Cantate hollywoodienne

Carmina Burana - Baden-Baden

Par Catherine Jordy | sam 02 Mai 2015 | Imprimer

En hommage à Leonard Bernstein qui rêvait d’un orchestre international de jeunes dans l’optique de faire de la musique en amis (Let’s make music as friends), la Philharmonie des Nations a été créée en 1995 par Justus Frantz. C’est avec un enthousiasme manifeste (et communicatif) que le chef a mené sa formation (qui a déjà donné près de 1300 concerts depuis sa fondation) dans une approche très hollywoodienne de Carmina Burana flamboyantes, devant une salle quasi comble. Si la couleur orchestrale se caractérise tout d’abord par une déferlante sonore sans nuances où surnagent les deux pianos et les percussions, les pupitres se mettent rapidement en valeur, les uns à la suite des autres, avec une grande force expressive.

L’orchestre propose des couleurs chatoyantes pour chaque section du cycle : rouleau compresseur lancé à pleine puissance pour la roue de la fortune (« O fortuna »), explosion printanière frémissante (« Primo vere »), dérision burlesque et ivresse quasi orgiaque grâce notamment aux vents remarquables (« In Taberna »), puis célébration amoureuse passionnée, de l’attente haletante à l’orgasme (« Cours d’amour ») avant la reprise finale du « O Fortuna » où sentiment mortifère et espoir se mêlent, l’œuvre se redécouvre dans cette approche plurielle excitante. Orff souhaitait une mise en scène pour les Carmina et il est vrai qu’on regrette l’absence d’un délire visuel de la part de la Fura dels Baus ou d’autres vidéastes, mais Justus Frantz parvient à créer une ambiance sonore puissamment évocatrice pour la cantate, en changements de rythmes constants, ce qui rend l’audition de l’œuvre éminemment originale.

À l’exception du chœur d’enfants autochtone, tous les chanteurs sont Coréens. La prononciation du latin et des allemand et français médiévaux s’en ressent singulièrement… Cela dit, au fil des numéros, la diction se fait plus claire et les chœurs s’affirment, jusqu’au paroxysme de « In taberna quando sumus ». Les quatre pupitres conversent fort intelligemment.

Les solistes, peu connus, ne manquent pas de susciter l’intérêt. Le baryton Carlo Kang semble tout d’abord manquer d’assise dans ses graves tout en projetant des aigus magnifiques, puis finit par consolider son autorité à tous les niveaux. En revanche, si son interprétation du cygne pathétique et lamentable lui offre l’occasion d’un joli numéro d’acteur, quoique un peu outré, l’interprétation du ténor Myung Hoon Ji laisse sceptique, malgré un falsetto ébouriffé et jubilatoire. C’est la charmante soprano Elisa Choo qui ravit le plus, dans son affriolante robe de tulle vermillon, mignonne comme un cœur, toute en délicatesse et nuances. Souplesse et maîtrise caractérisent son approche de l’œuvre, avec un « Dulcissime » éthéré et sublime.

Électrisé, le public fait une ovation à Justus Frantz et ses partenaires. Visiblement ravi et galvanisé, le chef offre deux reprises, un « Were diu werlt alle min » (si le monde m’appartenait) bienvenu pour ces musiciens en provenance de quarante pays, ambassadeurs de paix par la musique et bien sûr, jamais deux sans trois, un extatique « Fortuna Imperatrix Mundi » qui résonne encore aux oreilles.

 

 

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