Expérience cathartique à Baden-Baden

Par Catherine Jordy | mer 11 Février 2015 | Imprimer

C’est un programme riche et inattendu doublé d’une véritable expérience cathartique qu’a proposé le Festspielhaus de Baden-Baden, ce samedi 7 février, avec le Requiem donné tel que l’a laissé inachevé Mozart. Les fragments sont néanmoins accompagnés d’extraits de cantates, oratorios ou opéras écrits entre 1689 et 1966, dans un télescopage temporel allant de la mort de Didon au Requiem de Ligeti. Le concert s’est ouvert avec un roulement de tambour venu semble-t-il d’outre-tombe qui a entraîné un silence de mort chez un auditoire immédiatement recueilli. Un percussionniste surgit des coulisses, suivi en procession sonore des trompettes et du reste de l’orchestre et des chœurs qui s’installent, silencieux, aux sons de la « Marche funèbre » de la Music for the Funeral of Queen Mary de Purcell. C’est alors que retentit, dépouillé de tout additif, le Requiem de Mozart. La direction de Peter Dijkstra, sans fioritures mais avec justesse et componction, sert avec simplicité et efficacité cette œuvre si familière qu’on entend ici sans afféteries et nue, ce qui la rend d’autant plus poignante. La Deutsche Kammerphilharmonie de Brême impressionne par la justesse de chaque pupitre et tout particulièrement les trompettes. Les solistes sont tous impeccables, à commencer par Carolyn Sampson qui remplaçait au pied levé Christina Landshamer souffrante. La soprano britannique s’accorde à merveille avec les timbres de ses partenaires et notamment la mezzo Anke Vondung, dont on se souviendra de sa Didon blessée et meurtrie. Quant à Julian Prégardien et Tareq Nazmi, ils rivalisent de délicatesse et de douceur. Ce sont pourtant les chœurs qui impressionnent le plus, notamment dans les parties a cappella : 39 chanteurs composent l’ensemble du Bayerischen Rundfunks et leur performance dans le Terremoto de Haydn et surtout dans le Lux Aeterna de Ligeti laisse pantois, à la fois laminé et vivifié. Du Requiem de Mozart, on retiendra avant tout le Lacrimosa où les chœurs entament seuls, soutenus ensuite par les violoncelles, avant de s’interrompre brutalement pour céder la place à la cantate de Bach « Ich habe genug ». À la fin du concert, les cordes d’un côté et les bois de l’autre, répartis dans le fond de la salle – ils sont sortis comme ils étaient entrés, entraînés, tel le joueur de Hamelin, par le tambour de la Marche de Purcell – tous reprennent le Lacrimosa dans la version, complète cette fois-ci, de Süßmayr. Un très grand moment d’émotion associé à une image finale, celle du pupitre laissé vide par le chef avec le bouquet de roses très pâles déposé sur la partition, en superbe tombeau. 

Purcell, Marche (Music for the Funeral of Queen Mary) ; Mozart, Requiem KV 626, Requiem aeternam. Kyrie. Dies Irae. Haydn, « Il Terremoto » (Die sieben letzten Worte unseres Erlösers am Kreuze) ; Mozart, Tuba Mirum. Rex Tremendae ; Rebel, « Le chaos » (Les Éléments) ; Mozart, Recordare. Confutatis. Lacrimosa (fragments) ; Bach, Ich habe genug ; Brahms, « Warum ist das Licht gegeben dem Mühseligen? », Pergolesi, Stabat Mater ; Mozart, Domine Jesu. Hostias. Purcell, « When I am Laid in Earth » (Dido and Aeneas) ; Mozart, Amen-Fuge (fragment). Purcell, Marche ; Ligeti, Lux aeterna ; Mozart, Lacrimosa (version de Süßmayr).

Direction musicale : Peter Dijkstra ; Deutsche Kammerphilharmonie Bremen ; Chœurs du Bayerischen Rundfunks ; soprano : Carolyn Sampson – mezzo : Anke Vondung – ténor : Julian Prégardien – basse : Tareq Nazmi ; Baden-Baden, Festspielhaus, samedi 7 février 2015, 19h

 

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