En ce 25 septembre 2026, le ténor slovaque Peter Dvorský souffle ses soixante-quinze bougies, et l’on ne peut s’empêcher de se remémorer les bonheurs musicaux que nous a procuré celui qu’une certaine critique internationale a longtemps surnommé « le Pavarotti de l’Est ». C’est vite oublier qu’un tel raccourci géographique ne saurait rendre tout à fait compte de l’art de Dvorský, qui possédait une signature unique.
Même s’il fut parfois éclipsé médiatiquement par de plus illustres confrères au tempérament plus « méridional », écouter Peter Dvorský dans ses rôles fétiches, au disque ou dans les nombreuses archives qui témoignent de son art, permet de remettre quelques pendules à l’heure. Son Rodolphe dans La Bohème demeure une leçon de style : loin des facilités larmoyantes, il insufflait au poète parisien une jeunesse vibrante et une urgence amoureuse étreignantes aux côtés d’Ileana Cotrubas et de Mirella Freni. Que dire de son Duc de Mantoue dans Rigoletto, galant, insolent, irrésistible (Covent Garden, 1978), ou de son Werther, habité par une fièvre romantique rare ?
Avec une élégance de phrasé héritée de la grande tradition italienne tout en conservant cette âme slave éprise de grands espaces, il savait modeler chaque nuance avec un authentique raffinement. On l’a beaucoup applaudi dans Puccini et Tchaïkovski, mais il ne faudrait pas oublier ses prestations dans l’opéra tchèque — notamment sous la direction de grands chefs comme Sir Charles Mackerras dans des œuvres de Janáček (Káťa Kabanová, Věc Makropulos) —, qui font autorité dans la discographie mondiale pour leur authenticité stylistique et leur force dramatique.
Même si le disque officiel ne lui a sans doute pas toujours rendu justice à la mesure de ses triomphes sur scène, Peter Dvorský reste dans les mémoires comme un artiste d’une profonde intégrité et d’une bienveillance saluées par tous ses partenaires. N’hésitant jamais à transmettre son savoir et son amour du chant aux jeunes générations, il est demeuré une figure immensément respectée dans son pays natal.
Au-delà des scènes lyriques, sa conscience civique s’est pleinement manifestée lorsqu’il a soutenu la Révolution de Velours en 1989. Plus tard, son engagement s’est prolongé à travers son investissement dans les institutions culturelles et son élection comme député au Conseil national de la République slovaque. Enfin, c’est avec son épouse Marta qu’il a fondé la Fondation Harmony, consacrée à l’aide aux enfants handicapés, prouvant que la noblesse de son cœur n’avait d’égale que la beauté de son chant.
Alors, merci pour tout et joyeux anniversaire, Peter Dvorský !

