Bryn Terfel et Carlos Nuñez devant un public déchaîné !

Beethoven Celtic - Rennes

Par Marcel Quillévéré | dim 19 Septembre 2021 | Imprimer

C’est un succès inouï qu’ont remporté le baryton gallois Bryn Terfel, le sonneur galicien Carlos Nuñez et l’Orchestre National de Bretagne le 16 septembre dans le bel auditorium du Couvent des Jacobins à Rennes. Ce concert intitulé Beethoven Celtic a attiré un vaste public. Donné deux fois à Rennes il y aura accueilli plus de 2000 personnes, avant d’être repris le 18 septembre dans le cadre du Festival de l’Orne et le 21 au Théâtre de Lorient. 


© DR

Beethoven a écrit ses premiers arrangements de chants écossais et irlandais entre 1810 et 1813 alors qu’il travaillait à sa septième symphonie. Et il n’y a pas de doute que ces mélodies l’ont influencé. Mark Feldman, administrateur de l’orchestre, a ainsi raconté au public comment l’idée est venue d’interpréter la symphonie comme cela était souvent l’usage au XIXe siècle, en insérant entre les mouvements d’autres musiques, en l’occurrence les chants celtes de Beethoven et une œuvre du jeune et talentueux compositeur Benoît MenutOmaggio, inspirée à la fois par la symphonie et par la musique celte (bretonne notamment) dont le deuxième mouvement a beaucoup touché le public. 

Ce concert tombe à point nommé. En effet un documentaire passionnant, sorti en 2021, a raconté l’histoire troublante de ces Scottisch, Irish and Welsh Songs de Beethoven. Au départ il s’agissait d’une commande banale de l’éditeur écossais George Thomson. Puis, peu à peu, Beethoven s’est passionné pour ces chants. Comme ils lui parvenaient sans les paroles, il a demandé, sans succès, les textes à son commanditaire. En réalité George Thompson a volontairement caché au compositeur l’origine gaélique de ces œuvres qui évoquent la pauvreté, la vie rude des campagnes, la répression féroce des Angles et que la version anglaise édulcore et trahit. Il n’a donc jamais répondu à cette demande. Ces chants sont restés secrets jusqu’à l’enquête menée par le spécialiste de culture gaélique, Michael Klevenhaus (originaire de Bonn comme Beethoven). Il a parcouru les landes d’Ecosse pour faire écouter les thèmes des mélodies à de vieux bardes qui, en les reconnaissant, lui ont chanté les textes originaux en gaélique. Une découverte qui s’est achevée par un concert au Festival de Glasgow où la version populaire de ces chants a été exécutée en alternance avec la version réalisée par Beethoven. 

Le public rennais attendait beaucoup de ce premier concert de la saison. Il n'a pas été déçu. Grant Llewellyn, qui a surmonté ses problèmes de santé, a été magistral à la tête de l’Orchestre National de Bretagne, capable des nuances les plus fines et des couleurs les plus éblouissantes.  Les musiciens sont remarquables et l’exceptionnel premier violon, Fabien Boudot, s'affirme comme un soutien sans faille. Dommage que le pupitre des cuivres soit souvent tonitruant et couvre un peu les cordes et l’intervention des solistes. D'autant que l'orchestration des mélodies, réalisée par Benoît Menut et Pierre Chépélov, fait souvent appel aux vents.

Carlos Nuñez, le sonneur de gaitas (cornemuses galiciennes), flûtes diverses, ocarina etc., est un musicien hors pair. Il joue d’ailleurs avec les plus grands orchestres internationaux, au point qu’il est devenu une sorte de Jordi Savall de la musique galicienne ! C’est une star en Espagne et dans tous les pays celtes. A Rennes le public en a fait un compagnon qu’il accueille toujours avec ferveur et enthousiasme. Quant au grand baryton Bryn Terfel, il est pour la première fois dans la région et a conquis le public dès la première mélodie. Le programme de salle ne mentionnait pas hélas la traduction des textes. Heureusement le sens du théâtre et de la déclamation du chanteur a permis d’en saisir l’atmosphère et l’esprit. Sa voix, sonore et veloutée, joue avec les mots et les couleurs et dans l’émouvant Oh Sweet Were the Hours, au lyrisme dramatique, on retrouve la voix ample du grand interprète d’opéras. Le concert s’achève après le dernier mouvement de la septième de Beethoven par une sorte d’épilogue concocté par Chépélov autour d’une mélodie irlandaise Save me From The Grave and Wise et qui se mêle au 3e mouvement « Presto » de la symphonie, et qui, comme The Kiss, Dear Maid, aurait inpiré à Beethoven le thème de ce mouvement. 

Le public, déchaîné, se lève d’un seul bloc. L’Orchestre National de Bretagne a gagné son pari.

 

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