Samson et Dalila au Met : Alagna en pleine forme

Par Christian Peter | dim 21 Octobre 2018 | Imprimer

Pour sa deuxième retransmission de la saison dans les cinémas, le Metropolitan Opera a choisi la nouvelle production de Samson et Dalila qui a ouvert sa saison le 24 septembre dernier. On s’en souvient, Peter Gelb avait annulé la venue dans son théâtre de la production de Damiano Michieletti qu’il avait pourtant coproduite avec l’Opéra de Paris. C’est donc à Darko Tresnjak, directeur artistique du Théâtre de Hartford qu’a été confié le soin de monter l’ouvrage. Les spectateurs ont-ils gagné au change ? Non, si l'on en croit le compte-rendu d'Alexandre Jamar mais le ressenti n'est pas toujours le même au cinéma et dans la salle.

Le metteur en scène d’origine serbe joue la carte de la tradition dans des décors plutôt modernes qui s’inscrivent dans une sorte de demi-cercle délimité par le rideau de scène. Au premier acte, deux tours ajourées, séparées par un grand escalier au pied duquel se trouvent les Hébreux en imposent mais l’arrivée de Dalila, entourée de figurantes qui agitent sur son passage des éventails géants en plumes roses prête à sourire. Au deux, la demeure de la jeune femme, une structure bleu nuit éclairée par une vasque à feu, sur fond de ciel rougeoyant ne manque pas d’allure, c’est d’ailleurs le tableau le plus réussi. En revanche le trois avec en son centre une gigantesque statue bleuâtre coupée en deux censée représenter Dagon frise le ridicule, d’autant que les costumes rouge vif des figurants sont d’un kitch qui n’a d’égal que la robe à franges dorées que porte le Grand Prêtre. Au moins aura-t-on échappé aux sempiternels personnages masculins en complets-vestons, aux Kalachnikovs et autres uniformes nazis que l’on nous sert un peu partout depuis des années. La direction d’acteurs est d’une platitude désolante. Livrés à eux-mêmes les protagonistes adoptent des postures conventionnelles quand ils ne sont pas statiques. L'effondrement final, figuré par une lumière ébouissante, nous laisse sur notre faim.

Les seconds rôles sont tenus de façon exemplaire et n’appellent aucune réserve. Perché sur un balcon, Elchin Azizov invective les hébreux d’une voix solide et bien timbrée tandis que Dmitry Belosselskiy confère au vieillard hébreux une solennité poignante dans son air, en dépit d’un registre grave confidentiel. Laurent Naouri est un Grand-Prêtre imposant à la diction impeccable. Il parvient à émettre des sonorités âpres qui exacerbent le côté fielleux de son personnage. Sa grande scène avec Dalila au deuxième acte est exemplaire, il n’esquive aucune des difficultés de son rôle en particulier les ornements qui émaillent sa partie. Dalila trouve en  Elīna Garanča une interprète proche de l’idéal : physiquement sa plastique impeccable, son visage au sourire énigmatique conviennent idéalement à son personnage de femme fatale à qui elle prête les inflexions chatoyantes de son timbre profond et homogène, capable de duretés dans le duo avec Naouri et d’une sensualité exacerbée dans un « mon cœur s’ouvre à ta voix » anthologique. Sa diction française, en progrès, est désormais à peu près acceptable. Quant à Roberto Alagna, il achève en beauté cette série de représentations au cours de laquelle il a dû surmonter quelques problèmes d’allergie. Il y fait d’ailleurs allusion durant son interview pendant l’entracte. Dès son entrée, « Arrêtez, ô mes frères » lancé avec une voix claire et bien timbrée, on a compris que la partie était gagnée. Son duo avec Dalila aux deux atteint des sommets rarement égalés, son air de la meule au trois est déchirant de bout en bout et son aigu final triomphant.

Belle prestation des chœurs du Metropolitan Opera et de l’orchestre conduit de main de maître par Mark Elder dont la direction subtile et raffinée jusque dans la bacchanale du trois est un bonheur.

Samedi prochain, le 27 octobre, le Metroplolitan Opera retransmettra dans les cinémas du réseau Pathé Live La Fanciulla del West de Puccini avec Jonas Kaufmann.  

 

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