Au commencement était l'affect

La bella più bella

Par Bernard Schreuders | dim 13 Juillet 2014 | Imprimer

Nous l’avions quittée chez Glossa en compagnie d’Antonio Florio et de sa Cappella dei Turchini dans un hommage à Faustina Bordoni (« I Viaggi di Faustina ») inaugurant une nouvelle collection dédiée aux voyages des chanteurs du temps jadis. Roberta Invernizzi nous revient dans une forme éblouissante pour un bouquet de monodies, madrigaux, canzonette et autres lamenti a voce sola du Seicento égrenés cette fois avec le soutien, parfois trop discret, du luthiste Craig Marchitelli qui s’offre quelques échappées solistes (Kapsberger, Piccinini, Castaldi).

D’illustres joyaux dominent l’anthologie, de la berceuse de Kaspberger Ninna nanna à l’incandescent Eraclito amoroso de Barbara Strozzi (Udite amanti) en passant par Eri già tutta mia (Monteverdi), mais elle ne dédaigne pas non plus les gemmes moins connues telles que la vaste déploration de Carissimi Piangete, aure, piangete ou le brillant Strana armonia d’amore de Giulio Romano qui ouvre le récital. Plus encore que la fraicheur, la morbidezza et l’agilité de l’instrument, qui fait toujours merveille dans les diminutions et volatines, c’est l’intelligence de l’interprète qui nous ravit dès cette première plage où d’une couleur, d’une vibration idoine jaillit tout un monde étrange, mais vivant, à mille lieues de l’indolence rêveuse de Vincenzo Manno (« Strana armonia d’amore », STRADIVARIUS).

A la décharge du ténor, pionnier dans ces territoires alors en friche (1992), cela fait plus de vingt ans que Roberta Invernizzi les fréquente et elle en maîtrise aujourd’hui les moindres subtilités. Il suffit de réécouter la version d’Eri già tutta mia  qu’elle enregistrait en 1999 (« A voce sola, con sinfonie », STRADIVARIUS) pour apprécier le chemin parcouru depuis des débuts timides et appliqués jusqu’au plein épanouissement d’une artiste qui ne sacrifie jamais le texte au narcissisme vocal. D’aucuns regretteront sans doute un contrôle excessif et un manque d’abandon chez Strozzi (Udite amante) et des dissonances à peine effleurées chez Sigismondo D’India (Cruda Amarilli) ne feront pas davantage l’unanimité. Souligner ou suggérer, les deux approches ont leurs adeptes, les uns aimant être bousculés, sinon bouleversés quand les autres préfèrent se laisser porter par leur imagination… 

En revanche, les inconditionnels du soprano milanais ne devraient pas être les seuls à succomber aux adieux suspendus de l’amoureux à sa bien-aimée (Voglia di vita uscir) ou à l’ineffable mélancolie de sa plainte (Torna, deh torna). Quant au versant léger et riant du programme (La bella più bella, A qual dardo, Mi fa rider la speranza), il met en valeur le talent de conteuse de Roberta Invernizzi et une verve où affleure parfois le souvenir de ses aventures napolitaines avec Antonio Florio.

 

 

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