Bejun Mehta et Pablo Heras-Casado sur les traces de Farinelli

Par Christophe Rizoud | mer 04 Juin 2014 | Imprimer

En Août 1737, Farinelli débarque à la cour d’Espagne. Là, sa voix fait un tel effet sur le neurasthénique Philippe V qu’il se retrouve d’un coup d’un seul engagé au service du roi, à la condition expresse de ne plus chanter en public. Ainsi s’achève la carrière du plus grand castrato de tous les temps. Pour autant, Farinelli ne se tourne pas les pouces. Nommé chevalier de Calatrava, il assure notamment la direction de l'opéra de Madrid et des spectacles royaux, fait détourner le cours du Tage à Aranjuez pour que la famille royale puisse jouir d’une water music à l’égal de Londres, invite des musiciens de Naples et, ce faisant, propulse Madrid sur le devant des scènes européennes. C’est cette effervescence musicale que veut traduire le premier album de Pablo Heras-Casado à la tête du Concerto Köln pour le label Archiv Produktion. Avec huit enregistrements inédits – dont les ouvertures de La festa cinese de Nicola Conforto (1718-1793), de La dicha en la degracia y vida campestre de Juan Marcolini (fl. 1760-70) et de l’Armida de Tommaso Traetta (1727-1779), le programme est avant tout instrumental.
Deux pièces vocales viennent cependant apporter une nécessaire respiration à cette succession de numéros sémillants : Le Fandango de Vendando es amor, no es ciego, une zarzuela de José de Nebra (1702-1788), et « Alto Giove », extrait de Polifemo de Nicola Porpora (1686-1783). L’air, déjà enregistré par Simone Kermes dans l’album Dramma, est interprété ici par Bejun Mehta. D’un abord moins immédiat que sa consœur, le contre-ténor déroule peu à peu les volutes d’un chant introverti. Et le charme finit par agir. Magie d’un timbre aux fascinants clairs-obscurs ? Oui mais pas seulement. Science aussi d’une expression dont les effets, bien que discrets, envoutent à la longue, évoquant la manière dont chaque soir, durant 9 ans, Farinelli ensorcela Philippe V. Sortie en France le 9 juin.
 

 

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