Lauréate des concours des Nuits Lyriques de Marmande, de l’International de mélodies de Gordes et des Voix des Outre-Mer, et après sa dernière année d’études en Master au CSNMD de Paris, elle est choisie en 2025 pour participer au Young Singers Project du Festival de Salzbourg. Axelle Saint-Cirel a crevé nos écrans aux Jeux Olympiques de 2024 en Marianne au mezzo éclatant, revêtue du drapeau bleu, blanc, rouge, sur le toit du Grand Palais et devant l’Arc de Triomphe. Depuis elle a tenu le rôle titre dans Carmen intime en Avignon, Anita dans West Side Story et plus récemment Maria dans Porgy and Bess, la Deuxième Dame dans La Flûte enchantée, entre nombreux autres rôles et genres musicaux à l’aube de sa carrière. Rieuse et spontanée, la mezzo-soprano a bien voulu répondre à nos questions avant qu’on ne la retrouve en novembre à Dijon dans La Cenerentola et à Monte-Carlo en Mercédès.
Comment caractériseriez-vous votre voix ?
Axelle Saint-Cirel : C’est un peu difficile de caractériser sa propre voix mais je dirai d’abord qu’elle est malléable. J’ai la capacité de garder mon timbre quel que soit le style de chant, opéra, jazz ou comédie musicale. J’apprécie le fait de pouvoir me glisser dans tous les genres. On me dit aussi souvent que ma voix est chaleureuse.
Quelles sont vos relations avec le public français depuis les Jeux Olympiques ?
Je suis heureuse de pouvoir donner rendez-vous au public français pour cette nouvelle saison 2026-2027. Après ces Jeux (qui ont changé ma vie) de nombreuses personnes me demandaient quand et où elles pourraient venir m’écouter. Mais ces dernières années, à part quelques spectacles limités à une date comme Porgy and Bess au Théâtre des Champs-Elysées pour Les Voix des Outre-Mer, ou au Festival de la Vézère avec le Duo Argos, j’ai principalement et avec bonheur chanté hors de France, aux quatre coins du monde. C’est vrai que les J.O. m’ont donné beaucoup de visibilité mais je suis fière d’avoir gardé la tête froide grâce à mon entourage (mes professeurs et coachs de toujours). Je n’ai pas trop souffert de la pression de cette soudaine mise en lumière, j’ai pris le temps de choisir mes projets sans me précipiter sur tout ce que l’on me proposait et ne pas répondre aux attentes. Je suis fondamentalement la même aujourd’hui qu’hier et je travaille à m’améliorer vocalement et artistiquement. Grâce aux J.O. j’ai pu aussi découvrir de nombreux corps de métiers que je ne rencontrais pas forcément auparavant et des artistes venus d’horizons différents et variés. C’est ainsi que je collabore aux albums des Enfoirés depuis 2025 pour faire vivre leur noble cause ou que je m’associe à la pianiste Katia Buniatishvili pour sa tournée et son concert-gala (enregistré à Versailles par France.tv en été, une émission qui sera retransmise en 2027 – NDLR).
Quels sont les principaux rendez-vous de votre saison ?
Début novembre je chanterai le rôle de Tisbé à l’Opéra de Dijon. J’adore l’écriture rossinienne pour la voix. Et quel plaisir de monter sur la scène d’une maison qui m’a permis de découvrir mon premier opéra en direct ! Puis je partagerai la scène avec Marina Viotti à Monte-Carlo le 20 novembre dans le rôle de Mercédès, avec Benjamin Bernheim dans le rôle de Don José et Erwin Schrott en Escamillo, de fabuleux collègues. En décembre je serai à Gaveau pour un « Concert de Noël », après ma participation à « L’Hommage à Joséphine Baker et Martin Luther King » à l’Opéra Grand-Avignon, et avant ma Carte Blanche à L’Opéra du Rhin. Je donnerai aussi un concert avec la BBC Proms à Londres. En 2027 j’entame une grande tournée dans toute la France avec l’ensemble Il Caravaggio dirigé par Camille Delaforge pour Platée de J.P. Rameau ; je serai Junon. Je ne vous dévoile pas encore mon programme de juillet, plein de surprises.
Quels sont vos meilleurs souvenirs à l’aube de votre carrière ?
J’ai de nombreux et excellents souvenirs. Pour ne citer que quelques-uns … j’ai adoré par exemple accompagner Katia Buniatishvili à l’étranger, admirer son adaptabilité. Ce professionnalisme, je l’ai rencontré chez tous les grands artistes avec lesquels j’ai eu le plaisir de partager la scène. Je mesure en outre l’investissement et le travail que requiert une grande et longue carrière de chanteur. J’ai ainsi un souvenir formidable de ma participation à l’Académie du Festival de Salzbourg, où les jeunes artistes côtoient les plus grands en toute simplicité. Ce fut une expérience très inspirante. Voir ces légendes de notre art travailler, les voir marquer la voix avec une précision et une énergie qui ne s’improvisent pas, remarquer la passion d’un Ricardo Muti, d’un Marco Armiliato, tout cela constitue assurément une leçon – et ce, d’autant plus que les artistes n’ont jamais eu autant d’incertitude quant à leur avenir dans un tel contexte économique. Je citerai encore mon rôle -titre dans The Magic Fountain de Frederick Delius au Festival de Wexford, une œuvre qui n’avait pas été donnée depuis un siècle !
Quels rôles envisagez-vous dans un avenir proche ?
Ma voix a beaucoup évolué. Je me tourne désormais exclusivement vers des rôles qui me correspondent (je ne chanterai plus celui de Maria dans Porgy and Bess, ou celui de la Mère dans L’Enfant et les sortilèges). J’essaie de vivre dans le présent, de ne pas me projeter systématiquement dans le futur pour savoir ce dont ma voix est capable pour effectuer les bons choix par la suite. Les rôles mozartiens de Chérubin, de Dorabella m’attendent, de même que ceux de l’opéra baroque. Je me verrai bien interpréter L’Enfant et Concepcion dans les opéras de M. Ravel.