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	<title>Matteo ROMA - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<lastBuildDate>Wed, 13 May 2026 06:09:08 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Matteo ROMA - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>VERDI, Nabucco &#8211; Luxembourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-nabucco-luxembourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 May 2026 03:59:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Déjà évoquée dans nos colonnes lors de sa création à Genève  en juin 2023, cette production internationale de Nabucco est visiblement une opération ambitieuse et ayant nécessité de gros budgets. Confié à une metteuse en scène brésilienne déjà célèbre comme cinéaste engagée ou auteure d’installations, le spectacle repose sur un dispositif scénique particulièrement dépouillé, basé &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Déjà évoquée dans nos colonnes lors de sa <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-nabucco-geneve/">création à Genève</a>  en juin 2023, cette production internationale de Nabucco est visiblement une opération ambitieuse et ayant nécessité de gros budgets. Confié à une metteuse en scène brésilienne déjà célèbre comme cinéaste engagée ou auteure d’installations, le spectacle repose sur un dispositif scénique particulièrement dépouillé, basé sur deux énormes miroirs pivotants, l’un reflétant le sol et l’autre la salle, devant lesquels va se dérouler l’intrigue, avec projection de vidéos en surimpression. Ces vidéos reprennent le plus souvent des visages en gros plan, ou des détails de ce qui se passe sous nos yeux, et les vidéastes sont d’ailleurs visibles sur la scène, un peu comme le seraient des reporters de guerre sur le théâtre d’un conflit, mêlés à l’action. Ce sont les souffrances humaines qui sont ici montrées à l’avant-plan, comme conséquences des conflits et de leurs absurdités.</p>
<p>Les lieux ne sont pas définis, c’est le mouvement des personnages et surtout de l’impressionnante masse des chœurs qui crée le spectacle. Visiblement, le propos de la metteuse en scène est clairement d’établir des résonances avec l’époque contemporaine, d’utiliser le livret pour évoquer les conflits d’aujourd’hui et exprimer l’horreur de la guerre où qu’elle naisse. Le chœur est habillé en monsieur et madame tout le monde et quelques choristes sont même répartis dans le public. Le message est clair : bon peuple de Luxembourg, la guerre est aussi votre affaire, qu’elle soit d’Ukraine, de Palestine ou d’Iran, elle vous menace comme Nabucco a menacé Jérusalem, la guerre est universelle, ne dormez pas en paix.</p>
<p>La mise en scène insiste sur la pompe et le grandiose, fait évoluer les principaux intervenants à l’avant-scène sans beaucoup de recherche mais créée grâce à la vidéo des effets de proportion très spectaculaires. Elle provoque l’événement en faisant surgir un véritable lac sur tout l’arrière du plateau, ce qui met les chanteurs en situation peu confortable, les contraignant à s’ébattre en pataugeant comme ils peuvent, voire même à se vautrer dans les flots, et en ressortir trempés jusqu’aux os à la fin de l’acte II. Ils semblent se plier de bonne grâce à cette contrainte, on espère seulement que cette eau est un peu chauffée pour éviter les refroidissements. Un chanteur, c’est fragile…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2023A090_Nabucco_PRE_20230609_GTG-Carole_Parodi_HD-0970-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-213429"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Carole Parodi</sup></figcaption></figure>


<p>Tout cela est évidemment assez spectaculaire, suscite de très belles images, mais est finalement peu porteur de sens en regard des contraintes et des risques imposés à toute la distribution.</p>
<p>Dans la fosse, l’orchestre de la Philharmonie de Luxembourg dirigé par <strong>Gaetano</strong> <strong>Lo</strong> <strong>Coco</strong> donne de l’œuvre une version très fidèle à la tradition, avec des tempi relativement lents, globalement de bonne tenue et pleinement au service des chanteurs.</p>
<p>Le casting de fort belle qualité est constitué de grandes voix puissantes, parmi lesquelles on soulignera tout d’abord celle de <strong>Juan</strong> <strong>Jesús</strong> <strong>Rodriguez</strong> et son interprétation remarquable du rôle-titre, remplaçant quasiment au pied levé Daniel Luis de Vincente qui a dû renoncer pour des raisons médicales. Il livre une magnifique prestation lyrique : tantôt effrayant et tantôt pitoyable, il construit son personnage avec une belle intelligence, faisant passer dans la voix ses différents états émotionnels, ce qui ajoute à la complexité du personnage, parfaitement rendue.</p>
<p><strong>Vittorio</strong> <strong>de</strong> <strong>Campo</strong> (Zaccaria) possède lui aussi une voix impressionnante, avec beaucoup de volume dans le registre grave, mais l’émission est un peu engorgée et la diction laisse souvent à désirer. Il confère à son rôle, outre une détermination infaillible, tout ce qu’il faut de grandeur et de majesté, mais on est loin de comprendre tout le texte.</p>
<p>Vaillant et nuancé, l’Ismaele de <strong>Matteo</strong> <strong>Roma </strong>donne pleine satisfaction mais semble de peu de poids face à la soprano polonaise <strong>Ewa</strong> <strong>Vesin</strong> qui campe avec une maestria et une ardeur remarquables une Abigaille déchaînée. La voix est très puissante, la technique irréprochable, elle domine de bout en bout un rôle qui lui va particulièrement bien, maintenant jusqu’au bout de sa prestation une énergie considérable. La jeune mezzo-soprano belge<strong> Lotte</strong> <strong>Verstaen</strong> se montre très crédible dans le petit rôle de Fenena, de même que <strong>Nika</strong> <strong>Guliashvili</strong> dans celui du grand-prêtre, tous les deux parfaitement bien distribués. Le jeune ténor néerlandais <strong>Hugo</strong> <strong>Kampschreur</strong> (Abdallo) a fort belle allure en scène mais semble encore vocalement un peu vert pour cet emploi.</p>
<p>Il faut également souligner le travail du chœur, une soixantaine de chanteurs qui participent pleinement à la mise en scène, et livrent – à deux reprises – une interprétation impressionnante du <em>Va</em> <em>pensiero</em> tant attendu du public. Une première fois là où le compositeur l’a prévu, chanté à l’avant de la scène immobile face au public, et une seconde fois tout à la fin du spectacle, après le grand air et la mort d’Abigaille et après une sorte d’intermède orchestral complètement inattendu – une composition contemporaine due à Antonino Fogliani qui dirigeait la première du spectacle à Genève, chanté cette fois depuis la salle, entièrement a cappella. On en frissonne encore…</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-nabucco-luxembourg/">VERDI, Nabucco &#8211; Luxembourg</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>VERDI, Macbeth &#8211; Busseto</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-macbeth-busseto/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 11 Oct 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En expert des coûts des productions d’opéra, Verdi déplorait la décision prise à Busseto de l’honorer en édifiant un nouveau théâtre à son nom, parce que l’édifice serait onéreux et l’entreprise sans avenir. Néanmoins il y participa financièrement, par un don et par l’acquisition d’une loge. C’est dans cette bonbonnière de trois cents places que &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>En expert des coûts des productions d’opéra, Verdi déplorait la décision prise à Busseto de l’honorer en édifiant un nouveau théâtre à son nom, parce que l’édifice serait onéreux et l’entreprise sans avenir. Néanmoins il y participa financièrement, par un don et par l’acquisition d’une loge. C’est dans cette bonbonnière de trois cents places que le Festival Verdi 2025 présente la première version de <em>Macbeth, </em>celle qui fut créée à Florence en 1847.</p>
<p>D’emblée, le dispositif conçu de concert, on l’imagine, entre <strong>Manuel Renga</strong>, le metteur en scène, et <strong>Aurelio Colombo</strong>, qui signe décors et costumes, frappe par son importance si on le rapporte aux dimensions du lieu. L’ouverture de la fosse est invisible depuis les rangs d’orchestre, masquée par un large praticable dont les retours latéraux jusqu’au plateau augmentent l’espace disponible pour les déambulations des solistes. C’est ingénieux, de même que l’utilisation de grands rideaux permet les changements de lieu, les lumières d’ <strong>Emanuele Agliati</strong> contribuant à souligner avec les fumées de scène, parfois pesamment, les climats dramatiques. Le décor, outre le jeu des rideaux, change avec les accessoires, une niche carrée dans l’espace central cernant l’espace privé de Lady Macbeth, d’où elle peut rejoindre l’espace commun par un escabeau disposé à vue, et où surgira la vision effrayante lors du banquet. Certains détails restent sibyllins, comme les tracts ( ?) que se partagent les sorcières, ou les feuilles de métal, vigne, figuier, platane, main stylisée, aperçues de temps en temps.</p>
<p>On a noté, chez Manuel Renga, le respect étroit du texte, le jeu des personnages étant directement lié à ce qui est dit, par exemple quand Macbeth titube après la prédiction et que Banco le remarque. Manuel Renga porte-t-il la même attention à la musique ? Si la question se pose, c’est parce qu’il a donné à la chorégraphe <strong>Paola Lattanzi</strong> la latitude, pour nous excessive, de faire intervenir des danseurs, soit en groupe, soit seuls, même lorsque le découpage dramatique ne l’a pas prescrit, ce qui capte l’attention et la détourne de l’essentiel, le rapport entre le texte et la musique. Le talent des interprètes n’est pas en cause : il est indéniable et la chorégraphie surmonte bien l’écueil, de la répétitivité, même si l’entrée des esprits aériens en rampant a de quoi déconcerter. Mais ces présences et leurs évolutions, pour séduisantes qu’elles puissent être, nous ont souvent semblé gratuites et inopportunes. On s’est ainsi demandé si un déplacement de l’interprète de Macbeth n’avait pas pour but de tenter de s’imposer face à une animation parasite de son air « Pietà, rispetto, amor »</p>
<p>D’autant qu’elles s’ajoutent à celle, elle aussi souvent superflue pour le sens dramatique des scènes, de ces deux personnages féminins présents dès le début dont les voiles noirs pourraient être iraniens ou siciliens, dont on se demande encore quel lien ils entretiennent avec le déroulé de l’histoire, à part d’intriguer le spectateur. En revanche, le personnage mystérieux qui attire à lui le cadavre de Banco relève du surnaturel, mais la réalisation n’est-elle pas un peu trop « grand-guignol » ? Ainsi la réalisation oscille entre esthétisme – le cadavre du roi exposé façon Christ gisant – et obscurité – le panneau portant l’inscription en capitales VATICINIO, c’est-à-dire prédiction, dont on voit pas quelle précision il apporte à l’évidence.</p>
<p>Au-delà de ces aspects problématiques – comme l’étaient peut-être les costumes du chœur masculin pour le banquet, en décalage avec les tenues de soirée du chœur féminin, le choix de marquer les coupables de cet enduit qui de leurs mains homicides va s’étendre à leurs avant-bras – l’essentiel est dans la musique et dans les voix. Les élèves de l’Académie sont irréprochables, tant <strong>Melissa D’Ottavi</strong> en dame d’honneur de Lady Macbeth que <strong>Matteo Pietrapiana</strong>, domestique ou sicaire, ou encore <strong>Emil</strong> <strong>Abdullaiev,</strong> en médecin attentif, et évidemment <strong>Francesco Congiu</strong>, qui dans le rôle de Malcolm tient tête à Macduff, dans leurs échanges au dernier acte.</p>
<p>Ce Macduff est incarné par <strong>Matteo Roma</strong>, découvert il y a quelques années à Pesaro. Cherche-t-il à échapper à la case « tenore di grazia » où on l’enferme parfois ? Il donne à son air « Ah la paterna mano » une énergie virile certaine, comme si la colère était le seul sentiment à exprimer, et aussi  pour démontrer l’amplitude et la solidité de sa voix. C’est spectaculaire, impressionnant, et cela fait mouche sur le public. Attention toutefois à un certain relâchement dans la diction. <strong>Adolfo Corrado</strong> est attentif à la sienne, et la puissance de son émission, dans ce petit théâtre, lui fait camper de façon crédible et efficace Banco, le guerrier peu enclin à la spéculation qui ne comprend que trop tard le danger qui le menace.</p>
<p>Pourquoi le taire, la voix de <strong>Marily Santoro</strong> nous semble d’abord si claire qu’elle ne peut-être la Lady souhaitée par Verdi. Mais peu à peu, l’engagement de la chanteuse, son souci d’incarner le personnage, vont dissiper la réticence initiale. Sans doute les sons ne seront-ils jamais « laids » comme Verdi le souhaitait, jamais dans les joues ou dans la gorge, mais cela signifie que l’artiste use intelligemment de sa voix telle qu’elle est. Peut-être aurait-on aimé une scène de somnambulisme un peu moins expressionniste, mais le numéro est exécuté sans les excès de certaines. Le « Trionfai » est enlevé, brillant, même si la fluidité des volées ne subjugue pas. Globalement une bonne prestation, justement saluée au final.</p>
<p>Même succès pour <strong>Vito Priante</strong> pour ses débuts en Macbeth. Une fois Banco disparu, dont le volume et la profondeur de la voix pénalisaient un peu la sienne, ce chanteur scrupuleux cisèle son rôle et déploie ses moyens sans les forcer. Il semble très attentif à représenter l’évolution psychologique du personnage au gré de ses airs et gère au mieux son ampleur vocale en fonction de l’écriture du rôle.</p>
<p>Il est soutenu par la direction attentive de <strong>Francesco Lanzillotta</strong>, qui obtient de l’orchestre les sonorités alors « étranges », cordes doucereuses ou grinçantes, clarinette morbide, et des rythmes tranchants ou lancinants qui obsèdent. L’orchestre est vraiment le protagoniste duquel dérivent les autres et cette interprétation en est une saisissante preuve. Si la fosse est d’emblée dans le jeu, il faut aux artistes des chœurs un peu de temps pour que la précision du cercle des sorcières soit impeccable, et on l’aurait aimé plus discordant, mais le chœur masculin est irréprochable.</p>
<p>Succès pour tous, le public international étant pour la plupart conquis d’avance, dans sa joie d’être à Busseto !</p>
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		<title>ROSSINI, Edoardo e Cristina &#8211; Pesaro</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-edoardo-e-cristina-pesaro/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 19 Aug 2023 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>« Un discrédit de longue date », pour reprendre l’expression de Marco Beghelli, entoure Eduardo e Cristina. Dès la création l’œuvre était qualifiée de centone, c’est-à-dire de compilation d’extraits de compositions précédentes. Rossini aurait même poussé l’effronterie jusqu’à insérer un air composé par Stefano Pavesi pour ce livret en 1810. Repris et répété sans être &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>« Un discrédit de longue date », pour reprendre l’expression de Marco Beghelli, entoure <em>Eduardo e Cristina</em>. Dès la création l’œuvre était qualifiée de <em>centone</em>, c’est-à-dire de compilation d’extraits de compositions précédentes. Rossini aurait même poussé l’effronterie jusqu’à insérer un air composé par Stefano Pavesi pour ce livret en 1810. Repris et répété sans être remis en cause, ce jugement à l’emporte-pièce est encore considéré comme la juste sanction de la postérité. L’essai de Marco Beghelli reproduit partiellement dans le programme de salle permet de dissiper nombre de préjugés et d’apprécier plus exactement les mérites de cette partition où le connaisseur s&rsquo;amusera à essayer de reconnaître <em>Ricciardo e Zoraide </em>ou <em>Ermione</em>, quand le profane découvrira de la belle musique.. Mais que raconte le livret ?</p>
<p>Le roi Carlo de Suède a choisi pour gendre Giacomo, le prince héritier d’Ecosse. Il ignore que sa fille Cristina a épousé en secret son meilleur officier, Eduardo, récent vainqueur de la guerre contre l&rsquo;invasion russe, et qu’ils ont eu un fils. Quand il annonce publiquement sa décision, elle résiste obstinément, tant et si bien que le roi revient brutalement à la charge dans l’appartement où il l’a confinée, effrayant l’enfant qui sort de sa cachette et se réfugie dans les bras de sa mère. Au roi furibond Cristina refuse de révéler le nom du père malgré les pires menaces. Alors Eduardo se dénonce pour qu’elle soit épargnée, mais le roi outragé est déterminé à les faire mourir tous trois. Le prince d’Écosse est pragmatique : si Cristina accepte la mort d’Eduardo  il est prêt à l’ épouser et à élever l’enfant. Elle repousse encore cette offre qui lui sauverait la vie. La famille semble condamnée quand une attaque surprise de Russes échappés au massacre change la donne. Giacomo a échoué dans sa controffensive. Les partisans d’Eduardo vont le délivrer dans sa prison et évidemment il sauve une fois encore le royaume. Dès lors le roi ne peut plus qu’admettre la situation et se réjouir avec sa famille.</p>
<p>Tout est bien qui finit bien, c’est la loi du genre à l’époque, Rossini le sait bien depuis l’insuccès du final tragique de <em>Tancredi. </em>Mais <strong>Stefano Poda</strong>, le démiurge qui a réglé mise en scène, décors, costumes, lumières et chorégraphie, en a décidé autrement. Carlo, sauvé une nouvelle fois par Eduardo, renonce bien à noyer dans le sang l’outrage infligé à son autorité, mais il se tient à cour, à bonne distance de sa fille et de son gendre qui sont à jardin, et quand il relâche son étreinte sur son petit-fils, l’enfant s’écroule. Est-il mort étouffé ? Ainsi le final joyeux devient tragique ; d’autant que les parents qui chantent le bonheur retrouvé avec des mines lugubres ne se sont rendu compte de rien. Cette trouvaille couronne une série de choix qui amènent à s’interroger sur les intentions de Stefano Poda, que malheureusement la déclaration rapportée dans le programme n’éclaire pas vraiment.</p>
<p>Que signifie « traiter cette œuvre comme une œuvre d’art contemporaine et la transformer en un poème sur l’altérité » ? Pourquoi adopter un langage hermétique au plus grand nombre ? C’est un nouvel exemple de ces mises en scène qui n’ont pas pour objectif premier de rendre compte de l’œuvre pour ce qu’elle est mais de réaliser, fût-elle à l’opposé de son esprit,  la vision de leur auteur. <em>Eduardo e Cristina </em>n’avait pas l’ambition de rénover le théâtre lyrique. Il s’agissait pour Rossini de fournir le produit qui lui était demandé dans les conditions prévues par le contrat, et c’est chose faite, comme l’explique Andrea Malnati dans l’article où il expose le résultat des recherches pour reconstituer la partition. Et c’est une occasion de plus de déplorer que la décision prise au tournant du siècle de faire de Pesaro un laboratoire de la mise en scène reste encore d’actualité.</p>
<p>Reste un spectacle qui en met plein les yeux, souvent trop car des évènements secondaires viennent parasiter, pour discrets qu’ils se veuillent, les échanges entre les protagonistes qui constituent par essence l’action dramatique. Le décor est gigantesque ; de part et d’autre du plateau de hautes vitrines qui pourraient être aussi bien les réserves d’un musée que des caissons transparents dans une morgue referment des centaines de statues ? mannequins ? cadavres ? Le fond de scène est occupé entièrement par une immense installation qui semble le résultat d’une accumulation maniaque de débris de provenance indéterminée même si certains sont identifiables comme fragments de statues. Un réseau apparemment métallique enserre  ce dispositif, le protégeant et l’emprisonnant. Les éléments de base sont mobiles et seront employés à divers moments, manipulés par qui sera disponible sur le plateau, puisqu’ au deuxième acte le prince héritier d’Ecosse et l’adjoint d’Eduardo s’y astreindront. Le bas du panneau central permet une circulation des personnages et les danseurs, à la fin du spectacle, y composeront discrètement une sorte de frise évocatrice de temples indiens.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/EleonoraBartoli_SBB03350-1-1294x600.jpg?&amp;cacheBreak=1692373186157" />Anastasia Bartoli © DR - ROF</pre>
<p>Sur le plateau, justement, figure très souvent, surtout au premier acte, une troupe de dix-huit danseurs et danseuses. La distribution prévoit, selon les didascalies, des prisonniers. Cette fonction représentative est-elle la leur ? Est-ce une contamination du défilé des prisonniers dans <em>Aida </em>? Ils apparaissent à jardin, dévêtus hormis un cache-sexe et traversent la scène en troupe pantelante dont tour à tour tel membre s’effondre et parvenus à cour repartent en marche arrière pour recommencer leur pantomime acrobatique. N’était que leur présence n’apporte souvent rien aux scènes où ils interviennent, à part ressasser que les conséquences de la guerre sont horribles, en les montrant dans une errance apparente tels des ombres malheureuses, victimes d’agressions répétées de la part des Suédois, surtout du roi, on reconnaît très volontiers le grand talent de chorégraphe de Stefano Poda et on loue sans réserve l’engagement de cette troupe de rencontre.</p>
<p>Une conséquence néfaste de ce foisonnement scénique, dont le détailler allongerait encore ce compte-rendu, est une impression de discontinu qui vient à l’appui ceux qui dénient à l’œuvre toute cohérence dramatique. Or celle-ci naît de la cohérence musicale, et l’article de Marco Beghelli  montre lumineusement comment Rossini n’a pas travaillé au forceps mais ajusté aux conditions nouvelles sa partition, avec le souci d’améliorer si possible les musiques « repêchées » et d’adapter les lignes de chant aux nouveaux interprètes. Tous les musiciens de l’époque travaillaient ainsi ; s’en prendre à Rossini à ce propos est un opportunisme de mauvais aloi. Mais si le metteur en scène n’a pas l’humilité de prendre les données de l’œuvre telle quelle on doute qu’il puisse la servir au mieux.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DanielaBarcellona_SBB03978.jpg?&amp;cacheBreak=1692373186157" />Daniela Barcellona © DR - ROF</pre>
<p>Heureusement, si le spectacle, en dépit de sa densité, de la beauté de certains costumes solistes, des oppositions binaires blanc-noir qui n’éclairent pas forcément qui est qui quand les chœurs chantent, de la reconstitution « téléphonée » d’une statue par la réunion des fragments enfermés d’abord dans les vitrines séparées, de l’utilisation des danseurs comme socle mouvant, soumis à des vexations  sadiques et/ou à des abus sexuels, si le spectacle, donc, laisse plus réticent que conquis, les versants musicaux et vocaux prêtent moins à controverse.</p>
<p>L’Orchestre symphonique de la RAI de Turin rutile déjà dans l’ouverture, dont <strong>Jader Bignamini</strong> veille à exalter la dynamique, la variété des couleurs et la séduction mélodique. Il réussira à maintenir la tension sans trop lâcher la bride afin que l’équilibre sonore avec le plateau soit préservé pour l’essentiel. Belle prestation des chœurs du Teatro Ventidio Basso, répartis de part et d’autre de l’orchestre dans la scène finale, comme si la liesse finale n’était qu’une fiction à laquelle le spectateur ne doit pas croire. Dans le rôle secondaire d’Atlei, le second d’Eduardo qui lui reste fidèle dans l’adversité, le ténor <strong>Matteo</strong> <strong>Roma</strong> fait montre d’une voix sonore et expressive. La basse <strong>Grigory Shkarupa </strong>donne au prétendant écossais une présence certaine, tant scénique que vocale, haute taille, voix profonde, bonne diction.</p>
<p>Si le titre met en vedette les éléments d’un couple uni par l’amour, l’homme qui contrarie leur bonheur est malheureux, du moins à en juger par le  jeu de l’interprète dont on peut supposer qu’il suit la direction d’acteurs qui lui a été indiquée. Stefano Poda voit le roi Carlo comme un homme tourmenté, peu capable d’empathie et dont les colères sans limites trahissent sadisme ou impuissance secrète, d’autant plus farouchement niée. <strong>Enea Scala </strong>compose un personnage d’emblée névrotique et saura mener jusqu’au bout la performance d’acteur. Vocalement, le chanteur a la générosité qu’on lui connaît, et elle est sans faille en dépit du nombre des embûches vocales accumulées ; mais quitte à être traité de radoteur, on peut douter que ce type de chant souvent en force aurait ravi Rossini. Cette réserve vaut aussi pour <strong>Anastasia Bartoli</strong>, dont la vigueur vocale débouche sur un chant extraverti où la douceur du personnage, qu’on devrait sentir dans le timbre, n’affleure que rarement, alors que dans la zone supérieure des notes aigües flottent des échos acidulés. Reste l’impact indéniable de la puissance. Quant au personnage de victime, il apparaît d’une résilience inhabituelle.</p>
<p>La vigueur vocale n’a pas fait défaut à <strong>Daniela Barcellona</strong>, si sa voix n’a pas l’impact de celle de sa partenaire. Si on tend l’oreille, c’est pour absorber avidement les plus infimes éléments sonores d’une émission conforme aux canons du chant rossinien, qui comble déjà par là-même et ne cessera d’enchanter l’auditeur enveloppé dans les volutes et les arabesques ou transporté par la justesse des éclats. La noblesse du maintien est devenue une seconde nature et on s’abandonne, ayant enfin atteint enfin au port qu’on espérait.</p>
<p>Le succès est certain, en termes d’applaudimètre. Mais on ne peut passer sous silence le nombre de sièges restés vides. Désaffection circonstancielle ou crise plus profonde ? Il ne faudrait pas que  les habituels satisfecits masquent la proximité de l’abîme.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-edoardo-e-cristina-pesaro/">ROSSINI, Edoardo e Cristina &#8211; Pesaro</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<item>
		<title>VERDI, I Lombardi alla Prima Crociata &#8211; Liège</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-i-lombardi-alla-prima-crociata-liege/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Saintagne]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 22 May 2023 06:14:11 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’Opéra Royal de Wallonie se distingue à nouveau dans sa défense des titres verdiens méconnus. Quelques années après Jérusalem ou Ernani et un an après Alzira, c’est au tour de ces Lombards à la première Croisade de briller en Wallonie. L’occasion d’admirer une œuvre qui a beaucoup à proposer, tout en souffrant de maints défauts. &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’Opéra Royal de Wallonie se distingue à nouveau dans sa défense des titres verdiens méconnus. Quelques années après <em>Jérusalem</em> ou <em>Ernani</em> et un an après <em>Alzira</em>, c’est au tour de ces <em>Lombards à la première Croisade</em> de briller en Wallonie. L’occasion d’admirer une œuvre qui a beaucoup à proposer, tout en souffrant de maints défauts. Le premier étant d’avoir été composée juste après l’autrement plus efficace et inspiré mélodiquement <em>Nabucco</em>. Le second d’offrir un livret trop dispersé (de Milan à Antioche puis Jérusalem, du drame familial à une guerre de religions) et maladroit&nbsp;: on commence avec une deuxième tentative ratée de fratricide, rien que ça&nbsp;; que dire de la reconnaissance in extremis du frère criminel en la figure d’un vieil ermite très respecté localement&nbsp;? alors qu’il n’est arrivé en terre sainte que depuis peu, puisqu’il est parti en même temps que son frère qui vient de débarquer avec son armée de lombards&nbsp;; enfin les retours d’Oronte relèvent presque du gag&nbsp;: premier retour «&nbsp;Surprise&nbsp;! Je ne suis pas mort&nbsp;», second retour «&nbsp;Surprise&nbsp;! Je suis un rêve&nbsp;». Le troisième défaut est un rôle principal féminin inchantable, dont la fureur vociférante est éclipsée par la délicatesse de sa célèbre prière à l’acte I, comme si Desdemona devait soudain chanter Abigaille. Et pourtant qu’il est formidable ce rôle de Giselda, femme forte qui porte l’opéra de bout en bout, là où les protagonistes masculins alternent à chaque acte. Ce qui contribue heureusement d’ailleurs au caractère très choral de cet opus, en plus des nombreux et amples chœurs qui flattaient la veine patriotique des spectateurs milanais lors de la création. Soulignons également qu’une œuvre où l’héroïne chrétienne s’insurge contre le massacre des musulmans est assez rare en cette première moitié du XIXème siècle (et c’est sans doute pour faire amende honorable, que le librettiste fait se convertir Oronte avant d’expirer), par une opposition presque féministe, les deux frères apparaissant comme également sanguinaires. Musicalement enfin, Verdi tente beaucoup&nbsp;: sans parler des teintes exotiques, le contraste permanent entre la fanfare et les moments intimistes ou cataclysmiques font toute la vivacité de cet opéra qui ne connait aucun temps mort, alors que son glorieux aîné souffre d’une sérieuse baisse de régime au dernier acte.</p>
<p>Pour défendre cette œuvre plurielle, félicitons le bon chœur maison dont la timidité initiale secouée par le chef a laissé place à un bel entrain soutenu par un métier solide. Des seconds rôles bien tenus, mentionnons le Pirro vaillamment pénitent de <strong>Luca Dall’Amico</strong>. <strong>Matteo Roma</strong> est par contre une erreur de casting en Arvino&nbsp;: &nbsp;difficile de croire que ce juvénile (de timbre comme de physique) ténor est le père de cette volcanique Giselda, difficile également de le croire sanguinaire ou d’être impressionné par sa colère à l’acte III&nbsp;; et pourtant le chanteur est fin et sa très belle voix à l’ambitus plutôt étendu pour ce format fait sans doute merveille dans Rossini. <strong>Ramón Vargas</strong>&nbsp;est bien plus idoine en Oronte&nbsp;: la voix est toujours étonnamment souple, le timbre chaleureux et le technicien maitre de ses moyens pour éviter tout débordement dégoulinant, tout en assurant de longs et soyeux points d’orgue. Voilà un rôle belcantiste qui gagne beaucoup à être interprété par un Idomeneo plutôt que par un Calaf. Maître de ses moyens, <strong>Goderdzi Janelidze</strong> l’est sans doute trop&nbsp;: s’il sait atténuer la puissance colossale de son émission dans les ensembles pour ne pas écraser ses collègues, que ne le fait-il aussi dans les passages subtils de son air au premier acte, à peine soutenus par quelques instruments&nbsp;? C’est d’autant plus dommage que le chanteur a bien plus que des décibels à offrir pour impressionner&nbsp;: qualité des phrasés, présence scénique, velouté de l’émission… A l’inchantable nul n’est tenu, <strong>Salome Jicia</strong> s’en sort néanmoins avec les honneurs. Avec ses faux airs de Patti Lupone dont elle partage certainement la véhémence et le chien, son medium solide et son audace quasi suicidaire, elle compose une Giselda très marquante, au prix d’un registre aigu constamment arraché, aux couleurs astringentes mais très sonores, que ce soit sur des notes filées ou claironnées. Son meilleur moment n’est sans doute pas la prière à la Vierge dont l’angoisse est un peu trop marquée par la raideur de l’émission, mais elle est remarquable dans le final rugissant de l’acte II, puis dans son adresse aux tentes lombardes et le duo d’amour avec Oronte.&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="681" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/S.-JICIA-c-ORW-Liege_J-Berger-2-1024x681.jpg" alt="" class="wp-image-132029" /><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© J. Berger &#8211; ORW-Liège</sup></figcaption></figure>


<p>La mise en scène de&nbsp;<strong>Sarah Schinasi</strong>&nbsp;est hélas bien timide&nbsp;: si les costumes médiévaux sont assez soignés, les décors et les éclairages élégants, la direction d’acteurs est assez naïve voire inexistante. Les chœurs sont constamment en rang d’ognons derrière les chanteurs à l’avant-scène, rendant ces tableaux vivants bien trop statiques. De plus, elle ne fait rien pour corriger les faiblesses du livret (Pagano a tout juste changé d’habit pour devenir ermite mais reste reconnaissable entre mille), tout en en exploitant pas les ressources (où sont les taches de sang sur le costume des croisés qui déclenchent la fureur de Giselda&nbsp;? où est l’hostilité dans l’attitude des femmes du harem envers Giselda&nbsp;? hostilité que la musique surligne pourtant).</p>
<p>Dans la fosse, l’Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie-Liège manque parfois de résonnance, il sonne un peu sec, mais certainement pas d’énergie. Au prix de quelques départs ratés,&nbsp;<strong>Daniel Oren</strong>&nbsp;imprime une ferveur constante aux musiciens, dont les cordes se distinguent particulièrement par leur agilité&nbsp;; citons aussi le superbe solo paganinien de Julien Eberhardt.</p>
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		<title>DONIZETTI, Lucie de Lammermoor — Tours</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/lucie-de-lammermoor-tours-salut-et-appel-a-la-france/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 05 Feb 2023 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’heure est grave. ﻿La diminution des subventions ajoutée aux effets de l’inflation met en péril la programmation de nos institutions lyriques, voire leur survie. Rouen ferme ses portes ; Montpellier et Strasbourg revoient leur saison à la baisse ; Tours ne propose que deux représentations de Lucie de Lammermoor (contre trois auparavant par opéra). « &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’heure est grave. ﻿La diminution des subventions ajoutée aux effets de l’inflation met en péril la programmation de nos institutions lyriques, voire leur survie. <a href="/breve/rouen-contraint-de-baisser-le-rideau">Rouen ferme ses portes</a> ; <a href="/breve/a-montpellier-requiem-pour-les-scenes-de-faust">Montpellier</a> et <a href="/breve/lopera-national-du-rhin-contraint-de-reduire-la-voilure">Strasbourg</a> revoient leur saison à la baisse ; Tours ne propose que deux représentations de <em>Lucie de Lammermoor</em> (contre trois auparavant par opéra). « Denis, démission ! » s’écrie un spectateur au premier balcon tandis que les musiciens avec le soutien de la direction retardent de dix minutes le lever de rideau en signe de protestation contre la précarité de leur situation (Emmanuel Denis est le maire EELV de Tours, élu en 2020). Économique, politique, le drame se joue dans la salle autant que sur la scène.</p>
<p>L’accès à la culture se réduit comme l’oxygène dans le tombeau d’Aida. Terrible constat lorsque les opéras en région rivalisent d’imagination pour élargir leur public et dynamiser leur répertoire. Paris propose une sempiternelle <em>Lucia </em>(du 18 février au 10 mars) ; Tours ose <em>Lucie</em>, son adaptation française créée en 1839 au Théâtre de la  Renaissance et disparue des radars depuis une vingtaine d’années (la dernière fois en 2002 à Lyon puis à Paris avec selon les cas Natalie Dessay ou Patricia Ciofi dans le rôle-titre, Roberto Alagna ou Marcelo Alvarez en Edgar, Ludovic Tézier en Henri).</p>
<p>Si la supériorité de l’original sur l’avatar ne fait pas de doute, l’occasion de renouveler son regard sur une des œuvres les plus fameuses du répertoire est trop belle pour ne pas la saisir. Costumes transposés à l’époque de la création, décor intemporel constituée de trois cloisons amovibles blanches et moulurées, quelques accessoires contemporains, lecture au pied de la lettre : la mise en scène de <strong>Nicola Berloffa</strong> à pour premier mérite de ne pas parasiter cette (re)découverte.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/lucie3.jpg?itok=TXE8s1TN" title="© Marie Pétry" width="468" /><br />
	© Marie Pétry</p>
<p>Le remplacement du personnage d’Alisa, la camériste, par le perfide Gilbert, fait de Lucie le seul rôle féminin de la pièce. <strong>Jodie Devos</strong> lui offre un chant que l’on pourra trouver trop raisonnable comparé à la virtuosité débridée de certaines interprètes de la version italienne. Mais l’approche s’inscrit dans une esthétique française, favorisée par la diction et les couleurs d’une voix dont la légèreté n’exclut pas la densité. Les reprises sont variées ; l’agilité de l’écriture dominée ; les aigus assumés sans excès de prouesse conformément à la partition qui prive la scène de folie de ses cadences avec flûte (ou harmonica de verre) et de ses notes stratosphériques. Surtout les nuances et les intentions participent à la caractérisation, appelée en toute logique à s’enrichir à l’épreuve du temps et de la scène (si tant est que l’opportunité lui en soit de nouveau offerte).</p>
<p>Ses partenaires masculins n’usent hélas pas de la même subtilité. Dans une salle de dimension modeste, leurs interventions s’apparentent trop souvent à un concours de décibels. Le parti pris peut se comprendre au 3e acte dans la scène du Wolf’s Crag. Bien qu’édulcoré dans la version française, l’affrontement à la vie à la mort  entre Henri et Edgar peut justifier une surenchère de puissance. Ailleurs, un niveau d’intensité oscillant entre <em>forte</em> et <em>fortissimo</em> s’avère dommageable. Pourtant, <strong>Florian Sempey</strong> n’est jamais aussi convaincant que lorsqu’il allège une voix longue et souple, exactement taillée aux dimensions héroïques d’Henri. On devine alors les failles sans lesquelles le frère de Lucie se réduirait à une brute épaisse. De même, <strong>Matteo Roma</strong> s’impose dans la scène finale, lorsqu’il consent enfin à trouver des accents moins appuyés pour exprimer les tourments d’Edgar. Biberonné au répertoire rossinien, le ténor italien – cela s’entend – possède sinon l’éclat et la vaillance requis par une écriture particulièrement tendue.</p>
<p>Le constat vaut pour les autres chanteurs : <strong>Kevin Amiel</strong> (Arthur), <strong>Yoann Le Lan</strong> (Gilbert), <strong>Jean-Fernand Setti</strong> (Raymond). Moins de force, plus de nuances aideraient à asseoir des rôles dont chacun possède les clés dans un français irréprochable.</p>
<p><strong>Joanna Slusarczyk</strong> aurait-elle dû les inciter à plus de pondération ? Récompensée par de nombreux prix, la jeune cheffe d’orchestre qui dirige son premier opéra sait équilibrer les volumes et soigner les contrastes. Le chœur réussit à être intelligible sans que leur cohérence ne soit prise en défaut. En dépit d&rsquo;instrumentistes aguerris, le son de l’orchestre n’affiche pas la même unité, conséquence probable de la réduction d’activité dénoncée en début de spectacle. Le nombre de concerts est passé de 61 en 2017-18 à 36 cette saison. Puissent leurs revendications, étayées par <a href="https://www.petitionenligne.fr/sauvez_lorchestre_region_centre_val_de_loire_de_lopera_de_tours" rel="nofollow">une pétition en ligne</a>, être entendues. Il faut sauver le seul orchestre ayant une mission de service public de diffusion de musique lyrique et symphonique en Région Centre.</p>
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		<title>Tours : une saison 2023 sous le signe de l&#8217;Italie&#8230; parisienne !</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/tours-une-saison-2023-sous-le-signe-de-litalie-parisienne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 01 Dec 2022 14:45:01 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La saison 2023 de l&#8217;Opéra de Tours sera placée sous le signe des compositeurs italiens à Paris. Donizetti ouvrira le bal avec deux opéras. Le premier sera une Lucie de Lammermoor (remaniement plutôt que simple traduction en français de la version italienne) affichant Jodie Devos dans le rôle-titre aux côtés de Matteo Roma et Florian Sempey, sous &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La saison 2023 de l&rsquo;Opéra de Tours sera placée sous le signe des compositeurs italiens à Paris. Donizetti ouvrira le bal avec deux opéras. Le premier sera une <em>Lucie de Lammermoor</em> (remaniement plutôt que simple traduction en français de la version italienne) affichant <strong>Jodie Devos </strong>dans le rôle-titre aux côtés de<strong> Matteo Roma</strong> et <strong>Florian Sempey</strong>, sous la direction de  <strong>Joanna Slusarczyk </strong>et dans une production de <strong>Nicola Berloffa</strong>. <strong>Patrizia Ciofi</strong>, <strong>Dietrich Henschel</strong> et <strong>Léo Vermot-Desroches</strong> défendront le rare <em>Deux hommes et une femme</em>, toujours de Donizetti. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs peu dire que l&rsquo;ouvrage est rare :  même son compositeur ne l&rsquo;a jamais vu ! Sa création, sous le titre un peu plus connu de<em> Rita, ou Le mari battu</em>, eut lieu 12 ans après la mort de l&rsquo;auteur. La direction musicale en sera asurée par <strong>Vincenzo Milletari </strong>et la production sera signée <strong>Vincent</strong> <strong>Boussard</strong>. Pour son 40<sup>e</sup> anniversaire, le Choeur se produira en concert en avril avant de défendre la<em> Petite messe solennelle</em> de Rossini en mai. La saison lyrique se terminera par un concert de <strong>Roberto Alagna</strong> dirigé par <strong>Laurent Campellone</strong>, Directeur Général de l&rsquo;Opéra de Tours: ce sera d&rsquo;ailleurs la première visite du ténor dans la cité tourangelle. Le <a href="https://operadetours.fr/sites/default/files/operadetours/fichiers/brochure_saison_2023.pdf" rel="nofollow">programme </a>comporte également de nombreux concerts et spectacles divers et variés irradiant dans toute la région. Plus d&rsquo;informations sur <a href="https://operadetours.fr/" rel="nofollow">operadetours.fr</a>.</p>
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		<title>Rossinimania à Pesaro</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/rossinimania-a-pesaro/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Brunetto]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 22 Aug 2022 04:22:02 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Entre deux opéras, le Festival de Pesaro propose plusieurs concerts destinés à mettre en avant les jeunes espoirs du chant rossinien. Tel était le cas ce vendredi 19 août au Teatro Rossini pour une « Rossinimania » où l’on retrouve trois anciens membres de l’Accademia Rossiniana. Sous le nom d’ ll sogno dell’orso, ce divertissement imaginé par Sergio &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Entre deux opéras, le Festival de Pesaro propose plusieurs concerts destinés à mettre en avant les jeunes espoirs du chant rossinien. Tel était le cas ce vendredi 19 août au Teatro Rossini pour une « Rossinimania » où l’on retrouve trois anciens membres de l’Accademia Rossiniana. Sous le nom d’ <em>ll sogno dell’orso</em>, ce divertissement imaginé par Sergio Ragni (grand connaisseur de Rossini et auteur d’une biographie de la Colbran) évoque le maître des lieux à partir de lettres, prétextes à diverses saynètes interprétées par <strong>Matteo Anselmi</strong> (également à la  mise en scène) et <strong>Ernesto Lama</strong> (le Tommasino de <a href="/la-gazzetta-pesaro-ca-se-passe-comme-ca-a-pesaro"><em>La gazetta</em></a>). Les neuf pièces musicales du programme, accompagnées au piano par Rubén Sánchez-Viego, piochent notamment dans <em>Les Péchés de Vieillesse.</em> Le mezzo piquant d’<strong>Andrea Niño</strong>, entendue la veille en Madama la Rose de <em>La gazzetta</em>, répond ainsi à la basse géorgienne <strong>Georgi Manoshvili</strong>, dont le timbre somptueux trouvera sûrement à mieux s’exprimer dans d’autres répertoires. C’est finalement <strong>Matteo Roma</strong> qui promet le plus dans la catégorie baryténor : la canzone <em>Addio ai Viennesi</em>, air d’opéra miniature, le montre capable d’aigus himalayens comme de graves sonores et d’une virtuosité plus qu’excitants. Un nom à suivre.</p>
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		<title>ROSSINI, Armida — Marseille</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/armida-marseille-fantasme-a-assouvir/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 08 Nov 2021 05:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/fantasme-assouvir/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Naples en 1817 est une fête musicale. Les meilleurs musiciens et chanteurs d’Italie sont engagés au San Carlo. Rossini conduit le bal. Le compositeur en pince pour la prima donna, Isabella Colbran, et lui écrit des opéras comme un galant des lettres d’amour. De tous les rôles conçus à son intention, Armida est le plus &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Naples en 1817 est une fête musicale. Les meilleurs musiciens et chanteurs d’Italie sont engagés au San Carlo. Rossini conduit le bal. Le compositeur en pince pour la <em>prima donna</em>, Isabella Colbran, et lui écrit des opéras comme un galant des lettres d’amour. De tous les rôles conçus à son intention, Armida est le plus ardent. La volupté sous-tend chaque phrase, chaque note. Le désir stimule une imagination déjà encouragée par les moyens artistiques mis à sa disposition. Imité de la tragédie lyrique française, un ballet interrompt le cours du récit. Trois duos ne suffisent pas à apaiser des sens enflammés. La magicienne se consume dans une scène finale où la chanteuse, jusqu’alors sollicitée à la limite du raisonnable, s&rsquo;efface devant la tragédienne. Il en fallait bien plus pour effrayer Isabella Colbran. Lente à s’échauffer, la cantatrice semble-t-il n’était jamais meilleure qu’en fin de soirée – d’où certaines pages d’une difficulté extrême à l&rsquo;issue des opéras napolitains de Rossini.</p>
<p>C’est à cette légende amoureuse qu’il faut aujourd’hui se confronter lorsqu’on décide de jouer <em>Armida</em>. Peu de théâtres osent sauter le pas. L’Opéra de Marseille n’en a que plus de mérite, d’autant que le choix de la version de concert, s’il est plus économique, concentre l’attention sur l’interprétation musicale. En l’absence d’artifices scéniques, priment les voix… et l’orchestre ! Car Rossini n’épargne pas davantage ses instrumentistes, traités à l’occasion comme des concertistes. Corniste, mis sous (trop de) pression dès l’ouverture, violoniste, violoncelliste, flûtiste, clarinettiste (formidable !)… Tous à un moment ou un autre doivent faire assaut de virtuosité. Le programme, réduit à l’essentiel, ne dispose pas de la place nécessaire pour citer leurs noms. A défaut, le public dans la salle leur réserve une large part d’applaudissements, mérités pour l’essentiel.</p>
<p>Sans occuper la position privilégiée que lui ménageront les opéras suivants – <em>Mosè in Egitto</em> notamment –, le chœur, d’abord masculin, présente un front uni. Soumise à rude épreuve par une œuvre intransigeante, la direction de <strong>José-Miguel Pèrez–Sierra</strong> déporte son attention sur les solistes, au détriment de la fougue nécessaire au plaisir amoureux, ou à la furie vengeresse lorsque la rupture est consommée.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/ar2_0.jpg?itok=P0OWUG7B" title=" © Christian Dresse" width="468" /><br />
	 © Christian Dresse</p>
<p>Une femme donc, Armida, face à huit hommes, six ténors et deux basses en théorie, un peu moins en pratique – plusieurs rôles peuvent être confiés à un même interprète ; c’est une des fantaisies du livret. Rinaldo, le premier d’entre eux fut taillé aux mesures gigantesques d’Andrea Nozzari, le roi des baryténors. <strong>Enea Scala</strong> en maîtrise la partition dans ses moindres détails, et aujourd’hui encore dans ses moindres circonvolutions vocales, pour l’avoir étrennée à <a href="https://www.forumopera.com/armida-rossini-gand-enea-scala-le-dieu-du-stade">Gand en 2015</a> et reprise <a href="https://www.forumopera.com/armide-montpellier-karine-deshayes-sur-la-plus-haute-marche-du-podium">à Montpellier deux ans plus tard</a> dans la mise en scène sportive de Mariame Clément. L’expérience de la scène libère le geste autant que le chant. Ce chevalier fougueux n’a besoin ni de costumes, ni de décors pour prendre vie, même si l’on voudrait plus de nuances dans l’élégie et plus de douceur dans l’aigu. Rinaldo fut écrit à une époque où Duprez n’avait pas encore inventé l’ut de poitrine. Secondaires dans l’intrigue, Goffredo et Gernando sont propulsés sur le devant de la scène le temps d’un air, les contraignant chacun à des exploits vocaux habituellement réservés au <em>primo uomo</em>.<em> </em>C’est beaucoup pour <strong>Matteo Roma</strong> (Goffredo) dont la beauté du timbre et l’élégance de la ligne ne sont pas les premières qualités exigées par le redoutable « Arditi, all&rsquo;ire ». <strong>Chuan Wang </strong>dispose de moins d’atouts purement vocaux mais d’une technique supérieure pour surmonter les innombrables roulades et sauts d’octave imposés par  « Non soffriro l&rsquo;offesa ». Les deux voix sont suffisamment différentiées pour dans le troisième acte, sous la bannière respective de Carlo et Ubaldo, chanter de concert sans empiéter sur le territoire vocal de l’autre, notamment dans l’incroyable trio de ténors, un cas unique – et orgiaque – dans le répertoire lyrique. Moins sollicités, <strong>Jeremy Duffau</strong> (Eusatzio) et <strong>Gilen Goicoechea</strong> (Idraote/Astarotte) s’imposent sans peine dans les ensembles.</p>
<p>Reste le cas d’Armida, rôle impossible – on l’a compris – que <strong>Nino Machaidze</strong> ajoute à son répertoire après s’être déjà confrontée par le passé au fantôme d&rsquo;Isabella Colbran – Desdemona dans <em>Otello </em>pour le moins. Si, à l’exemple de l&rsquo;égérie de Rossini, il lui faut un peu de temps pour s’échauffer, si le quatuor du premier acte donc semble un peu raide et si le vocabulaire belcantiste demeure limité, l’agilité et la longueur triomphent des impossibles variations de « D&rsquo;amore al dolce impero » et les duos baignent dans la lumière mordorée de la voix, jusqu’à ce que la scène finale dépose les lauriers de la tragédie sur le front de la soprano géorgienne, capable à sa manière de laisser entrevoir, sans l’assouvir totalement, ce fantasme vocal qui s’appelle Colbran.</p>
<p> </p>
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		<title>ROSSINI, Il viaggio a Reims — Pesaro</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/il-viaggio-a-reims-pesaro-merci/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Aug 2020 02:56:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Osera-t-on l&#8217;avouer ? Au moment de retourner sur la place centrale de Pesaro convertie en auditorium à l&#8217;air libre, l&#8217;enthousiasme nous faisait défaut. Un ènième Viaggio a Reims sans têtes d&#8217;affiche prestigieuses, dans une production vue et revue puisque reprise année après année depuis 2001, et pas de chanteurs à découvrir puisque la distribution a été composée &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Osera-t-on l&rsquo;avouer ? Au moment de retourner sur la place centrale de Pesaro convertie en auditorium à l&rsquo;air libre, l&rsquo;enthousiasme nous faisait défaut. Un ènième <em>Viaggio a Reims </em>sans têtes d&rsquo;affiche prestigieuses, dans une production vue et revue puisque reprise année après année depuis 2001, et pas de chanteurs à découvrir puisque la distribution a été composée en recrutant des interprètes dans les cuvées des dernières années de l&rsquo;Accademia Rossiniana et du festival.</p>
<p>Première bonne surprise, l&rsquo;affluence est supérieure à ce qu&rsquo;elle était la veille. Tout n&rsquo;a pas été vendu, mais en dépit du respect des mesures de distanciation on a l&rsquo;impression d&rsquo;une foule, où l&rsquo;on peut repérer des visages connus, d&rsquo;Italie ou d&rsquo;ailleurs, et ces rencontres de hasard réconfortent, comme autant de témoignages d&rsquo;une volonté commune de participer à la survie du spectacle vivant. Mais comme la veille, peu d&rsquo;autochtones, sinon des piliers historiques que le temps a jusqu&rsquo;ici épargnés et encore capables de se mouvoir de façon autonome.</p>
<p>Deuxième bonne surprise, un jeune chef d&rsquo;orchestre inconnu de nous, <strong>Giancarlo Rizzi</strong>. Est-il apparenté à son homonyme maintes fois présent à Pesaro ? A en croire son curriculum, sa pratique de la direction d&rsquo;opéra est embryonnaire. Pourtant il suffit qu&rsquo;il donne le signal du départ et en quelques secondes la beauté de cette musique qu&rsquo;on croyait avoir trop entendue revient nous captiver : Rossini l&rsquo;enchanteur vient nous faire honte d&rsquo;avoir douté de lui. S&rsquo;il sera moins convaincant après l&rsquo;entracte, ce jeune chef a manifestement un sens aigu des moments musicaux et de leurs relations. La cohérence n&rsquo;est pas absolue mais régler cette œuvre à numéros relève de l&rsquo;horlogerie de haute précision ; disons que les intentions sont indéniablement les bonnes et le résultat des plus prometteurs, en termes de contrôle de la dynamique et souci de faire chanter l&rsquo;orchestre.</p>
<p>Troisième plaisir, la participation de l&rsquo;Orchestre Symphonique G.Rossini, qui assure à l&rsquo;exécution la propreté, la netteté et la fluidité qu&rsquo;elle exige.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="262" src="/sites/default/files/styles/large/public/tutti_1.jpg?itok=8yCLJr-Y" title="Faute d'aller à Reims on festoie à Plombières © amati" width="468" /><br />
	Faute d&rsquo;aller à Reims on festoie à Plombières © amati</p>
<p>En somme, dira peut-être le lecteur agacé, c&rsquo;était la soirée bons points ? Ce serait une conclusion hâtive, il reste à parler des chanteurs. Ils ont semblé se prêter à cette opération sauvetage du ROF – car, pour la précision, il était essentiel qu&rsquo;une édition ait lieu sous peine de perdre l&rsquo;importante contribution annuelle de l&rsquo;Etat – avec la meilleure bonne volonté et aucun, fût-ce dans les plus petits rôles, n&rsquo;a démérité. Sans doute tous n&rsquo;ont pas brillé du même éclat mais pour certains c&rsquo;est la conduite d&rsquo;acteurs qui a pu le ternir. Ainsi la comtesse de Folleville de <strong>Claudia Muschio</strong> affiche bien le ramage nécessaire à camper la Parisienne narcissique et frivole, mais elle outre constamment son jeu de scène au point que le contraste comique qui la fait passer sans transition du désespoir parodique à l&rsquo;excitation emphatique est à peine perceptible. Il est sans doute difficile de trouver le juste équilibre entre le trop et le pas assez, mais d&rsquo;un personnage croqué avec une ironie tendre elle fait une caricature, et c&rsquo;est dommage. <strong>Matteo Roma</strong>, qui chante Belfiore sans problème particulier, tend lui aussi à très vite forcer le trait, dans la scène où il s&rsquo;efforce de séduire Corinna, si bien qu&rsquo;on ne perçoit pas la progression comique qui voit le personnage s&rsquo;enferrer jusqu&rsquo;à dramatiser ridiculement sa situation. <strong>Pietro Adaini</strong>, qui n&rsquo;est pas passé par l&rsquo;Accademia Rossiniana et a de faux airs de José Cura, semble en proie à une colère permanente et donne l&rsquo;impression de chanter en force, à l&rsquo;opposé de l&rsquo;orthodoxie du chant rossinien. Sans être exceptionnelles, les participations de <strong>Claudia Urru</strong> (Madama Cortese) <strong>Chiara Tirotta </strong>(Marchese Melibea) et <strong>Nicolo Donini</strong> (Lord Sidney) sont irréprochables.</p>
<p>La cerise sur le gâteau, pour nous, reste <strong>Maria Laura Iacobellis</strong>, déjà Corinna dans la promotion 2018  de l&rsquo;Accademia, même si l&rsquo;approche du personnage nous semble pouvoir évoluer. Sans tourner autour du pot, disons les choses simplement : cette chanteuse a été dotée par la nature du physique qui depuis des décennies a propagé l&rsquo;image de la femme italienne comme un condensé de sensualité. Or le personnage de Corinna, la poétesse qui improvise sur le sujet qu&rsquo;on lui propose après avoir vaticiné sur le triomphe de la Croix sur le Croissant, semble d&rsquo;abord flotter au-dessus des passions terrestres, au désespoir de Lord Sidney. Il faudrait donc que l&rsquo;interprète réussisse à alléger sa voix pour faire exister cette intellectuelle. Maria Laura Iacobellis y parvient magistralement dans la dernière intervention de Corinna, moins nettement auparavant, peut-être handicapée par une direction d&rsquo;acteurs qui la fait partenaire de Belfiore dans la scène de séduction alors qu&rsquo;en fait elle ne cesse de se dérober car ces manoeuvres lui sont étrangères.</p>
<p>Mais le lecteur aura compris que nous coupons les cheveux en quatre, et le public s&rsquo;est borné à l&rsquo;essentiel, exprimer longtemps et avec force sa satisfaction et sa reconnaissance à tous les artistes.</p>
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		<title>DONIZETTI, La Favorite — Liège</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-favorite-liege-quand-le-tout-vaut-mieux-que-les-parties/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Nov 2017 19:17:12 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Créée à La Fenice l’année dernière, cette version de La Favorite arrive sur la scène de l’Opéra Royal de Wallonie, coproducteur du spectacle. Jean-Michel Pennetier avait exposé avec humour ses réserves à l’endroit de l’aspect scénique de la production et il semble que de Venise à Liège rien n’ait changé. Le monastère est toujours cette communauté étrange &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Créée <a href="https://www.forumopera.com/la-favorite-venise-une-occasion-manquee">à La Fenice l’année dernière</a>, cette version de <em>La Favorite</em><em> </em>arrive sur la scène de l’Opéra Royal de Wallonie, coproducteur du spectacle. Jean-Michel Pennetier avait exposé avec humour ses réserves à l’endroit de l’aspect scénique de la production et il semble que de Venise à Liège rien n’ait changé. Le monastère est toujours cette communauté étrange dont les membres se consacrent à la dessication d’éléments végétaux, dans des fours disposés comme les niches d’un colombarium. Accessoirement ils se réunissent pour prier au pied d’un grand triangle lumineux pointé vers le bas, ce qui en ferait un symbole sexuel féminin. Si c’est le cas, les mâles du domaine profane n’éprouvent pas le même respect, comme on le verra dans le viol collectif d’Inès. L’île enchantée reste ce lieu indéfini, où des formes féminines voilées – larves, lémures ? – deviendront, tombé le voile, des clones de la Cicciolina, peut-être la collection vivante des fantasmes d’Alphonse puisque Leonor semble elle-même une projection de la sulfureuse Ilona. Le cylindre translucide qui en occupe le centre sera la cage où les danseuses mourront d’épuisement pour le plus grand plaisir des mâles présents. Il deviendra ensuite un socle à degrés, mi-trône mi-autel où l’union de Leonor et de Fernand sera célébrée par Alphonse, puis le promontoire rocheux où, telle Brünnhilde, Leonor attendra la fin de la grande scène entre le roi et son protégé. Cela fait des images saisissantes, surprenantes, mais y a-t-il un lien entre elles et l’œuvre ? De même, la dichotomie femmes-victimes hommes-bourreaux dérive-t-elle de l’œuvre ou lui est-elle plaquée ? La démarche de <strong>Rosetta Cucchi</strong> nous a rappelé celle de Matthias Hartmann pour sa mise en scène de <em>Tiefland</em>, où l’homme de bonne volonté, Pedro, est comme Fernand le jouet des calculs des puissants et celle de <em>La flûte enchantée </em>où La Fura del Baus avait fait la promotion de la matière plastique.</p>
<p>S’il est moins problématique, le versant vocal n’est pas irréprochable, essentiellement à cause de la prononciation du français. En choisissant la version originale de <em>La Favorite </em>,le surintendant cherchait probablement à contenter tout le monde : la communauté francophone de Belgique qui est un important soutien de l’Opéra royal de Wallonie et la communauté italienne qui y trouve avec délices ses auteurs favoris. A l’entracte, des membres de la première exprimaient bien haut leur déception, et il est de fait que, hormis Cécile Lastchenko, d’origine bruxelloise, Matteo Roma, jeune trévisan, et Sonia Ganassi, déjà interprète du rôle-titre à Séville en 2008, le reste des solistes péchait sans exception, ce que le chœur maison soulignait involontairement dans des interventions aussi intelligibles que musicales. Balthazar difficilement crédible comme aîné de la communauté et mentor de Fernand, faute d’un grimage qui l’aurait vieilli, <strong>Ugo Guagliardo</strong> chante bien, sans essayer de se fabriquer une voix autre que la sienne, mais elle manque pour nous de la profondeur qui devrait rendre saisissante l’intervention de Balthazar auprès du roi. Les intentions sont justes, les moyens un rien limités. Il en est de même pour <strong>Mario Cassi</strong>, qui interprète le rôle d’Alfonso, à la différence qu’il est parfois tenté pour en imposer de grossir le son, au détriment de la stricte musicalité. Globalement le personnage est crédible, les limites de l’extension sont atteintes sans difficulté notable, reste le handicap de la langue qui lui est manifestement étrangère.</p>
<p>La remarque vaut aussi pour <strong>Celso Albelo</strong> ; il fait manifestement de son mieux et parfois c’est presque bien, mais la maîtrise phonique reste insuffisante. C’est d’autant plus regrettable que la voix semble à son mieux, éclatante comme et quand il faut, et que le souci de nuancer l’emporte presque toujours sur celui de faire du son, si bien que l’évolution du personnage selon les vœux du compositeur est bellement respectée. <strong>Sonia Ganassi</strong> met depuis longtemps un point d’honneur à chanter en français, et son désir d’apprendre à prononcer de la façon la meilleure est connu de chefs tels que Michel Plasson. On ne peut certes oublier, en l’entendant, que le français n’est pas sa langue maternelle, parce qu’on perçoit l’application. Mais elle ne s’égare pratiquement jamais sur la couleur d’une voyelle, et jamais lourdement. Cette assurance conquise à force de volonté va de pair avec sa maîtrise du rôle, dont elle fouille et met en évidence toutes les facettes expressives. La voix reste docile, ductile, et a gagné en profondeur sans qu’en pâtissent les aigus, dardés avec la violence des tourments endurés, et la projection excellente la promène sans effort. C’est une qualité que possède aussi la jeune soprano <strong>Cécile Lastchenko</strong>, qui démontre dans la chanson de l’Ile enchantée souplesse et longueur, avec du corps et des aigus brillants qui devraient lui valoir de premiers rôles. Le ténor <strong>Matteo Roma</strong> montre quant à lui un beau tempérament scénique dans le rôle du jaloux Don Gaspar, l’âme de la coterie des nobles.</p>
<p>On pourrait croire que les imperfections relevées vont plomber la représentation sans recours. Et pourtant… par moments, on oublie ce qui fâche pour l’accord de deux voix, pour la mise en place irréprochable d’un final, pour la délicatesse bellinienne d’une introduction, pour le saisissant ensemble de cuivres, précis et mélodieux. La direction de <strong>Luciano Acocella</strong> semble d’abord prudente, assez terne, il n’a peut-être pas été assez exigeant pour obtenir des cordes la finesse initiale destinée à déterminer le climat quasiment surnaturel que les aspirations de Fernand vont bouleverser. Mais il évite l’emphase et les boursouflures, et impulse aux ensembles un rythme qui donne le sentiment de la juste dynamique, si bien que les finals tombent bien d’aplomb, pour notre ressenti. Apparemment l’impression était partagée, car le chef recueille avec les musiciens un vif succès, comme tout le plateau, les vainqueurs incontestables étant évidemment Leonor et Fernand !   </p>
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