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	<title>Guillaume TOURNIAIRE - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Tue, 23 Jun 2026 06:50:09 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Guillaume TOURNIAIRE - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>OFFENBACH, Robinson Crusoé &#8211; Rennes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-robinson-crusoe-rennes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marcel Quillevere]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Jun 2026 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Robinson Crusoé, l’opéra-comique de Jacques Offenbach, a connu un engouement singulier de la part du public qui a rempli les théâtres coproducteurs du spectacle : le Théâtre des Champs Élysées en décembre 2025,  Angers Nantes Opéra dès le mois de mai 2026 avant de s’achever à Rennes lors de cinq représentations entre le 16 et &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Robinson Crusoé</em>, l’opéra-comique de Jacques Offenbach, a connu un engouement singulier de la part du public qui a rempli les théâtres coproducteurs du spectacle : le Théâtre des Champs Élysées en décembre 2025,  Angers Nantes Opéra dès le mois de mai 2026 avant de s’achever à Rennes lors de cinq représentations entre le 16 et le 24 juin, où un théâtre bondé à acclamé le spectacle. Il est vrai qu’à Rennes comme à Angers et Nantes, le plateau convient mieux à ce genre de répertoire que la grande scène du TCE à Paris. Forum Opéra à rendu compte des représentations de Paris le 5 décembre 2025 et de celles de Nantes le 3 juin 2026.<br />
Pourtant, force est de reconnaître qu’il ne s’agit pas là d’un chef d’œuvre d’Offenbach. Le compositeur semble souvent se chercher voire s’égarer dans des circonvolutions inutiles. Il fallait bien l’inventivité et le brio de la mise en scène de <strong>Laurent Pelly</strong> pour maintenir l’attention du public. Après une ouverture magnifiquement interprétée par l’orchestre, la première scène d’exposition, très longue – un véritable tunnel – désarçonne un instant le public avant que le ballet étourdissant imaginé par Pelly, lors des échanges entre les protagonistes, ne le maintienne attentif.<br />
Puis c’est soudain un véritable moment de grâce qui vient de la fosse et que le public, enfin intéressé, applaudit. Il s’agit de l’ouverture du deuxième acte intitulée « <em>Le chant de la mer</em> » qui évoque le départ de Robinson. Un début pianissimo où tous les instruments se répondent en murmurant à l’image d’une aube sur les vagues. Le pupitre des bois, sollicité sans cesse tout au long de la partition, est remarquable et l’Orchestre National de Bretagne capable de superbes couleurs confirme une fois de plus sa réputation d’excellence, le public lui réservant un triomphe au final. On retrouve cette émotion quand le violoncelliste <strong>Olivier Lacour</strong> intervient en solo et quand furtivement passe le beau thème que le compositeur utilisera bien plus tard dans ses <em>Contes d’Hoffmann</em>. Le chef <strong>Guillaume Tourniaire</strong>, qui avait fait des débuts remarqués, en 1998, au Grand Théâtre de Genève dans <em>Les Fiançailles au Couvent</em> de Prokofiev et <em>le Barbier de Séville</em> de Rossini a dirigé un peu partout, de Montréal à Sydney, de La Fenice de Venise à Prague et Wexford, avant de revenir enfin en France. Il est pour beaucoup dans le succès du spectacle. Le rythme qu’il tient à bout de bras ne faiblit jamais.<br />
Forum Opéra a déjà rendu compte de l’excellence de tous les chanteurs. Citons le ténor <strong>Pierre Derhet</strong>, aux aigus en demi-teintes lumineux au sein d’une ligne de chant sans faille, la soprano <strong>Catherine Trottman</strong>, capable de jouer les meneuses de revues et si touchante dans ses grands airs où elle se joue avec volupté des multiples suraigus et enfin la mezzo <strong>Mathilde Ortscheidt,</strong> au timbre sensuel et mordoré dans le personnage de Vendredi, sorte de poulbot attendrissant égaré dans les bas-fonds de New York tels que Laurent Pelly les a imaginés (Le chœur de l’Opéra de Nantes est impayable dans le ballet absurde des sosies de Donald Trump !).<br />
Le spectacle a été projeté le 18 juin sur écran géant devant l’opéra de Rennes, puis dans les villes de Nantes et d’Angers, où un public impressionnant se donne chaque année rendez-vous mais aussi, cette fois, dans 70 autres villes du grand ouest. Citons par exemple des lieux aussi insolites que Belle-Île-en-Mer ou l’île de Groix (et en différé à Jersey et Guernesey). En ce sens, l’Opéra de Rennes est un vrai précurseur et l’audace du directeur <strong>Mathieu Rietzler </strong>a payé : il a ainsi convaincu plusieurs municipalités d’accueillir enfin des opéras dans leurs théâtres comme à Lorient où la fosse, fermée depuis 15 ans, va rouvrir, ou dans certaines scènes nationales comme Quimper, St Brieuc et Brest (dont les saisons lyriques étaient prisées avant la deuxième guerre mondiale). Pas étonnant que l’Opéra de Rennes ait obtenu, le 15 juin dernier, le 1er prix du Syndicat de la Critique pour la diffusion musicale.<br />
La saison lyrique 2026-27, tellement foisonnante, où les opéras se joignent à la comédie musicale et à des créations appréciées par le public (ce n’est pas fréquent !) débutera par <em>Werther </em>dans la récente production de l’Opéra-Comique (voir Forum Opéra du 20 janvier 2026), <em>Pinocchio</em> de <strong>Philippe Boesmans</strong> dans une mise en scène de <strong>Sambre Kahan</strong>, en coproduction avec dix théâtres français et belges dont l’Opéra-Comique à Paris, <em>Cosi fan Tutte </em>de Mozart dirigé par le jeune et brillant chef canadien <strong>Nicolas Ellis</strong> (directeur musical de l’Orchestre de Bretagne) très aimé du public, <em>Platée </em>de Rameau en mai avec la soprano Catherine Trautmann, les musiciens de l’ensemble Caravaggio et le chœur <em>Mélismes</em> en résidence. Enfin, après <em>Orphée et Eurydice</em> de Gluck en juin la saison s’achèvera par la comédie musicale <em>No No Nanette</em> dans la version des <em>Frivolités Parisiennes</em> si applaudie à Paris et en tournée. Après le succès, cette saison, des légendes bretonnes de l’opéra <em>La Falaise des Lendemains</em> composé par l’élève de Catherine Collard, <strong>Jean Marie Machado</strong>, issu d’une famille italo-hispano-portugaise, sur un texte chanté en français, en anglais et…en breton, il faut signaler son ballet <em>Canto Brujo</em> pour soprano et danseuse flamenco qui fêtera le 150<sup>ème</sup> anniversaire de Manuel de Falla. L’Opéra de Rennes en proposant, comme la saison symphonique d’ailleurs, tant d’œuvres originales, accueille un public si vaste et varié que son directeur a supprimé les abonnements afin de permettre un brassage de spectateurs plus important. C’est bien ce qu’on appelle, pour un tel vaisseau lyrique tourné vers le grand ouest, avoir le vent en poupe !</p>
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		<title>OFFENBACH, Robinson Crusoé – Nantes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-robinson-crusoe-nantes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Jun 2026 04:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après avoir connu un beau succès au Théâtre des Champs-Élysées où elle était créée l’hiver dernier, la production de Laurent Pelly (en fait une coproduction avec Angers Nantes Opéra, Rennes et le Palazzetto Bru Zane) du rare Robinson Crusoé de Jacques Offenbach suit son périple et s’installe pour quelques jours à Nantes. L’œuvre est ici &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après avoir connu un beau succès au Théâtre des Champs-Élysées où elle était créée <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-robinson-crusoe-paris-tce/">l’hiver dernier</a>, la production de <strong>Laurent Pelly</strong> (en fait une coproduction avec Angers Nantes Opéra, Rennes et le Palazzetto Bru Zane) du rare <em>Robinson Crusoé </em>de Jacques Offenbach suit son périple et s’installe pour quelques jours à Nantes. L’œuvre est ici proposée avec un nouveau chef et une nouvelle distribution, à l’exception de la mère de Robinson interprétée par <strong>Julie Pasturaud</strong>, dans un bel écrin plus intime que la salle du TCE, où les décors imaginés par la scénographe<strong> Chantal Thomas</strong>, à commencer par la tournette du premier acte, s’intègrent parfaitement dans la structure du Théâtre Graslin. Et le public, non seulement, est au rendez-vous, mais acclame avec enthousiasme une œuvre dont on s’explique mal pourquoi elle n’a bénéficié que d’un demi-succès à sa création et une absence quasi totale sur les scènes françaises (plus rien depuis 1986). Certes, le sujet est délicat et le livret quasi inexploitable en l’état à l’heure actuelle. Mais Laurent Pelly et son équipe ont su actualiser le propos tout en évitant les écueils du « blackface » et du colonialisme (pour ne mentionner que deux aspects potentiellement problématiques de cette adaptation du roman de Daniel Defoe de 1719). Les dialogues permettent maintenant de souligner l’aspect onirique, quasi surréaliste et cynique d’un opéra entre comique et bouffe, tout en mettant en valeur les qualités de la partition et des airs. Ne serait-ce que pour se délecter des ensembles, trios, quatuors ou quintettes qui abondent dans une œuvre où, en principe, le héros est seul sur une île déserte avant de rencontrer Vendredi, on se délecte du choix de monter enfin cette rareté, ce qui a également permis à l’Avant-Scène Opéra de lui concocter un <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/offenbach-robinson-crusoe-avant-scene-opera/">excellent numéro</a> tout récemment.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/RB-ROBINSON-CRUSOE-PRE-GENERALE-85-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-214585"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Romain Boulanger</sup></figcaption></figure>


<p><em>Robinson Crusoé</em> mélange les genres et les pistes narratives : du naufragé solitaire aux chasseurs de trésor qui semblent sortis de l’<em>Île au trésor</em> de Stevenson aux histoires d’amours y compris encombrées (Vendredi s’éprend sans le savoir de la fiancée de Robinson) sans oublier les cannibales qui veulent offrir la blonde étrangère à leur divinité dans une ambiance très <em>King Kong</em> de 1933, il y a à boire et à manger dans cette fantaisie loufoque et débridée. La maison de Bristol (autrefois plaque tournante du commerce triangulaire anglais, rappelons-le) du premier acte permet, avec la déclinaison des motifs à carreaux verts et une esthétique British très années 1950, de montrer le carcan familial trop confortable duquel veut s’arracher Robinson. Le contraste avec le décor de l’île déserte n’en est que plus saisissant : c’est dans une série de tentes plantées devant des gratte-ciels sans âme que les naufragés sont réfugiés… L’idée est bonne, tout comme celle de situer la cuisine des cannibales dans une sorte d’élevage intensif où les morceaux de viande ne sont pas ceux auxquels ont est habitués (ou contre lesquels on se révolte, c’est selon) : la vision est percutante et l’on se délecte de cet humour noir que ne renierait pas un Tim Burton. Mais le clou réside dans l’apparition des cannibales tous clonés sur un modèle immédiatement reconnaissable : mèche blonde en banane, lunettes fumées, cravate rouge et costume bleu roi, le public explose de rire à l’arrivée de cette armée de répliques de Trump assoiffée de chair humaine. On s’amuse beaucoup et les interprètes sont merveilleusement bien dirigés.</p>
<p>Du Robinson de <strong>Pierre Derhet</strong>, on retiendra avant tout une diction exemplaire, où chaque mot est intelligible et correctement articulé : un vrai bonheur, mais qui entrave de fait par la méticulosité de la scansion un legato qu’on aurait aimé plus sensuel et affirmé ; mais c’est là un reproche d’enfant gâté. On se repaît de chacune des interventions sonores et percutantes du jeune ténor belge. Tout aussi réjouissante, la performance de la ravissante et délicieuse <strong>Catherine Trottmann</strong>, Edwige déchaînée qui ne fait qu’une bouchée des coloratures où elle diffuse tous les atouts de sa personnalité de femme fatale sachant mettre au pas son petit monde. Elle a cependant une concurrence de taille en la personne de la mezzo <strong>Mathilde Ortscheidt</strong> mieux que crédible en Vendredi auquel elle confère une grande noblesse et une très riche palette émotionnelle. L’émotion affleure sans cesse et l’on écoute avec ravissement ce timbre beau aux riches textures. <strong>Marc Scoffoni</strong> incarne avec gourmandise et une grande maîtrise le rôle savoureux du cuisinier Jim Cocks, roulant des mécaniques et du biceps comme un authentique culturiste. Très drôles eux aussi, le couple truculent de Suzanne et Toby formé par la délicieuse <strong>Apolline Raï-Westphal</strong> et un <strong>Kaëlig Boché</strong> fougueux et vaillant. Les autres interprètes complètent harmonieusement la distribution.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/RB-ROBINSON-CRUSOE-PRE-GENERALE-153-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-214590"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Romain Boulanger</sup></figcaption></figure>


<p>Prenant le relais de Marc Minkowski après le TCE, <strong>Guillaume Tourniaire</strong> fait honneur à la partition d’Offenbach, dont il fait ressortir avec conviction les beautés et la richesse. Le chef français, amateur de raretés, est visiblement à l’aise avec ce répertoire. L’<strong>Orchestre National des Pays de la Loire</strong> semble s’être très bien entendu avec lui et le résultat est jouissif. Après Angers puis Nantes, Rennes accueillera le spectacle du 16 au 24 juin.</p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Opéra sur écrans 2026 | &quot;Robinson Crusoé&quot; de Jacques Offenbach" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/r4mb3r7r-Eo?start=26&amp;feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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<p>Et comme chaque année, l’opération « Opéra sur écrans » se poursuit. Le jeudi 18 juin à 20h, le spectacle sera diffusé gratuitement sur écrans géants (notamment devant le théâtre Graslin à Nantes, la Place du Ralliement à Angers ou la Place de la Mairie à Rennes), dans plus de 75 villes et lieux culturels (cinémas, salles de spectacles, maisons de la culture, etc.), essentiellement en Bretagne, Pays de la Loire et région Centre, sans oublier un partenariat avec Sarrebruck en Allemagne ainsi que Jersey et Guernesey. Plus de 12 000 spectateurs avaient assisté à la <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-flute-enchantee-nantes/">Flûte enchantée</a></em> l’année passée. Et c’est sans compter sur le streaming assuré par France.tv, le site internet de France 3 régions et les chaînes locales, dont Angers Télé, Télénantes ou encore TV Vendée. Autant dire que le spectacle de cette année devrait faire de nombreux adeptes et contribuer à former le public de demain, ce qui est tout à fait rassurant. Tous les lieux figurent sur la <a href="https://www.angers-nantes-opera.com/opera-sur-ecrans-2026-robinson-crusoe">page dédiée</a>.</p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="🎬 TRAILER / Robinson Crusoé I J. Offenbach" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/h4zzi697NTk?start=2&amp;feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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		<title>Saint-Etienne 2026-27 : honneur au lyrique !</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/saint-etienne-2026-27-honneur-au-lyrique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 06 May 2026 05:26:27 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Une lecture superficielle et précipitée du programme 2026-27 de l&#8217;Opéra de Saint-Etienne, dévoilée le 3 mai, peut surprendre : quatre opéras seulement, auxquels s’ajoutent les Carmina Burana, pour les fêtes… Ce serait se méprendre gravement. En effet, les spectacles lyriques structurent toujours la saison, qui fait la plus large part au chant. Une Carmen, avec &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Une lecture superficielle et précipitée du <a href="https://opera.saint-etienne.fr/otse/saison-26-27/spectacles//type-lyrique">programme 2026-27 de l&rsquo;Opéra de Saint-Etienne</a>, dévoilée le 3 mai, peut surprendre : quatre opéras seulement, auxquels s’ajoutent les <em>Carmina Burana</em>, pour les fêtes… Ce serait se méprendre gravement. En effet, les spectacles lyriques structurent toujours la saison, qui fait la plus large part au chant.</p>
<p>Une <em>Carmen</em>, avec dialogues parlés, où <strong>Héloïse Mas</strong> reprend le rôle, mise en scène par <strong>Christophe Rico,</strong> en ouverture.</p>
<p>Jamais monté depuis 1905, l’opéra de Mermet, <em>Roland à Roncevaux</em>, retrouvera vie à la faveur de la collaboration avec le Centre de musique romantique française (Palazzetto Bru Zane). C’est <strong>Hervé Niquet</strong> qui dirigera, la mise en scène étant confiée à <strong>Jean-Romain Vesperini</strong> (en mars).</p>
<p>Suivra, en avril-mai, le <em>Roméo et Juliette</em> de Gounod (<strong>Jean-Yves Ruf</strong> / Christian Lacroix), offerte à l’Opéra-Comique en période de pandémie COVID, avec une direction et une distribution totalement renouvelées (<strong>Guillaume Tourniaire</strong>, <strong>Cyrille Dubois</strong>, <strong>Florie Valiquette</strong>…).</p>
<p>En juin, ce sera une <em>Turandot</em>, qui ira ensuite à Tours, coproduction oblige. <strong>Giuseppe Grazioli</strong>, chef permanent de l’Orchestre de l’Opéra de Saint-Etienne, spécialiste du répertoire italien, en assurera la direction. <strong>Nicola Berloffa</strong> signera la mise en scène, et <strong>Alexandra Marcellier</strong> sera Liù (tous les Stéphanois gardent en mémoire la <em>Madame Butterfly</em>, qui marqua son envol international, en novembre 2021).</p>
<p>S&rsquo;ajoutent à ces productions d&rsquo;autres spectacles lyriques dont l’intérêt n’est pas moindre : en octobre <em>The Opera Locos</em>, imprégné d’humour, où cinq chanteurs, dont <strong>Florian Laconi</strong>, se disputent Mozart, Puccini, Rossini et Verdi ; <em>Didon et Enée</em>, par Les Surprises, avec <strong>Blandine de Sansal</strong>, en décembre ; <em>Broadway Rhapsody</em>, le mois suivant, sera l’occasion de se réjouir avec Cyrille Dubois, et avec <strong>Jean-Michel Founereau</strong> auquel on doit la réalisation ;<em> Dites-le donc avec des fleurs</em>, où l’amour est mis en question, par trois chanteurs, avec le concours de Mozart, Rossini, de la comédie musicale et de l’opérette, en mars.</p>
<p>Il faudrait ajouter, en novembre, le concert de l’Ensemble orchestral contemporain, que dirige <strong>Bruno Mantovani</strong>, où le monodrame de Philippe Manoury pour contralto et ensemble sera donné, avec deux créations de Suzanne Giraud et Claude Ledoux. Sans en oublier deux autres de <em>Canticum Novum</em>, où la voix d’<strong>Emmanuel Bardon </strong>est essentielle (décembre et mars).</p>
<p>Ajoutons que cinq des sept <em>Afterworks de l’Opéra</em> illustrent le chant lyrique. Saint-Etienne nous promet une somptueuse saison. A la tienne, Etienne !</p>
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		<title>SILVER, La Belle au bois dormant &#8211; Saint-Étienne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/silver-la-belle-au-bois-dormant-saint-etienne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre Venissac]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Apr 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>124 ans, c’est le temps qu’il aura fallu pour que cette Belle au bois dormant retrouve la scène après sa création, surpassant ironiquement la durée du sommeil de son héroïne. Créée en province, l’œuvre n’a jamais été reprise dans les salles parisiennes : le succès d’estime n’aura pas suffi à la préserver de l’oubli. A &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>124 ans, c’est le temps qu’il aura fallu pour que cette Belle au bois dormant retrouve la scène après sa création, surpassant ironiquement la durée du sommeil de son héroïne. Créée en province, l’œuvre n’a jamais été reprise dans les salles parisiennes : le succès d’estime n’aura pas suffi à la préserver de l’oubli. A l’heure où des maisons d’opéra bien plus subventionnées se contentent d’appliquer des recettes connues, il faut saluer l’audace de l’Opéra de Saint-Étienne pour inscrire une telle redécouverte dans sa programmation. Pari gagné, le succès public est retentissant aux saluts.</p>
<p>Il faut dire que cette « féerie lyrique » a bien des atouts à faire valoir. La musique de Charles Silver emprunte beaucoup à son maître Massenet, que ce soit par la séduction harmonique immédiate ou par la souplesse de la ligne vocale. Pour 1902, l’écriture regarde beaucoup vers le passé, avec également des influences wagnériennes. Bien orchestrée, flatteuse vocalement, émouvante et contrastée, la partition vaut par son charme et son efficacité. La fin du premier acte en particulier est une vraie réussite, avec un duo d’amour extrêmement délicat. Le livret s’accorde deux libertés majeures avec le conte de Perrault. La Fée Urgèle condamne Aurore à mourir le jour où elle rencontrera l’amour : ainsi pas de fuseau ni d’épine dans cette version, mais un premier baiser (consenti qui plus est !). Par ailleurs, Carré et Collin rajoutent une sous-intrigue comique avec le couple de paysans formé par Jacotte et Barnabé. Ce dernier est persuadé par la méchante fée qu’il est légitime à réveiller Aurore, ce qui crée des ruptures de tons assez drôles dans les actes II et III. La dramaturgie d’ensemble se tient plutôt très bien, et accorde une place prépondérante à l’antagonisme entre Urgèle et Primevère, la fée bienfaitrice. Comme souvent avec le genre des opéras féeriques, le livret indique moult effets scéniques spectaculaires, entre décors mouvants, rideau de brume, et animaux sur scène.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_3226-1294x600.jpeg" alt="" />© Cyrille Cauvet</pre>
<p><strong>Laurent Delvert</strong> fait le choix d’évoquer ce champs du merveilleux plutôt que de le représenter littéralement, avec une poésie désarmante. Avec l’aide de la scénographie de <strong>Zoé Pautet</strong> et des lumières de <strong>Nathalie Perrier</strong>, la magie naît de subtiles modifications du décor et de l’éclairage, notamment par de simples jeux de rideaux. Par cette épure relative, on apprécie d’autant plus la tendresse de cette production. L’omniprésence des fées autour de la princesse, un prince moins fanfaron qu’à l’accoutumée, la mélancolie d’Aurore…ces aspects sont dans le livret, mais aussi particulièrement valorisés par la direction d’acteurs. Lisible, délicate et personnelle, c’est tout ce qu’on attend d’une bonne mise en scène, avec en plus le sentiment agréable qu’elle a été conçue en équipe et pour les interprètes.</p>
<p>Toute la distribution a été constituée avec un soin qui force le respect, entre jeunes noms et artistes reconnus mais peu médiatiques. Même le rôle parlé de la fée Primevère, certes très important scéniquement, est confié à <strong>Anne-Lise Polchlopek</strong>, superbe mezzo qu’on n’a ici guère l’occasion d’entendre. Elle s’acquitte cependant avec beaucoup de dignité et d’éloquence des textes qui lui sont attribués, alors qu’il s’agit de la vraie faiblesse de l’œuvre. <strong>Antoine Foulon</strong> ne fait qu’une bouchée des deux rôles qui lui incombent, tandis que <strong>Philippe-Nicolas Martin</strong>, avec le beau rôle du Roi, a l’occasion de faire valoir la noblesse de son baryton lyrique. Avec leur couple paysan, <strong>Héloïse Poulet</strong> et <strong>Matthieu Lécroart</strong> font mouche grâce à une énergie bouffe irrésistible, et on a l’occasion avec le rôle du page d’apprécier d’autant plus la voix très facile de la première.<strong> Julie Robard-Gendre</strong> en Urgèle revancharde continue de prouver qu’elle est l’une des mezzos françaises qui comptent, par ce timbre unique, cette facilité sur tout l’ambitus, et un charisme scénique irrésistible. Aurore est incarnée par <strong>Déborah Salazar</strong>, qui lui prête une délicatesse et une intelligence du texte extrêmement émouvantes. Sa voix, souple et lumineuse, ne va qu’en s’épanouissant au fil de la représentation jusqu’à signer avec son réveil au dernier acte l’un des plus beaux moments de chant de la représentation. Enfin, si <strong>Kévin Amiel</strong> impressionne par ses moyens vocaux et son endurance dans les rôles des princes, il séduit d’autant plus par sa capacité à nuancer, à chercher des aigus piano et à explorer scéniquement une certaine vulnérabilité face à Aurore. Comme pour chaque chanteur de la production, le français est aussi clair qu’il est incarné.</p>
<p>Le <strong>Chœur Lyrique Saint-Etienne Loire</strong>, préparé par <strong>Laurent Touche</strong>, ne souffre d’aucun défaut d’implication et de précision, et se montre en grande forme. Il en va de même de l’<strong>Orchestre Symphonique Saint-Etienne Loire</strong>, dont on apprécie particulièrement l’harmonie, très sollicitée : le hautbois dans le prologue par exemple, ou les cors dans les passages d’inspiration germanique. <strong>Guillaume Tourniaire</strong> dirige cette musique avec beaucoup de souplesse et une attention particulière aux timbres, sans jamais que le plateau ni la fosse ne se trouvent mis à mal en terme de mise en place. On a peine à croire qu’il ne s’agit là que de la deuxième représentation d’une œuvre jamais jouée tant le résultat est abouti.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_3228-1294x600.jpeg" alt="" />©️Cyrille Cauvet</pre>
<p>La Belle au bois dormant n’est pas un chef-d’œuvre, et Charles Silver n’est pas un génie oublié. Défendue avec ce sérieux, cette intelligence et cette compétence, ce n’en est pas moins une œuvre attachante, riche en beautés, et qui a su ici inspirer un spectacle abouti sur tous les plans. Pour les malheureux qui n’ont pas pu assister à l’une des deux représentations, le Palazzetto Bru Zane a sorti ce 24 avril l’enregistrement de l’opéra fait à Budapest l’an dernier, avec une distribution entièrement différente à l’exception du rôle de Barnabé. Julien Dran, Kate Aldrich, Thomas Dolié… voilà des arguments suffisants pour découvrir cette belle endormie.</p>
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		<title>SAINT-SAËNS, Samson et Dalila &#8211; Saint-Etienne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/saint-saens-samson-et-dalila-saint-etienne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 May 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Donnée à Kiel en octobre 23, pour 12 représentations durant la saison, cette production de Samson et Dalila renvoie aux conditions de la création de l’ouvrage. En effet, créé à Weimar (1), où le projet d’oratorio avait fait place à un ambitieux opéra biblique, il ne fut donné en France (Rouen, puis Paris) qu’en 1890. &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Donnée à Kiel en octobre 23, pour 12 représentations durant la saison, cette production de <em>Samson et Dalila</em> renvoie aux conditions de la création de l’ouvrage. En effet, créé à Weimar (1), où le projet d’oratorio avait fait place à un ambitieux opéra biblique, il ne fut donné en France (Rouen, puis Paris) qu’en 1890. La « profanation » d’un épisode biblique fut sans doute la première raison de la réticence des scènes françaises à le monter (2), il y a aussi le souvenir douloureux de la Commune, alors que l’opéra exalte la révolte qui libère de l’oppresseur&#8230; <em>Samson</em> n’était pas reparu à Saint-Etienne depuis 2008. Il était donc temps de le retrouver. De cette extraordinaire soirée, on retiendra beaucoup d’éléments. D’abord une mise en scène résolument distanciée, où toute l’équipe fait un, affûtée. Elle captive, toujours esthétique et efficace, et fait oublier les quelques faiblesses vocales ou l’incarnation inaboutie de telle ou tel personnage.</p>
<p>Trois noms à retenir, déjà : ceux de <strong>Immo Karaman</strong>, de <strong>Guillaume Tourniaire</strong> et de <strong>Laurent Touche</strong>, auxquels on doit l’excellence de la mise en scène, de la direction musicale et des chœurs. Le premier, inconnu de nos scènes, nous vaut, avec son équipe, un spectacle aussi éblouissant que captivant. La mise en scène, les décors, costumes et éclairages, comme la vidéo nous viennent d’Outre-Rhin, comme déjà dit. Et c’est un choc. Heureusement oubliés le peplum façon Cecil B. de Mille, comme la dernière contextualisation avignonnaise. Cependant, sans outrances, la force, l’énergie, l’orientalisme sensuel sont traduits de façon efficace auxquels concourent, le dépouillement, la pureté des lignes, une beauté plastique qui ne se démentiront jamais. Chaque tableau est un régal. Les images de « L’aube qui blanchit déjà les coteaux », suivies de la bacchanale, puis de la figuration du temple avant son écroulement resteront longtemps gravées dans la mémoire des auditeurs.</p>
<p>Le Prélude, accablé, retenu, intensément dramatique, voit se lever très lentement le rideau de scène sur un espace dépouillé à l’extrême, dont le chœur (des Hébreux), aux costumes uniformes et noirs, forme le bloc central, géométrique, qui s’animera, individuellement, au fil des progressions. La gestique, la direction d’acteur seront un des points forts de cette production, qui associe, fusionne, dix danseurs avec les chanteurs. Les lumières, très travaillées, et des vidéos occasionnelles, pertinentes, suggestives, participent à la beauté et à l’émotion visuelle. Atteignant au grandiose et au sublime, loin du réalisme (3) comme de l’anecdote, cette passionnante mise en scène, intemporelle, de portée universelle, témoigne du métier le plus sûr et il serait dommage que sa diffusion s’arrête au terme des représentations stéphanoises.</p>
<p><strong>Guillaume Tourniaire</strong> impose une direction exemplaire et efficace : l’orchestre et le chœur – préparé avec art par <strong>Laurent Touche</strong> – seront captivés et donneront le meilleur d’eux-mêmes, animés, clairs, avec la plus large palette expressive. Malgré la complexité de l’écriture, des enchaînements, des mouvements scéniques, toujours la musique nous fascine par sa beauté et son expression dramatique. Les nuances extrêmes, les progressions, les équilibres sont ménagés avec art, les voix connaissent le plus bel écrin. Les effluves de la nuit orientale du II, que seules la musique et la chorégraphie illustrent ce soir, sont un bonheur.</p>
<p>Un large bandeau tombant des cintres s’incurve vers la salle. Modelé par les éclairages et la vidéo, il constituera l’élément permanent des trois actes, le deuxième esquissant la silhouette d’une maison, qui abritera la scène de séduction de Dalila ravissant la chevelure de Samson, puis un étagement de sept fenêtres sur cinq niveaux, qui se réduira à celles de sa base avant l’effondrement du temple. L’opposition du noir et du blanc domine, déclinée sous toutes ses formes, décors et costumes, avec des éclairages qui, avec la vidéo, servent merveilleusement le propos.</p>
<p>La distribution, totalement nouvelle, francophone, se signale par son engagement, mais ne tient pas toutes ses promesses. Samson, que chante pour la première fois <strong>Florian Laconi, </strong>nous laisse un peu sur notre faim. L’envergure n’est pas celle d’un héros, prophète et meneur, avec ses faiblesses et sa fragilité. Les moyens semblent amoindris, et l’engagement indéniable de notre ténor ne les supplée pas. Le souffle n’a plus la longueur attendue, un vibrato démesuré altère tout soutien et toute projection, les aigus à l’arraché sont douloureux. Il n’y a que dans la plainte, dans les demi-teintes, au dernier acte que le chant se fait émouvant. Même sans meule, l’air correspondant bouleverse. L’humanité douloureuse de Samson se traduit essentiellement par un jeu convaincant.</p>
<p>Dalila, un des rôles les plus exigeants, les plus lourds du répertoire lyrique, appelle des qualités peu communes. Il se construit sur le temps.<strong> Marie Gautrot</strong>, après l’avoir incarnée en Avignon, la <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/saint-saens-samson-et-dalila-avignon/">saison passée</a>, confirme l’opulence du timbre, ensoleillé, l’émission arrogante et l’aisance constante. La voix est longue et souple. Bien sûr, « Mon cœur s’ouvre à ta voix », qui a largement contribué au succès de l’ouvrage, appelle les acclamations du public. Ses deux duos avec le Grand-prêtre atteignent à une vérité dramatique et musicale peu commune. Petite réserve, le jeu de la séductrice ambiguë ne convainc pas toujours : la sensualité reste en-deçà des attentes, particulièrement dans les scènes où elle est accompagnée par les danseurs.</p>
<p>Le Grand prêtre de Dagon, en dehors des deux grands duos signalés, n’a qu’un air (« Maudite soit à jamais la race »). <strong>Philippe-Nicolas Martin </strong>impressionne par son autorité, sa puissance et son style. Une belle leçon de chant comme on l’aime. Les deux basses de la distribution (le satrape de Gaza, Abimélech, et le Vieillard hébreu) n’appellent que des éloges. L’un de nos chanteurs les plus prometteurs, <strong>Alexandre Baldo</strong>, le premier, malgré la brièveté de son intervention, s’impose dès son récit « Qui donc élève ici la voix ? » qui l’oppose à Samson. La qualité du chant, de la diction, de l’expression méprisante impressionne, et il s’impose comme le vainqueur &#8211; vocal – de l’affrontement. L’intervention de <strong>Louis Morvan</strong>, le vieillard hébreu, préparée par le chœur des basses à l’unisson, est un moment de félicité radieuse. Les deux Philistins, le messager n’appellent que des éloges.</p>
<p>Le chœur, tour à tour des Israélites, des vieillards hébreux, puis des Philistins, est sollicité abondamment. Non seulement la mise en place relève de la perfection, mais l’émission, l’intelligibilité, la dynamique nous ravissent. Une grande et magnifique soirée, forte en émotions, qui n’aura laissé personne indifférent : les longues ovations en témoignent.</p>
<ul>
<li>
<pre>(1) « sans Liszt [qui stimula son écriture et le créa à Weimar], <em>Samson</em> n’existerait pas » disait Saint-Saëns. 
(2) Encore qu’en 1743, mais on était en pays anglican, le public londonien avait fait un triomphe au <em>Samson</em> de Haendel, oratorio si proche de l’opéra qu’on le porte régulièrement à la scène. 
(3) Malgré la dimension intemporelle et universelle du message délivré, comment ne pas penser au drame qui, de nouveau, se joue actuellement à Gaza ?</pre>
</li>
</ul>
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		<title>BRITTEN, A Midsummer Night&#8217;s Dream &#8211; Lausanne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/britten-a-midsummer-nights-dream-lausanne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Dec 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>D’abord il y a Shakespeare et son prodigieux, insolent, mélange des genres. Et puis il y a la partition de Britten, insaisissable, légère, virevoltante. Et un orchestre qui semble se jouer de ses difficultés, or ce ne sont que ponctuations, scintillements, touches de couleurs, et si parfois s’élève une large phrase généreuse, elle s’arrête très &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>D’abord il y a Shakespeare et son prodigieux, insolent, mélange des genres. Et puis il y a la partition de Britten, insaisissable, légère, virevoltante. Et un orchestre qui semble se jouer de ses difficultés, or ce ne sont que ponctuations, scintillements, touches de couleurs, et si parfois s’élève une large phrase généreuse, elle s’arrête très vite, de peur d’ennuyer ou de peser, partition chambriste et joueuse, si différente de ce qu’on connaît de Britten.<br>Ensuite il y a une mise en scène poétique, aérienne, immatérielle, un merveilleux dont on a l’impression qu’il est fait avec trois fois rien (impression fausse), une mise en image qui nécessite une brigade de machinistes virtuoses. «&nbsp; C’est très technique&nbsp;», <a href="https://www.forumopera.com/dossier/les-grands-entretiens-de-charles-sigel/">nous avait confié <strong>Laurent Pelly</strong></a>. Et, de fait, on ne voit pas les coutures. Une mise en scène qui se met à l’unisson du mélange des genres shakespearien. Aussi bien le merveilleux, le féérique, que la farce bonhomme du troisième acte.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/OpLaus_Le-Songe_12.2024_PG¸CaroleParodi_web-1037-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-179797"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Faith Prendergast et Christopher Lowrey © Carole Parodi</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Tout en osmose</strong></h4>
<p>Mais, de même que la musique de Britten se fait servante des mots du texte, et virevolte avec eux (exemple : la première apparition d’Obéron ponctuée de notes graciles du célesta, interrompues par la trompette et le tambour emblématiques de Puck), de même la mise en scène et la direction d’acteurs : calquées aux humeurs changeantes du texte, et aux bondissements de la partition. Et c’est peut-être de là que vient la magie, de cette versatilité, de cette agilité, de cette osmose.</p>
<p>Il y a aussi quelque chose à dire à propos du <em>cast</em> : c’est qu’il est presque dans sa totalité anglophone. Et comme Britten joue avec toute l’histoire de la musique anglaise, qu’il connaît évidemment son Purcell de l’intérieur, on a l’impression que tous ces chanteurs possèdent comme lui de naissance l’émission, les phrasés, la diction, et surtout le plus difficile : l’accent. L’esprit en un mot. Qu’ils sont naturellement shakespeariens.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/OpLaus_Le-Songe_12.2024_PG¸CaroleParodi_web-0928-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-179795"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Heather Lowe, Michael Porter, James Newby, Aoife Miskelly © Carole </sub><sup>Parodi</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Un théâtre musical ou le chant par surcroît</strong></h4>
<p>Autre chose encore : si Laurent Pelly depuis quelques années se consacre à l&rsquo;opéra, il est d’abord homme de théâtre. D’où l’impression que tous ces comédiens chantent par surcroît… (et comment !). C’est <strong>Guillaume Tourniaire</strong> (merveilleux chef qui fait tellement la paire avec Pelly) qui prenait pour nous l’exemple du quatuor des jeunes amoureux au deuxième acte, qui, chanté au concert et partition en main, serait déjà d’une difficulté périlleuse. Or Laurent Pelly les fait pousser leurs lits à roulettes, avec lesquels ils miment une bataille navale, bondir comme des cabris sur leurs matelas, comme des enfants surexcités par une bataille de polochons (on songe à Peter Pan ou à <em>Zéro de conduite,</em> le film de Jean Vigo)… Mais comme tout cela est fait avec chic et dans le mouvement, on ne songe même pas à s’étonner de la performance.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/OpLaus_Le-Songe_12.2024_PG¸CaroleParodi_web-1242-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-179800"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Les « rustics » © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>L’esprit d’enfance</strong></h4>
<p>Mais on nous permettra deux mots de description. La scène est noire, propice à tous les sortilèges. « Une boîte obscure, un espace totalement ouvert, comme le cosmos », écrit Laurent Pelly. De fait, les mille petites lumières qui ponctuent cet espace pourraient être les astres de la nuit. Une nuit traversée par les lumignons des elfes, quelques points lumineux autour de leur visage, qu’éclaire faiblement, chacun, son petit projecteur personnel. Les mouvements de ces elfes en collants noirs qu’on devine dans l’obscurité ajoutent à l’onirisme. Merveilleuse prestation des vingt-six membres de la <strong>Maîtrise Opéra du Conservatoire de Lausanne</strong> (surtout des filles d’ailleurs) et des quatre solistes qui s’en détachent, qui chantent le Britten comme si cette langue musicale, avec ses lignes capricieuses, leur était facile.</p>
<h4><strong>Les artisans de la féerie</strong></h4>
<p>À propos de lumière, les personnages principaux de la féérie, notamment le roi et la reine des fées, Obéron et Tytania, sont éclairés l’une et l’autre par des projecteurs de poursuite (très technique, on le disait…) et leur première apparition n’en sera que plus magique, sidérante : on les croit d&rsquo;abord suspendus par des haubans. Mieux que cela, ils sont portés chacun par un bras télescopique invisible, deux <em>Loumas</em> qui les font monter, descendre, voler au-dessus de la fosse, dans des effets de proximité et de lointain. D’irréel surtout. D’autant plus épatants qu’on essaie de voir «&nbsp;comment c’est fait&nbsp;». Laurent Pelly avait déjà utilisé ce procédé pour les <em>Contes d’Hoffmann</em> et pour le Feu de son merveilleux <em>Enfant et les Sortilèges</em>.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Le-songe-dune-nuit-d‚t‚-g‚n‚rale-piano@Carole-Parodi-Op‚ra-de-Lausanne-1-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-179568"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Marie-Eve Munger et les elfes © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>Oberon a un double, un factotum, une manière de lutin calamiteux, ce Puck qui «&nbsp;effraie les jeunes filles et empêche la bière de fermenter&nbsp;» (entre autres méfaits). Prodigieuse composition de la minuscule <strong>Faith Prendergast</strong>, bondissante, glapissante, silhouette en caoutchouc mousse tombant des cintres et qui est comme une maquette, un pastiche d’Oberon, même coiffure, même maquillage, et, petit détail très Laurent Pelly, si Oberon est torse nu sous son smoking, c’est que Puck lui a fauché sa chemise (donc trop grande pour lui) et son nœud pap.</p>
<p><strong>Christopher Lowrey</strong> est un superbe Oberon. Supplément de merveilleux, il chante en contre-ténor avec un naturel si déconcertant qu’il n’y a là rien d’artificieux, mais une indéfinissable évidence. Comme dans sa manière de passer du <em>quasi parlando</em> au chant, et dans ses phrasés souples et insinuants (voir son monologue «&nbsp;Welcome, wanderer&nbsp;» au premier acte, sur un tissu orchestral sans cesse changeant, chambriste, coloré).</p>
<p><strong>Marie-Eve Munger</strong> (qui avait été de la création de <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/le-songe-dune-nuit-dete-lille-un-songe-sans-frondaison/">cette production à l’Opéra de Lille en 2022</a>) dessine une Tytania voluptueuse, fière de ses appas, et semble se jouer d’une partition qui, ironiquement, multiplie les vocalises, les coloratures, dans un second degré réjouissant (de même que ses attitudes pulpeuses), et sa voix est dans une forme éblouissante. Son monologue «&nbsp;Come, now a roundel, and a fairy song&nbsp;» à la fin du premier acte, accompagné par des caresses de cordes graves, est une manière de catalogue de chausse-trappes pour soprano, coloratures, suraigus, sons filés, qu’elle tricote avec un brio et une humour réjouissants. mais son air «&nbsp;de sommeil&nbsp;», «&nbsp;Sleep thou&nbsp;», dans les bras de Bottom-à-la-tête-d’âne sera ravissant d’alanguissement.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/OpLaus_Le-Songe_12.2024_PG¸CaroleParodi_web-0647-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-179791"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>David Ireland et Marie-Eve Munger © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>En miroir de <em>Cosi</em></strong></h4>
<p>Même extrême qualité vocale pour les quatre amoureux, qui se promènent pendant tout l’opéra dans leurs pyjamas de pilou (et un marcel pour Demetrius). On sait que Puck, toujours gaffeur, va saupoudrer les yeux de ces dormeurs de la poudre qu’il aura recueillie d’une fleur magique. De sorte que les couples seront bouleversés : Lysander, ténor amoureux d’un mezzo, Hermia, va s’éprendre d’un soprano, Helena, tandis que le baryton Demetrius, épris de ce soprano, va tout à coup s’enflammer pour le mezzo. Autrement dit, comme dans <em>Cosi fan tutte</em>, se reconstitueront de vrais couples vocaux pour le temps du déguisement chez Mozart, pour le temps du sortilège chez Britten, avant que tout revienne au <em>statu quo</em> bancal du début…</p>
<p>Un timbre très clair et beaucoup de projection, un art de dire les mots autant que de les chanter, chez <strong>Michael Porter</strong> (Lysander), beaucoup de chaleur chez <strong>Heather Lowe</strong> (Hermia) et un timbre naturellement dramatique, une vigueur très impérieuse chez <strong>James Newby</strong> (Demetrius), une belle agilité chez <strong>Aolfe Miskelly</strong> (Helena) comme en témoignera son grand air <em>di furore</em> « Injurious Hermia », en dialogue avec un hautbois, au deuxième acte. Les quatre voix ont les mêmes qualités d’homogénéité et de plénitude, de juvénilité aussi, et, on y revient, de diction accentuée à l’anglaise. Ils forment un groupe soudé par le même esprit.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/OpLaus_Le-Songe_12.2024_PG¸CaroleParodi_web-0458-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-179786"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Michael Porter et Heather Lowe © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Le burlesque sans complexe</strong></h4>
<p>Et cette idée de troupe, on la retrouve chez les six <em>rustics</em>, qui cultivent de toute évidence avec jubilation le style burlesque, Peter Quince (<strong>Barnaby Rea</strong>) essayant vaille que vaille de mettre sur pied un <em>Pyrame et Thisbé</em>, avec ses collègues, Snout (<strong>Glen Cunningham</strong>), Robin Starveling (<strong>Alex Otterburn</strong>) et Snug (<strong>Thibault de Damas</strong>, assez foutraque dans le rôle du lion). <br>Mais c’est évidemment Flûte (<strong>Anthony Gregory,</strong> qui sera une délirante Thisbé, affectant de chanter comme une casserole avant de partir en grandes envolées de ténor) et Nick Bottom qui tirent le plus la couverture à eux : le baryton-basse <strong>David Ireland</strong> dans sa salopette rouge s’y offre un joli numéro personnel, tout en démesure et en faconde (et la voix superbe de puissance et de rondeur). Affublé d’une tête d’âne par le maléfique Puck, il finira en slip kangourou dans les bras de Tytania, envoûtée elle aussi par la fleur magique, tous deux sur un croissant de lune en guise de lit pour leurs amours.</p>
<p>Qu’est-ce que l’amour ? Une illusion, un leurre, un envoûtement, telle semble la leçon douce-amère de cette comédie.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Le-songe-dune-nuit-d‚t‚-g‚n‚rale-piano@Carole-Parodi-Op‚ra-de-Lausanne-8-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-179575"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Les <em>rustics </em>dans <em>Pyrame et Thisbé</em> © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Chambrisme, pointillisme, colorisme</strong></h4>
<p>L’<strong>Orchestre de chambre de Lausanne</strong> fait des merveilles dans une partition qu’il découvre et qui semble faite pour ses sonorités claires et l’agilité de ses solistes. On aime les frôlements des cordes graves, les glissandos de contrebasses à chaque transition de scène, qui créent une atmosphère suspendue, une manière de tissu mystérieux, on aime la cocasserie du trombone (<strong>Vincent Harnois</strong>) ponctuant les interventions des artisans, notamment Bottom, ou la trompette drolatique de <strong>Marc-Olivier Broillet</strong> (mariée à Puck). On aime ce pointillisme impertinent (et à la mise en place si délicate), mais aussi les phrases soyeuses des cordes sur les envolées lyriques des amoureuses. On aime le prélude lumineux du deuxième acte, comme une aube, et le large spectre de sonorités qui s’y déploie. <br>Parfois Britten adopte une manière de récitatif accompagné (ainsi la querelle Lysandre, Hermia, Helena au premier acte) et l’orchestre ponctue ses échanges avec une précision, une alacrité, et une variété de couleurs changeantes impeccables. Guillaume Tourniaire fait tenir cet édifice délicat d’une main qu’on devine très ferme (c’est de l’horlogerie de haute précision), et pourtant cela sonne fruité ici, goguenard là, acidulé ailleurs, tout en donnant une impression de liberté et de respiration, comme s’il laissait la bride sur le cou à ses chanteurs (ce n’est sans doute qu’une illusion, cf. le grand ensemble des artisans qui ouvre le deuxième acte).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Le-songe-dune-nuit-d‚t‚-g‚n‚rale-piano@Carole-Parodi-Op‚ra-de-Lausanne-6-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-179573"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Faith Prendergast (Puck) © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Un madrigal</strong></h4>
<p>Le troisième acte est dédié à la fête de mariage de Thésée, duc d’Athènes, et de la belle Hippolyte (<strong>Damien Pass</strong> et <strong>Lucie Roche</strong>, l’un et l’autre tout à fait glamour et dont on aura à peine le temps d’entendre les voix, toutes deux belles, dans ces rôles très succincts). <br>Tout s’est apaisé, Puck a vaporisé quelque nouvelle essence et chacun est revenu vers ses anciennes amours. C’est le lever de soleil et l’orchestre rayonne pour célébrer la réconciliation de Tytania et Obéron. <br>Des cors se feront entendre dans le lointain, sur les lignes entrecroisées des violons, et commencera un merveilleux quatuor des amoureux, où chacun s’émerveille de revenir vers l’être aimé autrefois, et de l’avoir trouvé «&nbsp;comme un joyau&nbsp;». Pur moment d’effusion où les quatre voix s’envolent tour à tour, avant qu’ils ne s’éclipsent pour se raconter le rêve qu’ils auront fait. Leur ensemble «&nbsp;Why then we are awake ; let’s go / And by the way let us recount our dream&nbsp;», sublime de beauté, sonnera comme un madrigal, par les quatre voix à leur apogée.</p>
<p>Avant un grand moment de la dérision, Monty Python avant l’heure.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/OpLaus_Le-Songe_12.2024_PG¸CaroleParodi_web-0582-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-179788"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>David Ireland, Faith Prendergast  © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>La carte de l&rsquo;<em>hénaurme</em></strong></h4>
<p>Le grand miroir du fond, qui jusqu’ici reflétait l’action ou doublait les lucioles et les astres, va se mettre en position oblique, de sorte qu’il reflètera ce qui se passe en coulisse, et d’abord les changements de costumes des rustics : Bottom en cuirasse de gladiateur et caleçon, Flûte en robe de mousseline jaune, Quince drapé dans un drap en guise de toge romaine, Snug, affublé d’une crinière en étoupe et d’un pull over beigeasse tricoté maison d’où pend une queue de lion lamentable… tous les six et Laurent Pelly jouant la carte de l’<em>hénaurme</em> avec une extravagance toute british. <br>Et la salle rira de si bon cœur qu’on en oubliera d’écouter la musique, qui elle aussi pastiche avec santé la comédie musicale, avec envolées de flûtes sur rythme de gavotte, glissandos de trombones, coloratures de Flûte en fausset, grand numéro de cabotinage de Bottom, joyeusement déchaîné, et final pimpant à la Gilbert &amp; Sullivan. Étonnant moment où Britten se lâche, lui aussi.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/OpLaus_Le-Songe_12.2024_PG¸CaroleParodi_web-1015-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-179796"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Christophe Lowrey et Faith Prendergast © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>Puis les fêtards iront se coucher et pourront réapparaître les quatre petites fées, Tytania, Obéron (chacun dans une des loges de scène) et enfin toutes les fées pour un dernier chœur enchanteur sur un rythme à trois temps, au-dessus duquel planera la voix de Marie-Eve Munger.</p>
<p>Et tout s’achèvera dans une parfaite tradition shakespearienne avec la dernière saillie de Puck, de sa voix la plus grinçante : «&nbsp;Si nous vous avons plu, applaudissez-nous, sinon soyez-nous indulgents et dites-vous que nous ferons mieux demain !&nbsp;»</p>
<p>Faire mieux ? Ça semble difficile, la barre est très haute…</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/britten-a-midsummer-nights-dream-lausanne/">BRITTEN, A Midsummer Night&rsquo;s Dream &#8211; Lausanne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Manon, Manon, Manon &#8211; Turin</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/manon-manon-manon-turin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 21 Oct 2024 04:05:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Manon, nymphe légère, sphynx étonnant, créature indéchiffrable. L’héroïne de l’Abbé Prévost a inspiré trois opéras majeurs qui la présentent chacun sous un jour différent : frivole (Auber,) tourmenté (Massenet), rebelle (Puccini). Trois femmes dans la même femme, pourrait-on écrire si Les Contes d’Hoffmann n’avaient déjà breveté la formule. Il Teatro Regio de Turin les réunit &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Manon, nymphe légère, sphynx étonnant, créature indéchiffrable. L’héroïne de l’Abbé Prévost a inspiré trois opéras majeurs qui la présentent chacun sous un jour différent : frivole (Auber,) tourmenté (Massenet), rebelle (Puccini). Trois femmes dans la même femme, pourrait-on écrire si <em>Les Contes d’Hoffmann</em> n’avaient déjà breveté la formule. Il Teatro Regio de Turin les réunit pour la première fois. Trilogie improbable tant chaque ouvrage possède son caractère propre. Une source d’inspiration identique n’en justifie pas seule le rapprochement. Trilogie pourtant par l’effet d’une mise en scène commune et par la volonté du Teatro Regio de repousser les limites du possible. Qu’on en juge : vingt-et-une représentations concomitantes des trois opéras, du 26 septembre au 29 octobre, en soirée, en matinée avec les contraintes qu’une telle fréquence impose en termes de présence et d’engagement pour les forces vives de la maison : chœur, orchestre, techniciens, administratifs&#8230; Afin d’assurer la cohérence de l’ensemble, le metteur en scène, <strong>Arnaud Bernard</strong>, a utilisé comme dénominateur commun le cinéma français à travers trois de ses âges : le muet (Auber), le réalisme (Puccini), les années 60 (Massenet). L’idée tombe à pic dans une ville qui accueille un des plus grands musées dédiés au septième art.</p>
<p>De l’avis de Mathieu Jouvin, le surintendant du Teatro Regio à l’initiative du projet, c’est par Puccini qu’il est recommandé d’aborder le cycle, puis Massenet et Auber, à rebours de la chronologie. Les impératifs de notre calendrier en ont décidé autrement : Massenet, Auber puis Puccini avec pour conséquence le contre-pied de l’adage qui aurait voulu que le meilleur – scénique – soit gardé pour la fin.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Manon-Massenet-Foto-MattiaGaidoSimoneBorrasi-%C2%A9-Teatro-Regio-Torino_003-1294x600.jpg">© Mattia Gaido &amp; Simone Borrasi / Teatro Regio Torino </pre>
<h4><strong><em>Manon </em>de Massenet sous l&rsquo;oeil de Clouzot : la rencontre des arts</strong></h4>
<p></p>
<p>Car, pour commencer, le collage des images de <em>La Vérité</em> de Clouzot (1960) sur la <em>Manon </em>de Massenet relève d’une telle évidence que l’on pourrait croire que le cinéaste avait cet opéra en tête lorsqu’il a réalisé son film. Sur le plateau, les costumes et décors, en noir et blanc, se réfèrent à l’œuvre cinématographique avec pour toile de fond la réplique du tribunal dans lequel Dominique, l’héroïne de Clouzot, est jugée pour avoir tué son amant. Quelques libertés prises avec le livret – notamment l’assassinat de Guillot de Morfontaine par Manon à la fin de l’acte de Transylvanie – accentuent les correspondances entre les deux ouvrages. Mais pourquoi avoir supprimé le ballet, une des pages les plus célèbres de la partition, pastiche délicieux qui ne souffre d’aucune longueur, et rouage utile à la compréhension du drame&nbsp;?</p>
<p>Transmutée en clone de Bardot, la silhouette souple, la tignasse blonde, Manon chantée par <strong>Martina Russomanno</strong> – 2e distribution, la première étant assurée par Ekaterina Bakanova– nous entraîne à la confluence des arts. En plus de surmonter un parti pris scénique inconfortable – se mesurer au mythe Bardot –, la soprano possède un éventail de nuances et de couleurs qui lui permet de traduire avec le même à-propos l’introspection nostalgique de la « petite table » et les ornementations brillantes du Cours la Reine. L’aigu est précis même si prudemment écourté, l’articulation correcte et la voix duveteuse, riche de mille intentions distille textes parlés et chantés avec une égale justesse. Face à elle, <strong>Andrei Danilov</strong> apparaît exotique. D’école russe, son ténor musclé à l’émission centrale se montre avare des demi-teintes requises par l’opéra français, même si capable de sentiments dans le « rêve » de Des Grieux. Du foisonnement des seconds rôles, saillit <strong>Ugo Rabec</strong>, Comte Des Grieux à la diction limpide dont le cantabile de Saint-Sulpice «&nbsp;épouse quelque brave fille&nbsp;» voudrait plus d’étoffe, Guillot de Morfontaine confié à <strong>Thomas Morris</strong>, ténor de caractère veule et libidineux comme il se doit, et les trois grisettes chantées avec bonne humeur par <strong>Olivia Doray</strong>, <strong>Marie Kalinine</strong> et <strong>Lilia Istratii</strong>.</p>
<p>Attentive aux chanteurs mais crispée, la direction d’<strong>Evelino Pido </strong>peine à unifier un propos musical dont on sait combien il mélange les styles. C’est dans la conversation en musique, entre Manon et le Comte au deuxième acte notamment, et non dans le lyrisme éperdu de Saint-Sulpice que le chef d’orchestre se montre le plus convaincant.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Manon-Lescau-ph-Daniele-Ratti-%C2%A9-Teatro-Regio-Torino-7-1294x600.jpg">© Daniele Ratti / Teatro Regio Torino</pre>
<h4><strong><em>Manon Lescaut</em> d&rsquo;Auber : l&rsquo;opéra au temps du muet</strong></h4>
<p><em>Manon Lescaut</em> d’Auber conserve le cinéma pour fil rouge mais d’une manière différente. Il ne s’agit plus d’établir un parallèle troublant entre deux œuvres, l’une cinématographique, l’autre lyrique, mais de procéder à une mise en abyme judicieuse pour mettre en relief un livret qui n’est pas le meilleur de Scribe – la vénalité de Manon y est transmutée en une candeur proche de la sottise. Dans un décor inspiré par l’atelier de Méliès à Montreuil, se déroule le tournage de <em>La romance de Manon</em>, un film muet d’Alan Crosland (1927) dont sont projetés de larges extraits au début de chaque acte.</p>
<p>Comme la veille, la représentation est dominée par le rôle-titre dans un tout autre registre. Chez Auber, Manon ne prend corps qu’à la fin de l’opéra, dans le dernier tableau. Auparavant, elle n’est que coloratures, légèreté et vocalises perlées que <strong>Roc</strong><strong>ío Pérez</strong> surmonte avec une facilité déconcertante, sans tension ni acidité. Virtuose, la soprano peut aussi compter sur un médium substantiel pour ciseler le « Comme un doux rêve » final dans lequel s’exprime le meilleur de la partition. Le rôle du Marquis d&rsquo;Hérigny, développé car originellement dévolu au célèbre baryton Jean-Baptiste Faure, s’avère trop grave pour <strong>Armando Noguera</strong>, pris en défaut de projection dans ses airs. Égaré dans un répertoire qui n’est plus son genre depuis que son ténor a gagné en ampleur, <strong>Sébastien Guèze</strong> chante Des Grieux à la hussarde, d’une voix métallique à l’intonation souvent approximative. En arrière-plan, les seconds rôles font meilleure figure. L’émission haute et souple du ténor <strong>Anicio Zorzi Giustiani</strong> rappelle dans les couplets de Gervais la dette contractée par Auber à l’égard de Rossini. En Marguerite, <strong>Lamia Beuque</strong> fait valoir un soprano sain et articulé, à se demander pourquoi le personnage est absent des Manon de Massenet et Puccini ; <strong>Paolo Battaglia</strong> bougonne son Durozeau à bon escient ; et il suffit de quelques phrases pour qu’<strong>Albina Tonkikh</strong> en Zaby accroche l&rsquo;oreille.</p>
<p>Paradoxalement pour une partition moins flatteuse que celle de Massenet, l&rsquo;orchestre, dirigé par <strong>Guillaume Tourniaire</strong>, s’épanouit davantage. Idem pour le chœur, à son meilleur dans une scène de la guinguette que n’aurait pas reniée Offenbach, doté de plus d’une solennelle intervention à la fin de l’opéra qui anticipe « On est grand par les pleurs » des <em>Contes d’Hoffmann</em>. Sur cette déploration finale, Arnaud Bernard projette les trois visages cinématographiques de Manon : Brigitte Bardot, Michele Morgan et la ravissante Dolorès Castello – d&rsquo;où la recommandation d&rsquo;achever la trilogie par ce dernier opéra.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Manon-Puccini_Foto-Simone-Borrasi_DSC7571-1294x600.jpg">© Simone Borrasi / Teatro Regio Torino</pre>
<h4><strong><em>Manon Lescaut</em> de Puccini : la limite du procédé</strong></h4>
<p>A la manière d’un film d’avant-guerre, le générique de <em>Manon Lescaut</em> de Puccini défile sur les premières mesures de la partition avant qu’Edmondo ne crève l’écran de papier pour amorcer la scène de l’auberge. Dans les deux premiers actes, le rapport avec le cinéma se fait discret, suggéré par des trépieds de lumière de part et d’autre du décor, et par la projection des <em>Enfants du Paradis</em>, le film de Marcel Carné, dans l’appartement de Manon au deuxième acte. C’est de mouvement que se préoccupe d’abord Arnaud Bernard, soucieux de fluidifier entrés sorties et déplacement des artistes du choeur en un respect scrupuleux du livret que vient contredire le coup de revolver tiré par Manon sur Géronte – en écho à l’assassinat de Guillot de Morfontaine chez Massenet. Le retour des images se fait ensuite invasif. Illustré sur grand écran par les plus beaux baisers de Jean Gabin, l’<em>intermezzo</em> ne convainc pas de la valeur ajoutée du procédé, en décalage avec la musique de Puccini contrairement à Massenet l’avant-veille. D’envahissant, le dispositif devient carrément importun au dernier acte, parasité par la projection de la scène finale du <em>Manon</em> de Clouzot (1949) sur « Sola, perduta, abandonnata » (bien que les images du film possèdent un indéniable pouvoir évocateur). Si le parti pris scénique de ce dernier opéra ne se hisse pas à la hauteur des précédents, sa réalisation musicale le place en pole position.</p>
<p>Sous la baguette de <strong>Renato Palumbo</strong> dépurée de tentation vériste, impressionniste par son souci d’atmosphère mais épique par son sens de la narration, se confirme l’assertion qui veut un orchestre meilleur lorsque la partition lui est consanguine – l’occasion de rappeler en cette année de commémoration du centième anniversaire de la mort de Puccini que <em>Manon Lescaut</em> fut créée à Turin. Jamais dans les deux <em>Manon </em>précédentes, le dosage instrumental ne nous avait semblé aussi pertinent, les cordes aussi chatoyantes, les traits des bois dessinés avec autant de souplesse, le prisme des couleurs aussi large. Le constat s’étend au chœur qui s’ébat avec une aisance supérieure dans les premier et troisième actes, si exigeants en termes de polyphonie.</p>
<p>A l’instar des deux autres opéras, Manon dispose d’une interprète à la hauteur des enjeux de la partition. Nous avions perdu de vue <strong>Erika Grimaldi</strong> depuis Alice dans <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/falstaff-verbier-enorme-terfel/"><em>Falstaff </em>à Verbier en 2018</a>. Son soprano possède à présent la maturité nécessaire pour triompher d’un rôle éprouvant ne serait-ce que par l’endurance demandée pour surmonter la longueur et les tensions de la scène finale. <em>Lirico spinto</em> donc, le médium étoffé, l’aigu puissant, l’émission égale sur l’étendue de la tessiture sans aucune de ces ruptures de registre qui feraient Manon matrone. Cette adéquation des moyens à l’écriture du rôle aide à composer un portrait juste, sur la réserve comme il convient dans le premier acte, espiègle puis ardent dans le deuxième avant de se hisser à la hauteur tragique imposée par son dernier air ovationné par le public sans même attendre la fin de l’opéra. <strong>Roberto Aronica</strong> est un Renato Des Grieux à sa mesure, héroïque, robuste, égal lui aussi sur la longueur, affrontant les notes les plus exposées sans reculer pour délivrer une interprétation dont l’excès de testostérone compense l’absence de velours. Du Musico de <strong>Reut Ventorero</strong> au ténor clair de <strong>Giuseppe Infantino</strong> en Edmundo, le reste de la distribution ne souffre d’aucune faiblesse, avec une mention spéciale pour <strong>Alessandro Luongo</strong>, Lescaut si élégant qu’il parvient à rendre sympathique un personnage pourtant trouble, et <strong>Carlo Lepore</strong> dont l’interprétation de Géronte n’a rien à envier à celle, fameuse, de ses barbons rossiniens.</p>
<p>Dans l’attente d’une diffusion à plus grande échelle, cette trilogie turinoise est retransmise sur Rai Cultura et Rai 5 les 24 (Auber), 25 (Massenet), 26 octobre (Puccini) à 21h15, et en direct sur Rai Radio 3 à 20h.</p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="MANON MANON MANON 1-29 ottobre" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/uVCHYLvrI0Q?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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		<title>Camille ERLANGER, La Sorcière</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/camille-erlanger-la-sorciere/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 09 Oct 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est une découverte, sinon une révélation ! La réapparition d’un compositeur, Camille Erlanger, qui n’est qu’un nom, parcimonieusement et rarement cité, et d’un opéra, La Sorcière, jamais redonné depuis sa création. Portée à bout de bras par Guillaume Tourniaire, maître d’œuvre d’une version de concert donnée au Victoria Hall de Genève le 12 décembre 2023, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est une découverte, sinon une révélation ! La réapparition d’un compositeur, Camille Erlanger, qui n’est qu’un nom, parcimonieusement et rarement cité, et d’un opéra, <em>La Sorcière</em>, jamais redonné depuis sa création. <br />Portée à bout de bras par <strong>Guillaume Tourniaire</strong>, maître d’œuvre d’une version de concert donnée au Victoria Hall de Genève le 12 décembre 2023, avec un <em>cast</em> de solistes aussi solide que nombreux (24 rôles), ainsi que l’Orchestre et le Chœur de la Haute Ecole de Musique de Genève.</p>
<p>Avec ces trois disques, enregistrés <em>live,</em> insérés dans un livre copieux, Tourniaire semble d’ailleurs en passe de devenir une manière de spécialiste d’Erlanger, dont le même automne 2023 il dirigeait <em>L’Aube rouge</em> au Wexford Festival Opera (WFO), où l’on entendait déjà <strong>Andreea Soare</strong>, interprète ici d’un rôle-titre plutôt exigeant. La vidéo en reste disponible en streaming. Rappelons qu’il y a quelques années, dans une démarche similaire, Tourniaire avait déjà ressuscité<a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/ascanio-honneur-aux-maitres-ciseleurs/"> <em>Ascanio</em> de Saint-Saëns</a>.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="559" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2024-10-03-a-14.25.20-1024x559.png" alt="" class="wp-image-173956"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Andreea Soare, Guillaume Tourniaire © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p><em>La Sorcière</em> a été créé en 1912 à l’Opéra-Comique, dans des décors de Lucien Jusseaume (qui avait dessiné ceux de Pelléas), avec une distribution de premier ordre sous la baguette de François Ruhlmann : Marthe Chenal (l’une des grandes Tosca du moment) dans le rôle de Zoraya la sorcière, Léon Beyle (titulaire-maison de tous les grands rôles de ténor) dans celui d’Enrique, Jean Périer (le créateur de Pelléas) en cardinal Ximénés, avec la débutante Ninon Vallin en Manuela.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="759" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/1913_janvier_337_marthe_chenal-Copie.jpg-759x1024.jpg" alt="" class="wp-image-173955"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Marthe Chenal dans la Sorcière</sub></figcaption></figure>


<p>Le livret reprend une pièce de Victorien Sardou (1903), conçue pour Sarah Bernhardt (comme Cléopâtre, Fedora<em>, Theodora</em>, <em>Tosca</em>, qu’il écrivit aussi pour elle). Il répond aux attentes du public de l’Opéra-Comique. André Sardou, fils de Victorien, se charge de l’adaptation et combine, selon des recettes éprouvées, l’exotique, le pittoresque, et les scènes obligées, duos amoureux, procès, bûcher. <em>Le Trouvère</em> ou <em>Carmen</em> ne fonctionnaient pas autrement.</p>
<h4><strong>Deux ou trois choses sur Camille Erlanger, pour mémoire…</strong></h4>
<p>Soit goût personnel, soit adaptation au style de la maison, Camille Erlanger cultive avec constance la veine pittoresco-dépaysante. Élève en composition de Léo Delibes au Conservatoire, il remporte le premier grand prix de Rome en 1888, devançant Paul Dukas, avec sa cantate <em>Velléda</em>. On sait peu de choses de sa vie personnelle, sinon que, né d’une famille de commerçants juifs (et l’Action Française s’en souviendra pour dire beaucoup de mal de sa musique), il épouse Irène Hillel-Manoach, allié à la famille Camondo (ils ont un fils, Philippe Erlanger (1903-1989), futur auteur de biographies à succès).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="771" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Erlanger-par-Capiello-3-1024x771.jpeg" alt="" class="wp-image-173966"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Erlanger (à gauche) avec Catulle Mendès, par Capiello</sub></figcaption></figure>


<p>La notoriété lui vient avec <em>Saint-Julien l’hospitalier</em>, légende dramatique d’après Flaubert. Une suite symphonique, <em>La Chasse fantastique</em>, en est tirée en 1894. Donnée en concert lors d’un festival Berlioz, elle sera tancée vertement par un de nos excellents collègues («&nbsp;musique exaltée, démonstrative, mais qui sent l’artifice&nbsp;»)… <br>Ce sera la seule mention dans les pages de <em>ForumOpera</em> d’une de ses œuvres. Son nom sera parfois cité, parmi ceux de Xavier Leroux (soit dit en passant auteur de la musique de scène pour la pièce de Sardou au théâtre Sarah-Bernhardt), Georges Hüe, Henry Février, ou ceux, moins délaissés par la postérité, de Gustave Charpentier ou Alfred Bruneau, tous grands fournisseurs de l’Opéra-Comique et parfois du Palais Garnier.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="765" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Scene-de-La-Sorciere-Erlanger-acte-I-1024x765.jpg" alt="" class="wp-image-173967"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Décor du 1er acte à la création par Jusseaume</sub></figcaption></figure>


<p>À la salle Favart Erlanger donne <em>Kermaria</em> (1897), drame breton, <em>Aphrodite</em> (1906) d’après Pierre Louÿs (thème émoustillant et succès public), <em>Le Juif polonais</em> (1900), d’après Erckmann-Chatrian, sa plus durable réussite, épisodiquement reprise jusque dans les années trente). <br><em>Le Fils de l’Etoile</em> (1904), sur un livret de Catulle Mendès, a les honneurs de Garnier. Cette fresque «&nbsp;d’un goût épico-wagnérien&nbsp;» (dixit Jacques Tchamkerten, dans le livret du présent album) évoque un soulèvement des Hébreux contre l’empereur Hadrien. Un <em>Bacchus triomphant</em>, créé à Bordeaux en 1909, célèbre la vigne et le vin. <em>L’Aube rouge</em> (Rouen, 1911) met en scène les milieux nihilistes russes. <em>Hannele</em>, d’après Gerhardt Hauptmann, terminé en 1913, ne pourra être créé (un auteur allemand, ce n’est pas le moment) et devra attendre Strasbourg en 1950.</p>
<h4><strong>Un travail d’édition aussi exemplaire que l’interprétation</strong></h4>
<p>Faut-!l le dire, le livret de cette <em>Sorcière</em> est d’un intérêt assez mince… Tout l’intérêt réside dans le traitement qu’en fait Erlanger. Évidemment anachronique, si l’on songe à <em>Pelléas</em> (1902), mais en somme proche des véristes italiens (certains critiques évoqueront Puccini, et sous leur plume ce ne sera pas un compliment).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="508" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2024-10-03-a-14.28.07-1024x508.png" alt="" class="wp-image-173958"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Andreea Soare, Guillaume Tourniaire, Carine Séchaye © C. Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>La scène est à Tolède en 1507. Don Enrique Palacios, capitaine des archers, doit arrêter la Mauresque Zoraya, coupable d’avoir enlevé le corps du Maure Kalem (lapidé pour avoir aimé une chrétienne). Elle l’embobine si bien qu’il tombe bien sûr amoureux d’elle. «&nbsp;Je donnerai des heures d’ivresse à celui qui bravera les flammes du bûcher pour celles que le soleil d’Afrique a coulées dans mes veines…», dit-elle dans un envol (?) lyrique. «&nbsp;Ce sera moi !&nbsp;» répond-il.</p>
<h4><strong>La version Erlanger du leitmotiv</strong></h4>
<p>Si le tutti orchestral du début semblera passablement tintamarresque (ce penchant aux débordements sonores sera tenu à grief par les détracteurs d’Erlanger), la scène d’ensemble à multiples personnages qui suit offrira à Tourniaire – dont le commentaire musical est l’un des grands attraits de cette édition (un travail exemplaire) –&nbsp;prétexte à débusquer un des traits de la manière d’Erlanger : son usage de « sujets musicaux », ses leitmotivs en somme. D’abord celui de l’accusation (une gamme chromatique descendante), puis celui de l’oppression (des triolets d’accords violents).</p>
<p>Puis tout s’apaisera et on entendra celui de Zoraya, apparaissant dans un rayon de lune en <em>ré</em> majeur, une flûte puis le violon solo déroulant son thème sur des arpèges de harpe.<br>Insensiblement viendra ensuite un frémissement des cordes, voluptueux comme du Massenet, induisant le motif du désir, aux harmonies fondantes, pour ne pas dire sucrées…. «&nbsp;Elle est belle&nbsp;», chantera alors Enrique, désormais captif.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="498" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2024-10-03-a-14.26.00-1024x498.png" alt="" class="wp-image-173957"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Guillaume Tourniaire, Jean-François Borras, Joe Bertili, Maxence Billemaz © C.Parodi</sup></figcaption></figure>


<p>Page charmeuse en effet, que ce premier duo, où <strong>Andreea Soare</strong> se joue des intervalles redoutables qu’Erlanger avait écrits pour Marthe Chenal. La barcarolle orientalisante («&nbsp;Dans ma demeure…&nbsp;») où elle évoque, dans une phrase aux lignes et aux modulations insinuantes, les herbes magiques dont elle connaît les secrets, amènera le thème de l’amour interdit avec son intervalle de neuvième mineure, ondulant sur un rythme de boléro.</p>
<h4><strong>Un couple idéal</strong></h4>
<p>C’est selon nous le deuxième acte qui contiendra les plus beaux moments. Un prélude «&nbsp;atmosphérique&nbsp;», aux sinuosités orientalisantes (on pense à <em>Antar</em> de Rimsky-Korsakov), des cloches au lointain, dignes du prélude du troisième acte de <em>Tosca</em>… Les talents de coloriste et d’orchestrateur d’Erlanger sont évidents, il joue des timbres (le cor anglais du thème du destin), d’harmonies changeantes, de mélodies qu’il n’étire jamais, de leitmotivs qu’il tuile subtilement, et d’un sensualisme très Art nouveau pour un duo des deux amants s’inscrivant dans la lignée de Gounod. <br>Sur les ondulations des cordes, le mariage est idéal entre les deux voix : le timbre chaud de <strong>Jean-François Borras</strong>, sa musicalité, ses phrasés de violoncelle et sa diction parfaite sont mis au service d’un rôle d’homme sensible, très original, fragile, introverti et celui d’Andreea Soare, aux mêmes couleurs fauves, se plie souplement lui aussi à l’écriture vocale singulière d’Erlanger : on a le sentiment qu’il écrit ici pour les voix comme il écrit pour les bois, en longues lignes fluides, sans effet, sinon l’exacerbation du désir qui monte irrésistiblement.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="688" height="502" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2024-10-03-a-14.28.52.png" alt="" class="wp-image-173959"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Eva Rubicek, Daria Novik, Andreea Soare © C. Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Changement de ton</strong></h4>
<p>Rebondissement parfaitement mélo, on apprendra bientôt que Enrique doit épouser (le jour même) la douce Joana, fille du gouverneur Padilla, l’ennemi juré des Maures….<br>Cette grosse ficelle nous vaudra un troisième acte avec l’incontournable scène de bal (et au passage un nouveau chœur brillamment écrit : après celui très syncopé des pauvres gens, celui des invités, à plusieurs voix aussi, sera d’une sensuelle élégance et mettra en valeur la qualité du <strong>Chœur de la HEM de Genève</strong>).</p>
<p>Mais surtout elle amènera un deuxième duo Zoraya-Enrique qui sollicitera toute la tessiture d’Andreea Soare, avec des sauts de notes considérables, dans une longue imprécation aux aigus exigeants, d’écriture très anguleuse. Puis le thème du désir, de retour, la conduira à une suave romance «&nbsp;avec un charme enveloppant et magique&nbsp;» (dixit Erlanger) : accords de treizième, harmonies capiteuses, on y entend toute l’originalité d’Erlanger et une inspiration qui dépasse le simple métier. Andreea Soare se prête avec brio aux exigences multiples du rôle (notamment ici à une note haute sans préparation, dont elle ne fait qu’une bouchée).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="788" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Scene-de-La-Sorciere-Erlanger-acte-IV-1024x788.jpg" alt="" class="wp-image-173968"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Décor de la scène du tribunal de l&rsquo;Inquisition (1912) par Jusseaume</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Comme un écho de Tosca</strong></h4>
<p>Tous les scénaristes américains vous le diront, rien de tel qu’une bonne scène de procès. Celle de l’acte IV sera particulièrement réussie. C’est Enrique qu’on juge. Il a trucidé d’un coup de dague l’envoyé du Saint-Office qui venait arrêter la sorcière.</p>
<p>Si le prélude en renoue avec les tonitruances du tout début et avec le thème de l’Inquisition, très vite le duo de barytons entre Padilla (rôle très court luxueusement distribué à <strong>Alexandre Duhamel</strong> et le cardinal Ximénès (<strong>Lionel Lhote</strong>, impressionnant) introduit une scène redoutablement efficace, éclairée par une extravagance : le témoignage d’Afrida, une sorcière un peu allumée, prétexte à un numéro de possession assez foutraque, émaillé de rires hystériques où <strong>Marie-Eve Munger</strong> peut délirer tout son saoul dans un brillant numéro «&nbsp;à effets&nbsp;». <br>Autre sorcière convoquée, Manuela (<strong>Sofie Garcia</strong>) accablera aussi Zoraya dans un monologue évoquant étonnamment l’air de Liu dans <em>Turandot</em>.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="874" height="535" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2024-10-03-a-14.31.44.png" alt="" class="wp-image-173962"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Marie-Eve Munger © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>D’ailleurs c’est immanquablement au deuxième acte de <em>Tosca</em> que fera penser l’interrogatoire de Zoraya par un Ximénès ressemblant furieusement, y compris vocalement, à Scarpia. La violence de la scène se résoudra dans le lamento de Zoraya, «&nbsp;Toutes les douleurs de la défaite&nbsp;», qui est en somme son «&nbsp;Vissi d’arte&nbsp;». <br>Nouvel exemple de la puissance d’inspiration d’Erlanger, et de son âpreté parfois. Moment désolé, aux dissonances parfois grinçantes, où la voix s’entrelace au hautbois et au cor anglais, et culmine dans des imprécations (« Ici est l’Enfer ») où Andreea Soare est impressionnante d’engagement et d’intensité. Après un ultime thème d’amour au hautbois, Lionel Lhote lancera un monumental et glaçant « Nous la brûlerons après Vêpres ! »</p>
<p>La courte scène finale, celle du bûcher, s’éclairera encore d’une prière de Jean-François Borras décidément magnifique dans une de ces mélodies un peu hirsutes qu’ose Erlanger et d’un ultime monologue douloureux de Zoraya. Mais entre le <em>Dies Irae</em> de l’orchestre, l’intervention terrassante de l’orgue du Victoria Hall, l’éveil magique de Joana (<strong>Servane Brochard</strong>) que la sorcière avait plongée dans le sommeil, et l’empoisonnement des deux amants, Erlanger ne lésine pas sur les moyens…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="436" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2024-10-03-a-14.34.43-1024x436.png" alt="" class="wp-image-173964"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>On l’a dit, <em>La Sorcière</em> n’a jamais été redonné à la scène. Un tel opéra pourrait-il l’être aujourd’hui, ce n’est pas sûr. Et sans doute, un enregistrement comme celui-ci effectué <em>live</em> avec l’adrénaline du <em>one shot</em> est-il le meilleur moyen de le ramener dans la lumière. D’autant que la prise de son, dans l’acoustique du Victoria Hall, malcommode aux effectifs pléthoriques, est excellente –&nbsp;les voix ne sont jamais couvertes, ce qui est méritoire dans cette configuration..<br>Surtout il est servi par un <em>cast</em> remarquable, jusqu’aux plus petits rôles, par un <strong>Orchestre de la HEM</strong> comme toujours excellent (homogénéité des cordes, beauté des vents –&nbsp;très sollicités par Erlanger), et surtout par la direction ardente, fluide et passionnée d’un Guillaume Tourniaire qui prend au sérieux cette musique.</p>
<p> Une musique dont Jacques Tchamkerten prophétise que notre époque saura peut-être lui trouver des qualités et une portée que les auditeurs de la Belle Epoque, qu’ils fussent enracinés dans la tradition Gounod-Massenet ou inscrits dans une modernité Debussy-Dukas, n’avaient pas été en mesure de discerner.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/camille-erlanger-la-sorciere/">Camille ERLANGER, La Sorcière</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>BIZET, Les Pêcheurs de perles &#8211; Saint-Etienne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-les-pecheurs-de-perles-saint-etienne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 05 Feb 2024 04:58:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Cette nouvelle production, prévue en janvier-février 2021, se réalise enfin, avec toute l’équipe qui l’avait alors portée, jusqu’à son annulation causée par le COVID. La lecture, particulièrement pour les familiers du théâtre lyrique, ne relève pas de l’évidence. Après l’intervention de Zurga devant le rideau, l’ouvrage s’ouvre sur un improbable ciné-club dans une salle « des &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Cette nouvelle production, prévue en janvier-février 2021, se réalise enfin, avec toute l’équipe qui l’avait alors portée, jusqu’à son annulation causée par le COVID. La lecture, particulièrement pour les familiers du théâtre lyrique, ne relève pas de l’évidence. Après l’intervention de Zurga devant le rideau, l’ouvrage s’ouvre sur un improbable ciné-club dans une salle « des pendus » de mineurs, hommes et femmes, qui se tournent vers le public, oublieux des images exotiques projetées sur un drap mal tendu. Passée la surprise de ce premier tableau – dont le sens nous échappe encore – la mise en scène trouve progressivement sa cohérence, et, de sceptique, interrogatif, le spectateur se laisse emporter par l’action jusqu’aux gibets (substitués au bûcher) auxquels échappent finalement les amants.</p>
<p>Au livret au charme désuet, à l’exotisme fané, <strong>Laurent Fréchuret</strong> substitue sa lecture, onirique, symbolique, surréaliste (que fait un renard empaillé dans un tel contexte ?), intemporelle, universelle, centrée sur le triangle amoureux : « …théâtre de l’attente, de l’intime, du refoulé, des cauchemars et des songes sensuels, de l’orage et de l’incendie, et finalement celui où s’ouvrira une petite porte, une brèche dans la catastrophe ». L’intelligence de la conception, radicalement neuve, se traduit par une réalisation virtuose, aboutie. L’enchaînement de tableaux fonctionne, avec sa propre logique narrative ne se dessinant qu’au fil des scènes.</p>
<p>Une structure métallique imposante, mobile, pivotante, constitue l’élément essentiel du décor. Tour (de Mélisande ?), chambre des amants, prison de Nadir, les lumières en joueront avec maestria pour nous faire partager les émotions de chacun. Le brasier qu’allume Nourabad, puis celui du sacrifice disparaissent. Seul le rougeoiment de l’incendie est conservé. Tout est sombre, voire lugubre : les parois latérales, modulables, ainsi que le fond de scène, qui s’ouvrira sur la lumière chaude d’une décoration certainement signée de notre peintre, pour se réduire à une porte étroite autorisant la fuite des deux amants. En effet, autre innovation, la production se double de la réalisation d’une monumentale œuvre d’art. Tapi dans l’ombre, le peintre <strong>Franck Chalendard</strong> va ainsi construire sous nos yeux une ample fresque non figurative, qui rejoint l’esthétique du fond de scène, lumineux, qui se dévoilera ensuite. (1)</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DSC0750-1294x600.jpg?&amp;cacheBreak=1707086155016" />© Cyrille Cauvet - Opéra de Saint-Étienne</pre>
<p>Aucun costume flatteur, sinon les admirables robes de Leïla. Pour autant, dans ce décor désespérément oppressant, où les lumières inventives de <strong>Laurent Castaingt</strong> feront merveille, les bleus de travail variés, maculés dans leur partie inférieure de taches de peinture (rappel du travail du peintre en arrière-plan ?) forment de beaux ensembles. La direction d’acteurs, affutée, ne surprend pas moins, participant à l’étrangeté de la lecture. Ponctuellement outrée dans sa violence (« ta main repousse ma main »), parfois artificielle (les libations répétées des deux amis lors de leurs retrouvailles), statique, hiératique, mais aussi d’une extrême justesse à mesure que l’action progresse, sa cohérence semble se construire au fil du temps.</p>
<p>En s’affranchissant de l’exotisme – souvent clinquant, chamarré, kitch – ou de toute référence précise, spatiale ou temporelle, la mise en scène et la scénographie renouvellent fondamentalement la lecture des <em>Pêcheurs de perles</em>. C’est une véritable mutation, qui outrepasse les transpositions auxquelles nous nous sommes familiarisés ou résignés. On oublie délibérément l’esprit de l’opéra comique pour passer au grand opéra, à un sombre drame dans la descendance de Meyerbeer (2). Il est vrai que plus d’une page y invite, le finale du deuxième acte, grandiose, tout particulièrement.</p>
<p>La distribution, jeune et exemplaire, n’appelle que des éloges. L’adéquation vocale et physique des chanteurs à leur personnages est idéale. Les personnages sont attachants, bien caractérisés. L’engagement est permanent, servi par une diction exemplaire de chacun. <strong>Catherine Trottmann</strong> est une Leïla d’exception, une de ses plus somptueuses incarnations. De la pureté et du mystère de son apparition, à son tourment douloureux, à sa passion partagée par Nadir, jusqu’au sacrifice, tout est là. L’émission est sûre, de lumière et de séduction, les demi-teintes, l’aigu épanoui, la voix est ensorcelante. L’intelligence musicale, dramatique et stylistique nous ravit. « O dieu Brama » où le chœur lui répond, sa cavatine, avec flûtes et clarinette, « Me voila seule dans la nuit », …« Comme autrefois dans la nuit sombre » (avec le cor) sont des moments forts, de beauté émouvante. L’exaltation, merveilleusement traduite par l’émission comme par l’orchestre, en est juste. <strong>Kévin Amiel</strong> a chanté Nadir à plusieurs reprises (3). On oublie vite les quelques inégalités et tensions du début. Le charme de « Je crois entendre encore » est intact, raffiné, jamais détimbré. Son Nadir, psychologiquement juste, est épanoui, au zénith. Ses duos, toujours équilibrés, d’une parfaite précision et conduite, sont aussi admirables que ses airs. Homme du devoir et du pouvoir, Zurga est chanté par <strong>Philippe-Nicolas Martin</strong>. Il impose d’emblée son personnage, puissant, dont le sacrifice ultime permettra aux amants d’échapper à la mort. La voix est sonore, le timbre riche. Il sait se faire viril comme arrogant, nuancé. Accablé, il nous émeut dans « O Nadir, tendre ami de mon jeune âge ». Son duo déchirant avec Leïla « Je frémis, je chancelle » comme son ultime intervention ne peuvent laisser indifférent. La focalisation du triangle amoureux par la mise en scène relègue Nourabad au second plan, malgré l’importance de ses interventions. <strong>Frédéric Caton</strong>, familier du rôle, nous vaut un brahmane de classe, autoritaire, hiératique, froid, dépourvu d’humanité, abrupt. Le début du deuxième acte, passagèrement, accuse quelques signes de fatigue, vite dissipés. « Dans cet asile sacré », puissant, bien timbré est réussi.</p>
<p>Les chœurs, préparés comme de coutume par <strong>Laurent Touche</strong>, se montrent exemplaires dans chacune de leurs nombreuses interventions. Il faut en louer la projection, l’intelligibilité, la précision et la plénitude. Sous la baguette de<strong> Guillaume Tourniaire</strong>, l’orchestre, en grande forme, se montre sous son meilleur jour. Subtile, généreuse et humble, la direction sert admirablement la partition : une leçon d’élégance, jamais prosaïque, jusqu’à la frénésie. La formation stéphanoise nous vaut des sonorités enivrantes, capiteuses, le charme, la poésie et le mystère comme la puissance redoutable des moments les plus forts. Conduits avec énergie, précision, un souci constant des tempi et des nuances, les musiciens mériteraient d’être signalés individuellement. Les cordes, chambristes ou violentes, caressantes et incisives, les solistes (hautbois, clarinette, flûtes, cor…) exemplaires… Le finale du II est impressionnant de puissance et de beauté.</p>
<p>Une soirée mémorable, ponctuée d’acclamations, fréquentes, qui vont s’amplifier jusqu’aux saluts, où un public enthousiaste manifeste sa gratitude aux artisans de cette réussite.</p>
<pre>(1) On regrette qu’il n’en soit pas conservé trace, l’espace devant être restitué dans son apparence première pour les prochaines représentations.
(2) Malgré la disparition des danses (début du I) et de la chorégraphie du chœur « dansé » (second tableau du II). 
(3) La dernière remontant à 2020, au Regio de Turin.</pre>
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		<title>HALÉVY, L&#039;Eclair — Genève</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/leclair-geneve-merite-la-decouverte-dans-dautres-conditions/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Sep 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>1835 fut une année faste pour Halévy : après le triomphe de La Juive en février, en décembre l’opéra-comique L’éclair fut accueilli avec transport. Le compositeur faisait ainsi la preuve de la variété de son inspiration, en écrivant, quelques mois après un drame d’une ampleur majestueuse, une œuvre destinée au simple divertissement. Pas de chœurs, et &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>1835 fut une année faste pour Halévy : après le triomphe de <em>La Juive </em>en février, en décembre l’opéra-comique <em>L’éclair </em>fut accueilli avec transport. Le compositeur faisait ainsi la preuve de la variété de son inspiration, en écrivant, quelques mois après un drame d’une ampleur majestueuse, une œuvre destinée au simple divertissement. Pas de chœurs, et pas d’effets formidables à représenter : ce qu’il ne verra pas, le spectateur devra l’imaginer. En somme, une œuvre idéale pour être donnée en concert ?</p>
<p>Entre deux représentations de <em>La Juive </em>Aviel Cahn, le directeur du Grand Théâtre, a donc décidé d’afficher <em>L’éclair.</em> La dernière fois à Genève c’était en …1872 ! L’idée semblait excellente et propre à stimuler les mélomanes curieux. Et cependant malgré une date unique le théâtre n’était pas plein et  des désertions se sont produites à l’entracte. Pourquoi ?</p>
<p>D’abord, peut-être, parce que le concert ne permet pas au spectateur de s’y reconnaître dans une œuvre où l’intrigue se noue à la faveur d’un quiproquo. Le sujet, extrêmement mince, concerne deux sœurs, très unies mais au caractère dissemblable : l’une, Madame Darbel, veuve et mondaine, s’ennuie loin de Boston quand elle séjourne chez sa sœur Henriette, réservée, introvertie, qui aime sa vie au bord de l’océan.</p>
<p>Surgit George, un cousin frais arrivé d’Angleterre où il faisait des études ; leur oncle commun, qui vit à Boston mais restera invisible, lui a ordonné d’épouser l’une ou l’autre dans un délai de trois semaines s’il veut hériter de sa fortune. Qu’elles fassent leur choix ! Resté seul, tandis qu’il se réconforte de ses fatigues arrive un jeune officier de la marine américaine, Lionel, qui expose avec exaltation les charmes de sa vie aventureuse avant de regagner son bateau amarré tout près. Peu après l’orage annoncé à l’orchestre éclate avec violence et Henriette réapparait, soutenant Lionel, qu’un éclair a aveuglé quand la foudre a frappé le navire. Fin de l’acte I.</p>
<p>Fort opportunément l’oncle de Boston est « docteur, chirurgien, oculiste » ; il va donc intervenir sur le malheureux. Suspense : recouvrera-t-il la vue ? Madame Darbel a deviné que sa sœur s’est éprise de Lionel. Il a été conquis par la douceur de la voix d’Henriette ; il l’entraîne dans un duo afin qu’elle admette partager ses sentiments. Ils sont interrompus par l’irruption de George : puisque les sœurs ne se décident pas, chacune prétextant son souci de ne pas peiner l’autre, il a choisi d’épouser Henriette. Lionel révèle alors ouvertement son amour pour la jeune fille, à l’ébahissement de George. Alors celui-ci, qui se flatte d’être philosophe, décide dès lors de courtiser Madame Darbel. De son côté Henriette s’inquiète : quand, le bandage enlevé, Lionel la verra, l’aimera-t-il toujours ? L’heure est venue, le jeune homme y voit clair et il se jette aux pieds de sa voisine, Madame Darbel. Evidemment Henriette s’évanouit. Fin de l’acte II.</p>
<p>L’erreur de Lionel l’a blessée si profondément qu’Henriette s’est enfuie. Elle ne reviendra qu’une fois sa sœur et Lionel mariés, et alors elle épousera George. A son retour elle constate que Lionel ne semble pas heureux. George le lui confirme. Voilà que Lionel lui demande un entretien, avant de reprendre la mer : toujours amoureux d’elle, il va demander le divorce. Henriette admet alors qu’elle a eu tort de ne pas comprendre le quiproquo et avoue à Lionel qu’elle l’aime aussi. Que faire ?</p>
<p>Alors on lui révèle que le mariage avec Madame Darbel n’a jamais eu lieu ! Elle l’exigeait pour revenir, ils lui ont menti, et la voilà libre d’épouser celui qu’elle aime. Et George et Madame Darbel convoleront pour recueillir l’héritage ! Happy end.</p>
<p>Le lecteur qui a eu la patience de nous suivre a déjà compris l’écueil d’une exécution en concert : les quiproquos ici ne sont pas dus à des méprises intellectuelles mais à des erreurs de la perception. Lionel s’était épris d’Henriette à travers la douceur de sa voix. Si, le bandage enlevé, elle avait alors ouvert la bouche Lionel aurait compris aussitôt son erreur. C’est pourquoi elle doit s’évanouir illico pour ménager un nouveau rebondissement, celui du pseudo-mariage. Mais dans une version de concert ? On la voit quitter la scène précipitamment.  Dans une mise en scène le spectateur aurait compris d’un coup d’œil et le rideau serait tombé. Combien d’auditeurs seront restés perplexes, comme notre voisine ?</p>
<p>Etirée sur trois actes, l’œuvre repose donc sur un couple de jeunes premiers amoureux et un autre de jeunes premiers bouffe, les premiers émouvants, les seconds divertissants. Si le premier couple transmet de l’émotion, à travers un chant souvent virtuose destiné au plaisir de l’auditeur, l’écriture ne prive pas le deuxième, à vocation comique, d’occasions qui lui permettent de briller. De ce point de vue, si l’on réclame souplesse, extension, agilité, trille, les quatre interprètes n&rsquo;en sont pas dépourvus. Mais le chant n’est pas que du son, et pour que le sens parvienne à l’auditeur une bonne articulation et une projection franche sont nécessaires. On regrette de le dire, mais le compte n’y était pas. Alors que la veille, dans <em>La Juive, </em>la diction du français était quasiment irréprochable, on en est loin avec trois chanteurs sur quatre francophones d’origine. Seul <strong>Julien Dran</strong> qui chante le rôle de George semble avoir reçu la formation et apporté le soin qui permettent une transmission claire du sens du texte. On regrette pour lui que cette version de concert ne lui permette pas de jouer pleinement la dimension comique de ce personnage dont il réussit à exprimer, même partiellement, le pragmatisme borné, l’aplomb de l’inconscience et l’autosatisfaction tout en montrant l’étendue de sa voix. Annoncé souffrant <strong>Edgardo Rocha</strong> reçoit le renfort du comédien <strong>Leonardo Rafael</strong>, qui lit avec conviction le texte parlé de Lionel. Quelque prudence initiale pourrait confirmer la réalité du malaise, mais assez vite la voix prend son envol et le charme du timbre opère, ainsi que la souplesse, l’art des demi-teintes et la douceur des aigus en voix mixte ou en falsetto, et la puissance à déployer dans l’évocation exaltée de la vie aventureuse d’un marin. Seulement on ne comprend pas en continu ce qu’il dit, parce que si la diction est passable la projection reste modeste. Plus problématique est le cas d’<strong>Eléonore Pancrazi</strong> et de <strong>Claire de Sévigné</strong>, francophones d’origine, qu’on peine vraiment à comprendre, problème récurrent dans les zones aigües, mais dont la puissance d&rsquo;émission et la force de la projection semblent très modestes, sauf à de rares moments. Pourtant leur tessiture semble adéquate pour les rôles. Sans doute les rôles ne se prêtent pas à des emportements, celui d’Henriette en particulier, que sa réserve naturelle et sa pudeur semblent vouer à la demi-teinte, dont Claire de Sévigné s’acquitte scrupuleusement,  mais le rôle de Madame Darbel n’offre-t-il pas la possibilité de plus de pétulance ? Cela dit, la virtuosité de l’une et de l’autre n’est pas en cause, et elles font un sort aux ascensions, aux trilles, aux roulades, qui étaient la raison d’être de l’œuvre. On en revient au regret déjà exprimé, du choix d’une version de concert, qui les prive de la dimension théâtrale.</p>
<p>Car dans ces versions, l’orchestre réclame sa part de lumière, et n’en cède rien. Quasiment irréprochable, l’exécution de l’Orchestre de Chambre de Genève rend justice à une partition dont l’inspiration nous a semblé inégale au premier acte et meilleure aux suivants. L’ouverture est séduisante, avec des échos de Beethoven ou de Weber, peut-être des échos de musique irlandaise, puis un intermède que l’on pourrait danser, des couleurs qui s’assombrissent et préfigurent l’orage futur, et des reprises incessantes, thèmes mélodieux en forme de rengaine qui symbolisent peut-être le chassé-croisé sentimental, et les accélérations qui entrainent, les scansions qui figent et le tutti final qui ravit. Au premier acte le duo des sœurs est assez plat, prétexte à assauts de virtuosité. Il est relevé par l’entrée de Georges, qui pourrait être signée Offenbach. Plus loin Lionel chante la mer dans un très long morceau de bravoure, quand Georges n’aura droit qu’à un « air du sommeil » bercé par une musique délicate où le hautbois s’endort pour inspirer le personnage. L’orage va le réveiller. Ce morceau « obligé » est écrit avec beaucoup de soin, en crescendo savamment contrôlé, se rapprochant, éclatant dans sa débauche sonore, avant de s’affaiblir progressivement, c’est la loi de l’exercice mais <strong>Guillaume Tourniaire </strong>le dirige avec une grande subtilité.</p>
<p>Au deuxième acte, à noter  la mélodie sur un rythme de valse chantée par madame Darbel, la leçon de chant que Lionel veut mettre à profit pour connaître les sentiments d’Henriette, leur duo entre insistance inquiète et douce résistance, l’autocomplaisance de Georges dans l’air du philosophe qui annonce encore une fois Offenbach, la frivolité affichée qui fait de Madame Darbel une cousine de la comtesse de Folleville, son duo avec Georges qui a peut-être inspiré la <em>Véronique </em>de Messager, le solo d’Henriette dont Gounod pourrait s’être souvenu dans <em>Mireille</em>.</p>
<p>Au troisième acte, des couleurs évoquent <em>Don Carlos</em> avant un autre solo d’Henriette d’une délicate mélancolie, le discret chant syllabé qui marque l’ébahissement quand elle annonce à Lionel qu’elle va épouser Georges et un « la voilà » anticipant sur <em>La fille du régiment</em>, le trio très mélodieux où Henriette annonce qu’elle se retire, et les vocalises de sa joie quand la supercherie lui est révélée, jusqu’à l’ensemble final sur les tutti de l’orchestre, il y a bien matière dans <em>L’éclair </em>à de grandes joies pour l’auditeur et de quoi se dire que ce compositeur souvent traité de haut a pu être souvent à la source de l’inspiration de confrères dont la réputation l’a supplanté. On regrettera que le chef n’ait pas suffisamment tenu compte – en tout cas c’était notre perception et d’autres l’ont partagée – de la projection globalement modeste de solistes, qui en maints endroits noyait leur voix dans les flots montant de la fosse.</p>
<p>La fin de l’opéra a été saluée chaleureusement par le public, parmi lequel beaucoup d’amis de l’Orchestre de Chambre. On espère que l’enregistrement donnera l’envie à quelque téméraire de monter une version scénique.</p>
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