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SILVER, La Belle au bois dormant – Saint-Étienne

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Spectacle
28 avril 2026
Réveil en beauté

Note ForumOpera.com

4

Infos sur l’œuvre

La Belle au bois dormant
Opéra en quatre actes
Musique de Charles Silver
Livret de Michel Carré et Paul Collin
D’après le conte La Belle au bois dormant de Charles Perrault
Création le 8 janvier 1902 au Grand-Théâtre de Marseille

Détails

Mise en scène
Laurent Delvert
Assistant à la mise en scène
Do Cellou
Scénographie
Zoé Pautet
Costumes
Fanny Brouste
Chorégraphie
Sandrine Chapuis
Régie de production
Sophie Jacqyer
Lumières
Nathalie Perrier
Création maquillage et coiffures
Corinne Tasso

La Princesse Aurore, La Reine
Déborah Salazar
Urgèle
Julie Robard-Gendre
Le Page, Jacotte, Une fée
Héloïse Poulet
Dame Gudule, La Fée Primevère
Anne-Lise Polchlopek
Le Chevalier errant, Le Prince
Kévin Amiel
Le Roi
Philippe-Nicolas Martin
Le Grand Sénéchal, Éloi
Antoine Foulon
Le Seigneur
Christophe de Blaise
Barnabé
Matthieu Lécroart
Figurantes
Sandrine Chapuis, Agathe Favre, Louise Carrière, Mylène Piter

Chœur Lyrique Saint-Étienne Loire
Direction de chœur
Laurent Touche

Orchestre symphonique Saint-Étienne Loire
Direction musicale
Guillaume Tourniaire

Nouvelle production de l’Opéra de Saint-Étienne
Décors et costumes réalisés par les ateliers de l’Opéra de Saint-Étienne
Coproduction Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française

Dimanche 26 avril 2026, 15h, Opéra de Saint-Étienne

124 ans, c’est le temps qu’il aura fallu pour que cette Belle au bois dormant retrouve la scène après sa création, surpassant ironiquement la durée du sommeil de son héroïne. Créée en province, l’œuvre n’a jamais été reprise dans les salles parisiennes : le succès d’estime n’aura pas suffi à la préserver de l’oubli. A l’heure où des maisons d’opéra bien plus subventionnées se contentent d’appliquer des recettes connues, il faut saluer l’audace de l’Opéra de Saint-Étienne pour inscrire une telle redécouverte dans sa programmation. Pari gagné, le succès public est retentissant aux saluts.

Il faut dire que cette « féerie lyrique » a bien des atouts à faire valoir. La musique de Charles Silver emprunte beaucoup à son maître Massenet, que ce soit par la séduction harmonique immédiate ou par la souplesse de la ligne vocale. Pour 1902, l’écriture regarde beaucoup vers le passé, avec également des influences wagnériennes. Bien orchestrée, flatteuse vocalement, émouvante et contrastée, la partition vaut par son charme et son efficacité. La fin du premier acte en particulier est une vraie réussite, avec un duo d’amour extrêmement délicat. Le livret s’accorde deux libertés majeures avec le conte de Perrault. La Fée Urgèle condamne Aurore à mourir le jour où elle rencontrera l’amour : ainsi pas de fuseau ni d’épine dans cette version, mais un premier baiser (consenti qui plus est !). Par ailleurs, Carré et Collin rajoutent une sous-intrigue comique avec le couple de paysans formé par Jacotte et Barnabé. Ce dernier est persuadé par la méchante fée qu’il est légitime à réveiller Aurore, ce qui crée des ruptures de tons assez drôles dans les actes II et III. La dramaturgie d’ensemble se tient plutôt très bien, et accorde une place prépondérante à l’antagonisme entre Urgèle et Primevère, la fée bienfaitrice. Comme souvent avec le genre des opéras féeriques, le livret indique moult effets scéniques spectaculaires, entre décors mouvants, rideau de brume, et animaux sur scène.

© Cyrille Cauvet

Laurent Delvert fait le choix d’évoquer ce champs du merveilleux plutôt que de le représenter littéralement, avec une poésie désarmante. Avec l’aide de la scénographie de Zoé Pautet et des lumières de Nathalie Perrier, la magie naît de subtiles modifications du décor et de l’éclairage, notamment par de simples jeux de rideaux. Par cette épure relative, on apprécie d’autant plus la tendresse de cette production. L’omniprésence des fées autour de la princesse, un prince moins fanfaron qu’à l’accoutumée, la mélancolie d’Aurore…ces aspects sont dans le livret, mais aussi particulièrement valorisés par la direction d’acteurs. Lisible, délicate et personnelle, c’est tout ce qu’on attend d’une bonne mise en scène, avec en plus le sentiment agréable qu’elle a été conçue en équipe et pour les interprètes.

Toute la distribution a été constituée avec un soin qui force le respect, entre jeunes noms et artistes reconnus mais peu médiatiques. Même le rôle parlé de la fée Primevère, certes très important scéniquement, est confié à Anne-Lise Polchlopek, superbe mezzo qu’on n’a ici guère l’occasion d’entendre. Elle s’acquitte cependant avec beaucoup de dignité et d’éloquence des textes qui lui sont attribués, alors qu’il s’agit de la vraie faiblesse de l’œuvre. Antoine Foulon ne fait qu’une bouchée des deux rôles qui lui incombent, tandis que Philippe-Nicolas Martin, avec le beau rôle du Roi, a l’occasion de faire valoir la noblesse de son baryton lyrique. Avec leur couple paysan, Héloïse Poulet et Matthieu Lécroart font mouche grâce à une énergie bouffe irrésistible, et on a l’occasion avec le rôle du page d’apprécier d’autant plus la voix très facile de la première. Julie Robard-Gendre en Urgèle revancharde continue de prouver qu’elle est l’une des mezzos françaises qui comptent, par ce timbre unique, cette facilité sur tout l’ambitus, et un charisme scénique irrésistible. Aurore est incarnée par Déborah Salazar, qui lui prête une délicatesse et une intelligence du texte extrêmement émouvantes. Sa voix, souple et lumineuse, ne va qu’en s’épanouissant au fil de la représentation jusqu’à signer avec son réveil au dernier acte l’un des plus beaux moments de chant de la représentation. Enfin, si Kévin Amiel impressionne par ses moyens vocaux et son endurance dans les rôles des princes, il séduit d’autant plus par sa capacité à nuancer, à chercher des aigus piano et à explorer scéniquement une certaine vulnérabilité face à Aurore. Comme pour chaque chanteur de la production, le français est aussi clair qu’il est incarné.

Le Chœur Lyrique Saint-Etienne Loire, préparé par Laurent Touche, ne souffre d’aucun défaut d’implication et de précision, et se montre en grande forme. Il en va de même de l’Orchestre Symphonique Saint-Etienne Loire, dont on apprécie particulièrement l’harmonie, très sollicitée : le hautbois dans le prologue par exemple, ou les cors dans les passages d’inspiration germanique. Guillaume Tourniaire dirige cette musique avec beaucoup de souplesse et une attention particulière aux timbres, sans jamais que le plateau ni la fosse ne se trouvent mis à mal en terme de mise en place. On a peine à croire qu’il ne s’agit là que de la deuxième représentation d’une œuvre jamais jouée tant le résultat est abouti.

©️Cyrille Cauvet

La Belle au bois dormant n’est pas un chef-d’œuvre, et Charles Silver n’est pas un génie oublié. Défendue avec ce sérieux, cette intelligence et cette compétence, ce n’en est pas moins une œuvre attachante, riche en beautés, et qui a su ici inspirer un spectacle abouti sur tous les plans. Pour les malheureux qui n’ont pas pu assister à l’une des deux représentations, le Palazzetto Bru Zane a sorti ce 24 avril l’enregistrement de l’opéra fait à Budapest l’an dernier, avec une distribution entièrement différente à l’exception du rôle de Barnabé. Julien Dran, Kate Aldrich, Thomas Dolié… voilà des arguments suffisants pour découvrir cette belle endormie.

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❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

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La Belle au bois dormant
Opéra en quatre actes
Musique de Charles Silver
Livret de Michel Carré et Paul Collin
D’après le conte La Belle au bois dormant de Charles Perrault
Création le 8 janvier 1902 au Grand-Théâtre de Marseille

Détails

Mise en scène
Laurent Delvert
Assistant à la mise en scène
Do Cellou
Scénographie
Zoé Pautet
Costumes
Fanny Brouste
Chorégraphie
Sandrine Chapuis
Régie de production
Sophie Jacqyer
Lumières
Nathalie Perrier
Création maquillage et coiffures
Corinne Tasso

La Princesse Aurore, La Reine
Déborah Salazar
Urgèle
Julie Robard-Gendre
Le Page, Jacotte, Une fée
Héloïse Poulet
Dame Gudule, La Fée Primevère
Anne-Lise Polchlopek
Le Chevalier errant, Le Prince
Kévin Amiel
Le Roi
Philippe-Nicolas Martin
Le Grand Sénéchal, Éloi
Antoine Foulon
Le Seigneur
Christophe de Blaise
Barnabé
Matthieu Lécroart
Figurantes
Sandrine Chapuis, Agathe Favre, Louise Carrière, Mylène Piter

Chœur Lyrique Saint-Étienne Loire
Direction de chœur
Laurent Touche

Orchestre symphonique Saint-Étienne Loire
Direction musicale
Guillaume Tourniaire

Nouvelle production de l’Opéra de Saint-Étienne
Décors et costumes réalisés par les ateliers de l’Opéra de Saint-Étienne
Coproduction Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française

Dimanche 26 avril 2026, 15h, Opéra de Saint-Étienne

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