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Jonathan Tetelman – The great Puccini

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CD
25 novembre 2023
Un beau et vrai lyrisme

Note ForumOpera.com

4

Infos sur l’œuvre

Détails

Giacomo Puccini (1858-1924)

Le Villi (1884)
« Torna ai felici dì »
Manon Lescaut (1893)
« Donna non vidi mai »
« Ah! Manon, mi tradisce »
La Bohème (1896)
« Che gelida manina »
« O soave fanciulla » (1)
« Dunque è proprio finita! » (1, 2 et 5)
Tosca (1900)
« Recondita armonia »
« E lucevan le stelle » (6)
Madama Butterfly (1904)
« Io so che alle sue pene » (4 et 5)
La fanciulla del West (1910)
« Quello che tacete »
« Ch’ella mi creda libero »
La rondine (1917)
« Parigi! E la citta dei desideri »
Il tabarro (1918)
« Luigi ! Luigi … Dimmi, perchè gli hai chiesto » (3 et 6)
Turandot (1926)
« Nessun dorma »
« Non piangere, Liu »

Jonathan Tetelman, ténor

Avec
Federica Lombardi (1), Marina Monzó (2) et Vida Miknevičiūtė (3), sopranos ;
Rihab Chaieb (4), mezzo-soprano ;
Theodore Platt (5), baryton ;
Önay Köse (6), basse.

PKF – Prague Philharmonia,
Carlo Rizzi, direction musicale

1 CD Deutsche Grammophon.
Enregistré à Prague en février et mars 2023.
Durée : 54’29
Parution le 29 septembre 2023

Un physique de latin lover, le poil brillant, les épaules larges et la taille mince, et de surcroît il chante ! D’ores et déjà il est demandé partout. Et voilà qu’arrive l’année Puccini, que Jonathan Tetelman inaugure avec ce disque-récital (son deuxième sous l’étiquette jaune), comme pour marquer un territoire qu’il occupe déjà pas mal. On l’a vu en Mario à Vienne et Houston, en Rodolfo un peu partout, en Luigi (de Il tabarro) à Berlin et bientôt il sera Pinkerton à Vienne, New York et Palerme (il l’a chanté à Montpellier) et Ruggero (de La rondine) au Met.

D’évidents grands moyens lyriques, des aigus faciles et drus, un registre central solide et des graves un peu moins assurés, mais en voie de solidification, beaucoup d’expression et d’effusion, voilà les qualités qui avaient valu à son premier cd un swag de Forum Opera auquel la surprise de découvrir un ténor aussi béni des dieux avait sans doute pris sa part. Une Tosca à Lille avait titillé la plume de Camille De Rijck qui évoquait « une sorte de Franco Corelli qui aurait mangé du Jonas Kaufmann au petit déjeuner. Chant ample et rayonnant, d’une facilité presque nonchalante de la cave au plafond et qui – en plus – se prélasse dans des pianissimi d’une grâce soyeuse. À côté de cette bête de scène, comment exister ? »

Jonathan Tetelman © Ben Wolf-Deutsche Grammophon

Toutes qualités qu’on retrouve dans ce nouvel opus, à la durée plutôt chiche, 54 minutes, chacun pourra imaginer à sa guise les vingt minutes supplémentaires dont on reste frustré, mais bref, lesdites qualités sont bien là, par exemple dans les deux airs de Manon Lescaut : le premier « Donna non vidi mai » amoureux à souhait, et d’un beau legato, même si on pourrait se passer du fortissimo final (Puccini indique un forte « con slancio », et reconnaissons qu’ils en profitent tous, de Björling au magnifique Corelli, auquel en effet Tetelman fait penser souvent) ; le second, « Ah ! Manon, mi tradisce », nuancé et sensible, sans effets véristes incongrus (dont certains ne se privent pas), et d’une ligne de chant qui ne fléchit pas.

Cette sensibilité, on l’entend dans son Rodolfo. « Che gelida manina » est d’une beauté de timbre, de phrasé, d’un rayonnement superbes, précédant un « O soave fanciulla » au lyrisme éperdu, tout en nuances, en ralentissements, en allègements. Évidente dans ce duo avec la douce Mimi (au timbre plutôt mûr) de Federica Lombardi la justesse de respiration d’un personnage qui a connu la scène. Cette impression perdure pour le quatuor « Dunque è proprio finita ! », où les longues phrases capiteuses des deux amoureux contrastent avec les éternelles bisbilles de Musetta et Marcello (Marina Monzó et Theodore Platt), dans un moment de théâtre puccinien très juste.

Jonathan Tetelman dans La Bohème à Covent Garden avec Eleonora Buratto © Tristram Kenton

Pas de doute, Mario Cavaradossi lui va comme un gant. Les deux extraits de Tosca sont parmi les plus belles plages. « Recondita armonia », d’une souveraine expansion, met en évidence un timbre cuivré, une plénitude de vrai ténor mais avec de riches et chaudes harmoniques. Intéressant de comparer cette version de studio très contrôlée avec celle captée sur la scène de l’Opéra de Vienne, tout aussi tenue vocalement, mais avec un surcroît d’engagement, un évident plaisir à pousser les lignes jusqu’à leur terme et prolonger un rayonnant point d’orgue…

C’est une judicieuse idée que d’avoir gravé toute la scène de la lettre « E lucevan le stelle », y compris le dialogue avec le gardien (Onay Köse) et le beau prélude des violoncelles. Là encore, des moyens purement lyriques, de l’intériorité, des nuances, aucun sanglot superflu, la simplicité d’un ultime adieu, et l’homogénéité d’une voix qui se déploie sans effort apparent sur toute l’étendue de la tessiture.

Un garçon de compagnie

Le jeune homme semble assez peu égocentré, puisqu’il a choisi de proposer ici plusieurs ensembles au sein desquels il semble se fondre avec bonheur, ainsi le très beau trio « Io so che alle sue pene » de Madama Butterfly, d’une poignante mélancolie et dont Carlo Rizzi conduit avec élégance l’avancée avec un beau Prague Philharmonia, ou celui de Il Tabarro, « Luigi ! Luigi … Dimmi, perchè gli hai chiesto », la plus longue plage du disque. Il y compose un débardeur des quais de la Seine très intériorisé et son duo avec la Giorgetta de Vida Miknevičiūtė, savamment conduit, tout de retenue d’abord, puis montant en intensité vocale et en dramatisme, atteste à nouveau de moyens vocaux enviables et d’un goût sûr. Un autre personnage qu’il a chanté en scène et cela s’entend.

Jonathan Tetelman et Karah Son dans Madama Butterfly à Montpellier © DR

En revanche, son Calaf semble à l’état d’ébauche et attendre l’épreuve des planches. Certes, « Nessun dorma » ne lui pose aucun problème, mené fermement jusqu’au si final, mais on devine que l’attente et l’inquiétude seront dans l’avenir suggérées plus finement, et que son « Non piangere, Liu » qui sonne beau de timbre sera moins court d’émotion.

Ce qui d’ailleurs étonne si on songe à l’intensité, à la ferveur qu’il confère à la supplique de Dick Johnson, « Ch’ella mi creda libero », sublime mélodie (c’est son « E lucevan le stelle ») et crescendo dramatique à l’ascension sans faille et d’une grande noblesse.

Le charme de l’air de Ruggero, « Parigi ! E la citta dei desideri », extrait de La rondine, tout de délicatesse et d’élégance serait total, fin de diction, avec toujours ce sens du crescendo à la fois musical et émotionnel qui lui semble très naturel, si le fortissimo final était amené avec moins de soudaine brusquerie.

Jonathan Tetelman avec Carmen Giannattasio dans Il Tabarro à Berlin © Alexander Hildebrand

On ferait la même remarque quant aux dernières mesures de l’aria « Torna ai felici dì » extrait de Le Villi, un peu emphatiques peut-être, mais que de beautés ! La fierté cambrée de ces phrases enivrantes, la lumière des notes hautes, le legato, l’éclat bronzé du registre central, un romantisme ardent, c’est une majestueuse dernière plage que cet air du jeune Puccini, placé là à dessein on l’imagine bien pour que l’auditeur reste sur cette vibrante impression.

L’ordre des plages est d’ailleurs une des bizarreries de cet album… C’est un joyeux mic-mac. Dans la liste ci-contre, on a remis les choses dans l’ordre chronologique, mais pourquoi les deux airs de Manon Lescaut sont-ils en place 1 et 9, ceux de Turandot en 2 et 14, pourquoi La Rondine si loin d’Il Tabarro ? On en a cherché les raisons musicales, on n’a pas trouvé.

Allez, encore un petit plaisir… Cet autre extrait de la Tosca de Vienne… « Bête de scène », disiez-vous ?

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Giacomo Puccini (1858-1924)

Le Villi (1884)
« Torna ai felici dì »
Manon Lescaut (1893)
« Donna non vidi mai »
« Ah! Manon, mi tradisce »
La Bohème (1896)
« Che gelida manina »
« O soave fanciulla » (1)
« Dunque è proprio finita! » (1, 2 et 5)
Tosca (1900)
« Recondita armonia »
« E lucevan le stelle » (6)
Madama Butterfly (1904)
« Io so che alle sue pene » (4 et 5)
La fanciulla del West (1910)
« Quello che tacete »
« Ch’ella mi creda libero »
La rondine (1917)
« Parigi! E la citta dei desideri »
Il tabarro (1918)
« Luigi ! Luigi … Dimmi, perchè gli hai chiesto » (3 et 6)
Turandot (1926)
« Nessun dorma »
« Non piangere, Liu »

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Avec
Federica Lombardi (1), Marina Monzó (2) et Vida Miknevičiūtė (3), sopranos ;
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