Waltraud Meier, Kundry tire sa révérence

Par Yaël Hêche | mar 29 Mars 2016 | Imprimer

La Staatsoper de Berlin proposait pendant ses Festtage de la période pascale la reprise de Parsifal dans la mise-en-scène de Dmitri Tcherniakov créée l’an passé. Trois représentations avec une valeur des plus particulières puisque Waltraud Meier y interprétait Kundry pour la dernière fois de sa carrière. C’est dans ce même rôle, au Festival de Bayreuth en 1983, que l’artiste s’était fait connaître sur la scène internationale. Quelque trente ans plus tard, à l’âge de soixante ans, Waltraud Meier demeure encore et toujours une Kundry de premier plan qui séduit tant par ses qualités vocales que son immense talent de tragédienne. Avec ce timbre reconnaissable entre tous et une diction impeccable, elle domine toute l’étendue de son registre. La mise-en-scène prive son personnage d’une bonne partie de sa richesse: la mystérieuse et démoniaque séductrice qu’est Kundry, à la poursuite d’une rédemption qu’elle désire mais qu’elle repousse, sont des aspects passablement affadis par Dmitri Tcherniakov qui relègue plus prosaïquement cette femme dans une sorte d’image maternelle de Parsifal. Qu’importe, Waltraud Meier capte l’auditoire d’un bout à l’autre et le troisième acte, où elle ne chante que deux mots («Dienen…dienen») lui permet là encore de montrer par son jeu d’acteur, jusque dans les dernières mesures, tout la grandeur de son talent.

Le reste de la distribution est de grande classe: René Pape (Gurnemanz), Wolfgang Koch (Amfortas), Tómas Tómasson (Klingsor) et Matthias Hölle (Titurel) forment un quatuor idéal. Dans le rôle de Parsifal, Andreas Schager confirme qu’il est une étoile montante. Le ténor impressionne par sa puissance et la beauté de son timbre tout autant que par les infimes nuances dont il est maître et qui mettent en valeur les multiples facettes de son personnage. Dans la fosse, la Staatskapelle de Berlin s’épanouit dans un répertoire dont elle est spécialiste. Daniel Barenboim dirige avec des tempi plutôt rapides (surtout dans les scènes du Graal aux actes I et III), ce qui s’accorde bien avec le propos « désacralisant » du metteur en scène. 

Après cinq heures de spectacle, une standing ovation a longuement célébré le triomphe de Waltraud Meier dont la Kundry est désormais définitivement entrée dans la grande histoire du chant wagnérien.

 

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