moment où le temps s’arrête. Et cette même sensibilité permet à l’artiste d’incarner le personnage en donnant l’impression d’une sincérité qui émeut : mélancolique, troublée, réticente, indignée, décidée, cette Elisabetta garde jusqu’au bout la noblesse des cœurs purs. Admirable.</p>
<p>Qui est Don Carlo ? Un jeune homme au caractère entier mais encore  immature, incapable de se maîtriser. Il est sympathique parce qu’il est la victime des calculs et peut-être de la convoitise luxurieuse d’un père tyrannique, qui sans tenir compte de ses sentiments lui a brisé le cœur. Pour échapper à son mal être il voudrait agir, fuir la cour où la proximité de la reine le met au supplice, et simultanément il cherche à la rencontrer en tête à tête pour lui parler d’amour. Il est plein de lui-même. Ce désordre, <strong>Marcelo Puente </strong>l’exprime théâtralement avec conviction, et comme il a encore une juvénilité physique évidente il compose un personnage très crédible. Il a dans la voix assez de ressources pour y faire passer les ardeurs et les émois du prince, et si çà et là on pourrait souhaiter quelque nuance supplémentaire, globalement il mérite les honneurs et le public les lui rend dans l’accueil vibrant qu’il lui réserve aux saluts. Eboli et Elisabetta ont remporté aussi un triomphe, et Jérôme Boutillier un très beau et très mérité succès. Sourires donc pour les spectateurs heureux, et pour une direction qui voit la saison se terminer en beauté.</p>
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		<title>LEHÁR, La Veuve joyeuse — Nice</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-veuve-joyeuse-nice-une-veuve-toute-neuve/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Andre Peyregne]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 06 Dec 2021 05:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Encore un état au bord de la faillite ! Pas de panique, c’est de la principauté du Pontevedro qu’il s’agit. Vous l’avez reconnu, c’est l’Etat de la Veuve joyeuse. Du coup, le metteur en scène Benoît Bénichou qui a monté cette opérette à Nice a fait ni une ni deux et l’a transposée dans le monde &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Encore un état au bord de la faillite ! Pas de panique, c’est de la principauté du Pontevedro qu’il s’agit. Vous l’avez reconnu, c’est l’Etat de <em>la Veuve joyeuse</em>.</p>
<p>Du coup, le metteur en scène <strong>Benoît Bénichou</strong> qui a monté cette opérette à Nice a fait ni une ni deux et l’a transposée dans le monde de la crise financière de 2008. Alerte à Wall Street, la veuve débarque à Paris en star d’Hollywood !</p>
<p>Ah, on n’est plus sous les habituels lambris des salons mondains du XIXe mais dans le décor délabré d’une ambassade en ruine. Les platras tombent des murs et du plafond comme à Gravelotte. Attention la tête !</p>
<p>Rassurez-vous, le spectacle est tout sauf sinistre. Benoît Bénichou a réalisé un fantastique travail de traduction et réactualisation du texte. Il l’a taillé à coup de serpe et a supprimé le personnage du fantaisiste Figg. Résultat, une action resserrée avec un texte – en vers, s’il vous plaît – collant parfaitement à la musique.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="311" src="/sites/default/files/styles/large/public/dsc_3279.jpg?itok=3EzS5rQT" title="La scène des grisettes (Photo Dominique Jaussein)" width="468" /><br />
	La scène des grisettes © Dominique Jaussein</p>
<p>Dans cette affaire, les spectateurs deviennent les invités de la réception qui se déroule sur scène. C’est comme si l’Opéra de Nice avait été transformé en ambassade du Pontevedro. On y voit avant le spectacle les chanteurs arriver en Mercedès, sur un tapis rouge, dans le hall d’entrée au milieu du public.  Pendant le spectacle il descendent dans la salle. Au cours de l’entracte, ils se mêlent aux spectateurs et chantent même dans les escaliers. La fête à tous les étages ! </p>
<p>Le spectacle est truffé de vidéos émouvantes et enveloppé de fabuleux éclairages dus à un magicien de la lumière, Mathieu Cabanes.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="295" src="/sites/default/files/styles/large/public/dsc_3020.jpg?itok=dxv6OKK3" title="Camille Schnoor, la découverte de la soirée (Photo Dominique Jaussein)" width="468" /><br />
	Camille Schnoor, la découverte de la soirée © Dominique Jaussein</p>
<p>De la lumière, il y en a aussi dans la voix de l’interprète de la Veuve  – une découverte : <strong>Camille Schnoor</strong>. C’est la première fois que cette Niçoise encore peu entendue en France se produit sur scène dans sa ville natale. On ne vous dit pas son émotion, celle de sa famille, de ses amis ! Ils l’ont connue enfant, ils la retrouvent star. Et avec quelle aisance, quel style, quelle souplesse dans la voix !</p>
<p>Son Danilo de cœur est incarné par <strong>Frédéric Cornille</strong>. Il n’y a qu’éloge à faire de ce beau baryton à la voix ronde, égale, musicale.</p>
<p>Nous n’avons pas reconnu en <strong>Samy Camps</strong> le délicieux ténor léger qui avait été naguère distingué aux Victoires de la musique. Sa voix est en train d’évoluer vers un registre plus fort, plus ample. Mais la mutation n’est pas achevée. Attendons…</p>
<p>La délicieuse <strong>Amélie Robins</strong> n’était pas, au soir où on l’a entendue, dans sa forme habituelle, présentant un vibrato excessif. Là encore, faisons confiance en l’avenir&#8230;</p>
<p>Le très bon <strong>Philippe Ermelier</strong> est un de ces chanteurs comédiens dont une opérette ne saurait se passer. Il est impayable dans son rôle d’ambassadeur. Ca tombe bien, l’ambassade du Pontevedro n’a plus d’argent !</p>
<p>Un reste de distribution de qualité, un choeur et un orchestre pétillants sous la direction d’un maître es opérette, <strong>Bruno Membrey</strong>, achèvent de rendre la salle aussi joyeuse que la Veuve. Elle a applaudi à tout rompre cette « Veuve » toute neuve.</p>
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<p style="margin-bottom: 0cm;border: none;padding: 0cm;line-height: 100%"> </p>
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		<title>BIZET, Carmen — Rouen</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/carmen-reine-du-cirque-rouen-avec-le-concours-dun-public-motive/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Brigitte Cormier]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 02 Mar 2019 16:58:55 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis neuf ans que l’Opéra de Rouen s’est fait une spécialité de proposer chaque saison un opéra participatif, l’exercice est parfaitement rodé. Quoi de mieux pour fidéliser les néophytes et stimuler le renouvellement des générations d’amateurs d’art lyrique ? Aux quatre séances scolaires ayant déjà eu lieu pour cette nouvelle production, s&#8217;ajoutaient quatre dates « tout public » &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis neuf ans que l’Opéra de Rouen s’est fait une spécialité de proposer chaque saison un opéra participatif, l’exercice est parfaitement rodé. Quoi de mieux pour fidéliser les néophytes et stimuler le renouvellement des générations d’amateurs d’art lyrique ?</p>
<p>Aux quatre séances scolaires ayant déjà eu lieu pour cette nouvelle production, s&rsquo;ajoutaient quatre dates « tout public » avec une séance d’échauffement préalable. Ayant assisté à la dernière, nous avons pu constater combien les enfants – parmi lesquels beaucoup étaient déjà habitués à la méthode de travail – semblaient à l’aise. Tant sur scène durant la demi-heure de préparation, que debout dans la fosse face au public, pendant le spectacle, le chef de chant, <strong>Jeanne Dambreville</strong> à l’énergie communicative et chaleureuse, entraînait sans relâche les participants. Tous se montraient enthousiastes et impliqués dans l’aventure.</p>
<p>Chanter en direct pendant le spectacle depuis la salle ne s’improvise pas ! Il faut se préparer : avoir lu le résumé de l’histoire ; avoir étudié le CD d’apprentissage disponible sur Internet ou à la billetterie (avec, sur demande, la partition ) ; participer si possible à une séance de travail de deux heures ; répéter, répéter&#8230; ; et surtout, chauffer sa voix avant la représentation.</p>
<p>Afin de rendre l’histoire de <em>Carmen </em>accessible aux enfants, le jeune metteur en scène italien <strong>Andrea Bernard</strong> (ancien assistant  de Damiano Michieletto) a eu l&rsquo;idée de transposer l’action dans l’univers ludique d’un cirque à Séville. Carmen en est bien sûr la star. Tous les personnages de l&rsquo;Opéra de Bizet  y trouvent un emploi. Seul Don José, comme il se doit fou amoureux, y est étranger.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="313" src="/sites/default/files/styles/large/public/2019-02_carmen-16.jpeg?itok=P4WCoWMX" title="Eléonore Pancrazi et Samy camps © Marion Kerno" width="468" /><br />
	Eléonore Pancrazi et Samy camps © Marion Kerno</p>
<p>Belles lumières, décors et costumes  colorés et attrayants&#8230; cette <em>Carmen</em>, <em>Reine du Cirque</em> est un charmant spectacle. Les péripéties se succèdent sans laisser place à l’ennui. Tous les interprètes – même <strong>Samy Camps</strong> (Don José), annoncé souffrant – méritent des félicitations. En premier lieu, la mezzo  <strong>Éléonore Pancrazi</strong>. Sacrée récemment Révélation lyrique de l’année aux Victoires de la Musique classique, elle assure avec naturel ce rôle emblématique. Retenons également le nom de la soprano <strong>Hélène Carpentier </strong>(Micaëla) ;<em> </em>originaire d&rsquo;Amiens, elle est, à 22 ans seulement, l’une des jeunes cantatrices les plus prometteuses de sa génération, ayant remporté le prestigieux concours « Voix Nouvelles 2018 » du Centre Français de Promotion Lyrique.</p>
<p>Sous la conduite experte d’<strong>Alexandra Cravero</strong>, passionnée du répertoire d’opéra qu’elle cherche à promouvoir pour tous et en tout lieu avec son ensemble lyrique <em>Du bout des doigts</em> (fondé en 2007), l’adaptation musicale et les dialogues sont intégrés en souplesse par <strong>l’Orchestre</strong> <strong>de l&rsquo;Opéra de Rouen Normandie</strong>.<strong> </strong>Les interventions du public sont aussi efficaces que possible et il règne dans la salle une joyeuse atmosphère que rien ne saurait assombrir durant une heure et dix minutes de pur bonheur.</p>
<p>Dans cette version hors du temps, rien de traumatisant. Même le meurtre de Carmen demeure un tour d’illusionniste. La morale proposée par l’histoire se résume ainsi : « <em>Nous devons tous apprendre à accepter ce qui nous arrive dans la vie, les bonnes comme les  mauvaises choses, et nous ne pouvons obliger personne à être ce qu’il n’est pas et à agir contre sa volonté </em>».</p>
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