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De la marmelade de Margaret Price au dentifrice de Karl Böhm : les mémoires d’un agent d’opéra

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Brève
9 octobre 2026

Les grandes voix ont toujours su soulever les salles et faire grimper les cachets. Mais annuler une représentation pour quelques kilos d’oranges amères ou repartir de chez un chef d’orchestre les bras chargés de dentifrice, voilà qui relève d’un tout autre art. Bienvenue dans les coulisses de l’opéra, telles que les raconte Germinal Hilbert dans Mein Leben mit den Stars der Oper (Ma vie avec les stars de l’opéra), ses mémoires tout juste parus en Allemagne.

Né à Bayreuth en 1943, le futur agent artistique avait commencé par une jolie méprise. En 1957, tout jeune passionné d’opéra, il croise Birgit Nilsson près du Festspielhaus, la prend pour Astrid Varnay et lui indique son chemin. Un souvenir cuisant. Quinze ans plus tard, on le retrouve à Milan, dans le hall d’un hôtel, chargé de convaincre la soprano suédoise de chanter Isolde aux Chorégies. La diva le toise : ce jeune homme de vingt-huit ans prétend donc discuter son contrat ? Il y parviendra, inaugurant une longue collaboration avec celle dont il avait autrefois confondu l’identité.

La même Nilsson savait défendre ses intérêts avec opiniâtreté. Lors d’une négociation avec San Francisco, elle aurait fait monter ses exigences de télégramme en télégramme, avant de décliner finalement l’engagement. Margaret Price, elle, avait des préoccupations plus domestiques : une cargaison d’oranges amères britanniques l’aurait retenue à ses fourneaux, au point de lui faire renoncer à une représentation à Rome. On ignore si la marmelade fut exceptionnelle, mais le prétexte avait au moins le mérite de l’originalité.

Chez Karl Böhm, les visiteurs ne repartaient pas les mains vides. Son épouse Thea, amie du patron de la marque Blendax, avait pris l’habitude de distribuer produits ménagers et tubes de dentifrice. Entre deux discussions musicales, on pouvait donc refaire ses provisions.

D’après la presse allemande, le livre réserve d’autres portraits, savoureux ou touchants : les larmes d’Edita Gruberová, les ambitions de soprano de Grace Bumbry ou les exigences de Jessye Norman. L’agent, qui a chaperonné Edda Moser, Gwyneth Jones ou Waltraud Meier, n’épargne pas toujours ses illustres protégées, mais ses souvenirs témoignent surtout de la diplomatie, de la patience et du sang-froid nécessaires pour gagner leur confiance.

À quatre-vingt-trois ans, après plus d’un demi-siècle au service des grandes voix, Germinal Hilbert porte aussi un regard inquiet sur l’évolution de l’opéra, ses mises en scène et la place désormais laissée aux chanteurs.

On espère une traduction française, bien évidemment !

Germinal Hilbert, Mein Leben mit den Stars der Oper. Von großen Stimmen und magischen Momenten, avec la collaboration de Thomas Voigt, Westend Verlag, 256 pages, octobre 2026.

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