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	<title>Siobhan STAGG - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Siobhan STAGG - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>HAENDEL, Orlando &#8211; Paris (Chatelet)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-orlando-paris-chatelet/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 24 Jan 2025 07:23:07 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le Théâtre du Châtelet nous a peu habitué à mettre à l’affiche de nouvelles productions lyriques ces dernières années. Aussi, cet Orlando de Haendel semble renouer avec une programmation délaissée, d’autant que l’affiche ne manque, sur le papier, pas d’atouts. En fosse, ce sont des Talens lyriques particulièrement bien préparés qui officient. Beauté des pupitres, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le Théâtre du Châtelet nous a peu habitué à mettre à l’affiche de nouvelles productions lyriques ces dernières années. Aussi, cet <em>Orlando</em> de Haendel semble renouer avec une programmation délaissée, d’autant que l’affiche ne manque, sur le papier, pas d’atouts.</p>
<p>En fosse, ce sont des Talens lyriques particulièrement bien préparés qui officient. Beauté des pupitres, équilibre général : l’œuvre de Haendel peut déployer ses charmes instrumentaux, peut-être moins évidents que dans d’autres chefs-d&rsquo;œuvre du maitre. <strong>Christophe Rousset</strong> dirige avec un doigté certain, soucieux de son plateau et des gabarits de ses chanteurs. Cela explique sans doute les quelques passages plus tièdes qui émaillent la représentation.</p>
<p>Annoncée tout juste convalescente, <strong>Katarina Bradic</strong> ménage l’intégrité de sa voix toute la soirée. Ce faisant, elle renonce à certaines nuances mais conserve intacte une technique irréprochable couronnée par des vocalises précises et surtout une palette de couleurs et d’accents avec lesquels elle peint les affres du guerrier amoureux. <strong>Siobhan Stagg</strong> trouve dans Angelica un emploi exotique eu égard à son répertoire de ses années de troupe berlinoise. Sa technique baroque, si elle est moins affirmée, lui permet de déployer une expressivité à propos. Elle brosse le portrait d’une jeune aristocrate hautaine et sure d’elle qui fend l’amure à quelques occasions avec son amant. <strong>Elizabeth DeShong</strong>, maintenant connue du public français après ses engagements marquants à Bordeaux et à Aix, s’avère presque sous-employée dans le rôle de Medoro. Son ambitus et son phrasé font merveille dans chaque air ; son timbre mordoré lui confère le bon contrepoint pour briller dans l’unique trio de l’œuvre. En Dorinda, <strong>Giulia Semenzato</strong> se pare de justes lauriers. A une voix fruitée et agile, elle allie une grande aisance ainsi que des aigus rayonnants et capiteux. Il faudra l’échauffement premier air pour que <strong>Riccardo Novaro</strong> s’assoie dans le bas de sa tessiture. Il rejoint par la suite la très bonne tenue vocale du plateau.</p>
<p>On reconnaîtra l’excellente facture du spectacle de <strong>Jeanne Desoubeaux</strong> et de son équipe technique. On s’interrogera cependant sur la pertinence du truchement choisi pour faire vivre un opéra seria en manque d’action. Le concept de la nuit au musée n’a rien de neuf. Y ajouter le regard d’enfants dont l’émerveillement devant l’art finit par donner vie à un fantasme d’aventure en costumes, sous le regard mi réprobateur mi goguenard du gardien de musée (Zoroastre), vient pimenter un peu l’idée initiale. On peine toutefois à voir comment ces jeux peuvent rendre sensibles le conflit amoureux et son pendant guerrier puisque la situation d’énonciation nous dit en permanence que ce n’est que badinage enfantin. Si le spectacle fonctionne au global, il laisse l’impression de remplir beaucoup, plus que trouver un propos ancré dans l’œuvre et ses enjeux.</p>
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		<title>FAURE, Requiem &#8211; Evian</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/faure-requiem-evian/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 05 Jul 2024 22:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les Rencontres Musicales d&#8217;Évian commémorent cette année le centenaire de la disparition de Gabriel Fauré avec une très belle intégrale de sa musique de chambre en cinq matinées, complétée par son Requiem, donné dans le cadre enchanteur de la Grange au Lac. Ce théâtre tout de bois clair, à l&#8217;excellente acoustique, s&#8217;enorgueillit qui plus est &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Les Rencontres Musicales d&rsquo;Évian commémorent cette année le centenaire de la disparition de Gabriel Fauré avec une très belle intégrale de sa musique de chambre en cinq matinées, complétée par son <em>Requiem</em>, donné dans le cadre enchanteur de la Grange au Lac.</p>
<p>Ce théâtre tout de bois clair, à l&rsquo;excellente acoustique, s&rsquo;enorgueillit qui plus est d&rsquo;un sublime fond de scène composé de six grands lustres à pampilles devant un écran de troncs de bouleaux démultipliés par des miroirs dans un contraste entre baroque et brutalisme d&rsquo;une folle élégance. La scène en a été récemment agrandie pour accueillir des formations orchestrales plus conséquentes tandis que son architecte, Patrick Bouchain – à qui l&rsquo;on doit également le théâtre Zingaro – construit actuellement une seconde salle à la jauge plus réduite avec les mêmes préoccupations acoustiques, esthétiques et environnementales afin d&rsquo;accueillir dès fin 2025 musique de chambre, jazz et enregistrements.</p>
<p><strong>Renaud Capuçon</strong> est le directeur artistique du festival depuis l&rsquo;an passé et celui de <strong>Orchestre de Chambre de Lausanne</strong> depuis 2021. Il s&rsquo;est donc tout naturellement tourné vers cette formation – à un coup d&rsquo;archet de l&rsquo;autre côté du lac – pour cette superbe soirée dont le thème funèbre le dispute à l&rsquo;élan vital.</p>
<p>La première partie du concert met en lumière <em>Polyptyque</em> de Franck Martin, crée il y a cinquante et un ans, juste avant le décès du compositeur. L&rsquo;œuvre pourrait être décrite comme un concerto pour violon retraçant six moments clefs de la Passion du Christ, des Rameaux jusqu&rsquo;à la Résurrection. Renaud Capuçon dirige donc depuis son instrument, d&rsquo;une battue nerveuse et percutante, ajoutant le défi supplémentaire d&rsquo;un dialogue entre deux orchestres à cordes.<br />
Les différentes voix – le violon incarnant le Christ, l&rsquo;un des orchestres représentant les apôtres tandis que l&rsquo;autre personnifie la foule – se répondent dans une spatialisation très efficace et déjà s&rsquo;impose un somptueux travail de la pâte sonore qui nous accompagnera tout au long du concert dans un jeu de couleurs oscillant du tellurique au céleste. Chaque frottement, chaque dissonance est souligné sans lourdeur pour donner plus de chair à cette narration silencieuse avant une résolution océanique.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/MJ5_1425-1024x683.jpg" alt="L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est MJ5_1425-1024x683.jpg." />                                                                                                                                                                                                                                                

© Matthieu Joffres</pre>
<p>Les mêmes qualités président à la seconde partie de la soirée, alors que l&rsquo;excellent<strong> Ensemble Vocal de Lausanne</strong> rejoint la formation orchestrale. Les trente-trois chanteurs proposent d&rsquo;abord une <em>Pavane</em> toute de délicatesse. La diction est limpide, chaque ligne musicale se cristallise de clarté sans jamais priver le son de la chair et du gras requis.</p>
<p>Après le charme de cet intermède à la grâce proustienne, le <em>Requiem</em> confirme toutes les qualités déjà entrevues avec, quatre pupitres aussi justes qu&rsquo;équilibrés, unis dans une écoute affûtée du chef et de l&rsquo;orchestre. Le son est rond, les finales impeccables tout comme le soutien – y compris dans les pianissimi –, les contrastes travaillés en orfèvres sans nuire au beau legato qui fait planer la ligne musicale comme dans le « Kyrie ».<br />
La direction, pleine d&rsquo;intelligence et de sensibilité, dénote une fine imprégnation de la partition.<br />
« L&rsquo;Offertoire » conserve la même limpidité avec ce si beau crescendo, amené comme une respiration du flux musical. <strong>Benjamin Appl</strong> y porte sans effort son séduisant baryton à l&rsquo;émission claire et naturelle. Il intervient avec une étonnante implication, balayant le public du regard comme pour le prendre à témoin. La même force de conviction préside ensuite à son « Libera me ». <strong>Siobhan Stagg </strong>partage ce même souci dans son « Pie Jesu » qui profite d&rsquo;un timbre lumineux à souhait, ainsi que d&rsquo;un joli sens de la ligne vocale, même si la bouche bizarrement fermée semble inutilement coincer la mâchoire dans toute la première partie de l&rsquo;air.</p>
<p>Ceci dit, la part belle de cette partition revient au chœur et à l&rsquo;orchestre plus qu&rsquo;aux solistes, peu sollicités. De ce point de vue, « Sanctus » et « Agnus Dei » s&rsquo;avèrent particulièrement poignants entre fortissimi jubilatoires saturés d&rsquo;enharmoniques, contrastes de couleurs, de nuances, puissants mais toujours élégants. Tout cela jusqu&rsquo;à la tendresse indicible du « In Paradisum » final.</p>
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		<title>D’après SCHUBERT, L’autre voyage – Dijon, Auditorium</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/dapres-schubert-lautre-voyage-dijon-auditorium/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 08 Mar 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On ne donne plus, du moins en France, Das Dreimäderlhaus (La Maison des trois jeunes filles), l’opérette de Heinrich Berté centrée sur la figure de Schubert. Habilement, la partition associait les lieder les plus populaires à des œuvres dont chacun a le thème en mémoire. C’était convenu, sucré, mais ça fonctionnait. Le spectacle proposé à Dijon, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On ne donne plus, du moins en France, <em>Das Dreimäderlhaus</em> (<em>La Maison des trois jeunes filles</em>), l’opérette de Heinrich Berté centrée sur la figure de Schubert. Habilement, la partition associait les lieder les plus populaires à des œuvres dont chacun a le thème en mémoire. C’était convenu, sucré, mais ça fonctionnait. Le spectacle proposé à Dijon, un mois après l’Opéra-Comique (1), en est l’exact opposé. Loin du cliché du jeune homme joufflu à petites lunettes, jovial, entouré de ses amis dont il animait les libations de touchantes mélodies, réduire Schubert au « deuil et (à) la perte » aboutit à une œuvre sombre où ne retrouvons, outrée, qu’une face du compositeur. Arguant de la supposée faiblesse dramatique de l’œuvre lyrique de Schubert, <strong>Silvia Costa</strong> (2) et <strong>Raphaël Pichon</strong> ont conçu ce spectacle, intitulé « L’autre voyage » en le construisant autour d’une trame narrative centrée sur la mort, suite ou complément de <em>Winterreise</em>. Projet ambitieux s’il en est.</p>
<p>Pour ce faire, des emprunts disparates à des œuvres rares, assemblés avec habileté, dont les textes diffusés ont été pour la plupart réécrits en fonction du projet. Ainsi écouterons-nous des extraits de ses ouvrages lyriques (<em>Alfonso und Estrella</em>, <em>die Verschworenen</em>, <em>Fierrabras, Sakuntala, die Zwillingsbrüder</em>), de son oratorio <em>Lazarus</em>, de sa <em>Deutsche Messe</em>, de <em>Rosamunde</em>, de pièces instrumentales, et quelques lieder orchestrés. Le procédé interroge, qui relève autant du <em>pasticcio</em>, cher aux baroqueux, que de la réécriture façon Castil-Blaze (3). Après un décevant <em>Opéra imaginaire</em> conçu par Hervé Niquet (en 2017, à Montpellier), enregistré sous le titre <em>l’Opéra des opéras</em>, après que Raphaël Pichon ait monté <em>Miranda</em>, centré sur Purcell (la même année, avec Katie Mitchell), voici que ce dernier persiste dans son approche. Les personnages sont anomymes, sortes d’archétypes de prologues de tragédie lyrique : L’Homme, l’Enfant, l’Amour, l’Amitié. Le voyage aurait pu être initiatique, goethéen, inspiré par la dévotion du compositeur pour le poète. Las, la mise en scène de Silvia Costa, hyperréaliste, dans le droit fil de Castelucci ou de Claus Guth, n’ajoute pour l’essentiel que des visions sinistres, cauchemardesques, outrées, à des musiques naturellement porteuses d’émotion. Les clichés abondent, parfois lourds. Le spectacle est fragmenté, onirique, désespérément sombre, à l’exception du tableau du mariage.</p>
<p>Le fil conducteur, rouge, nous est donné dès la première et belle image : <em>Gretchen am Spinnrade</em> le déroule, puis le coupe. Nous le retrouverons au terme du spectacle. Métamorphosée en Parque, ou Norne, elle introduit le premier tableau, où le glas a remplacé les bourdons du <em>Leiermann</em> (sur lequel s’achève <em>Winterreise</em>), en un lamento détourné de la version canonique de Brahms. Après qu’elle ait tranché le fil de la vie, un cadavre est découvert. Nous sommes entraînés dans une morgue où œuvre un médecin-légiste, accompagné de son assistant (4). Le premier découvre avec effroi que c’est son propre corps qu’il démembre. Funérailles, visions cauchemardesques, où il croise le regard de son jeune fils, puis flash-back sur le couple attendri à l’anniversaire de l’enfant qui chante, au piano. L’homme, avec sa femme, entament leur deuil, qui les renvoie aux jours heureux du passé. L’assistant, ami compatissant, permet à l’homme de se réconcilier avec le monde, conscient de sa finitude.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/5-LAutre-voyage-DR-S.-Brion-1-1294x600.jpg?&amp;cacheBreak=1709831578892" />© Stefan Brion</pre>
<p>Alors que la gravité et la douleur, l’émotion comme la pureté et la joie de vivre, la nature sont au cœur de l’œuvre de Schubert, pourquoi cet univers clos, morbide, onirique, trash et oppressant ? La dissonance entre la musique et la mise en scène altère l’émotion plus qu’elle ne la provoque. La réalisation, millimétrée (admirable gestique des chœurs), cohérente, très professionnelle, nous paraît étrangère à l’univers schubertien, non point tant par sa transposition contemporaine que par son esprit. Schubert fait mauvais ménage avec l’hyperréalisme, l’hémoglobine, les années soixante et le super huit, fut-il touchant. Les hallucinations de ses poètes n’ont que peu de rapport avec celles proposées, de nature surréaliste (les organes prélevés exposés sur les murs, les cornettes manipulant les squelettes, les parapluies ouverts autour du cercueil, les fantasmagories…). L’assemblage relève de l’artifice, vain.</p>
<p>Peu de lieder, tous orchestrés : sans doute pour faire le lien avec <em>Winterreise</em>, une réminiscence du<em> Leiermann</em>,  <em>Licht und Liebe</em> (pour ténor et baryton, l’original étant pour soprano et ténor), <em>Der Doppelgänger</em> (orchestré par Liszt), <em>Nacht und Träume</em> (orchestré par Reger). L’essentiel du matériau vient des ouvrages scéniques, <em>Fierrabras</em> tout particulièrement. La qualité des œuvres est incontestable, leurs enchaînements réalisés avec soin. Même altérés, hors contexte, fréquemment porteurs de textes substitués sans relation avec leur version originale, les passages assemblés trouvent une certaine cohérence.</p>
<p>Lorsqu’on imagine toute l’énergie mobilisée par chacun des concepteurs et réalisateurs, toute l’imagination, tout le travail de recherche, de réécriture, de réorchestration, de collage qui ont présidé à cette réalisation, on est en droit de s’interroger. Plutôt que d’associer des extraits de l’œuvre immense du Viennois, n’eut-il pas été plus efficace et cohérent de centrer les efforts sur la redécouverte de tel ou tel ouvrage peu familier ? Des 17 œuvres lyriques, toutes enregistrées, y compris les inachevées, nombre sont produites avec succès hors Hexagone. « Aucune ne tient jusqu’à la fin » affirme Raphaël Pichon à propos des projets scéniques de Schubert. En est-il sûr ? Claudio Abbado nous a légué un splendide <em>Fierrabras</em>… Croit-il avoir fait mieux ?</p>
<p>Pour être positif, reconnaissons que certaines découvertes-exhumations sont gratifiantes, au nombre desquelles le chœur des Voix du ciel de <em>Sakuntala</em> (D.701/4) sur lequel s’achève le spectacle.  L’agencement, réalisé avec intelligence, est de belle facture et témoigne d’une connaissance réelle, sinon approfondie, de l’œuvre de Schubert. La réussite de la production repose essentiellement sur les qualités des interprètes, au premier rang desquels figurent Raphaël Pichon et ses chanteurs. Le premier s’est pleinement investi à la tête de son ensemble, irréprochable, de son chœur, exemplaire, tout comme la Maîtrise de l’Opéra comique. <strong>Stéphane Degout</strong>, incarne l’Homme avec probité et justesse. L’émission, toujours riche en couleurs, vaut pour sa vérité musicale et dramatique. On n’a certainement jamais chanté un <em>Doppelgänger</em> aussi retenu, halluciné, noir (même si le texte en est réécrit). <strong>Siobhan Stagg</strong> n’est pas en reste, avec des aigus arachnéens, une conduite de la ligne et une diction exemplaires. L’Amitié, confié au ténor <strong>Laurence Kilsby</strong>, lumineux, chaleureux, est une belle découverte. Quant à l’Enfant, <strong>Chadi Lazreq</strong>, c’est la révélation. « Der Vollmond strählt », qui suit la <em>Hirtenmelodie</em> de <em>Rosamunde</em>, est superbe de fraîcheur et de lumière, d&rsquo;autant plus émouvant qu&rsquo;il s&rsquo;accompagne au piano. Tous les ensembles sont remarquablement réglés, équilibrés, dès le « Grab ans Mond »(D 893). Sans oublier le chœur a cappella « Sanft und still » de <em>Lazarus,</em> « Ersehntes [teures ?] Vaterland » de <em>Fierrabras</em>, confié au chœur d’hommes a cappella, « Mein Heiland, Herr und Meister » de la <em>Messe allemande</em>, toutes les interventions du chœur mériteraient d’être saluées. L’orchestre, dont Raphaël Pichon obtient les nuances le plus ténues, sonne fort bien, notamment les bois. Tout semblait réuni, mais le soufflé est retombé. La diffusion sur France-Musique, le 9 mars à 20 h, permettra aux absents d’apprécier : ils ne souffriront pas de la perte de la version scénique.</p>
<pre>(1) <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/dapres-schubert-lautre-voyage-paris-opera-comique/">https://www.forumopera.com/spectacle/dapres-schubert-lautre-voyage-paris-opera-comique/)</a></pre>
<pre>(2) dont on relira l’interview avec profit (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/silvia-costa-le-monde-de-lopera-cest-un-monde-de-reves/">https://www.forumopera.com/silvia-costa-le-monde-de-lopera-cest-un-monde-de-reves/</a>). Elle n’a manifestement pu méconnaître la réalisation zurichoise de <em>Fierrabras</em> par Claus Guth (2005, en DVD), enfermant tous les personnages dans un appartement à la Strindberg…</pre>
<pre>(3) convaincu de la légitimité de son arrangement, celui-ci fit ainsi découvrir sa réécriture du <em>Freischütz</em> aux Parisiens, sous l’intitulé <em>Robin des bois</em>, ce qui lui valut l’ire de Berlioz.</pre>
<pre>(4) La dissection du corps est-elle l’image du travail de Raphaël Pichon sur le dépouillement et les prélèvements du corpus schubertien ? En regard, bien que relevant d’un autre registre, difficile d’oublier la réussite de <em>Frankenstein Junior</em>, la comédie musicale que Mel Brooks tira de son film…  Ce soir, seul le respect dû à Schubert et aux interprètes nous dispense de rire, ou de hurler.</pre>
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			</item>
		<item>
		<title>D&#8217;après SCHUBERT, L&#8217;autre voyage &#8211; Paris (Opéra Comique)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/dapres-schubert-lautre-voyage-paris-opera-comique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yves Jauneau]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 03 Feb 2024 10:36:05 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Cet Autre Voyage, Raphaël Pichon l’a voulu comme une déclaration d’amour à Schubert. Sur le modèle de Miranda, construit en 2017 autour de la musique de Purcell, le chef français propose un pasticcio romantique basé sur l&#8217;œuvre du compositeur autrichien. On y retrouve pour une large part des extraits d’opéras, mais également des œuvres sacrées, &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/dapres-schubert-lautre-voyage-paris-opera-comique/"> <span class="screen-reader-text">D&#8217;après SCHUBERT, L&#8217;autre voyage &#8211; Paris (Opéra Comique)</span> Lire la suite »</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-weight: 400;">Cet </span><i><span style="font-weight: 400;">Autre Voyage</span></i><span style="font-weight: 400;">,</span><b> Raphaël Pichon</b><span style="font-weight: 400;"> l’a voulu comme une déclaration d’amour à Schubert. Sur le modèle de </span><a href="https://forumopera.improba.eu/spectacle/miranda-paris-opera-comique-celles-qui-devraient-etre-admirees/" target="_blank" rel="noopener"><i><span style="font-weight: 400;">Miranda</span></i></a><span style="font-weight: 400;">, construit en 2017 autour de la musique de Purcell, le chef français propose un </span><i><span style="font-weight: 400;">pasticcio </span></i><span style="font-weight: 400;">romantique basé sur l&rsquo;œuvre du compositeur autrichien. On y retrouve pour une large part des extraits d’opéras, mais également des œuvres sacrées, des lieders orchestrés, des chœurs ou encore d’autres pièces instrumentales. Il faut tout d’abord saluer la réussite purement musicale du projet. Sa construction fait montre d’une grande cohérence &#8211; on citera à titre d’exemple la façon dont le récitatif accompagné extrait de l’opéra </span><i><span style="font-weight: 400;">Alfonso und Estrella</span></i><span style="font-weight: 400;"> s’enchaîne à la perfection avec un trio de </span><i><span style="font-weight: 400;">Fierabras</span></i><span style="font-weight: 400;">. La partition fait alterner passages sombres (le </span><i><span style="font-weight: 400;">Doppelgänger </span></i><span style="font-weight: 400;">orchestré par Liszt) et extraits baignés de lumière (le « Zum Sanctus » de la Deutsche Messe, D. 872), pour composer plus d’une heure trente de musique constamment sublime. Une belle façon de (re)découvrir l’œuvre de Schubert, tant pour les novices que pour les plus éclairés de ses connaisseurs.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">La mise en scène de </span><b>Silvia Costa</b><span style="font-weight: 400;">, toujours lisible et en accord avec la musique, accompagne avec efficacité cette exploration du génie schubertien. La trame narrative commence lorsque, à la nuit tombée, un médecin légiste prend en charge un cadavre qu&rsquo;il identifie rapidement comme étant son propre sosie. Le spectacle illustre alors, en </span><i><span style="font-weight: 400;">flashback</span></i><span style="font-weight: 400;">,</span> <span style="font-weight: 400;">les différentes étapes de la vie de cet homme et de son épouse, déchirés par la perte de leur jeune fils. Dans une succession de tableaux lyriques, superbement éclairés par </span><b>Marco Giusti</b><span style="font-weight: 400;">, on assiste au mariage du couple, à la naissance et au décès de leur fils, puis à la tentative de deuil des parents, avant un final plus onirique, dont on ne dévoilera pas ici le contenu.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">La réussite de ce spectacle repose également sur une exécution musicale de très haut niveau. Déjà avec Raphaël Pichon, </span><b>Stéphane Degout </b><span style="font-weight: 400;">avait ébloui il y a quelques années dans un récital </span><a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/schubert-mein-traum-par-stephane-degout-raphael-pichon-et-pygmalion-un-autre-voyage-dhiver/" target="_blank" rel="noopener"><span style="font-weight: 400;">« </span><span style="font-weight: 400;">Mein Traum</span><span style="font-weight: 400;"> »</span></a><span style="font-weight: 400;"> consacré à la musique romantique allemande, dont il reprend plusieurs extraits ce soir. Si la voix du baryton français a perdu un peu de sa puissance (</span><span style="font-weight: 400;">« Wo bin ich » de </span><i><span style="font-weight: 400;">Lazarus</span></i><span style="font-weight: 400;">)</span><span style="font-weight: 400;">, il faut saluer son investissement dramatique, la clarté de son élocution et la beauté de son timbre. On retrouve Degout à son meilleur dans deux beaux moments, comme suspendus : merveilleux de legato dans </span><span style="font-weight: 400;">« O sing’ mir, Vater » (</span><i><span style="font-weight: 400;">Alfonso und Estrella</span></i><span style="font-weight: 400;">) et déchirant dans le </span><i><span style="font-weight: 400;">Doppelgänger</span></i><span style="font-weight: 400;">.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Dès son entrée, </span><b>Siobhan Stagg</b><span style="font-weight: 400;"> illumine la salle d’une voix pure et éclatante. La cantatrice australienne apporte ainsi une belle lumière au spectacle, en particulier dans le Lied orchestré « Nacht und Träume ». Décidément à l’aise dans tous les répertoires &#8211; on l’a vu tout aussi excellent dans </span><i><span style="font-weight: 400;">Les Troyens</span></i><span style="font-weight: 400;">, en </span><i><span style="font-weight: 400;">tenorino</span></i><span style="font-weight: 400;"> rossinien et dans </span><i><span style="font-weight: 400;">Le Messie</span></i><span style="font-weight: 400;"> -, le ténor </span><b>Laurence Kilsby</b><span style="font-weight: 400;"> est d’une simplicité poignante, qui va droit au cœur dans les lignes aérées du « Die Ruhe fällt auf schweres Lied » extrait de l’opéra </span><i><span style="font-weight: 400;">Fierabras</span></i><span style="font-weight: 400;">. À en croire le silence religieux qui s’empare de la salle lors de chacune de ses interventions, le public semble avoir été bouleversé par la prestation du jeune </span><b>Chadi Lazreq</b><span style="font-weight: 400;">, qui incarne l’Enfant. Le jeune chanteur, s’accompagnant au piano dans une Romance extraite de </span><i><span style="font-weight: 400;">Rosamunde</span></i><span style="font-weight: 400;">, impressionne en effet par son aisance et sa constante justesse, tant musicale que dramatique.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Toujours parfaitement synchronisés, en dépit des déplacements sur le plateau, et impeccables de lisibilité, le chœur </span><b>Pygmalion </b><span style="font-weight: 400;">et la </span><b>Maîtrise Populaire de l’Opéra-Comique</b><span style="font-weight: 400;"> ont de nombreuses occasions de briller. L’ensemble orchestral, fort d’une quarantaine de cordes et d’instrumentistes à vents irréprochables, est puissant et apporte de belles couleurs à la musique de Schubert, sans jamais d’acidité ni de brusquerie. Les solistes de l’ensemble s’illustrent à de nombreuses reprises, à l’instar de la clarinette de </span><b>Nicola Boud</b><span style="font-weight: 400;"> ou du cor d’</span><b>Anneke Scott</b><span style="font-weight: 400;">. A présent très à l’aise dans ce répertoire, Raphaël Pichon dirige l’ensemble avec précision, sens du dramatisme et même un bel abandon dans les passages les plus émouvants.</span></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/dapres-schubert-lautre-voyage-paris-opera-comique/">D&rsquo;après SCHUBERT, L&rsquo;autre voyage &#8211; Paris (Opéra Comique)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>MENDELSSOHN &#8211; Elias, Dijon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mendelssohn-elias-dijon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 17 Dec 2023 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le concert de ce soir s’inscrit dans une tournée, commencée à Vienne (Konzerthaus), qui se poursuit à Paris (Philharmonie), puis à Essen, Hambourg et Amsterdam avant la fin de l’année. Familier de l’ouvrage qu’il donnait déjà il y a plus de dix ans (1) à La Chaise-Dieu, puis  à la Philharmonie de Paris, Raphaël Pichon &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le concert de ce soir s’inscrit dans une tournée, commencée à Vienne (Konzerthaus), qui se poursuit à Paris (Philharmonie), puis à Essen, Hambourg et Amsterdam avant la fin de l’année. Familier de l’ouvrage qu’il donnait déjà il y a plus de dix ans (1) à La Chaise-Dieu, puis  à la Philharmonie de Paris, <strong>Raphaël Pichon</strong> retrouve <em>Elias</em> avec une distribution sensiblement différente. Après le récitatif d’introduction, dès l’ouverture, tourmentée à souhait, ça vit, respire. La direction sûre, souple, précise, incisive, toujours efficace, construit, organise, dose et anime le discours autant qu’elle le cisèle, attentive à chacun et à tous, auxquels sa complicité est manifeste. Jamais les qualités signalées ne se démentiront au long de cette mémorable soirée. Grandiose comme intime, terrifiante comme apaisée, sombre comme lumineuse, toujours colorée, la musique est servie au travers d’une large dynamique et d’un recours au silence bienvenu, qui en soulignent le caractère dramatique.</p>
<p>Le programme distribué, de quatre pages, ne comporte même pas un résumé succinct de l’action. Il faut scanner un QR code pour accéder au livret, intégral et traduit en français. C’est bien dommage car, sauf exception rare, la culture biblique de l’auditoire est lacunaire, sinon inexistante. Ainsi, le sur-titrage ne suffit-il pas à suivre le déroulement de l’action et de son commentaire. Car il s’agit bien d’un drame. Yahvé, courroucé par l’impiété du peuple d’Israël, frappe le pays de sécheresse. Elie sera l’acteur essentiel de l’action. Il obtient la résurrection du fils de la Veuve, avant de rassembler le peuple pour sacrifier un taureau. La manifestation du vrai Dieu, entre Baal et Yahvé, pour enflammer le bûcher sera déterminante. Les prêtres de Baal implorent sans succès, à la différence d’Elie. Ce dernier ordonne de les égorger, et envoie un enfant scruter le ciel dans l’attente de la pluie. La reine projette la mort d’Elie, qui a menacé Achab du châtiment divin. Découragé, le prophète s’endort, protégé par les anges. Réveillé par l’un d’eux, il se rend au mont Horeb, où Yahvé doit lui apparaître. Lorsque celui-ci passe, les éléments se déchaînent, et Elie est enlevé au ciel par un char de feu.</p>
<p>Impérieux, investi, le prophète en croisade, justicier assassin sur ordre, est au cœur de l’œuvre. Entre sa foi inébranlable, son autorité, son désarroi, sa détresse et sa violence, <strong>Stéphane Degout</strong> lui donne une humanité sensible. On en connaît les moyens, musicaux et dramatiques. L’émission ronde, sa plénitude, sa projection, son engagement dramatique, sa maturité emportent l’adhésion. Ses quatre airs sont autant de bonheurs, traduisant idéalement l’évolution du prophète inspiré. Ce sont peut-être les deux airs centraux qui retiennent le plus l’attention : Le fanatisme incroyable, avec ses vocalises exigeantes, de « Ist nicht des Herrn Wort wie ein Feuer », pris <em>con fuoco</em>, puis son air découragé « Es ist genug », avec son contrechant des violoncelles, suivi du sommeil du prophète, merveilleusement enchaîné. L’émotion est bien là, malgré l&rsquo;antipathie que suscite parfois Elie.</p>
<p>Les airs de soprano furent composés à l’intention de Jenny Lind, même si elle ne prit pas part à la création.<strong> Siobhan Stagg</strong>, dès le récit de la Veuve, fait preuve de ses qualités bien connues. La conduite de la ligne, l’émission sont au rendez-vous. Son émotion, son exaltation, puis sa joie – à la résurrection de son fils – sont chargés d’une émotion juste.  Le méditatif « Höre, Israel » qui ouvre la seconde partie n’est pas moins réussi. La reine, et un ange, sont confiés à <strong>Ema Nikolovska. </strong>Son air « Sei stille dem Herrn », recueilli, d’une grande beauté, ne peut laisser insensible. <strong>Thomas Atkins </strong>(Abdias, Achab), est un beau ténor, voix claire, égale, bien projetée. L’émission est toujours séduisante, la conduite aisée. Le récit où il conseille à Elie de fuir dans le désert, puis son air « Dann werden die Gerechten leuchten » sont remarquables. L’enfant, tout d’abord invisible, est <strong>Julie Roset</strong>. Sa pureté d’émission, cristalline, la plus appropriée, nous ravit.   Avec le même bonheur, elle se joindra aux séraphins. Impossible de passer sous silence le quatuor « Wirf dein Anliegen auf dem Herrn », chanté <em>a cappella</em>, d’esprit choral, ponctué par l’orchestre.</p>
<p>Plusieurs centaines d’interprètes (2) participèrent à la création, au Festival de Birmingham, dirigé par Moscheles. Même lorsqu’on est épris de restitution historiquement documentée, on imagine difficilement de mobiliser semblables effectifs de nos jours. Qu’il incarne le peuple, les prêtres de Baal, les anges, le chœur est l’interlocuteur d’Elie.  Riche d’une quarantaine de chanteurs, dont certains se sont déjà fait un nom, le chœur de Pygmalion est admirable de la première à la dernière note. Homogène, précis, intelligible, aux phrasés exemplaires, il se situe à son plus haut niveau. Malgré l’effectif et la complexité de l’écriture, la lisibilité est constante. Nourrie évidemment de Bach et de Haendel, l’écriture de Mendelssohn va du merveilleux trio des anges, chanté <em>a cappella</em> par trois artistes du chœur (<strong>Laurence Pouderoux</strong>, <strong>Clémence Vidal</strong>, <strong>Anaïs Bertrand</strong>), aux fresques monumentales, combinant jusqu’à 8 voix, en passant par des combinaisons variées pour traduire aussi bien la versatilité du peuple, son inquiétude et sa violence, que sa reconnaissance et sa dévotion. Toutes les pages mériteraient d’être citées. Le caractère éminemment dramatique de l’épreuve du feu, le lever de soleil et l’annonce du Messie dans la seconde partie, puissant, rayonnant, sont d’une exceptionnelle force. Les chœurs d’actions de grâce qui concluent chaque partie, monumentaux et renouvelés, nous emportent. Ainsi, pour finir, le grand prélude et fugue – son <em>alla breve</em> – nous réjouissent, au sens le plus fort.</p>
<p>Parfaitement équilibrée, la composition de l’orchestre, jouant évidemment sur instruments d’époque, ophicléide compris, lui permet de traduire tous les sentiments, toutes les situations, avec un art consommé.  S’il n’ajoute rien à l’harmonie, qu’il double, l’orgue fait défaut : mais ses jeux, la profondeur de ses graves, ses couleurs, la plénitude des basses nous manquent. Ce sera l’unique réserve.</p>
<p>Au sortir du concert, encore sous le coup de l’émotion, on a oublié les versions enregistrées connues, si belles soient-elles : elles semblent relever d’une esthétique différente, où l’image d’un Mendelssohn romantique quelque peu assagi, classique, voire sulpicien prévaut. Ce soir, rien de tel, c’est le souffle, l’emportement, la passion, la douleur, la violence, mais aussi la béatitude et la joie qui nous ont transporté.</p>
<p>Vite ! un enregistrement s’impose pour permettre au plus grand nombre de découvrir cette page incroyable servie par des interprètes d’exception.</p>
<pre>(1) Déjà avec Stéphane Degout, et trois autres solistes, renouvelés ce soir, dont la carrière est connue : Sabine Devieilhe, Stanislas de Barbeyrac et Clémentine Margaine. Forumopéra en avait rendu compte<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/elias-paris-philharmonie-le-meme-quen-2012-mais-different/"> (Dieu existe, Degout est son prophète). </a>
(2) Dont 276 sopranos (?), 60 contre-ténors et contraltos, 60 ténors et 72 basses…</pre>
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		<title>MOZART, Idomeneo &#8211; Nancy</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-idomeneo-nancy/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 01 Oct 2023 08:44:25 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A Nancy, on a un budget contraint mais on a des idées. Ou bien du flair, comme Matthieu Dussouillez, confronté comme tous les directeurs à la hausse des couts et qui cherchait un moyen de maintenir Idomeneo à l’affiche. Il aura peut-être trouvé la martingale. De passage à l’European Opera Prize en 2022, un inconnu &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>A Nancy, on a un budget contraint mais on a des idées. Ou bien du flair, comme Matthieu Dussouillez, confronté comme tous les directeurs à la hausse des couts et qui cherchait un moyen de maintenir <em>Idomeneo</em> à l’affiche. Il aura peut-être trouvé la martingale. De passage à l’European Opera Prize en 2022, un inconnu pas même lauréat lui tape dans l’oeil (lui et son équipe ont depuis remporté l&rsquo;édition 2023). Assistant de Damiano Michieletto <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/falstaff-milan-enterrement-de-premiere-classe/">à la Scala (<em>Falstaff</em>)</a>, <strong>Lorenzo Ponte</strong>, troisième dudit concours finalement, se voit confier une mise en espace. Le jeune italien réclame un peu, ouvre les placards des ateliers de l’Opéra de Nancy. S’il n’obtient pas un euro de plus, il&nbsp;pioche dans les accessoires et les éléments de décors de productions précédentes pour monter ce qui devient une mise en scène de fait en l’espace de quinze jours, et ce même si l’opéra continue de vendre le spectacle comme semi-scénique. On soupçonne même le sapin de Noël utilisé dans la production d’être celui placé dans l’entrée du bâtiment pendant la période des fêtes.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Idomenee-roi-de-Crete-26-09-23-Simon-Gosselin-41-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-142339"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Simon Gosselin</sup></figcaption></figure>


<p>C’est tout bénef, comme on dit, et cela ne prend pas en compte l’intelligence de la proposition du jeune <em>cost killer</em>. Si ce ne sont plus les Dieux et le Destin qui harcèlent les hommes, qu’est-ce qui peut bien leur pourrir la vie ? Le crime et la culpabilité répond Lorenzo Ponte. En Crète, il trouve cette matière dans l’épouse d’Idomeneo, Meda, rayée de la littérature tel Carthage recouverte de sel. Mais au lieu d’asséner, il se contente de suggérer : la figurante qui l’incarne est présente à l’ouverture et pendant deux arias dont le premier d’Idomeneo, où le crime primordial est représenté et trouve de troublants échos dans le texte du livret. Les premières scènes, le mémorial funéraire d’Idomeneo disparu en mer, deviennent presque joyeuses, le père meurtrier et abusif n’est plus. Son retour déclenche la crise et réactive les traumas des uns et des autres, pendant qu’Arbace et le Grand-Prêtre concourent à sauver le patriarcat tutélaire. Elettra, qui s’y connait en famille problématique, devient ici la justicière par un tour de force aussi subtil que lisible, un peu comme Ortrud et Telramud <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-lohengrin-paris/">en ce moment à la Bastille</a>. Mais à la différence de Kirill Serebrennikov, qu’on voit rater scène après scène son fort parti pris, Lorenzo Ponte tient le cap de son angle et le déroule avec un art consommé du théâtre. L’utilisation des lumières et des noirs rehausse une scénographie faite des bouts de chandelle trouvés dans les placards de l’Opéra. Condamné à la simplicité, on trouve de la poésie dans les expédients les plus simples, à l’image d’Ilia et de son oiseau en cage que matérialise une poursuite. Seule la transposition dans l’Italie des années 1960, justifiée par le poids de l’Eglise en bras armé du patriarcat, nous a semblé trop appuyée.</p>
<p><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/tristan-und-isolde-nancy-texte-de-commentaire-duree-5h/"><em>Tristan</em></a>, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/paderewski-manru-nancy/"><em>Manru</em></a> et maintenant <em>Idomeneo</em>&nbsp;: l’orchestre de l’Opéra de Nancy confirme son excellence. D’autant que <strong>Jakob Lehmann</strong> lui fait prendre un train d’enfer au premier acte. Ces tempos uniformément rapides handicapent ses chanteurs. Ilia sonne comme Elettra, Idamante semble détaché et Elettra déboussolée. La battue tout autant que la lecture, plus classiques par la suite, permettront de mettre en valeur les solistes en fosse et sur le plateau. Les cuivres sont irréprochables et bien secondés par la petite harmonie, tous les pupitres de cordes s’équilibrent dans une élégance toute contrapuntique.</p>
<p>Le plateau vocal est à la fête. Certes <strong>Toby Spence</strong>, seul titulaire qui n’effectue pas une prise de rôle ce soir, vient à bout du rôle-titre au prix de vocalises glissantes et d’aigus au forceps, dans un timbre qui se blanchit en cours de soirée. On lui sait gré de maintenir une ligne élégante malgré les difficultés rencontrées. <strong>Louis Morvan</strong> aura convaincu tous les casteurs présents dans la salle avec son spectaculaire Neptune en coulisses. <strong>Léo Vermot-Desroches</strong> s’impose comme le plus mozartiens de tous&nbsp;: ligne, phrasé, contrôle du souffle époustouflant… son Arbace grimé en prêtre obscène tutoie l’idéal malgré la coupe de son deuxième air. Chez ces dames et passé donc ce premier acte express, <strong>Siobhan Stagg</strong> tisse un chant élégant où rien ne manque si ce n’est des couleurs plus contrastées pour donner toute la vie à son personnage, moins jeune première qu’il n’y parait. <strong>Amanda Woodbury</strong>, excellente actrice finit d’empocher la mise avec un dernier air techniquement parfait où la fureur de l’Atride point dans des aigus limpides et des staccati assassins. <strong>Héloïse Mas</strong> fait carton plein. Son bagage technique et son aisance scénique lui permettent de suivre au mieux les intentions du metteur en scène (prince infantilisé, finalement libéré) et surtout l’écriture et le riche portrait que Mozart lui a réservés. Enfin, les chœurs de l’Opéra national de Lorraine brillent tout du long par leur homogénéité et leur rondeur.</p>
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		<title>STRAUSS, Der Rosenkavalier &#8211; Berlin (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-der-rosenkavalier-berlin-staatsoper/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christine Ducq]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 06 May 2023 08:05:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le public s’installe alors qu’une affiche annonçant la distribution du Rosenkavalier du vendredi 9 février 1917 occupe le mur du fond de scène. On n’y remarque d’abord que les noms des chanteurs connus :&#160;Lotte Lehman&#160;dans le rôle de la FeldMarschallin et&#160;Richard Mayr&#160;en Ochs. En détaillant le bas de l’affiche, on s’aperçoit que quelques célébrités ont &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div>
<p>Le public s’installe alors qu’une affiche annonçant la distribution du <i>Rosenkavalier</i> du vendredi 9 février 1917 occupe le mur du fond de scène. On n’y remarque d’abord que les noms des chanteurs connus :<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>Lotte Lehman<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>dans le rôle de la FeldMarschallin et<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>Richard Mayr<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>en Ochs. En détaillant le bas de l’affiche, on s’aperçoit que quelques célébrités ont joué les utilités. Pour cette soirée de levée de fonds pour les soldats en 1917,Stefan Zweig, et<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>Hugo von Hofmannsthal<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>n’ont pas hésité à monter sur scène. Pourquoi cette affiche ? Faut-il nous rappeler que ce chef-d’œuvre recèle beaucoup de profondeur, peut-être même de la tristesse, en tout cas de la mélancolie ? Nous dit-on que l’odeur des cadavres en est l’héritage ? On sait que la création de cette comédie en trois actes a aussi précédé de peu l’effondrement de l’empire austro-hongrois. Nous pleurerons effectivement après cet avertissement de mauvais augure (mais ce ne sera pas la faute des victimes de la Première Guerre mondiale).</p>
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<p>Avant d’en venir à la mise en scène estampillée Sécession viennoise (ni idiote ni bien marquante), confiée à un artiste qu’on nous affirme «&nbsp;actionniste&nbsp;»<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>André Heller</strong>, où nous verrons passer Klimt, ses modèles et Grace Kelly en robe de soirée rouge, des artistes de cirque et quelques chasseurs en culotte de peau entre autres quidams, notons que la soirée est dominée par la Maréchale de<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>Camilla Nylund</strong><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>et par le baron Ochs du jeune baryton-basse<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>David Steffens</strong><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>auxquels on ajoutera la Sophie délicieuse de la soprano<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>Siobhan Stagg</strong>.</p>
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<p>Pour l’ultime soirée de cette production (reprise prévue en décembre 2023 avec une nouvelle distribution, et heureusement un nouveau chef, dans la même mise en scène), ces chanteurs ont bien du talent et bien du courage pour exister dans le charivari que la fosse nous inflige. Mais qu’est-il arrivé à cette respectable<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>Staatskapelle de Berlin</strong><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>? Révolte des musiciens contre les intentions du chef<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>Alexander Soddy</strong><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>? Incompétence de l’ancien directeur musical de l’opéra de Mannheim pour installer sa vision ? On s’interroge.</p>
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<p>Dès les premières mesures, c’est l’horreur et la cacophonie. Rien ne va. Chacun tire la couverture à soi, ou on part en retard quand il n’y a pas carrément émeute. Les couacs épouvantables des cuivres ont certes donné le la. Les cordes se font rageuses. Qu’est-ce que ce cirque ? Le choc qu’inflige cet orchestre grinçant ne passera pas de toute la soirée, dans une œuvre qu’on attend certes bouffe, mais gaie, enlevée, brillante et tendre ! Les pupitres en retard donc, les sonorités pâteuses ou rugueuses, les traits anarchiques, les plans sonores brouillons, bon sang mais c’est bien sûr ! Le chef anglais croit nous « elektrifier »<em><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>le Chevalier à la<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>Rose</em><span class="apple-converted-space"><b>&nbsp;</b></span>! Et c’est consternant de ratage.&nbsp;</p>
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<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img decoding="async" width="768" height="498" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Rosenkavalier@credits.DRwww_.staatsoper-berlin.de_downloads-b_de_media_30879_4b66c9fbe5a9ba158b8b0e0d93373e49_Rokav0042.jpg" alt="" class="wp-image-130730" /><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Staatsoper Berlin</sup></figcaption></figure>


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<p>Le premier tableau présente une version (un peu trop colorée ?) de ce que pourrait être une chambre Art Nouveau 1900. Les costumes assez laids (comme ces rayures et carreaux noirs et blancs des robes de la Maréchale) s’intègrent tant bien que mal dans une esthétique début de siècle. Ce qui empêche vraiment la magie d’opérer c’est ce laisser-aller dans la fosse qui ne se règle pas, perturbant grandement le beau tête à tête entre Oktavian (la mezzo<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>Ema Nikolovska</strong>, au peu élégant vibrato d&rsquo;abord, prenant ensuite ses marques avec une voix bien projetée) et sa Bichette. Notons que les parlandos d’Oktavian comme ceux d’Ochs seront parfois trop plats, guère portés par la fosse.</p>
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<p>Dans cette histoire burlesque et profonde, où noblesse et prosaïsme contrastent, où un amant fidèle ne réussit pas à le rester (Oktavian) tandis qu’un coureur vulgaire (Ochs) n’arrive pas à tromper sa fiancée, des plages contemplatives sublimes ont été voulues par Strauss. On les attend, elles seront parfois sauvées in extremis ici ou là malgré le désastre en fosse, par exemple à la fin du premier acte grâce à quelques solos et accompagnements de la Staatskapelle, et grâce au savoir-faire de la soprano finlandaise, belle Marschallin parvenue à la plénitude vocale idoine après un début un peu désorienté par le quasi chaos musical.<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>Madame<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>Nylund<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>est tendre dans les accents intérieurs de la conversation en musique mais les aigus sont parfois forcés. Entre-temps le chanteur italien (<strong>Andrés Moreno Garcia</strong>) se sera taillé (forcément) un beau succès avec son pastiche – alors que des circassiens se seront échinés en vain à faire valoir leurs tours dans le défilé des importuns, un peu à l’image de cette proposition finalement.</p>
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<p>Le deuxième acte mettant en scène la Frise Beethoven centrée sur le Gorille (les hommes, ces mammifères peu fins aux pulsions déréglées comme Ochs, veut-on nous dire) voit donc entrer Klimt, ses modèles et tout un personnel hétéroclite qui animent une entrée ratée du Chevalier à la Rose (en style Louis XV tout d’argent), la faute à l’orchestre évidemment qui ne sait faire que pompeux quand il faudrait être éclatant. Klimt, quant à lui évolue sur scène, en observateur de la comédie humaine ou en séducteur compulsif (ou les deux). C’est assez bien trouvé même si l’idée est un peu diluée dans un discours surchargé.</p>
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<p>Malgré le fait qu’il soit accompagné systématiquement par une valse (sa valse signature) ici pachydermique, les facéties du jeune baryton bavarois<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>Steffens<strong>,</strong><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>en Ochs, au timbre plaisant à l’émission fluide (qui sait altérer aux bons moments ses graves pour nous faire rire &#8211; par exemple à la fin de l&rsquo;acte Il sur l’adjectif « lang »), bref un fat bouffe tel qu’attendu, n’empêchent pas les bâillements. Heureusement la fraîcheur et la vivacité de Sophie (Sobhian Stagg), au phrasé délicat et aux aigus charmants, nous emmènent jusqu’à un troisième acte franchement amusant.</p>
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<p>André Heller<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>est à son affaire avec le piège organisé dans l’auberge par Oktavian et les deux intrigants (excellents<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>Karl-Michael</strong><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>Ebner</strong><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>et<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>Katharina Kammerloher</strong>), sans orchestre sur scène. Après quelques éclats de rire, « jedes Ding hat seine Zeit » comme la Maréchale nous l’a rappelé plus tôt, il est temps de quitter la salle, à peine émus par le trio et les duos du finale pourtant si justement vantés. Les chanteurs constamment contrariés par une direction décousue, fâchée avec la justesse et sans hauteur de vue, sont empêchés de nous offrir le grand lied final bouleversant voulu par Strauss. Les ensembles ont été trop souvent désordonnés, les interprètes livrés à eux-mêmes. Cet opéra, « une mascarade viennoise » selon la Maréchale ?</p>
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<p>Cela n’excuse pas la contre-performance d&rsquo;un orchestre privé de nuances, de justesse, souvent de cohésion, de couleurs et de lyrisme. Mais n&rsquo;est-il pas aussi la victime d’une vision ratée musicalement ? On sait qu’il est difficile de trouver un chef capable de bien diriger ce chef-d’œuvre. Il faudrait de surcroît beaucoup plus de talent à<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>Alexander Soddy pour faire de cette partition une pièce de littérature atonale ou du moins une énorme parodie très noire. L’idée, qui se défend, mal mise en œuvre ici, se perd décidément sans rime ni raison.</p>
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		<title>CAVALLI, Eliogabalo — Zurich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/cavalli-eliogabalo-zurich-au-risque-de-calixto-bieito/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 18 Dec 2022 05:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/cavalli-eliogabalo-zurich-au-risque-de-calixto-bieito/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le lecteur ne se rend peut-être pas assez compte des dilemmes où sont plongés les rédacteurs de Forum Opéra au moment d’attribuer des cœurs à tel ou tel spectacle. Que faire quand on en attribuerait volontiers trois (au moins) aux chanteurs comme au chef, et disons deux (au maximum) au metteur en scène ?… Dès &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le lecteur ne se rend peut-être pas assez compte des dilemmes où sont plongés les rédacteurs de Forum Opéra au moment d’attribuer des cœurs à tel ou tel spectacle. Que faire quand on en attribuerait volontiers trois (au moins) aux chanteurs comme au chef, et disons deux (au maximum) au metteur en scène ?…</p>
<p>Dès le début de cet <em>Eliogabalo</em> mis en scène par <strong>Calixto Bieito</strong>, on sent qu’on n’a pas fini de soupirer (intérieurement) : sur scène, une structure métallique entourée de feuilles de plastique. Y sont projetées des images de mains faisant la cuisine, une soupe semble-t-il, et épluchant des légumes. Fin des images. Une main arrache les feuilles de plastique, celles d’Anicia Eritea : les cheveux en désordre, elle est en train de rajuster ses vêtements ; à côté d’elle, vautré sur un fauteuil, Eliogabalo, les pantalons baissés sur ses chaussures, reprend ses esprits. Ces deux-là sortent d’un moment de privautés, pour le dire euphémistiquement…</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/eliogabalo_ohp_164_c_monika_rittershaus.jpeg?itok=xzaD6fpk" title="Siobhan Stagg, Yuriy Mynenko © Monika Rittershaus" width="468" /><br />
	Siobhan Stagg, Yuriy Mynenko © Monika Rittershaus</p>
<p><strong>Une famille dysfonctionnelle…</strong></p>
<p>Dans un texte d’intentions, le metteur en scène fait valoir que, plutôt que la cour impériale de la Rome antique, on peut imaginer que l’histoire se déroule dans une famille de la bourgeoisie italienne, riche mais dysfonctionnelle… Il ajoute que le spectateur vient à l’opéra pour être surpris par quelque chose qu’il ne connaît pas…<br />
	A vrai dire, surpris, est-ce qu’on le sera ? Cette esthétique « porno-chic » à la Helmut Newton tient sérieusement du cliché passé de mode. Mais bon, admettons que c’est une famille dans le genre de celle de <em>Théorème</em>, où le désir circule dans tous les sens, le désir et aussi l’amour. Tout irait bien si la perversité polymorphe d’Eliogabalo, et les manigances de ses âmes damnées, son amant Zotico et sa nourrice Lenia ne brouillaient les cartes.</p>
<p><strong>Un scénario-prétexte…</strong></p>
<p>Synopsis : Eliogabalo viole Anicia Eritea, ce qui désespère évidemment son amant Giuliano, commandant de la garde impériale. Par ailleurs, Alessandro, cousin de l’empereur et son futur successeur, va se marier avec la belle Flavia Gemmira. Dont l’empereur décide de faire sa proie (ce sera en somme le ressort principal de l’intrigue), il sera pour cela aidé par son amant et sa nourrice. Cette nourrice, Lenia, jouée par un ténor travesti, est par ailleurs folle du corps de Nerbulone, serviteur très viril de l’empereur. Ainsi les valets contrefont-ils dans le registre comique les amours des puissants. Par ailleurs encore, le bel Alexandre est aimé à la folie par la jeune Atilia Macrina qui se languit pour lui. Alexandre l’éconduit gentiment mais avec constance, car il aime Flavia Gemmira d’un amour sincère.</p>
<p>Eliogabalo manigancera de réunir un Sénat de femmes, où dans la confusion générale (et Calixto Bieito ne manquera pas d’en rajouter) il tentera d’abuser de Flavia (d’ailleurs travesti en femme), mais Eritea surgira pour lui rappeler sa promesse de mariage d’après le viol (bien que ce soit Giuliano qu’elle aime, la vie n&rsquo;est pas simple).</p>
<p>Le plan ayant échoué, Eliogabalo, toujours aidé par ses deux séides, aura l’idée d’un repas où Flavia serait droguée et Alessandro empoisonné, ce qui ferait coup double. Echec à nouveau. Tout cela entrelacé de diverses scènes de dépit amoureux, Alessandro reprochant à Flavia sa complaisance envers l’empereur, elle-même le soupçonnant de courtiser Atilia, etc. Or l’empereur ayant surpris Giuliano et Eritea chantant leur amour, voilà qu’il propose Eritea à Giuliano à condition qu’il lui offre sa sœur Flavia. Giuliano déclare préférer la mort à cette trahison.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/eliogabalo_ohp_028_c_monika_rittershaus.jpeg?itok=mrIW3nqg" title="David Hansen © Monika Rittershaus" width="468" /><br />
	David Hansen © Monika Rittershaus</p>
<p>Acte III : Les manigances du banquet ayant échoué lamentablement, tout le monde convient qu’il faut en finir et se débarrasser de l’empereur. Flavia et Eritea convainquent Giuliano de s’en charger. Par ailleurs l’empereur veut, lui, se débarrasser d’Alessandro. Flavia va piéger Eliogabalo en feignant de lui céder, mais Alessandro va surprendre ce duo d’amour et croire que Flavia le trahit. Puisqu’il en est ainsi, il va lui déclarer que c’est Atilia qu’il épousera.</p>
<p>Confusion générale des sentiments. Il est temps de conclure. L’assassinat aura lieu au cirque Maximus. Où l’empereur tentera de violer Flavia et sera décapité (en coulisses). Zotico et Lenia auront été poignardés aussi. Final : Alessandro devient empereur il épouse Flavia, Eritea pourra vivre son amour avec Giuliano. Les deux couples chantent leurs bonheurs parallèles dans un ultime quatuor (très beau) tandis qu’Atilia, renonçant à Alessandro, se met en quête d’un nouvel amour.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="322" src="/sites/default/files/styles/large/public/eliogabalo_ohp_253_c_monika_rittershaus.jpeg?itok=oBe4ji9b" title="Mark Milhofer, Yuriy Mynenko, Joel Williams, Anna El-Khashem © Monika Rittershaus" width="468" /><br />
	Mark Milhofer, Yuriy Mynenko, Joel Williams, Anna El-Khashem © Monika Rittershaus</p>
<p><strong>… et des « scènes-à-faire »</strong></p>
<p>Résumé (car vous avez vraisemblablement sauté les fastidieux paragraphes précédents) : tout cela est terriblement emberlificoté mais ne vise qu’un but : offrir à Cavalli des confrontations en tous genres, duos, trios, chœurs, scènes dansées, mais surtout récitatifs accompagnés, ariosos, lamenti, airs de fureur ou de vengeance, duos bouffes, parodies, etc. Dans la tradition de l’opéra vénitien dont Cavalli s’est fait l’un des inventeurs, sans doute le plus inspiré, et le plus subtil. Citons à ce propos Leonardo García Alarcón, qui s’en est fait le prophète et dont, soit dit en passant, la très belle lecture d’<em>Eliogabalo</em>, mise en scène par Thomas Jolly à l’Opéra Garnier en 2016, est <a target="_blank" href="https://www.youtube.com/watch?v=yQZUkzdgHSM" rel="nofollow">disponible intégralement sur internet</a> et mérite, ô combien, d’être regardée :<br />
	« La douceur des neuvièmes, la colère des quartes, les sons sourds que provoquent les sixtes, le sentiment de paix que laisse une tierce derrière elle, l&rsquo;audace perspicace d&rsquo;une seconde, le tourment d&rsquo;une septième diminuée, le repos d&rsquo;une septième mineure et le pouvoir de conviction d&rsquo;une octave nous montrent déjà l&rsquo;univers absolument unique des couleurs des intervalles dans les œuvres de ce grand génie de l’art occidental qu’est Francesco Cavalli. »</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/eliogabalo_khp_025_c_monika_rittershaus.jpeg?itok=YfMKFTIo" title="Anna El-Khashem, Yuriy Mynenko, Benjamin Molonfalean © Monika Rittershaus" width="468" /><br />
	Anna El-Khashem, Yuriy Mynenko, Benjamin Molonfalean © Monika Rittershaus</p>
<p><strong>La dernière partition connue de Cavalli</strong><br />
	 <br />
	Est-ce qu’on nous permettra encore une digression ? L’<em>Eliogabalo</em> que nous connaissons aujourd’hui ne fut jamais joué du temps de Cavalli. Par chance il ne fut pas perdu, mais il fallut attendre 1999 pour qu’il soit enfin créé.<br />
	Prévu pour être représenté au Teatro SS. Giovanni e Paolo durant le carnaval 1667-1668, il fut annulé presqu’à la dernière minute, et le librettiste Aurelio Aureli fut sommé d’écrire un nouveau libretto que mit en musique un compositeur de vingt-sept ans, Giovanni Antonio Boretti, évidemment moins expérimenté que Francesco Cavalli qui avait soixante-cinq ans et une trentaine d’opéras à son actif. Par chance, les deux partitions ont été conservées. Mais si l’opéra de Boretti fut donné dans une huitaine de villes importantes d’Italie pendant la décennie suivante, celui de Cavalli resta dans ses tiroirs, jusqu’au moment où il le confia à Biblioteca Marciana de Venise, dans le dessein sans doute qu’il soit transmis aux générations futures.<br />
	On ne connaît pas l’auteur du livret initial. Aureli le dit « produit par le talent d’une personne déjà décédée, orné des bijoux multicolores d’une plume savante de Venise » – manière fleurie de se dissimuler lui-même ? Allez savoir.</p>
<p><strong>Une musique jugée dépassée ou des Jésuites en embuscade ?</strong></p>
<p>Pourquoi cette annulation ? Considéra-t-on la musique comme dépassée ? L’hypothèse est vraisemblable : l’opéra suivant de Cavalli, <em>Massenzio</em>, dont il ne reste ni livret ni musique, ne fut pas représenté non plus, parce que « manquant d’ariettes virtuoses » (<em>mancante di briose ariette</em>), donc restant dans la lignée de Monteverdi, dont Cavalli avait été le disciple et l’assistant.<br />
	À moins que ce fût l’audace du livret ? Non pas que les turpitudes sexuelles évoquées eussent de quoi effaroucher (les ambiguïtés de genre étaient l’un des piliers de la dramaturgie vénitienne). En revanche, l’assassinat d’un souverain, aussi pervers et devenu oppresseur soit-il, mais restant légitime, n’était pas acceptable selon la doctrine des Jésuites (revenus à Venise en 1657 et favorisant une manière de retour à l’ordre religieux et culturel). Et il est de fait que le nouvel <em>Eliogabalo</em>, où l’empereur se repent de ses crimes et n’est pas assassiné, sera donné au collège jésuite de Parme.<br />
	En tout cas, il faudra donc attendre 1999 pour qu’<em>Eliogabalo</em> retrouve la lumière (à Crema, ville natale de Cavalli), avant qu’il ne soit repris à Bruxelles (par René Jacobs et Vincent Boussard en 2004) puis au Palais Garnier en 2016 comme évoqué plus haut.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/eliogabalo_ohp_182_c_monika_rittershaus.jpeg?itok=s9iaYGnp" title="© Monika Rittershaus" width="468" /><br />
	© Monika Rittershaus</p>
<p><strong>Un érotisme un rien sordide</strong></p>
<p>Si Thomas Jolly, avait opté pour une manière d’antiquité très <em>design</em>, et adornée d’éphèbes gracieux, Calixto Bieito opte pour une esthétique brutaliste et très sexualisée (le livret ne parle pas d’autre chose). Ainsi une bonne partie du premier acte se déroule-t-elle dans un lieu obscur qui, avec ses piliers de béton, et ses plafonniers glauques, évoque les dessous d’une bretelle d’autoroute, reconvertis en lieu de drague où errent des silhouettes masculines d’abord en smoking, puis torses nus, bretelles tombant sur les pantalons (c’est une mise en scène qui déshabille volontiers les hommes, et d’ailleurs Zotico, amant ou ex-amant de l’empereur, passera l’essentiel du deuxième acte dans le simple appareil d’un boxer (spoiling : il ne l’enlèvera pas). Alessandro sera adorné quant à lui de perles et d’une couronne. Quant aux trois dames, elles portent des tailleurs ou des robes assez vivement colorées, très Balmain des bonnes années. L’empereur, quand il n’est pas dépoitraillé, porte un manteau de fourrure de barine. Quant à la nourrice, elle évoquerait assez une gouvernante anglaise, genre Downton Abbey.</p>
<p><strong>Le mystère des palmiers en plastique…</strong></p>
<p>La scène la plus déconcertante (disons !) sera celle du Sénat féminin, vaste conque de boiseries claires où siège une douzaine de figurantes en twin-set ou en tailleur, qui à l’incitation d’Eliogabale (lui-même en tailleur bleu électrique et longue perruque auburn) se retrouveront en soutien-gorge et culottes et caressées-frôlées de façon assez insistante par le beau jeune homme en caleçon.<br />
	La fin de la scène tournera au délirant quand la nourrice-gouvernante-entremetteuse commencera à envahir le plateau de palmiers de plastique en pots qu’elle charriera depuis la coulisse (pourquoi ???), puis cela tournera au crêpage de chignons généralisé, toutes ces dames se précipitant sur la malheureuse Flavia Gemmira.</p>
<p><strong>…et celui des nouilles chinoises</strong></p>
<p>Le même décor servira de fond à la scène du banquet : tous les convives face au public sur leur petites chaises se verront offrir des boites de nouilles chinoises… Les pressentant empoisonnées, ils se garderont bien de les manger, mais s’en feront des boucles d’oreilles, des colliers, de fausses perruques dégoulinantes ou s’en caresseront voluptueusement (Zotico) avant de se coiffer des boîtes comme de petits chapeaux… La décadence de l’empire romain vue sous l’angle dune cantine d’école primaire hors de contrôle…</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="142" src="/sites/default/files/styles/large/public/eliogabalo_ohp_226_c_monika_rittershaus.jpeg?itok=NZFSTV0B" title="© Monika Rittershaus" width="468" /><br />
<img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="124" src="/sites/default/files/styles/large/public/eliogabalo_ohp_233_c_monika_rittershaus.jpeg?itok=q5iODcSB" title="© Monika Rittershaus" width="468" /><br />
	© Monika Rittershaus</p>
<p>Il va sans dire que l’on s’étreint, se frôle, se titille beaucoup. Eliogabalo chante son premier air, « Sereni pensieri », la main dans la braguette de Zotico, et tout de suite après, en miroir dirons-nous, la nourrice Lenia réchauffe avec enthousiasme celle de Nerbulone qui l’intéresse vivement. Un peu plus tard, elle le chevauchera avec détermination et l’on verra aussi Atilia Macrina essayant de lutiner le réticent Alessandro.<br />
	Tout cela ne fait de mal à personne. Ce qui met plus mal à l’aise, et beaucoup, c’est le quasi-viol de Flavia Gemmina par l’empereur, le collant descendu, la main sous la jupe, scène éprouvante, où si rien n’est vraiment montré, tout est suggéré avec violence.<br />
	On verra ensuite Alessandro rechausser la jeune femme et l’aider à se rajuster, comme pour lui rendre une dignité bafouée. Il est juste de dire qu’<strong>Ania El-Khashem</strong> aura atteint là un sommet d’expression, d’incarnation douloureuse, de sincérité dans le désespoir, tandis qu’Eliogabalo chantera une de ses plus belles arias : « Alba, deh, rugiadosa, vieni a imperlar le contentezze mie ». Scène puissante, scène sidérante.<br />
	Calixto Bieito a parfois des trouvailles contestables (à nos yeux), mais cela ne lui enlève rien de ses qualités de directeur d’acteurs, saisissantes dans de tels moments, ni de son talent à emmener ses chanteurs vers leurs derniers retranchements. Alessandro, dans son <em>arioso</em>, « Misero e spiro » qui viendra juste après, atteindra au déchirant, montant à des notes hyper aiguës, presqu’inhumaines, artificielles, d’ailleurs pas forcément agréables, mais qui mèneront l’émotion à un paroxysme, avant que <strong>David Hansen</strong> n’achève cette séquence par un son filé infini.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="170" src="/sites/default/files/styles/large/public/eliogabalo_ohp_236_c_monika_rittershaus.jpeg?itok=cWTZTUh9" title="Yuriy Mynenko © Monika Rittershaus" width="468" /><br />
	Yuriy Mynenko © Monika Rittershaus</p>
<p>On signalera encore la lente descente des cintres d’un colossal <em>toro</em> très espagnol auquel Eliogabalo fera force câlins, l’animal incarnant bien sûr la sexualité dans ce qu’elle peut avoir de plus résolu, mais aussi pour un Espagnol comme le metteur en scène une mort fatidique et ritualisée.</p>
<p><strong>Mais on l’a dit, le plus convaincant, c’est la musique</strong></p>
<p>On saluera d’abord l’orchestre <strong>La Scintilla</strong> tout en rebonds, en accents, en sève, en saveur, très solidement appuyé sur les basses avec de belles nuances fauves des bois baroques, et une direction nerveuse (les brefs épisodes dansés sont d’une pulsation irrésistible) de <strong>Dmitry Sinkovsky</strong>, qui dirige d’ailleurs violon à l’épaule l’un des plus beaux lamenti d’Alessandro, l’aria « Misero così va chi fedel t’adorò » à l’acte I. Le même chef s’offrira une autre coquetterie au tout début de la deuxième partie : celle de défaire son chignon, de secouer ses longs cheveux (« Wow ! » dans les hauteurs de la salle) et de chanter d’une voix de contre-ténor, haut perchée mais jolie dans sa ténuité, une aria fameuse de Cavalli, « Dammi morte o liberta », succès garanti avant qu’il ne refasse son chignon et ne reprenne le cours des choses.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="310" src="/sites/default/files/styles/large/public/eliogabalo_ohp_214_c_monika_rittershaus.jpeg?itok=d5o25hiI" title="Au premier plan Yuriy Mynenko et Mark Milhofer© Monika Rittershaus" width="468" /><br />
	Au premier plan Yuriy Mynenko et Mark Milhofer © Monika Rittershaus</p>
<p>À l’empereur, <strong>Yuriy Mynenko</strong> offre, non seulement une présence physique solide, très charnue-charnelle, mais aussi une voix de contre-ténor qui ne l’est pas moins, une voix qui possède à la fois de l’épaisseur et de la souplesse, avec l’ardeur qu’il faut à ce personnage puissant et voluptueux. Il enchaîne les lamenti, tous plus beaux les uns que les autres, « Sereni  splendori », « Deliri soavi », etc. tous à peu près bâtis sur le même plan, et toujours des vers de sept pieds, avec le même rayonnement et la même plénitude,<br />
	À sa victime préférée, Flavia Gemmina, <strong>Anna El Khashem</strong> apporte, non seulement une urgence, quelque chose d’électrique, de violent, y compris dans le désespoir, mais surtout une implication qui semble la pousser jusqu’aux limites de ce qu’elle peut donner, avec un soprano très projeté, où jamais ne se perd le contrôle du son (les vocalises restent impeccables), même quand le personnage semble frôler l’hystérie.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/eliogabalo_ohp_215_c_monika_rittershaus.jpeg?itok=Gxbd54gH" width="468" /><br />
	© Monika Rittershaus</p>
<p><strong>Beth Taylor, foudroyante</strong></p>
<p>L’une des voix les plus subjuguantes, c’est celle de <strong>Beth Taylor</strong>. Impressionnante de graves, de solidité, de rondeur, de puissance dramatique, elle donne au personnage de Giuliano une manière d’évidence, alors qu’évidemment, c’est un rôle travesti. Son lamento « T’inganni, pensiero » très riche de son, très plein, est superbe de pathétique. L’onctuosité du phrasé dans les moments de tendresse amoureuse, la fusion des timbres et des lignes vocales dans ses duos avec Anicia Eritea, tout cela est magnifique. L’ambiguïté vocale y redouble l’ambiguïté sexuelle. L’incertitude, le décalage, l’irréalisme sont évidemment au cœur de l’esprit baroque, et on ne peut qu’être troublé à entendre ces deux voix de femmes qui s’entrelacent.</p>
<p>L’autre personnage héroïque, c’est Alessandro, interprété par un contre-ténor. Comme on l’a dit plus haut, la voix de <strong>David Hansen</strong>, quand il monte très haut, frôle parfois le strident (mais ces notes aigres sont intéressantes d’un point de vue dramatique, et dans ses airs de déploration). En revanche, on ne peut qu’admirer sa ligne de chant, le brio des ornementations, et un brio infatigable. Son duo amoureux avec Flavia est l’un des grands moments de la partition, et ils sont bien beaux, tous deux enlacés.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/eliogabalo_ohp_262_c_monika_rittershaus.jpeg?itok=VFeYYfSK" title="Anna El-Khashem, David Hansen © Monika Rittershaus" width="468" /><br />
	Anna El-Khashem, David Hansen © Monika Rittershaus</p>
<p>Au chapitre des voix graves, il faut nommer le tonitruant Nerbulone de <strong>Daniel Giulianini</strong>, dont la voix bronzée, d’une puissance et d’une solidité héroïques, ajoute à l’ironie des scènes amoureuses bouffes entre lui et la nourrice dessinée par un <strong>Mark Milhofer </strong>déchainé ! Ce rôle d’intrigante de comédie shakespearienne, il le dessine à grand renfort d’humour et de second degré, un rôle dont la virtuosité, les vocalises et ornements en tous genres, n’ont évidemment rien qui puisse effrayer un ténor qui a tout chanté, mais qui semble avoir plaisir à en faire un numéro pittoresque, se troussant jusqu’aux cuisses sur la moto où l’entraînent le metteur en scène et le jeune Zotico.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/eliogabalo_ohp_263_c_monika_rittershaus.jpeg?itok=y6btVfFD" title="Joel Williams, Mark Milhofer © Monika Rittershaus" width="468" /><br />
	Joel Williams, Mark Milhofer © Monika Rittershaus</p>
<p><strong>Joel Williams </strong>est un ténor que dans un autre répertoire on dirait<em> di grazia</em><strong>.</strong> C’est une voix toute en finesse, et un chant élégant, toujours un peu dans l’ombre du ténor de composition qu’est ici Milhofer. Le reste du temps il joue avec élégance les objets sexuels languides, prenant de son maître des leçons de cynisme.</p>
<p><strong>Les trois dames</strong></p>
<p>Le trio féminin a la chance de s’appuyer sur deux chanteuses aux voix capiteuses et très intenses. <strong>Sophie Junker </strong>prête beaucoup de sincérité au personnage touchant d’Atilia Macrina, jeune femme éternellement déçue, quand elle supplie Alessandro de l’aimer, « ma giovinil bellezza ch’ancor di latte sa non ha velen – ma jeune beauté sent encore le lait », avant de se déshabiller et de s’offrir à lui (il se refusera), mais dans sa grande scène du deuxième acte, l’arioso « Vanne, o scoglio animato », suivi de l’aria « Servi e soffri mio core », sa noblesse d’accent, la beauté des phrasés colorent d’une profonde humanité ce personnage blessé, qui un peu plus tard se déchaînera dans une scène « des cravates » aussi absurde que celle des palmiers…</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/eliogabalo_ohp_216_c_monika_rittershaus.jpeg?itok=yiyTKrHO" title="Sophie Junker, Anna El-Khashem, Siobhan Stagg © Monika Rittershaus" width="468" /><br />
	Sophie Junker, Anna El-Khashem, Siobhan Stagg © Monika Rittershaus</p>
<p>Quant à <strong>Sioban Stagg</strong> (Anicia Eritea), séduite et abandonnée, ou plutôt violée et jetée, on la verra constamment digne avec son chignon banane et sa robe verte, après l’avoir découverte au lever de rideau dans les troubles et les bouleversements de la chair (coupable).<br />
	Elle sera particulièrement émouvante notamment dans son duo avec Giuliano au deuxième acte, un lamento à deux, comme elle le sera dans le tableau final : si, durant la seconde partie du spectacle, Calixto Bieito se sera fait plus discret, laissant Cavalli s’exprimer, il reviendra tout à la fin. De la fosse d’orchestre, montera une grande cage en grillage, où sera précipité l’empereur déchu, ridicule dans la robe blanche de son mariage grotesque avec Zotico. Alors s’élèvera le sublime quatuor final « Pur ti stringo, pur t’annodo », égal en beauté avec le « Pur ti miro » du <em>Couronnement de Poppée</em>, dont on estime, non sans raisons, qu’il est de Cavalli.</p>
<p>Pas de tête coupée, mais dans le silence et le noir, un simple sanglot. Émis par cette incarnation du mal qu’est Eliogabalo, pour lequel, comme le dit Calixto Bieito, on éprouve paradoxalement à la fin une manière de compassion.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="313" src="/sites/default/files/styles/large/public/eliogabalo_ohp_284_c_monika_rittershaus_0.jpeg?itok=dnhNBbpk" title="Yuriy Mynenko © Monika Rittershaus" width="468" /><br />
	Yuriy Mynenko © Monika Rittershaus</p>
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		<title>Beethoven, Intégrale des symphonies &#8211; Yannick Nézet-Séguin</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/beethoven-integrale-des-symphonies-yannick-nezet-seguin-fichue-neuvieme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 23 Oct 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Avis aux amateurs de streaming : ce coffret doit être acquis physiquement. Les différentes versions proposées en format virtuel sont à fuir, tant la prise de son y apparaît défigurée, même sur les plateformes « haute-définition ».  Le chef fait le choix d&#8217;un effectif plutôt léger et d&#8217;une approche aérée, de type « historiquement informée », mais &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>          Avis aux amateurs de streaming : ce coffret doit être acquis physiquement. Les différentes versions proposées en format virtuel sont à fuir, tant la prise de son y apparaît défigurée, même sur les plateformes « haute-définition ».  Le chef fait le choix d&rsquo;un effectif plutôt léger et d&rsquo;une approche aérée, de type « historiquement informée », mais il n&rsquo;y a qu&rsquo;un pas du dégraissage à l&rsquo;anorexie, et le format internet ne permet pas de goûter au subtil équilibre inventé ici.<br />
 <br />
C&rsquo;est que <strong>Yannick Nézet-Séguin </strong>a pas mal de choses nouvelles à proposer. Pas au niveau de l&rsquo;édition, en dépit des efforts marketing de Deutsche Grammophon pour nous convaincre. Le packaging du coffret et une notice prétentieuse à souhait enfoncent le clou : tout ce que nous allons entendre ici est inédit et inouï. Que l&rsquo;auditeur lambda ne s&rsquo;inquiète pas de ne percevoir aucune différence de texte à l&rsquo;écoute de cette nouvelle intégrale. L&rsquo;éminente professeure Beate Angelika Kraus, chargee par Breitkopf et Härtel de mettre au point ce <em>Urtext</em> finit par reconnaître elle-même que « bien sûr, de tels détails ne sont pas décelables à l&rsquo;écoute, mais ils reflètent la pensée de Beethoven et sont importants pour le texte en tant qu&rsquo;œuvre écrite.» Le talent des responsables de vente est sans limite&#8230;<br />
 <br />
Si YNS parvient à s&rsquo;imposer dans une discographie ultra-pléthorique, ce n&rsquo;est pas par des arguties musicologiques, mais bien par l&rsquo;incroyable énergie qui émane de sa direction. Comme dans ses intégrales Schumann et Mendelssohn. Il n&rsquo;est pas une minute où la vitalité n&rsquo;explose, avec un <em>drive</em> tout simplement irrésistible d&rsquo;allant et d&rsquo;optimisme. Certes, bien des chefs depuis Toscanini ont cultivé un Beethoven sec et impérieux, et la vague baroque n&rsquo;a fait que renforcer cette tendance, mais Nézet-Séguin ne se contente pas de filer à toute vitesse. Il « incarne » la force motrice avec mille détails, que ce soit le traitement des bois, merveilleusement étagés, ou dans une façon délicieuse de faire sonner les cuivres du <strong>Chamber Orchestra of Europe, </strong>qui semblent constamment prêts à en découdre et comme surgissant de l&rsquo;ombre à chaque sollicitation du chef. Idem avec des timbales qui ont mangé du lion.<br />
 <br />
Ce Beethoven hormonal donne des réussites particulièrement marquantes dans les <em>Première, Deuxième, Quatrième </em>et <em>Huitième,</em> qui sont celles auxquelles ce type d&rsquo;approche convient naturellement. De façon plus surprenante, les résultats sont tout aussi probants dans une <em>Héroïque </em>qui semble avoir été enregistrée sur le champ de bataile d&rsquo;Austerlitz, avec une cavalcade à faire tourner la tête, qui n&#8217;empêche pas le chef québecois de magnifier l&rsquo;un ou l&rsquo;autre détail au passage. Le même élan couplé à un sens du phrasé très personnel permet à la <em>Septième</em> de tenir un rang plus qu&rsquo;honorable. La <em>Pastorale</em> surprend positivement, tant c&rsquo;est là qu&rsquo;achoppent la plupart des interprètes modernes, par manque de couleurs. L&rsquo;orchestre sait s&rsquo;y montrer scintillant et n&rsquo;hésite pas à livrer un vibrato plus généreux pour rendre l&rsquo;idée d&rsquo;une contemplation de la nature. La <em>Cinquième </em>est un premier creux : en dehors de quelques « tics », comme l&rsquo;absence de point d&rsquo;orgue dans le premier thème, le chef semble à court d&rsquo;idées, et le fait d&rsquo;omettre la reprise du scherzo pour observer celle du finale déséquilibre l&rsquo;ensemble de la structure.<br />
 <br />
Hélas, la <em>Neuvième </em>suscite une déception pire encore. D&rsquo;abord parce que les attentes se sont accumulées au fur et à mesure de la découverte du coffret, et qu&rsquo;on attendait une version de référence, qui puisse porter fièrement les couleurs de la modernité face aux grands anciens. Mais le geste nerveux de YNS paraît soudainement un peu petit pour une œuvre qui prétend figurer le cosmos entier ; ce jeu constamment émacié et transparent ne fonctionne plus aussi bien lorsque le propos se charge d&rsquo;enjeux métaphysiques. C&rsquo;est particulièrement sensible dans l&rsquo;<em>adagio molto e cantabile</em>, pris a un tempo pourtant plus lent que le reste. Mais il ne suffit pas de traîner pour rendre un propos profond, et la mécanique orchestrale y tourne a vide. Le problème s&rsquo;aggrave dans le finale, avec un <strong>chœur Accentus</strong> de 45 chanteurs, qui ne fait tout simplement pas le poids malgré la qualité de sa préparation. D&rsquo;autant que ce qu&rsquo;on perd en impact physique, on ne le gagne pas nécessairement en transparence. C&rsquo;est dommage, parce que le plateau de solistes tient lui toutes ses promesses : <strong>Siobhan Shagg </strong>est comme en lévitation, <strong>Ekaterina Gubanova </strong>confirme son format dramatique, ici tout à fait en situation, <strong>Werner Güra</strong> se révèle capable d&rsquo;un héroïsme surprenant, et <strong>Florian Boesch</strong> articule son texte avec beaucoup de clarté. On sent que le chef d&rsquo;opéra a mis du temps à constituer son équipe, en tenant compte du mariage entre les timbres. Mais tout cela ne suffit pas à imposer une <em>Neuvième </em>à la hauteur des références de ces dernières années que sont Barenboim ou Blomstedt. Dans le style beethovenien sur-vitaminé, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd/beethoven-9e-symphonie-manfred-honeck-prenez-le-beethoven-express">Manfred Honeck était finalement plus convaincant et plus cohérent. </a>Un coffret à ranger dans la catégorie instrumentale de vos étagères.<br />
 </p>
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		<title>Siobhan Stagg / Orchestre national de France / Cristian Mu0103celaru — Paris (Radio France)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/siobhan-stagg-orchestre-national-de-france-cristian-macelaru-paris-radio-france-pale-sheherazade/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Pierre Rousseau]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 17 Oct 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A vue d&#8217;œil, l&#8217;auditorium de la Maison de la Radio et de la Musique était à peine à la moitié de sa jauge côté public, ce jeudi 13 octobre. Cristian Măcelaru et l&#8217;Orchestre national de France avaient pourtant choisi un programme original, remarquablement équilibré, dans la ligne que Radio France s&#8217;est fixée pour ses formations musicales &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>A vue d&rsquo;œil, l&rsquo;auditorium de la Maison de la Radio et de la Musique était à peine à la moitié de sa jauge côté public, ce jeudi 13 octobre. <strong>Cristian Măcelaru </strong>et l&rsquo;Orchestre national de France avaient pourtant choisi un programme original, remarquablement équilibré, dans la ligne que Radio France s&rsquo;est fixée pour ses formations musicales : primauté à la musique française. </p>
<p><strong>Psyché sans chœur</strong></p>
<p>Le bicentenaire de la naissance de César Franck (1822-1890) était le prétexte à entendre l&rsquo;un de ses ultimes chefs-d&rsquo;œuvre, trop rares au concert, son poème symphonique <em>Psyché</em>. Mais, alors que la collaboration avec le Palazzetto Bru Zane était fièrement affichée, pourquoi n&rsquo;avoir donné que les quatre extraits purement symphoniques, l&rsquo;œuvre, en sept « épisodes », faisant appel pour trois d&rsquo;entre eux à un chœur ? Alors que le Chœur de Radio France est allé donner et enregistrer à Liège la version intégrale de<em> Psyché</em>, sous une direction malheureusement bien prosaïque (un coffret Fuga Libera), pour quelle mystérieuse raison était-il absent d&rsquo;une production dans ses murs ? Belle occasion manquée. </p>
<p>À cette <em>Psyché</em> tronquée qui ouvrait le concert, succédait une autre figure de légende : <em>Shéhérazade</em>, le cycle de trois mélodies de Ravel (1903) sur des poèmes de Tristan Klingsor. Initialement annoncée, la jeune soprano égyptienne Fatma Saïd avait cédé la place à l&rsquo;Australienne <strong>Siobhan Stagg</strong>, qui avait revêtu pour l&rsquo;occasion une ample robe brodée de rouge et d&rsquo;or.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="263" src="/sites/default/files/styles/large/public/siobhan-stagg-csimon-pauly-o.jpeg?itok=WE0_7XNi" title="Siobhan Stagg (photo Simon Pauly / Radio France)" width="468" /><br />
	Siobhan Stagg © Simon Pauly / Radio France</p>
<p><strong>Pâle Shéhérazade</strong></p>
<p>Mais l&rsquo;habit ne fait pas l&rsquo;interprète, et si la voix ne manque pas de ressources – on l&rsquo;a déjà entendue sur les scènes françaises – on peine à distinguer ce soir l&rsquo;affirmation d&rsquo;une personnalité, malgré la beauté du timbre.</p>
<p>On sait combien le premier et le plus long poème du cycle – <em>Asie</em> – est délicat comme je l&rsquo;ai souvent entendu dire de chanteuses anglo-saxonnes&#8230; autant que d&rsquo;interprètes francophones. Ne serait-ce que le tout début – Asie répété trois fois, la troisième sonnant comme « Azu » –  Siobhan Stagg s&rsquo;efforce, sans toujours y parvenir, de dire le texte chantourné de Klingsor aussi clairement que possible, et sans doute trop occupée à cet exercice de diction, elle en oublie de conter, de raconter les désirs d&rsquo;évasion, les rêves de voyage « avec la goélette&#8230; qui déploie enfin ses voiles violettes comme un immense oiseau de nuit dans le ciel d&rsquo;or ». Le chef reste étonnamment prudent, placide, alors que Ravel fait surgir la houle. Un même sentiment de neutralité, de timidité presque, recouvre les deux mélodies suivantes – <em>La Flûte enchantée </em>et <em>L&rsquo;indifférent</em>. Des <em>tempi</em> trop alanguis ne rendent pas justice au travail du chef sur les timbres et les alliages sonores. En bis, Siobhan Stagg semble plus à son aise dans le délicat<em> Morgen</em> de Richard Strauss, dans son tendre dialogue avec le violon de <strong>Sarah Nemtanu</strong>.</p>
<p>On veut espérer que la jeune cantatrice australienne persévérera dans l&rsquo;art de la mélodie française. Quand on a réécouté Marylin Horne (avec Bernstein et le National, un « live » fameux de 1975), Felicity Lott (avec Armin Jordan) ou Anne-Sofie von Otter (avec Pierre Boulez, simplement idéal) pour ne prendre que quelques exemples d&rsquo;illustres aînées non francophones, on sait que l&rsquo;objectif est à sa portée. </p>
<p><strong>Cendrillon rutilante</strong></p>
<p>Cristian Măcelaru et l&rsquo;Orchestre national de France livraient en seconde partie une suite – choisie par le chef  – d&rsquo;extraits du ballet <em>Cendrillon</em> (1945) de Prokofiev. Bravo pour l&rsquo;originalité ! SI les suites de <em>Roméo et Juliette</em> sont régulièrement programmées – on ne s&rsquo;en plaindra pas –, l&rsquo;absence de l&rsquo;autre grand ballet de Prokofiev, composé précisément à la demande du Marinski de Leningrad après le succès de<em> Roméo</em> (1936) mais créé au Bolchoi à Moscou, est incompréhensible. En matière de profusion mélodique, de virtuosité orchestrale, le second ne le cède en rien au premier. Et ce soir chef et orchestre donnent véritablement le sentiment d&rsquo;être dans leur élément, brillant de tous leurs feux.</p>
<p>Ce concert a été redonné le 14 octobre à la MC38 à Grenoble et est toujours disponible à la réécoute sur le site de <a target="_blank" href="https://www.radiofrance.fr/francemusique/podcasts/le-concert-du-soir/cendrillon-de-prokofiev-par-siobhan-stagg-et-l-orchestre-national-de-france-dirige-par-cristian-macelaru-3964771" rel="nofollow">francemusique.fr</a></p>
<p> </p>
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