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BIZET, Les Pêcheurs de perles – Saint-Etienne

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Spectacle
5 février 2024
Aime-t-on Bizet assez ?

Note ForumOpera.com

4

Infos sur l’œuvre

Georges Bizet

Les pêcheurs de perles

opéra en trois actes

livret de Michel Carré et Eugène Cormon

créé à Paris, Théâtre-Lyrique, le 30 septembre 1863

Détails

Mise en scène
Laurent Fréchuret

Scénographie, costumes
Bruno de Lavenère

Lumières
Laurent Castaingt

 

Leïla
Catherine Trottmann

Nadir
Kévin Amiel

Zurga
Philippe-Nicolas Martin

Nourabad
Frédéric Caton

Un peintre
Franck Chalendard

 

Orchestre Symphonique Saint-Etienne Loire

Chœur lyrique Saint-Etienne Loire

Direction
Laurent Touche

 

Direction musicale
Guillaume Tourniaire

 

Nouvelle production

Décors et costumes réalisés dans les ateliers de l’Opéra de Saint-Etienne

 

Saint-Etienne, Grand-Théâtre Massenet, 2 février 2024, 20h

Cette nouvelle production, prévue en janvier-février 2021, se réalise enfin, avec toute l’équipe qui l’avait alors portée, jusqu’à son annulation causée par le COVID. La lecture, particulièrement pour les familiers du théâtre lyrique, ne relève pas de l’évidence. Après l’intervention de Zurga devant le rideau, l’ouvrage s’ouvre sur un improbable ciné-club dans une salle « des pendus » de mineurs, hommes et femmes, qui se tournent vers le public, oublieux des images exotiques projetées sur un drap mal tendu. Passée la surprise de ce premier tableau – dont le sens nous échappe encore – la mise en scène trouve progressivement sa cohérence, et, de sceptique, interrogatif, le spectateur se laisse emporter par l’action jusqu’aux gibets (substitués au bûcher) auxquels échappent finalement les amants.

Au livret au charme désuet, à l’exotisme fané, Laurent Fréchuret substitue sa lecture, onirique, symbolique, surréaliste (que fait un renard empaillé dans un tel contexte ?), intemporelle, universelle, centrée sur le triangle amoureux : « …théâtre de l’attente, de l’intime, du refoulé, des cauchemars et des songes sensuels, de l’orage et de l’incendie, et finalement celui où s’ouvrira une petite porte, une brèche dans la catastrophe ». L’intelligence de la conception, radicalement neuve, se traduit par une réalisation virtuose, aboutie. L’enchaînement de tableaux fonctionne, avec sa propre logique narrative ne se dessinant qu’au fil des scènes.

Une structure métallique imposante, mobile, pivotante, constitue l’élément essentiel du décor. Tour (de Mélisande ?), chambre des amants, prison de Nadir, les lumières en joueront avec maestria pour nous faire partager les émotions de chacun. Le brasier qu’allume Nourabad, puis celui du sacrifice disparaissent. Seul le rougeoiment de l’incendie est conservé. Tout est sombre, voire lugubre : les parois latérales, modulables, ainsi que le fond de scène, qui s’ouvrira sur la lumière chaude d’une décoration certainement signée de notre peintre, pour se réduire à une porte étroite autorisant la fuite des deux amants. En effet, autre innovation, la production se double de la réalisation d’une monumentale œuvre d’art. Tapi dans l’ombre, le peintre Franck Chalendard va ainsi construire sous nos yeux une ample fresque non figurative, qui rejoint l’esthétique du fond de scène, lumineux, qui se dévoilera ensuite. (1)

© Cyrille Cauvet - Opéra de Saint-Étienne

Aucun costume flatteur, sinon les admirables robes de Leïla. Pour autant, dans ce décor désespérément oppressant, où les lumières inventives de Laurent Castaingt feront merveille, les bleus de travail variés, maculés dans leur partie inférieure de taches de peinture (rappel du travail du peintre en arrière-plan ?) forment de beaux ensembles. La direction d’acteurs, affutée, ne surprend pas moins, participant à l’étrangeté de la lecture. Ponctuellement outrée dans sa violence (« ta main repousse ma main »), parfois artificielle (les libations répétées des deux amis lors de leurs retrouvailles), statique, hiératique, mais aussi d’une extrême justesse à mesure que l’action progresse, sa cohérence semble se construire au fil du temps.

En s’affranchissant de l’exotisme – souvent clinquant, chamarré, kitch – ou de toute référence précise, spatiale ou temporelle, la mise en scène et la scénographie renouvellent fondamentalement la lecture des Pêcheurs de perles. C’est une véritable mutation, qui outrepasse les transpositions auxquelles nous nous sommes familiarisés ou résignés. On oublie délibérément l’esprit de l’opéra comique pour passer au grand opéra, à un sombre drame dans la descendance de Meyerbeer (2). Il est vrai que plus d’une page y invite, le finale du deuxième acte, grandiose, tout particulièrement.

La distribution, jeune et exemplaire, n’appelle que des éloges. L’adéquation vocale et physique des chanteurs à leur personnages est idéale. Les personnages sont attachants, bien caractérisés. L’engagement est permanent, servi par une diction exemplaire de chacun. Catherine Trottmann est une Leïla d’exception, une de ses plus somptueuses incarnations. De la pureté et du mystère de son apparition, à son tourment douloureux, à sa passion partagée par Nadir, jusqu’au sacrifice, tout est là. L’émission est sûre, de lumière et de séduction, les demi-teintes, l’aigu épanoui, la voix est ensorcelante. L’intelligence musicale, dramatique et stylistique nous ravit. « O dieu Brama » où le chœur lui répond, sa cavatine, avec flûtes et clarinette, « Me voila seule dans la nuit », …« Comme autrefois dans la nuit sombre » (avec le cor) sont des moments forts, de beauté émouvante. L’exaltation, merveilleusement traduite par l’émission comme par l’orchestre, en est juste. Kévin Amiel a chanté Nadir à plusieurs reprises (3). On oublie vite les quelques inégalités et tensions du début. Le charme de « Je crois entendre encore » est intact, raffiné, jamais détimbré. Son Nadir, psychologiquement juste, est épanoui, au zénith. Ses duos, toujours équilibrés, d’une parfaite précision et conduite, sont aussi admirables que ses airs. Homme du devoir et du pouvoir, Zurga est chanté par Philippe-Nicolas Martin. Il impose d’emblée son personnage, puissant, dont le sacrifice ultime permettra aux amants d’échapper à la mort. La voix est sonore, le timbre riche. Il sait se faire viril comme arrogant, nuancé. Accablé, il nous émeut dans « O Nadir, tendre ami de mon jeune âge ». Son duo déchirant avec Leïla « Je frémis, je chancelle » comme son ultime intervention ne peuvent laisser indifférent. La focalisation du triangle amoureux par la mise en scène relègue Nourabad au second plan, malgré l’importance de ses interventions. Frédéric Caton, familier du rôle, nous vaut un brahmane de classe, autoritaire, hiératique, froid, dépourvu d’humanité, abrupt. Le début du deuxième acte, passagèrement, accuse quelques signes de fatigue, vite dissipés. « Dans cet asile sacré », puissant, bien timbré est réussi.

Les chœurs, préparés comme de coutume par Laurent Touche, se montrent exemplaires dans chacune de leurs nombreuses interventions. Il faut en louer la projection, l’intelligibilité, la précision et la plénitude. Sous la baguette de Guillaume Tourniaire, l’orchestre, en grande forme, se montre sous son meilleur jour. Subtile, généreuse et humble, la direction sert admirablement la partition : une leçon d’élégance, jamais prosaïque, jusqu’à la frénésie. La formation stéphanoise nous vaut des sonorités enivrantes, capiteuses, le charme, la poésie et le mystère comme la puissance redoutable des moments les plus forts. Conduits avec énergie, précision, un souci constant des tempi et des nuances, les musiciens mériteraient d’être signalés individuellement. Les cordes, chambristes ou violentes, caressantes et incisives, les solistes (hautbois, clarinette, flûtes, cor…) exemplaires… Le finale du II est impressionnant de puissance et de beauté.

Une soirée mémorable, ponctuée d’acclamations, fréquentes, qui vont s’amplifier jusqu’aux saluts, où un public enthousiaste manifeste sa gratitude aux artisans de cette réussite.

(1) On regrette qu’il n’en soit pas conservé trace, l’espace devant être restitué dans son apparence première pour les prochaines représentations.
(2) Malgré la disparition des danses (début du I) et de la chorégraphie du chœur « dansé » (second tableau du II). 
(3) La dernière remontant à 2020, au Regio de Turin.

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Les pêcheurs de perles

opéra en trois actes

livret de Michel Carré et Eugène Cormon

créé à Paris, Théâtre-Lyrique, le 30 septembre 1863

Détails

Mise en scène
Laurent Fréchuret

Scénographie, costumes
Bruno de Lavenère

Lumières
Laurent Castaingt

 

Leïla
Catherine Trottmann

Nadir
Kévin Amiel

Zurga
Philippe-Nicolas Martin

Nourabad
Frédéric Caton

Un peintre
Franck Chalendard

 

Orchestre Symphonique Saint-Etienne Loire

Chœur lyrique Saint-Etienne Loire

Direction
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Décors et costumes réalisés dans les ateliers de l’Opéra de Saint-Etienne

 

Saint-Etienne, Grand-Théâtre Massenet, 2 février 2024, 20h

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