Forum Opéra

Dario Acosta

Anita Rachvelishvili : retrouver sa voix, vaincre la peur

Partager sur :
Brève
13 octobre 2026

Il fut un temps où Anita Rachvelishvili semblait invincible. Carmen, Amneris, Azucena, Dalila : la mezzo-soprano géorgienne imposait sur les plus grandes scènes sa voix somptueuse et sa présence captivante. Puis, après la naissance de sa fille en 2021, quelque chose s’est déréglé : l’instrument ne répondait plus comme auparavant. En 2023, elle rendait publiques ses difficultés vocales et voyait vaciller une carrière jusque-là fulgurante, comme le rapportait alors Forum Opéra.

Dans un long entretien accordé à OperaWire, la chanteuse revient sur ces années douloureuses avec une franchise désarmante. Aux problèmes physiques et techniques, qu’elle associe notamment aux bouleversements de son corps après l’accouchement, s’est ajoutée une peur qu’elle n’avait jamais connue : celle de monter sur scène, de manquer une note, de perdre le contrôle de sa voix et de décevoir le public.

Plusieurs professeurs l’ont accompagnée, mais c’est à son mari, Otari Maisuradze, devenu son coach vocal, qu’elle rend l’hommage le plus touchant. Il connaît, dit-elle, sa voix mieux que quiconque, et l’a aidée à reprendre possession de ses repères corporels et respiratoires. En décembre 2025, nous avons eu le bonheur de l’applaudir au Teatro San Carlo de Naples, en Neris, la confidente de Medea, aux côtés de Sondra Radvanovsky. Depuis le printemps, elle travaille également avec Michael Paul. Les progrès sont réels, mais la prudence demeure. Cet été, elle a repris Azucena dans Il trovatore au Teatro Real de Madrid, une étape qu’elle juge elle-même encore imparfaite. En septembre, sa Dalila à Wrocław lui a rendu quelque chose de plus précieux encore que les aigus : le sentiment de maîtriser enfin ce qu’elle faisait en scène.

Cette épreuve lui a aussi donné envie de briser un tabou. Pourquoi les chanteuses parlent-elles si peu des conséquences possibles d’une grossesse sur leur instrument ? Pourquoi taire les accidents vocaux, les angoisses, les annulations ? À l’Opéra national de Grèce, Rachvelishvili vient d’animer un atelier de deux semaines réservé aux chanteuses, dans un cadre où l’on pouvait rater une note sans craindre d’être jugée. Elle envisage de renouveler l’expérience.

Installée avec sa famille en Grèce, dont elle a désormais la nationalité, la mezzo-soprano a trouvé auprès de l’institution athénienne un soutien et un nouvel équilibre. Elle y prépare deux rôles inattendus : Baba la Turque dans The Rake’s Progress de Stravinsky et Suzuki dans Madama Butterfly, qu’elle n’avait jusqu’alors chantée qu’au Conservatoire de Tbilissi.

Jeudi 15 octobre, elle sera de retour à New York après plusieurs années d’absence, au Carnegie Hall, aux côtés de la soprano Maria Kostraki et de l’Orchestre de l’Opéra national de Grèce, sous la direction de Vassilis Christopoulos. Le programme rendra hommage à l’écrivain Nikos Kazantzakis (Alexis Zorba, Le Christ recrucifié), avec notamment des œuvres de Hadjidakis et de Théodorakis.

Anita Rachvelishvili ne crie pas encore victoire. Elle avance à son rythme, sans chercher à dissimuler ses doutes, et sans plus craindre de décevoir ceux qui attendent d’une chanteuse d’opéra qu’elle soit infaillible.

Commentaires

VOUS AIMEZ NOUS LIRE… SOUTENEZ-NOUS

Vous pouvez nous aider à garder un contenu de qualité et à nous développer. Partagez notre site et n’hésitez pas à faire un don.
Quel que soit le montant que vous donnez, nous vous remercions énormément et nous considérons cela comme un réel encouragement à poursuivre notre démarche.
Dario Acosta

Nos derniers podcasts

Nos derniers swags

En attendant le bicentenaire…
CDSWAG

Les dernières interviews

Les derniers dossiers

Zapping

Vous pourriez être intéressé par :

[themoneytizer id="121707-28"]