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	<title>Scott WILDE - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Scott WILDE - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>BRITTEN, Billy Budd &#8211; Lyon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/britten-billy-budd-lyon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 23 Mar 2026 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En ce deuxième jour de festival, Richard Brunel propose et met lui-même en scène la création lyonnaise de Billy Budd. Il se donne pour principal enjeu de rendre lisible une œuvre dense, où la pléthore de personnages aux tessitures identiques brouille parfois les caractères. Pour autant, il trouve aussi un angle dramaturgique en transformant le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En ce deuxième jour de festival, <strong>Richard Brunel</strong> propose et met lui-même en scène la création lyonnaise de <em>Billy Budd</em>. Il se donne pour principal enjeu de rendre lisible une œuvre dense, où la pléthore de personnages aux tessitures identiques brouille parfois les caractères. Pour autant, il trouve aussi un angle dramaturgique en transformant le prologue et l&rsquo;épilogue comme des extraits d’un tribunal militaire devant lequel Vere rend compte. De fait, le directeur de l’institution réussit un joli coup double. Ce Billy Budd se conçoit tout d’abord comme un geste esthétique où lumières (<strong>Laurent Castaingt</strong>) et scénographie (<strong>Stephan Zimmerli</strong>) assemblent autant de travellings et d’effet de zooms nécessaires à la narration. Ces structures mobiles, comme autant de lieux du bateau, s’ébrouent et animent la scène, même si le deuxième acte moins choral, rend le dispositif plus aride. Heureusement, le parallèle entre les bouts de la marine et les cordes du théâtre n’est pas tissé au-delà de l’ouverture du premier acte, où le théâtre de la mémoire de Vere se dresse devant nos yeux en même temps que plateau de l&rsquo;opéra se peuple. Ce filon aurait vite été vain par la suite. Ce geste élégant se voit redoublé d’un angle dramaturgique inédit. Dilemme moral de Vere, exploration des désirs homoérotiques dans un milieu clos testostéroné… tout cela a déjà été fait. Richard Brunel et <strong>Catherine Ailloud-Nicolas</strong> (dramaturgie) imaginent donc que les deux monologues de Vere, ainsi que certains des ses apartés durant les actes sont adressés à ses pairs réunis pour le « juger ». Cet angle ne va pas sans poser de problèmes. Dès lors que l’action n’est plus une narration extérieure mais la voix du capitaine, celui-ci devient omniscient, témoin de toutes les malversations à bord et de fait complice de Claggart. D’ailleurs, le tribunal de Billy devient tout autant celui de Vere : les figurants magistrats assistent à celui du matelot par les officiers de l&rsquo;Indomitable. C’est en tordant le final de l’opéra – Billy n’est pas pendu mais poignardé par un Squeak revanchard – que Vere échappe à la pire des sentences pour n’être que dégradé. Redevenu civil, il peut se lamenter sur l’innocence sacrifiée du gabier de misaine. Paradoxalement, cette entorse eut encore mieux fonctionné si les désirs refoulés entre Claggart, Squeak et Billy avaient été rendus plus visibles.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/BillyBudd2G%E2%94%AC%C2%AEJeanLouisFernandez-208-1294x600.jpg" alt="" />© Jean-Louis Fernandez</pre>
<p>Encore plus que la veille, les forces de l’Opéra de Lyon participent pour beaucoup à la réussite du spectacle. Sous la baguette de <strong>Finnegan Downie Dear</strong>, l’orchestre a retrouvé souplesse et moelleux tout en se montrant d’une précision d’orfèvre dans l’exécution de la rythmique précise de Britten. Cette navigation brumeuse au large du Finistère exige une palette de couleur à la Turner, ce que, petite harmonie et cuivre s’ingénient à peindre de la première à la dernière note. Les chœurs masculins bluffent tout du long, tant par leur investissement scénique, qui fait de chacun de ses membres un acteur à part entière, que par la cohésion, la précision et l’emphase avec laquelle ils rendent justice à la partition du compositeur britannique. La maîtrise et le jeune mousse leur emboîtent le pas avec une évidence que ne laisse pas transparaître leur jeune âge.</p>
<p>La distribution appelle beaucoup d’éloges. <strong>Filipp Varik</strong> module son chant pour faire entendre les jappements du veule Squeak. <strong>William Morgan</strong> trouve sans effort le pathos du novice supplicié. <strong>Guillaume Andrieux</strong> use de toute la chaleur de son timbre pour donner corps à l’empathie de l’Amie du novice. <strong>Oliver Johnston</strong> pare ses interventions de tous les accents plaintifs nécessaires au portrait de l’enrôlé de force révolté. <strong>Alexander de Jong</strong>, Redburn sonore, <strong>Rafal Pawnunk</strong>, Flint compatissant, <strong>Daniel Miroslaw</strong> (Ratcliff) associent leurs qualités en un trio d’officiers homogène. <strong>Scott Wilde</strong> dispose du timbre profond et humain qui donne corps à Dansker le vieux briscard bourru mais chaleureux. Les trois rôles principaux s’appuient sur des qualités hétérogènes.<strong> Derek Welto</strong>n ne peut compter sur la noirceur d’un timbre assez clair et mat pour grimer le maître d’arme diabolique. C’est par la puissance et les modulations qu’il dresse un portrait convaincant parce que sournoisement inquiétant. <strong>Paul Appleby</strong>, très à l’aise sur l’ensemble de la tessiture, coule déclamation et ligne dans un même creuset pour incarner la noblesse du Capitaine. Enfin, <strong>Sean Michael Plumb</strong> compose un Billy irradiant tant scéniquement que vocalement. Son émission franche et lumineuse lui permet de survoler les scènes de groupe. Il trouve dans son dernier monologue toute l’intériorité du jeune homme résolu devant la mort.</p>
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		<title>PUCCINI, Il Trittico &#8211; Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-il-trittico-paris-bastille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Taillia]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 01 May 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le&#160;Triptyque&#160;de Puccini n&#8217;est pas joué si souvent dans nos contrées, et encore moins dans le désordre : à rebours d&#8217;une tradition plaçant la farce après les drames, Christoph Loy a préféré commencer son spectacle, déjà présenté à l’été 2022 au Festival de Salzbourg, par&#160;Gianni Schicchi, avant de poursuivre avec le mélodrame naturaliste du&#160;Tabarro et de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Le&nbsp;Triptyque</em>&nbsp;de Puccini n&rsquo;est pas joué si souvent dans nos contrées, et encore moins dans le désordre : à rebours d&rsquo;une tradition plaçant la farce après les drames, <strong>Christoph Loy</strong> a préféré commencer son spectacle, déjà présenté à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/il-trittico-salzbourg-le-triomphe-dasmik-grigorian/">l’été 2022 au Festival de Salzbourg</a>, par&nbsp;<em>Gianni Schicchi</em>, avant de poursuivre avec le mélodrame naturaliste du&nbsp;<em>Tabarro</em> et de conclure par la tragique et <em>mystique Suor Angelica</em>. Pourquoi ? Imaginer, au prix de quelques licences avec les livrets, un fil rouge faisant de la principale figure féminine de chaque pièce une seule et même héroïne ? Proposer une continuité dramaturgique ou esthétique justifiant ce renversement ? Même pas. Les décors, d&rsquo;une pièce à l&rsquo;autre, jouent la carte d&rsquo;un réalisme contemporain de bon aloi, et le metteur en scène règle une direction d&rsquo;acteurs à l&rsquo;avenant, habile et cohérente, sans excès d&rsquo;imagination. Tournant le dos à l&rsquo;absurde et au fantasque, <em>Gianni Schicchi</em>&nbsp;paraîtra presque timide, pour ceux qui gardent en mémoire le spectacle très fellinien proposé dans la même maison par Laurent Pelly. <em>Il Tabarro</em> s&rsquo;affirme davantage, qui distille une atmosphère à la fois poisseuse et familière de film noir. <em>Suor Angelica</em>, pour finir, évacue avec subtilité ce que la dernière scène peut avoir de grandiloquent, braque un projecteur sur la protagoniste, qui nous montre sans artifice son infinie douleur et bouleverse d&rsquo;autant plus. Le rideau baissé, une question nous vient : et si Christophe Loy avait décidé de l&rsquo;ordre des pièces après avoir réglé sa mise en scène, tout simplement pour finir par ce qu&rsquo;elle propose de plus fort, à l&rsquo;issue d&rsquo;un long crescendo émotionnel ?</p>
<p>Crescendo aussi va la triple prestation d&rsquo;<strong>Asmik Grigorian</strong>. Non qu&rsquo;elle commence en retrait : sa Lauretta est d&rsquo;un naturel confondant, et offre, de sa voix iridescente, un «&nbsp;Babbino caro&nbsp;» si lyrique et si intense qu&rsquo;on en oublierait presque qu&rsquo;on l&rsquo;entend pour la dix-millième fois. Mais à cette frêle jeune fille succède une Giorgetta sensuelle, qui s’enracine dans son Paris laborieux comme elle enlace son amant, corps et âme. Et vient <em>Suor Angelica</em>, où la soprano lituanienne réussit une interprétation qu’on peut qualifier d’historique&nbsp;; des accents de renoncement apparemment bienheureux qui émanent de ses premières répliques à la rage qui la pousse à affronter sa tante, jusqu’à la détresse terrifiante de la mère qui, au moment de son suicide, croit revoir son enfant, tout sonne juste dans cette incarnation qui tire les larmes et fait rendre les armes. «&nbsp;Senza mamma&nbsp;» semble murmuré du bout des lèvres, mais quelle projection&nbsp;! On croit n’y entendre que l’expression de l’humanité dans ce qu’elle a de plus essentiel et de plus simple, et pourtant quels trésors de nuances, de phrasé, de <em>legato&nbsp;</em>! La clarté du timbre est de celles qu’on destine aux héroïnes juvéniles, mais quelle capacité à le moduler, à l’ombrer, à le parer de teintes pourpres ou noires. En somme, tout au long de ces trois opéras&nbsp;: quelle chanteuse, et quelle actrice&nbsp;!</p>
<p>Le plus beau est qu’autour d’elle, personne ne joue les faire-valoir. Au milieu d’une impeccable bande de cousins et de neveux, <strong>Misha Kiria</strong> impose, de sa voix percutante et de sa vaste silhouette, un Schicchi qui amuse et séduit autant qu’il inquiète. Si l’instrument d’<strong>Alexey Neklyudov</strong> semble encore mal chauffé dans «&nbsp;Firenze è come un albero&nbsp;», il gagne en puissance dans de beaux duos enamourés, et l’autre ténor de la soirée, <strong>Joshua Guerrero</strong>, dessine, dès un «&nbsp;Hai ben ragione&nbsp;» prêt à exploser de colère, un Luigi hargneux, qui vaut à peine mieux que Michele dans cet univers de violence. Michele, justement, trouve en <strong>Roman Burdenko</strong> un interprète idéalement rocailleux, muré dans des silences que viennent taillader de terrifiants éclats de voix. Couple abîmé par la vie et relié par une étonnante tendresse,<strong> Scott Wilde</strong> (Talpa) et <strong>Enkelejda Shkosa</strong> (La Frugola) offrent un répit d’humanité bienvenu. Le casting entièrement féminin de <em>Suor Angelica </em>permet, enfin, d’entendre la Genovieffa ductile et gracieuse de <strong>Margarita Polonskaya</strong>, de scruter avec émotion la silhouette de <strong>Hanna Schwarz</strong>, figure wagnérienne et straussienne bien connue des années 1970-1980, qui garde en Badessa une belle présence vocale, et d’attendre en frémissant la confrontation entre Asmik Grigorian et <strong>Karita Mattila</strong>&nbsp;: certes, celle-ci n’a jamais été contralto et ne peut se permettre, à ce stade de sa carrière, les graves qu’elle n’avait déjà pas il y a trente ans. Mais les reflets moirés du timbre, la présence féline, l’agressivité rentrée sont autant de coups de griffes qui, en déchiquetant un peu plus l’héroïne, achèvent de nous la rendre poignante.</p>
<p>Les Chœurs de l’Opéra, en grande forme, et l’Orchestre, d’une précision perfectible en début de soirée, auraient certes gagné à la présence d’une baguette plus alerte et plus impliquée que celle de <strong>Carlo Rizzi</strong>&nbsp;; au fil des représentations, ils devraient tous se laisser contaminer par la fièvre théâtrale qui émane de la scène.</p>
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		<title>MASSENET, Werther – Baden-Baden</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/massenet-werther-baden-baden/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 30 Nov 2023 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le festival d’automne du Festspielhaus de Baden-Baden est joliment intitulé, en français, « La Grande Gare ». En effet, l’actuelle salle de spectacle était à l’origine une station de chemin de fer de prestige d’où l’on prenait notamment le train pour Paris. Le festival s’intéresse au patrimoine musical européen et, après une mémorable Cavalleria rusticana donnée l’an &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le festival d’automne du Festspielhaus de Baden-Baden est joliment intitulé, en français, « La Grande Gare ». En effet, l’actuelle salle de spectacle était à l’origine une station de chemin de fer de prestige d’où l’on prenait notamment le train pour Paris. Le festival s’intéresse au patrimoine musical européen et, après une mémorable <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/cavalleria-rusticana-baden-baden-a-toutes-vapeurs/">Cavalleria rusticana</a></em> donnée l’an passé, c’est au tour de <em>Werther</em> de clore en point d’orgue la manifestation, ce qui permet, comme une évidence, de souligner les ponts entre la France et l’Allemagne.</p>
<p>C’est à <strong>Robert Carsen</strong> qu’on a demandé de mettre en scène cette nouvelle version du roman épistolaire de Goethe transformé en opéra par Massenet, donné tout d’abord, faut-il le rappeler, en langue allemande à Vienne avant de devenir un classique absolu en langue française. En 2013, la star canadienne avait déjà proposé ici même une remarquable lecture de la <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/six-pieds-sous-terre-mais-au-sommet/">Flûte enchantée</a> </em>aujourd’hui devenue une valeur sûre de l’Opéra de Paris. Sa vision de <em>Werther </em>connaîtra-t-elle le même sort, étant elle aussi prévue pour Bastille ? On est prêt à miser en toute confiance sur elle, tant cette production est fascinante… Robert Carsen a choisi de placer l’œuvre littéraire de Goethe au centre de son sujet. C’est en effet la Bibliothèque de la duchesse Anne-Amélie de Weimar qui sert de cadre à l’impressionnant décor édifié par les soins de <strong>Radu Boruzescu</strong> sur l’ample scène du Festspielhaus. Il aurait été logique de choisir la salle rococo de cette bibliothèque dont Goethe a contribué à considérablement agrandir les collections. Mais c’est le « Cube de livres », la nouvelle section du bâtiment ajoutée en 1991, qui a servi de modèle. On connaît le goût de modernité et d’intemporalité du metteur en scène et ce choix s’impose comme une évidence. La plupart des rayonnages de livres bien rangés, aux couleurs subtilement alternées et assorties formant un délicat patchwork aux nuances pastel, sont en réalité factices. Il s’agit donc de clichés, mais certains livres sont bien réels ; on y a collé sur les tranches les photos d’ouvrages conservés dans la salle originelle. L’effet produit est spectaculaire. Le spectateur plonge dans un univers de rêve hautement fécond, se noie dans une mer de livres dont il ne peut saisir le détail mais qui le titille intellectuellement. Le reste du décor reprend, avec de subtiles variantes, le mobilier de la bibliothèque ainsi que les lampadaires et les échelles. Cette sobriété pourrait n’engendrer que froideur et distance mais, bien au contraire, cela permet de nous rapprocher davantage de nos personnages, avantageusement dupliqués, quand ils sont occupés à lire <em>Werther</em>, par des figurants eux également absorbés par leurs recueils. Et en écho, le spectateur se retrouve lui aussi englouti dans cette concentration, cette richesse culturelle dans un effet miroir particulièrement réussi (et magnifié par le travail remarquable sur les lumières du fidèle <strong>Peter Van Praet</strong>). Comment mieux fusionner avec nos héros et partager leurs émois, leurs affres et leurs souffrances ? Les figurants, presque immobiles, frémissent au rythme des émotions de nos protagonistes, desserrant le moment venu la pression de leurs doigts sur des feuillets qui se mettent à tourbillonner en feuilles d’automne, comme autant de pages blanches pour des histoires à écrire et à vivre ou, au choix, pages vierges parce que déjà mortes. L’imaginaire se met rapidement au diapason des émotions véhiculées par le chef-d’œuvre de Massenet. Sans vouloir effeuiller l’ensemble tout en raffinements de l’ouvrage (et des lettres brassées en abondance, n’oublions pas qu’il s’agit au départ d’un roman épistolaire), ni gâcher le plaisir de la découverte, décrivons tout de même la scène ultime. Lorsque le rideau se lève sur le dernier tableau, les rayonnages sont soudain vides, ce qui provoque un choc intense (on pense notamment à la Bibliothèque de Weimar qui a subi un incendie dévastateur il y a vingt ans) ; Werther est allongé sur une montagne de livres en désordre, comme sur un bûcher ou un autodafé dont les flammes seraient absentes. Cette mer de volumes abîmés évoque une sublime décharge ou une scène de naufrage. L’émoi est à son comble.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="615" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20231124_Werther_c-Andrea-Kremper-1-1024x615.jpg" alt="" class="wp-image-151687"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Andreas Kremper</sup></figcaption></figure>


<p>On sait Robert Carsen excellent directeur d’acteurs. Son talent est une nouvelle fois confirmé ici, chacun des interprètes de cette tragédie étant juste dans ses moindres gestes. Cette adéquation toute en finesse aux riches panels de sensations exposées se retrouve dans chacune des voix, qui déploient des trésors d’émotions des plus intenses. Quel magnifique plateau vocal nous avons là ! Celui qui emporte tous les suffrages est bien évidemment le plus excessif, le plus exalté, le plus fougueux et le plus extrême, à savoir Werther. <strong>Jonathan Tetelman</strong>, dont Charles Sigel a tout récemment célébré les qualités avec enthousiasme à l’occasion de la <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/jonathan-tetelman-the-great-puccini/">sortie de son nouveau disque</a>, est décidément un ténor phénomène que tout le monde va s’arracher. Son physique de jeune premier bien découplé en fait un héros romantique cependant bien intégré au monde contemporain, ce qu’accentue encore le choix des costumes fait par <strong>Luis F. Carvalho</strong>. Si l’ample scène du Festspielhaus souffre d’un défaut de projection sonore optimisée quand le décor est sobre et dépouillé si les chanteurs s’éloignent de la rampe, ce qui absorbe littéralement le son, la puissance d’émission du jeune homme est exceptionnelle et on l’entend très distinctement, d’autant que sa prononciation du français est excellente. Son « Pourquoi me réveiller » a pu faire trembler les fondations du bâtiment (ou au moins déclencher les ovations éperdues du public). À ses côtés, <strong>Kate Lindsey</strong> campe une Charlotte d’une intensité rare qui déploie une palette de sentiments d’une richesse foisonnante, donnant ainsi une profondeur toute particulière à son personnage dont ressort avec superbe les sentiments réfrénés qui explosent enfin, dans des harmoniques de toute beauté. Si leur rôle se cantonnent à faire valoir leurs partenaires, le binôme formé par Sophie et Albert marque les esprits, tant leur présence se fait vive. <strong>Elsa Benoit</strong> est délicieuse, gaie, d’une fraîcheur juvénile que la voix illumine, avec une surprenante maturité. Les sentiments qu’elle pourrait éprouver pour Werther n’en sont que plus émouvants. Le baryton <strong>Nikolai Zemlianskikh</strong> exprime toute la noblesse de caractère, mais aussi la jalousie sourde d’Albert, avec autorité et force. Les autres <em>comprimari</em> donnent toute satisfaction. À souligner la très belle présence des enfants du <strong><a href="https://www.festspielhaus.de/kuenstler/cantus-juvenum-karlsruhe/">Cantus Juvenum Karlsruhe</a></strong>, de très haute qualité.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="675" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20231124_Werther_c-Andrea-Kremper-10-1024x675.jpg" alt="" class="wp-image-151696"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Andreas Kremper</sup></figcaption></figure>


<p>À la tête du <a href="https://www.festspielhaus.de/kuenstler/balthasar-neumann-ensemble/"><strong>Balthasar-Neumann-Orchester</strong></a>, <strong>Thomas Hengelbrock</strong> se montre parfaitement à l’aise avec le répertoire de Massenet. Chacun des pupitres vibre à l’unisson avec les chanteurs. Les dernières mesures accompagnent une vision du plateau où les figurants semblent prêts à se faire sauter le caisson, imitant le geste de Werther, à l’image de ce qui semble s’être passé après la publication du roman, marquée par une vague de suicides. Le spectateur, lui aussi, s’identifie aux héros malheureux de cette tragédie extrême. Mais la fonction cathartique de l’œuvre joue à plein, transcendée par l’émotion rare que nous venons de vivre. Comme le dit Werther : « Pourquoi ces larmes ? Crois-tu donc qu’en cet instant ma vie est achevée ? Elle commence, vois-tu bien ! » On sort, puisqu’il « faut nous séparer », habités par ce spectacle dont on sait qu’il nous accompagnera longtemps, réconciliés avec l’opéra (quand bien même il le faudrait) et la vie… Et comment oublier tous ces livres puisque, comme le disait Alain Resnais, la bibliothèque, c’est « toute la mémoire du monde ».</p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Werther 2023" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/_VAAaPOUxuI?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" allowfullscreen></iframe></div>
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		<title>MARTINU, Řecké pašije (La Passion grecque) &#8211; Salzbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/martinu-recke-pasije-la-passion-grecque-salzbourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Aug 2023 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Martinů est peu connu en dehors de la Tchéquie, c’est une triste réalité mais c’est comme ça ! Peut-être un jour connaitra-t-il comme Janáček une sorte de résurrection, ce serait bien souhaitable.&#160; Dès lors, la programmation au Festival de Salzbourg d’Une Passion grecque fait figure d’audace qu’on se doit de souligner. En cherchant un peu, &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/martinu-recke-pasije-la-passion-grecque-salzbourg/"> <span class="screen-reader-text">MARTINU, Řecké pašije (La Passion grecque) &#8211; Salzbourg</span> Lire la suite »</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Martinů est peu connu en dehors de la Tchéquie, c’est une triste réalité mais c’est comme ça ! Peut-être un jour connaitra-t-il comme Janáček une sorte de résurrection, ce serait bien souhaitable.&nbsp;</p>
<p>Dès lors, la programmation au Festival de Salzbourg d’<em>Une Passion grecque</em> fait figure d’audace qu’on se doit de souligner.</p>
<p>En cherchant un peu, on trouve tout de même sur la toile plusieurs enregistrements de l’œuvre et des productions pas trop anciennes, qui montrent l’estime dans laquelle les programmateurs tiennent le corpus de Martinů. Ceux qui veulent en savoir plus sur l’œuvre et sa genèse reliront avec fruit le très bel article qu’y a consacré par notre collègue Nicolas Derny lorsqu’il <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/plaidoyer-pour-une-passion/">critiquait dans ces colonnes mêmes</a> l’enregistrement paru en 2010 chez Supraphon, dirigé par Libor Pešek. On trouve aussi sur YouTube, accessible à tous, une retransmission de la production de Bregenz en 1999, dans une mise en scène ambitieuse et non dénuée de moyens, avec le Wiener Symphoniker sous la direction de Ulf Shirmer, et une autre dirigée par Sir Charles Mackerras, avec l’Orchestre Philharmonique Tchèque, plus ancienne (1990). Il existe aussi un enregistrement de l’orchestre Philharmonique de Graz, dirigé par Dirk Kaftan paru chez Oehms.</p>
<p>Dans le monde francophone, néanmoins, l’œuvre est rare à la scène, très rare.</p>
<p>Qui n’a jamais assisté à une soirée de première à Salzbourg, le jour où les places sont (encore plus) chères, sera sans doute étonné du public qu’on y trouve, de la mondanité des échanges ou de l’âge des participants. On y vient en limousine de fabrication allemande, déposé par une noria de grosses cylindrées à moteurs thermiques circulant sur la Herbert von Karajan Platz, on y vient embijoutée, liftée, botoxée, siliconée ou perchée sur des escarpins à semelle rouge, on y vient pétri de certitudes, satisfait d’être qui on est, et on explique bien haut à son voisin, dans toutes les langues, ce qu’on sait qu’il faut penser et qu’on a lu dans la presse avant de venir. Pris au second degré c’est assez divertissant, le spectacle est aussi dans la salle, mais considérablement décalé par rapport au drame qui va suivre.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/the-greek-passion-2023-sf-monika-rittershaus-008-1-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-139353"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Lukasz Golinski,Fotis et Charles Workman,Yannakos © SF/Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<p>L’intrigue est simple à résumer : alors que le patriarche d’un village distribue les rôles que ses paroissiens incarneront dans la représentation de la Passion lors de la prochaine fête de Pâques, arrive un groupe de réfugiés grecs en détresse qui demande asile. On leur accorde une terre sur la montagne. Transcendés par les rôles qu’on leur a attribués, certains paroissiens se sentent investis d’une mission envers ces réfugiés, alors que les autres tentent de les spolier ou les rejettent. La tension monte au sein du village et le patriarche en vient à excommunier Manolios qui devait jouer Jésus et quelques apôtres avec lui. L’affaire se termine dans le sang, Manolios assassiné par Panaïs qui avait été pressenti pour le rôle de Judas. Parallèlement, une intrigue de nature sentimentale avait désuni le couple formé par Manolios et Lenio, qui choisit de s’unir finalement à Nikolio, tandis que la jeune veuve Katarina s’investit avec une passion très physique dans le rôle de Marie-Madeleine.</p>
<p>La mise en scène signée <strong>Simon Stone</strong> utilise avec profit l’énorme masse des chœurs (celui des paroissiens, celui des migrants plus un chœur d’enfants, soit largement plus d’une centaine d’intervenants) dont il fera l’essentiel du décor de la pièce. Un fatras d’accessoires emmenés par les réfugiés, quelques spectaculaires dispositifs surgis du sol ou des cintres (cette salle n’offre quasi pas de coulisses) suffiront à situer l’espace, accentuant par là le caractère universel du drame qui se joue. Bien sûr, on songe à l’actualité des masses de migrants qui embarrassent toute l’Europe, même si à mon sens le thème central de la pièce tourne plutôt autour du poids de l’assignation des rôles, de l’incarnation quasi involontaire, par les villageois, des emplois qui leur ont été attribués et qu’ils vont endosser malgré eux comme un destin inéluctable. Cette emprise du religieux sur la vie quotidienne des villageois, symbolisée par une énorme croix lumineuse, et le drame auquel elle va conduire toute la communauté, si elle forme un sujet certes moins dans l’air du temps, est au moins autant au cœur de l’œuvre, qui peut aussi être vue comme une sorte d’oratorio porté à la scène, finissant par un Kyrie et un Amen.</p>
<p>Fidèle au texte, explicative – ce qui est plutôt une qualité lorsque la pièce est peu familière du public – cette mise en scène comporte aussi son lot de moments spectaculaires, parfois inattendus : l’apparition d’un Christ gonflable dégingandé surgi du sol, une douche tombant des cintres, l’utilisation de la galerie supérieure du manège salzbourgeois pour figurer le territoire accordé aux réfugiés, le recours aux animaux vivants (un petit âne adorable, un mouton et une chèvre) tout cela fait sens ; c’est un travail de mise en scène très honnête et inspiré, en adéquation avec la musique de Martinů.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="683" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/the-greek-passion-2023-sf-monika-rittershaus-010-1-683x1024.jpg" alt="" class="wp-image-139354"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Sara Jakubiak, Katerina et Sebastian Kohlhepp, Manolios© SF/Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<p>La qualité du plateau est excellente et très homogène, dominée par les performances de <strong>Sebastien Kohlepp</strong> en Manolios et <strong>Sara Jakubiak</strong> en Kateřina. L’un et l’autre semblent transcendés par leur rôle et livrent des performances d’une qualité exceptionnelle&nbsp;: lui, magnifique voix de ténor héroïque, en imposant par l’intensité dramatique, et elle par l’engagement scénique et la beauté vocale. On notera aussi la très grande qualité de l’autre soprano de la distribution, <strong>Christina Gansch</strong> en Lenio, voix tout aussi agréable, révélant de vrais moments d’émotion. Autour d’eux, chacun trouve aisément sa place, l’étagement et la caractérisation des voix est parfaitement établi. Janakos le marchand repenti (<strong>Charles Workman, </strong>belle voix claire et puissante) vous arracherait des larmes, tant <strong>Julian Hubbard</strong> en Panaïs, le Judas révolté, que Nikolio, le ténor <strong>Aljoscha Lennert</strong>, jeune berger un peu niais, ou <strong>Matthäus Schmidlechner </strong>(Michelis), <strong>Matteo Ivan Rašic</strong> (Andonis) et <strong>Alejandro Baliñas Vieites</strong> (Kostandis) – les autres apôtres – sont parfaitement distribués.</p>
<p>Petite déception du coté de <strong>Gabor Betz</strong> en prêtre Grigoris, un rien moins impressionnant qu’il eut fallu, alors que son rival Fotis, le prêtre des migrants, chanté par <strong>Ł</strong><strong>uckasz Goli</strong><strong>ń</strong><strong>ski</strong> met énormément de conviction dans la défense de son rôle.</p>
<p>Très émouvante également, mais dans un rôle secondaire, la vieille femme chantée par la néerlandaise <strong>Helena Rasker</strong> fait forte impression, tant par son timbre magnifique de contralto au vibrato parfaitement mesuré que par la justesse de son intervention. A <strong>Scott Wilde</strong> est dévolu un rôle symboliquement important et qu’il porte avec beaucoup de dignité : celui d’un vieillard issu de la communauté des migrants qui s’en va mourir volontairement dans les fondations du village nouveau que les siens tentent de construire. Enfin, au pire larron de la bande, Ladas, interprété par <strong>Robert Dölle</strong>, le metteur en scène prête un accent américain à couper au couteau et des airs de Donald Trump du plus grand effet comique.</p>
<p>Il me semblait, pendant les trois quarts du spectacle, que les Wiener Philharmoniker, dirigé avec rigueur et précision par le jeune chef français <strong>Maxime Pascal</strong> – valeur montante de la scène internationale – jouait trop fort et sans trop de couleurs une partition instrumentale assez chargée. Mais c’était sans doute pour ménager un effet de contraste et de recueillement lors de la scène finale, sorte de vaste prière incantatoire qu’il réussit de façon très spectaculaire.&nbsp;</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/martinu-recke-pasije-la-passion-grecque-salzbourg/">MARTINU, Řecké pašije (La Passion grecque) &#8211; Salzbourg</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>PUCCINI, Il trittico — Salzbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/il-trittico-salzbourg-le-triomphe-dasmik-grigorian/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 14 Aug 2022 15:45:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Plusieurs partis s’offrent au metteur en scène qui aborde Il Trittico. Faut-il chercher des ponts entre les trois œuvres – elles ont pourtant été écrites séparément, sans intention d’unité de la part du compositeur – ou au contraire, en faite trois tableaux contrastés ? Et dans quel ordre faut-il les présenter ? On est en présence de deux &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Plusieurs partis s’offrent au metteur en scène qui aborde <em>Il Trittico</em>. Faut-il chercher des ponts entre les trois œuvres – elles ont pourtant été écrites séparément, sans intention d’unité de la part du compositeur – ou au contraire, en faite trois tableaux contrastés ? Et dans quel ordre faut-il les présenter ? On est en présence de deux drames affreux et d’une comédie burlesque ; par quoi faut-il commencer ? La tradition veut qu’on place <em>Il Tabarro</em> en premier, <em>Suor Angelica</em> au milieu et <em>Gianni Schicchi</em> à la fin, mais rien n’y oblige.</p>
<p><strong>Christof Loy</strong>, qui signe la mise en scène de Salzbourg, a choisi la voie de la simplicité : pas de lien, et un ordre différent, qui commence par la comédie pour finir dans le drame. Il nous présente donc <em>Gianni Schicchi</em> pour ce qu’elle est, une grosse farce burlesque où les personnages sont caricaturés, les affects exagérés, poussés à l’extrême, sans chercher ni message social (l’œuvre qui montre la cupidité et la malhonnêteté des puissants contient pourtant une évidente satire des classes dominantes) ni actualisation d’aucune sorte. Une grande chambre vide où trône le lit du défunt, une porte et une fenêtre pour tout décor, et des performances d’acteurs bien conduites suffiront à montrer l’action. Sur le plan scénique, on reste un peu sur sa faim : peu d’originalité, une mise en scène certes efficace mais qui colle au texte, où l’abondance des personnages secondaires, très peu caractérisés, semble plus une contrainte qu’une opportunité, le tout dans une esthétique très standardisée, il n’y a pas la de quoi susciter un réel enthousiasme.</p>
<p>Au plan vocal, c’est <strong>Misha Kiria</strong> dans le rôle titre qui évidemment tire la couverture à lui et recueille tous les suffrages. La voix est forte, chaude, sonore à souhaits, le personnage est truculent, hâbleur et terriblement sympathique, tous les éléments sont réunis pour un grand succès personnel. A ses côtés, la Lauretta d’<strong>Asmik Grigorian</strong>, émouvante et magnifique dans son air <em>Il mio babbino caro, </em>d’ailleurs dûment applaudi, et le Rinuccio du jeune ténor <strong>Alexey Neklyudov</strong>, viril et très bien timbré, ne déparent pas. Belle satisfaction aussi pour le Simone de <strong>Scott Wilde</strong>. Déception en revanche du côté d’<strong>Enkelejda Shkosa </strong>(Zita), mezzo albanaise riche déjà d’une longue carrière, au vibrato bien trop large à mon goût, et qu’on retrouvera hélas dans les trois tableaux.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/il-trittico-2022-c-sf-gianni-schicchi-008.jpg?itok=JRBlAE0j" title="Iurii Samoilov (Marco), Caterina Piva (La Ciesca), Lavinia Bini (Nella), Scott Wilde (Simone), Misha Kiria (Gianni Schicchi), Dean Power (Gherardo), Enkelejda Shkosa (Zita) © SF / Monika Rittershaus" width="468" /><br />
	Iurii Samoilov (Marco), Caterina Piva (La Ciesca), Lavinia Bini (Nella), Scott Wilde (Simone), Misha Kiria (Gianni Schicchi), Dean Power (Gherardo), Enkelejda Shkosa (Zita) © SF / Monika Rittershaus</p>
<p>Décor et mise en scène sont un peu plus élaborés dans <em>Il Tabarro</em>, mais toujours dans la même veine réaliste collant au texte. La péniche amarrée à quai, c’est obligatoire, les réverbères de Paris, c’est un cliché, et une sorte de grand escalier métallique pour figurer le côté prolétaire, industriel du quartier, ça c’est plus original, emplissent le plateau. Les personnages évoluent dans un quotidien sans charme et sans couleur. La tension du désaccord entre Michele et Giorgetta n’est pas visible, pas plus que la tension érotique entre Giorgetta et Luigi, qui sont pourtant les deux éléments explicatifs du drame à venir, et autant de pistes à explorer pour une élaboration plus poussée de la mise en scène.</p>
<p>L’abondance des personnages secondaires, ici aussi, chacun vaquant à ses occupations inconscient du drame qui se noue, semble faite pour détourner l’attention, donner l’apparence de la neutralité des jours et par contraste, permettre de créer un effet dramatique saisissant au moment du crime. Sauf que cette stratégie n’opère pas, faute d’élément marquant lorsque survient le drame. La méprise de Luigi, trompé par une allumette, la trop courte bagarre nocturne entres les deux rivaux, le désarroi de Giorgetta qui comprend que quelque chose tourne mal, le coup de couteau fatal, le corps dissimulé sous le manteau, puis révélé aux yeux effarés de Giorgetta, tous ces éléments qui relèvent de la meilleure tradition des romans (ou des films) noirs et qui devraient stimuler la créativité du metteur en scène, tout cela est réglé en quelques gestes froids peu démonstratifs et surtout peu compatibles avec le paroxysme musical de la partition.</p>
<p>Ici aussi, les chanteurs sont excellents : le baryton russe <strong>Roman Burdenko</strong> est particulièrement émouvant dans le rôle de Michele, avec un timbre très riche, une voix puissante et un jeu plutôt retenu, très convainquant. On retrouve avec plaisir Asmik Grigorian dans le rôle de Giorgetta, où elle semble cependant se ménager un peu (un troisième rôle l’attend…). Le Luigi de <strong>Joshua Guerrero</strong>, jeune ténor américain, est tout à fait satisfaisant lui aussi, sans excès de puissance mais avec une très belle homogénéité de la voix et des couleurs chaudes, des accents de sincérité propres à susciter l’émotion et l’empathie. Le jeune ténor irlandais <strong>Dean Power</strong>, qu’on avait déjà remarqué en première partie dans le petit rôle de Gherardo, trouve ici en marchand de chansonnette un second emploi qui lui convient bien ; l’intervention est brève mais lui permet de faire remarquer une voix au timbre très rond, pleine de charme et d’ardeur juvénile, et une belle présence scénique.</p>
<p>	Asmik Grigorian (Giorgetta), Roman Burdenko (Michele) © SF / Monika Rittershaus</p>
<p>Troisième volet du triptyque, <em>Suor Angelica</em> est certainement aussi le plus réussi de la soirée. Si la conception du metteur en scène reste toujours aussi élémentaire, la performance exceptionnelle d’Asmik Grigorian dans le rôle titre est d’une telle intensité qu’elle emporte tout sur son passage.</p>
<p>Le décor reprend le fond neutre et la porte monumentale qu’on avait déjà vus dans le premier tableau, sans pour autant que cela constitue un pont entre les deux scènes. Au-devant, côté jardin, un petit ensemble de plantes médicinales en pot figure le minuscule domaine de Suor Angelica ; ailleurs, dispersées sur le plateau, on trouve des tables et des chaises, mobilier usuel des couvents. Les chœurs, une fois de plus, sont relégués dans les coulisses sans qu’on en comprenne la nécessité, le très large plateau du <em>Großes Festspielhaus</em> étant par ailleurs sans cesse encombré des nombreux rôles secondaires dont Puccini a systématiquement rempli les trois œuvres du triptyque. Le metteur en scène va ici jouer sur le décalage chronologique entre la règle du couvent, hors du temps, et les éléments extérieurs à lui, contemporains, qui interviennent comme par irruption, la venue de la Princesse très élégante dans son smoking pantalon de femme d’affaire, et la petite robe noire sexy que Suor Angelica enfile, cigarette au bec, lorsqu’elle quitte le voile dans son accès de révolte pensant rejoindre la vie civile. </p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/il-trittico-2022-c-sf-suor_angelica_035.jpg?itok=B0ikycH-" title="Karita Mattila (La Zia Principessa), Asmik Grigorian (Suor Angelica) © SF / Monika Rittershaus" width="468" /><br />
	Karita Mattila (La Zia Principessa), Asmik Grigorian (Suor Angelica) © SF / Monika Rittershaus</p>
<p>C’est bien entendu Asmik Grigorian qui tient ici la vedette, avec un engagement vocal et scénique totalement au service du rôle, éblouissant d’intensité émotionnelle, à la mesure de ses moyens vocaux qui sont considérables. Sa prestation va aller crescendo jusqu’au climax final des retrouvailles avec son petit garçon, d’une concentration dramatique hors du commun, très émouvante, et qui lui vaudra, au moment où tombe le rideau, une standing ovation bien méritée. Pour lui donner la réplique, on a fait venir deux très grandes pointures de la génération précédente, l’inoubliable <strong>Karita Mattila</strong> qui chante le rôle de la Princesse, et la grande wagnérienne <strong>Hanna Schwarz</strong> dans celui de la Badessa, deux rôles en définitive restreints, secondaires, circonscrits, mais qui évidemment gagnent beaucoup a être tenus par de telles artistes, même si les voix, ni d’un côté ni de l’autre, ne sont plus tout à fait au sommet de ce qu’elles ont été.</p>
<p>A la tête du Philharmonique de Vienne, <strong>Franz Welser-Möst</strong> a un peu de mal à passer de Strauss (son répertoire de prédilection et dans lequel il excelle) à Puccini. L’orchestre en recherche de lyrisme et d’expressivité vériste est sans cesse tenté de jouer trop fort, de couvrir les chanteurs, qui luttent pourtant vaillamment. Mais les qualités de l’orchestre sont bien entendu globalement au rendez-vous, exceptionnelle homogénéité des cordes, individualisation et couleurs des vents, enthousiasme et professionnalisme de tous.</p>
<p> </p>
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		<title>STRAVINSKY, The Rake&#039;s Progress — Nantes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/the-rakes-progress-nantes-les-vertus-du-cafe-arrose-de-whisky/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 24 Mar 2022 04:59:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/les-vertus-du-caf-arros-de-whisky/</guid>

					<description><![CDATA[<p>On connaît les goûts de Stravinsky en matière de boisson. Lorsqu’il rencontra Auden pour la première fois, après avoir dégusté un café arrosé de whisky, dix jours suffirent aux deux complices pour arrêter l’essentiel du livret. La douce euphorie que ressent le spectateur au sortir de l’ouvrage doit être de même nature. Co-produit par les &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On connaît les goûts de Stravinsky en matière de boisson. Lorsqu’il rencontra Auden pour la première fois, après avoir dégusté un café arrosé de whisky, dix jours suffirent aux deux complices pour arrêter l’essentiel du livret. La douce euphorie que ressent le spectateur au sortir de l’ouvrage doit être de même nature. Co-produit par les opéras de Rennes et d’Angers-Nantes, ce <em>Rake’s Progress</em> a été commenté par Tania Bracq à sa création rennaise (<a href="/the-rakes-progress-la-carriere-du-libertin-rennes-mad-men">Mad Men</a>). Maintenant à Nantes, les mêmes interprètes, rodés à l’exercice, d’un engagement exemplaire, nous offrent une soirée de qualité exceptionnelle, où l’émotion le dispute au sourire.</p>
<p>Stravinsky éprouva le besoin d’expliciter sa démarche singulière après la création de l’opéra, que boudent encore trop de scènes. « <em>The Rake’s Progress</em> est (…) un opéra classique, n’en déplaise aux milieux bien informés pour lesquels ces conventions (*) passent pour surannées. » L’histoire est connue, fondée sur des gravures d’Hogarth qui avaient retenu son attention dès 1947 : les amours d’Anne et de Tom vont être contrariées par Nick, le diable, qui va entraîner l’anti-héros dans la débauche, la ruine et enfin la folie. La société qui nous est peinte est sombre sous l’apparence de la frivolité : cupide, futile et inconséquente. Réaliste, la moralité qui conclut l’ouvrage, tempère la fin idéalisée du dernier acte.</p>
<p>Passée la surprise du début, la réalisation scénique de <strong>Mathieu Bauer</strong> est exemplaire. Sans message ajouté, fidèle à l’esprit comme au texte, elle se signale par son efficacité, son invention, sa légèreté et sa richesse. L’humour, l’ironie, y trouvent toute leur place, en contrepoint des moments d’émotion. Renouvelé à la faveur d’un ingénieux dispositif, assorti de vidéos ponctuelles qui contribuent à l’illustration du livret et d’éclairages inventifs, le décor nous plonge dans l’Angleterre des années 50. Les costumes de <strong>Chantal de La Coste</strong> sont remarquables, et collent aux personnages. Quant à la direction d’acteurs, elle est digne des meilleures comédies musicales, où chaque geste, chaque pas trouve sa place pour expliciter la psychologie ou la situation des acteurs : tous brûlent les planches. Bien sûr, Anne et son père, dont l’amour ne sera jamais pris en défaut, nous touchent par leur constance et les épreuves qu’ils traversent. Cependant, Tom le faible, l’inconséquent, et Nick le roué ne se réduisent pas à des caricatures, tout comme Mother Goose et Baba la Turque. Le dernier acte (écrit et composé le premier) est poignant.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/the_rakes_progress_opera_de_rennes_5_c_laurent_guizard.jpg?itok=8x-xIjiy" title="Tom (Julien Behr) et Baba la Turque (Aurore Ugolin) © Laurent Guizard" width="468" /><br />
	Tom (Julien Behr) et Baba la Turque (Aurore Ugolin) © Laurent Guizard</p>
<p>Pas la moindre faiblesse dans la distribution. Tous les chanteurs excellent, en adéquation parfaite avec les personnages qu’ils incarnent. Sans outrance ajoutée, leur jeu est d’une liberté épanouie que l’on trouve davantage dans la comédie musicale qu’à l’opéra. Un régal. Qui eût cru l’extraordinaire Aricie de l’Opéra Comique (2020) capable de se muer en Anne Truelove ? <strong>Elsa Benoît</strong> relève parfaitement le défi et nous vaut une héroïne idéale, sensible, au caractère bien trempé. La voix est sonore, fraîche, capable d’aigus piano, aux graves solides, bien projetée, et le jeu comme la diction emportent l’adhésion. Sa cabalette du I, où elle dit combien elle croit dans la toute-puissance de l’amour, et son contre-ut final sont superbes. La tendresse de « Quietly night », l’émotion de la berceuse finale « Gently, little boat »&#8230; c’est un bonheur constant. Tom Rakewell subit en croyant dominer, orgueilleux et chimérique, naïf, faible, mais d’une touchante sincérité, après la débauche puis la faillite. <strong>Julien Behr</strong> a-t-il mieux habité un de ses personnages ? Quelle que soit la qualité de son Pelléas, ou de son Belmonte, il est permis d’en douter. Intense, d’une émission généreuse, déliée dans ses vocalises, la voix est solide et lumineuse, mozartienne, homogène, capable d’accents héroïques (« City ! City ! »). Le legato, la diction sont exemplaires, comme le lyrisme intense dans son aria « O nature » ; à Bedlam, chez les aliénés, la douceur illuminée d’Adonis cherchant Vénus atteint à l’émotion la plus profonde. <strong>Thomas Tatzl</strong> a la profondeur des graves requise pour Nick Shadow, personnage maléfique, méphistophélique, grinçant. L’autorité, la brutalité après l’humilité et la séduction assortie de discours sentencieux. L’intensité ne le conduit jamais à surjouer, même lorsqu’ayant perdu, il s’enfonce dans les ténèbres. Vieillard cloué dans son fauteuil roulant, le clairvoyant Truelove est campé par <strong>Scott Wilde</strong>. La voix est profonde, empreinte d’amour et d’autorité.  Le chanteur trouve les accents propres à lui donner vie. Mother Goose est servie par le beau mezzo de l’imposante <strong>Alissa Anderson</strong>. En Baba la Turque, que l’on croirait échappée des <em>Mamelles de Tirésias</em>, <strong>Aurore Ugolin</strong> est non seulement drôle, magistrale d’autorité, avec l’abattage requis, mais son chant est exemplaire et a encore progressé depuis sa Bersi (<em>Andrea</em> <em>Chénier</em>), saluée à Toulon.  « As I was saying » (au II) est exemplaire. Il faudrait signaler encore le pétulant Sellem de <strong>Christopher Lemmings</strong> comme le gardien de l’asile, <strong>Jean-Jacques L&rsquo;Anthoën.</strong> Quitte à le répéter : le bonheur est constant et général, dans les airs comme dans les nombreux ensembles.</p>
<p>Le chœur de chambre <em>Mélisme(s)</em>, que dirige <strong>Gildas Pungier</strong>, se hisse au meilleur niveau : les voix sont parfaitement accordées, équilibrées, projetées, pour une participation essentielle et variée. Le jeu <a>dramatique</a> de chacun force l’admiration. Suite à un récent AVC, certainement lié à une intense activité internationale, le chef gallois <strong>Grant Llewellyn</strong> ne dispose plus que de son bras gauche pour diriger. Balayées les quelques réserves qui avaient été signalées lors de la création : sa direction énergique, rigoureuse et précise, permet à l’orchestre national de Bretagne de traduire au mieux la redoutable partition. Incisive, vivace, joyeuse comme élégiaque, la rythmique stravinskienne, raffinée, soutient la tension. Toujours l’orchestre chante, les pupitres rivalisant d’homogénéité et de couleur.  Les passages ironiques, les pastiches mozartiens, le sarcasme comme la tendresse sont merveilleusement illustrés.</p>
<p>Espérons qu’une prise vidéo permettra de partager ces moments forts avec le plus grand nombre, avant des reprises sur de nombreuses scènes. Vous aimez Stravinsky, vous adorez Mozart, vous appréciez la comédie musicale, vous êtes simplement curieux ? N’hésitez pas un instant. Vous ne serez pas déçu, comme en témoignent les longues et chaleureuses ovations que le public de cette première nantaise a réservées aux interprètes.</p>
<p> </p>
<p>(*) « j’ai préféré couler mon œuvre dans le moule d’un opéra <em>à numéros </em>du XVIIIe siècle, où l’action dramatique progresse au fil de pièces distinctes – airs, duos, trios, chœurs, interludes instrumentaux, récitatifs. »</p>
<hr align="left" size="1" width="33%" />
 </p>
<p> </p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/the-rakes-progress-nantes-les-vertus-du-cafe-arrose-de-whisky/">STRAVINSKY, The Rake&#039;s Progress — Nantes</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>STRAVINSKY, The Rake&#039;s Progress — Rennes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/the-rakes-progress-la-carriere-du-libertin-rennes-mad-men/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 07 Mar 2022 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après un audacieux Red Waters le mois dernier, l&#8217;opéra de Rennes confirme sa confiance dans l&#8217;esprit d&#8217;aventure de son public avec un Rake&#8217;s Progress fort réussi, fruit d&#8217;une nouvelle coproduction avec Angers Nantes Opéra. En 2017 au festival d&#8217;Aix-en-Provence, Simon McBurney avait eu la brillante idée d&#8217;implanter l&#8217;histoire dans une boite blanche tendue de papier que la figure diabolique de Nick &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="margin: 0cm 0cm 14.4pt;font-size: medium;, serif">Après un audacieux <em>Red Waters</em> le mois dernier, l&rsquo;opéra de Rennes confirme sa confiance dans l&rsquo;esprit d&rsquo;aventure de son public avec un <em>Rake&rsquo;s Progress</em> fort réussi, fruit d&rsquo;une nouvelle coproduction avec Angers Nantes Opéra.</p>
<p style="margin: 0cm 0cm 14.4pt;font-size: medium;, serif">En 2017 au festival d&rsquo;Aix-en-Provence,<a href="https://www.forumopera.com/the-rakes-progress-aix-en-provence-une-carriere-qui-dechire" style="text-decoration: underline"> Simon McBurney</a> avait eu la brillante idée d&rsquo;implanter l&rsquo;histoire dans une boite blanche tendue de papier que la figure diabolique de Nick Shadow venait déchirer. Ainsi, la pureté de l&rsquo;âme de Tom Rakewell se trouvait-elle peu à peu réduite en lambeaux.</p>
<p style="margin: 0cm 0cm 14.4pt;font-size: medium;, serif">Pour sa première mise en scène lyrique, <strong>Mathieu Bauer</strong>, longtemps directeur du CDN de Montreuil, convoque lui aussi un cadre qu&rsquo;il faudrait briser avec une scénographie de six cellules superposées crées par <strong>Chantal de la Coste</strong>. Mais ici, impossible même d&rsquo;ébranler une charpente qui s&rsquo;avère mouvante, pour mieux composer le décor des différentes étapes de la déréliction de Tom, l&#8217;emprisonnant dans une quête effrénée d&rsquo;argent, de plaisirs factices jusqu&rsquo;à lui faire perdre la raison.</p>
<p style="margin: 0cm 0cm 14.4pt;font-size: medium;, serif">Le metteur en scène choisit avec beaucoup de pertinence de camper l&rsquo;histoire ni dans l&rsquo;époque contemporaine, ni dans le XVIIIe siècle souhaité à l&rsquo;origine par le librettiste, mais dans les années cinquante, celles de la composition de l’œuvre alors qu&rsquo;Igor Stravinski réside aux Etats-Unis. L&rsquo;ivresse du consumérisme confine alors au vertige, comme le dénoncent les projections vidéos aussi malicieuses qu&rsquo;ironiques de <strong>Florent Fouquet</strong> ou encore la série <em>Mad Men</em> qui motive le titre de cette chronique. Les ruptures de tons toutes shakespeariennes entre émotion et potache sont assumées avec beaucoup d&rsquo;élégance même lorsqu&rsquo;elles sont quelques peu acrobatiques comme pour la <em>chanson de Lanturlu</em>.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/the_rakes_progress_opera_de_rennes_6_c_laurent_guizard.jpg?itok=JUhPvH4_" title="© Laurent Guizard" width="468" /><br />
	© Laurent Guizard</p>
<p>Tom Rakewell est trop faible et influençable pour ne pas céder aux travers de l&rsquo;hédonisme. « Désirs, soyez les montures du mendiant que je suis » chante même<strong> <a href="https://www.forumopera.com/actu/questionnaire-de-proust-julien-behr-tenor">Julien Behr</a></strong> qui compose le portrait touchant d&rsquo;un anti-héros, incapable de discerner l&rsquo;essentiel du superficiel. Homme sans qualité, ballotté au gré de ses pulsions, il demeure pourtant sincère. Son caractère velléitaire se trouve souligné de manière discrète par les couleurs des costumes qu&rsquo;il revêt successivement, parfois trop grands pour lui, l&rsquo;associant chaque fois au personnage auquel il est alors lié, voire soumis. Les changements de décor à vue soulignent encore sa passivité. Éminemment crédible, le ténor lyonnais compense sa projection limité par un travail des couleurs ciselé. « Love, too frequently betrayed » est particulièrement poignant tout comme ses duos avec Anne Truelove, où les deux voix s&rsquo;accordent parfaitement jusque dans les nuances les plus subtiles.</p>
<p>La jeune femme, amoureuse de l&rsquo;amour, campe elle-même le décor de ses fantasmes d&rsquo;absolu en plantant les fleurs de la première scène. Telle Michaela, elle ne manque ni de courage, ni de grandeur dans sa volonté obstinée de sauver l&rsquo;homme qu&rsquo;elle aime, jusqu&rsquo;à passer les bornes dans la superbe berceuse du dernier acte. <strong>Elsa Benoit </strong>transforme ce personnage, archétypal dans son nom même, en une bouleversante figure de femme fragile et déterminée, plus ambiguë finalement qu&rsquo;elle ne le semble de prime abord. Servie par un timbre mordoré, tout en ductilité, une remarquable unité des registres, elle mérite également des éloges appuyés pour sa justesse tant scénique que tonale et rythmique, en dépit d&rsquo;une partition exigeante.</p>
<p>Face aux amants,<strong> Thomas Tatzl </strong>incarne un Nick Shadow tout de blanc vêtu jusqu&rsquo;à révéler sa vraie nature méphistophélique et « tarantinesque ». Doté de larges moyens vocaux, son timbre brillant et son focus précis sont desservis toutefois par un vibrato un peu rapide. Son abattage carnassier fait merveille, à l&rsquo;exemple de celui d&rsquo;<strong>Aurore Ugolin</strong>, Baba la Turque d&rsquo;anthologie, « freaks » de foire ou bête de scène qui fait son miel d&rsquo;un parlando intransigeant et de graves solidement plantés<strong>.</strong></p>
<p align="JUSTIFY"><strong>Alissa Anderson</strong> en Mother Goove, <strong>Scott Wilde</strong> en Trulove et surtout <strong>Christopher Lemmings </strong>en Sellem sont au diapason. Ce dernier crée, avec une émission d&rsquo;un grand naturel, une improbable silhouette de Nosferatu-commissaire-priseur puisque désormais tout est à vendre, même les âmes.</p>
<p>Du lupanar en ombres chinoises – pertinente évocation d&rsquo;un lieu de faux semblants où les corps, marchandisés, sont interchangeables – à l&rsquo;hôpital psychiatrique en passant par la vente aux enchères des biens de Baba la Turque (ruinée par les investissements hasardeux de son époux Tom) le chœur <strong>Mélisme(s)</strong>, largement sollicité, fait montre d&rsquo;un bel engagement scénique comme d&rsquo;une pâte sonore aussi riche, généreuse que précise sous la direction de <strong>Gildas Pungier</strong>.</p>
<p>En fosse, l&rsquo;<strong>Orchestre National de Bretagne</strong> connaît, lui, un début difficile avec une première scène brouillonne avant de nous régaler de vents lumineux, de cordes expressives, sous la direction gourmande et enlevée de <strong>Grant Llewellyn </strong>que l&rsquo;on a grand bonheur de retrouver à la baguette.</p>
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<p align="JUSTIFY">Un spectacle à découvrir à Rennes jusqu&rsquo;au 9 mars avant une reprise au théâtre Graslin à Nantes les 22, 24, 26, 28 et 30 mars.</p>
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		<title>, Tiefland — Toulouse</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/tiefland-toulouse-lamour-redempteur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 29 Sep 2017 18:05:49 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Départ somptueux pour la nouvelle saison du Capitole de Toulouse, avec le rare Tiefland d’Eugen d’Albert, peut-être la seule des vingt-deux œuvres lyriques de ce compositeur à lui survivre durablement. Elle repose sur le livret que Rudolph Lothar avait tiré de Terra baixa, un mélodrame dû à Angel Guimera créé en 1896 et qui a &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Départ somptueux pour la nouvelle saison du Capitole de Toulouse, avec le rare <em>Tiefland </em>d’Eugen d’Albert, peut-être la seule des vingt-deux œuvres lyriques de ce compositeur à lui survivre durablement. Elle repose sur le livret que Rudolph Lothar avait tiré de <em>Terra baixa</em>, un mélodrame dû à Angel Guimera créé en 1896 et qui a été considéré par la suite comme pionnier du naturalisme théâtral en Espagne. Sebastiano, un féodal à l’autorité brutale, a choisi un de ses bergers, le jeune et naïf Pedro, comme mari de paille auprès de sa maîtresse, afin de pouvoir contracter le riche mariage qui le sauvera de la faillite sans sacrifier cette liaison. Quittant les cimes pyrénéennes Pedro descend dans la vallée ; au lieu de l’amour il trouve railleries et dédains. Quand, révolté, il décide de retourner dans ses montagnes, sa sincérité touche la jeune femme qui le croyait complice du marché. Prêts à s’aimer loin de la corruption qui les entoure ils quitteront les terres basses quand Pedro aura tué la bête malfaisante, Sebastiano.</p>
<p>Qu’est-ce qui attira Eugen d’Albert dans ce drame où la punition du méchant semble promettre le succès aux tenants de la lutte des classes ? Peut-être un sujet alliant l’exotisme espagnol en vogue depuis <em>Carmen </em>à l’atmosphère de drame paysan rendu populaire par Mascagni ? Peut-être le potentiel émotionnel et dramatique d’une histoire simple où les victimes triomphent du bourreau et où la sincérité des sentiments est la voie de la rédemption d’une dévoyée ? Ou, dans cette opposition entre haut et bas, un symbolisme puissant à exploiter pour écrire un tour de force, une œuvre idéaliste avec des ingrédients réalistes ? Probablement l’opportunité de créer des climats musicaux très différents, comme le prologue en offre déjà l’illustration avec un thème à la clarinette qui deviendra celui de l’innocence et les dissonances qui accompagnent l’arrivée des personnages venus des espaces corrompus d’en bas.</p>
<p>D’autant que, peut-être à cause de sa virtuosité pianistique, telle que Liszt dont il fut l’élève aurait proclamé qu’il ne pouvait plus rien lui apprendre sur le plan de la technique ou de l’interprétation, Eugène d’Albert semble composer comme on assemble en jouant des éléments divers pour le plaisir de les faire tenir ensemble. Wagner l’inspire, c’est certain, Pedro semblant cousin de Siegfried, mais aussi Verdi et ses commères, Weber et le lyrisme d’Agathe, Johan Strauss et sa <em>Chauve-souris</em>, et même l’anonyme rythme de fandango ponctué discrètement de castagnettes. Tant et si bien qu’on prendrait pour des citations de Richard Strauss des anticipations qui ne lui doivent rien ! Du reste l’œuvre ne s’entend pas comme un patchwork mais comme une production réalisée avec les langages de son temps sans en être la prisonnière. Le discours essentiellement composé de récitatifs et d’ariosos donne une séduisante impression de naturel que les airs ne viennent pas rompre puisqu’ils correspondent à des épanchements liés à l’évolution du rapport entre deux personnages – le récit du combat contre le loup, la confession de Marta, le duo du nouveau couple – ou à l’expression d’une sensibilité – la ballade de Nuri.</p>
<p>Ce qui rend cette production toulousaine fascinante, c’est la symbiose entre la réalisation scénique et l’exécution musicale. Pour le prologue qui se déroule « en haut » <strong>Kaspar Glarner</strong>, responsable du décor et des costumes, a conçu un cadre noir percé d’un rectangle qui deviendra, avec la montée progressive de la lumière du jour, le grand écran sur lequel se détache de plus en plus nettement la ligne des crêtes rocheuses insensiblement colorées par le soleil levant. C’est à la fois très simple et très beau, et l’apparition des personnages des deux bergers va de soi. (Il faut évidemment chasser la pensée importune que quand on arrive à cette zone rocheuse en montagne, aucune activité pastorale n’est possible.) Quand Pedro aura décidé d’aller vivre dans les terres basses, on verra dans le cadre, comme par un lent mouvement de camera, le relief et la végétation jusqu’au creux de la vallée, où règne l’ombre. Fondu enchaîné, et le spectateur découvre l’intérieur du moulin, les moteurs côté jardin et un appartement côté cour. Au centre, la volée d’un grand escalier qui se divise en deux parties latérales et sous laquelle se situe la chambre de Marta, où la lumière s’allumera tandis qu’elle repousse Pedro.</p>
<p>Kaspar Glarner n’a pas cherché l’originalité, dans ses costumes, quand il habille sans recherche particulière les voisines indiscrètes ou Nuri, dont les baskets à paillettes sont à prendre pour une marque d’enfance et non de dépravation, car elle est encore l’innocence. D&rsquo;ailleurs elle sera la seule à porte le costume traditionnel, pour la noce, tandis que les autres en robes à volants d&rsquo;Andalouses étaleront la corruption du floklore. Mais s’il rend grotesque le déguisement que Sebastiano a préparé pour Pedro, c’est pour qu’en le refusant Pedro montre qu’il peut s’écarter de sa soumission aveugle. Plus significatives sont les tenues de Maria : sans recherche dans la montagne et au retour, elle apparaît dans une robe blanche qui semble une indécence subie et dont elle se dépouille à peine rentrée de l’église pour un pantalon sans grâce, signe de son refus de séduire Pedro. Quand, au matin, elle va se changer, son retour en robe rouge à volants avec pendants d’oreille assortis laisse perplexe. Mais ce qui pourrait sembler un faux pas du costumier se révèle un choix d’une intelligence acérée, assumé sans nul doute avec <strong>Walter Sutcliffe</strong>, le metteur en scène, qui met en lumière le jeu du compositeur dans son traitement du rapport Pedro-Marta-Sebastiano, un jeu virtuose où <em>Carmen </em>est réinterprétée. Il y a bien sûr la danse, qu’elle est sommée d’exécuter, il y a le défi qu’elle lance à Pedro-Don José – frappe-moi ! – puis c’est Sebastiano qui devient Don José – tu es mienne et tu le resteras – et elle c’est elle qui donne un couteau à Pedro-Don José pour qu’il tue son rival. Avant, il y avait eu la nuit où elle interdit à Pedro de s’approcher d’elle, et le spectateur les voit séparés comme Tristan et Iseut.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/pedro_tue_sebastiano.jpg?itok=Mu8_xP9X" title="Nikolai Shukoff (Pedro) et Markus Brück (Sebastiano) © Patrice Nin" width="468" /><br />
	Nikolai Shukoff (Pedro) et Markus Brück (Sebastiano) © Patrice Nin</p>
<p>Ces deux exemples, qu’on nous croie sur parole, témoignent de l’intelligence et de la subtilité avec laquelle la mise en scène suit les moindres nuances du texte musical et les comprend en profondeur. Cela se vérifie aussi dans une direction d’acteurs qui réussit la gageure de rendre crédibles les exaltations soudaines ou les revirements en rendant sensibles les points de suture. Walter Sutcliffe y serait-il parvenu avec d’autres interprètes ?  Probablement, mais le miracle ici est que non seulement ils jouent les personnages avec une conviction qui emporte les réticences liées à la construction dramatique mais ils ont des qualités vocales qui contribuent à l’ivresse du spectateur ! Des trois commères, indiscrètes et malveillantes, on ne sait à qui attribuer la palme de la pire, qu’elles soient agressives ou mielleuses, entre <strong>Jolana Slavikova</strong>, <strong>Sofia Pavone </strong>ou <strong>Anna Destrael. </strong>Le Nando de <strong>Paul Kaufmann </strong>est un peu terre-à-terre pour nous, qui le voyons comme un « frère » de la pure Nuri, porteur d’une clairvoyance étrange pour sa jeunesse, mais il est vocalement irréprochable. Nuri, justement, n’a pas non plus le caractère éthéré que nous aimons, dans sa pureté qui a échappé aux souillures, mais il s’agit de la conception du personnage, non de l’interprétation d’<strong>Anna Schoek,</strong> fraîche et nuancée comme il convient<strong>. </strong>Un seul mot pour caractériser les interprétations de <strong>Orhan Yldiz</strong> et de <strong>Scott Wilde </strong>: impeccables, le premier dans le rôle ingrat du dénonciateur accusé de mentir par jalousie, le second dans l’aveuglement du dévot de l’autorité.</p>
<p>Des trois grands rôles, celui de Sebastiano est peut-être le plus ingrat car le personnage est monolithique ou en tout cas moins riche de nuances que les deux autres. Il y faut de l’autorité, de la brutalité, de la morgue, et <strong>Markus Brück </strong>sait les exprimer sans pour autant forcer ou aboyer, parce qu’il possède les ressources vocales nécessaires. C’est aussi le cas pour ses deux partenaires. Pedro, l’homme que le sens de l’honneur fera passer de la soumission à la révolte, trouve en <strong>Nikolai Schukoff </strong>un interprète de choix : de sa naïve et joyeuse exaltation matinale au récit de son rêve, jusqu’à sa colère finale, en passant par le récit palpitant de sa lutte avec le loup et sa tirade d’homme ulcéré , il laisse ébahi par une vaillance vocale qui, assortie à une extension et une plasticité inlassables, lui permet de donner une présence prenante à un personnage peut-être conçu d’abord comme un exercice de style. Pour les mêmes raisons, vaillance, étendue, plasticité, sensibilité, musicalité, la Marta de <strong>Meagan Miller </strong>vient à bout sans la plus petite faiblesse d’un rôle très exigeant, vocalement et théâtralement. Des attitudes différentes donneraient peut-être plus de force théâtrale à son monologue du premier acte, mais là comme partout ailleurs la conviction vocale est pleine et entière, et d’autre moments, comme son air effaré quand Pedro tue Sebastiano – elle en est littéralement assise – comblent au-delà de toute attente.</p>
<p>Les chœurs du Capitole se montrent sous leur meilleur jour dans cette œuvre nouvelle pour eux. Et que dire de l’orchestre ? Au-delà du mérite particulier de la clarinettiste que <strong>Claus Peter Flor</strong> fait saluer avec lui, ce sont tous les pupitres qu’il faut louer sans réserve, tant ils ont fait chanter les moindres mesures d’une partition qu’on qualifierait volontiers de diabolique tant elle doit exiger de vigilance dans la succession des accents qui ponctuent le discours et les variations incessantes de l’intensité, qui peut passer en un clin d’œil du murmure au fortissimo. Le chef obtient des miracles de transparence, de couleurs, des montées en puissance minutieusement contrôlées, des tutti éclatants et jamais assourdissants. Il serait probablement très facile de déraper : mais comme le dit Tommaso, l’amour rachète tout. Claus Peter Flor a transmis à ses partenaires celui qu’il porte à <em>Tiefland</em>. France Musique devrait diffuser l’opéra le 22 octobre, mais si vous pouvez vous déplacer, n’hésitez pas : ces temps-ci le bonheur est à Toulouse !</p>
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