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	<title>Giuseppe VERDI - Compositeur - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Giuseppe VERDI - Compositeur - Forum Opéra</title>
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		<title>Jonas Kaufmann : retour à Vérone en Radamès</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/jonas-kaufmann-retour-a-verone-en-radames/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 14 Aug 2026 07:36:46 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le rendez-vous est fixé au 10 septembre prochain. Pour la dernière représentation d&#8217;Aida du 103ᵉ Festival des Arènes de Vérone, Jonas Kaufmann retrouvera le rôle de Radamès, qu&#8217;il n&#8217;a abordé qu&#8217;avec une extrême parcimonie au cours de sa carrière. Après son enregistrement de l&#8217;ouvrage avec l&#8217;Accademia Nazionale di Santa Cecilia, le ténor bavarois ne l&#8217;a &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le rendez-vous est fixé au 10 septembre prochain. Pour la dernière représentation d&rsquo;<em>Aida</em> du 103ᵉ Festival des Arènes de Vérone, <strong>Jonas Kaufmann</strong> retrouvera le rôle de Radamès, qu&rsquo;il n&rsquo;a abordé qu&rsquo;avec une extrême parcimonie au cours de sa carrière. Après son <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/aida-rome-succes-pharaonique/">enregistrement de l&rsquo;ouvrage avec l&rsquo;Accademia Nazionale di Santa Cecilia</a>, le ténor bavarois ne l&rsquo;a incarné sur scène qu&rsquo;à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/aida-munich-radames-radames-radames/">Munich</a>, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/aida-vienne-staatsoper-la-nuit-des-etoiles/">Vienne</a>, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/aida-paris-bastille-un-musee-deux-marionnettes-et-quelques-tableaux/">Paris</a>&#8230; et Vérone, où il en donnera une unique interprétation dans la mise en scène de <strong>Franco Zeffirelli</strong>.</p>
<p>Il partagera l&rsquo;affiche avec <strong>Maria José Siri</strong> (Aida), <strong>Clémentine Margaine</strong> (Amneris), <strong>Alexander Vinogradov</strong> (Ramfis), <strong>Youngjun Park</strong> (Amonasro), <strong>Simon Lim</strong> (le Roi), <strong>Francesca Maionchi</strong> (la Grande Prêtresse) et <strong>Riccardo Rados</strong> (le Messager), sous la direction de <strong>Francesco Ommassini</strong>.</p>
<p>Cette soirée prolongera une relation privilégiée entre le ténor et les Arènes de Vérone. Depuis son premier gala triomphal en 2021 – conclu par pas moins de sept bis –, Jonas Kaufmann est revenu régulièrement dans l&rsquo;amphithéâtre italien, notamment en Radamès en 2022 et en Cavaradossi dans <em>Tosca</em> en 2024. La Fondazione Arena annonce d&rsquo;ores et déjà qu&rsquo;il sera de retour le 8 août 2027 pour un nouveau gala consacré à l&rsquo;opéra.</p>
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		<title>VERDI, La traviata &#8211; Vérone</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-la-traviata-verone-3/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 09 Aug 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Comme l&#8217;a rappelé notre collègue Catherine Jordy dans un premier article sur cette Traviata véronaise signée Paul Curran, le festival des Arènes de Vérone s&#8217;étend cette année sur une période d&#8217;une longueur inédite et la nouvelle production du chef-d&#8217;œuvre de Verdi voit défiler plusieurs distributions — quatre Violetta, sept Alfredo et cinq Germont, de la &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Comme l&rsquo;a rappelé <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-la-traviata-verone-2/">notre collègue Catherine Jordy dans un premier article</a> sur cette <em>Traviata</em> véronaise signée <strong>Paul Curran</strong>, le festival des Arènes de Vérone s&rsquo;étend cette année sur une période d&rsquo;une longueur inédite et la nouvelle production du chef-d&rsquo;œuvre de Verdi voit défiler plusieurs distributions — quatre Violetta, sept Alfredo et cinq Germont, de la double ouverture des 12 et 13 juin jusqu&rsquo;à la clôture du 12 septembre. La soirée du 6 août, neuvième représentation de la série, voyait Rosa Feola faire ses premiers pas dans la production, aux côtés de Galeano Salas.</p>
<p>Inutile de décrire dans le détail un spectacle dont on a déjà évoqué ici le foisonnement. On rappellera seulement que le premier tableau, un des plus réussis, reconstitue le jardin du Moulin Rouge, sa scène en plein air et son éléphant rescapé de l&rsquo;Exposition universelle de 1889, tandis que le rideau d&rsquo;ouverture aligne des affiches à la Lautrec et que les costumes lorgnent par endroits vers les années 1920.</p>
<p>Le défi d&rsquo;occuper ce plateau immense est pleinement tenu dans les deux scènes de fête, l&rsquo;acte I et le second tableau de l&rsquo;acte II. Le résultat est parfois d&rsquo;un goût discutable, tant dans le disparate des costumes que dans des effets un peu faciles : une explosion de confettis à la fin du chœur des matadors soulève l&rsquo;enthousiasme du public au point de déclencher l&rsquo;une des salves d&rsquo;applaudissements les plus nourries de la soirée. Les petits immeubles parisiens en fond de scène rappellent la scénographie de Pierre-André Weitz pour <em>Les Parisiens</em> d&rsquo;Olivier Py, sans l&rsquo;unité qui en faisait la réussite. Reste que toute cette surcharge esthétique sert d&rsquo;une certaine manière l&rsquo;ouvrage : les tableaux de fête sont si denses que les personnages n&rsquo;en paraissent que plus seuls dès qu&rsquo;ils s&rsquo;en retirent et l&rsquo;alternance voulue par Verdi entre l&rsquo;intime et le public s&rsquo;en trouve d&rsquo;autant plus flagrante.</p>
<p>L&rsquo;éléphant, comme le moulin, est impressionnant sur scène mais assez inerte : Violetta y monte pour les premières mesures d&rsquo;« È strano… », en redescend, puis il disparaît ensuite complètement. Cette débauche de moyens fait sans doute partie du cahier des charges à Vérone et les danseurs du Ballo della Fondazione Arena di Verona, que <strong>Kyle Lang</strong> fait travailler dans le style chorégraphique du Moulin Rouge, en ont à revendre. Mais la transposition n&rsquo;éclaire pas vraiment l&rsquo;ouvrage : on ne sait jamais qui est Violetta dans ce milieu, meneuse de revue, patronne de l&rsquo;établissement ou simple courtisane entretenue qui circule dans ces lieux ?</p>
<p>Curran, du moins, prend souvent le livret au mot et cette littéralité fait du bien. Pendant que Germont père déroule ses remontrances, Alfredo reste absorbé par les papiers de Violetta, sourd à ce qu&rsquo;on lui dit ; quand Violetta demande à Annina d&rsquo;ouvrir la fenêtre, elle l&rsquo;ouvre vraiment ; quand passe le cortège du bœuf gras, on le voit réellement passer dans le haut des gradins, les danseurs traversant les marches éclairées en bleu et constellées de petites lumières — le monument fait partie du décor et le cortège virevolte au-dessus d&rsquo;une Violetta que la maladie a clouée en contrebas. Ce sont ces gestes précis, plus qu&rsquo;aucun parti pris d&rsquo;ensemble, qui font ici l&rsquo;efficacité de la mise en scène, avec une direction d&rsquo;acteur au cordeau et des relations fouillées entre les personnages.</p>
<p>C&rsquo;est du côté musical que la soirée emporte l&rsquo;adhésion. <strong>Michele Spotti</strong> dirige l&rsquo;<strong>Orchestra della Fondazione Arena di Verona</strong> en choisissant des tempos allants et il reste constamment attentif aux chanteurs. Sa lecture trouve ses meilleurs moments lorsque la direction fait naître une tension directement de la scène. Le brindisi en est l&rsquo;exemple le plus frappant : chœur, figurants et danseurs exécutent au plateau une même chorégraphie, tandis que l&rsquo;énergie débridée de l&rsquo;orchestre transforme ce morceau que l&rsquo;on entend d&rsquo;ordinaire comme un pétillement léger en quelque chose de presque violent, voire grinçant. À l&rsquo;acte I, la banda installée au fond de la scène produit ce même effet saisissant : les cuivres pétaradent, éclatants, presque sauvages dans leur manière d&rsquo;entraîner les voix des protagonistes. Spotti fait ressortir les contrastes par touches rapides, avec notamment des cordes d&rsquo;une grande vivacité. L&rsquo;orchestre paraît cependant peu audible dans l&rsquo;espace immense des Arènes et on reste assez frustré de ne pouvoir entendre qu&rsquo;une palette assez chiche en couleurs.</p>
<p>Dans le rôle-titre, <strong>Rosa Feola</strong> est remarquable. Bien qu&rsquo;elle ne chante Violetta que depuis quelques années – ses débuts  remontent à 2020, à l&rsquo;Opera Giocosa de Savone, dans une mise en scène de Renata Scotto, sur la scène même où la cantatrice avait fait ses propres débuts – elle semble l&rsquo;avoir fait pleinement sien. La voix, pulpeuse, est d&rsquo;une beauté plastique indéniable et lui permet d&rsquo;assumer les différentes facettes de Violetta sans en sacrifier aucune. Les vocalises finales de « Sempre libera » manquent un peu de précision, mais l&rsquo;éclat demeure assurément. Tout l&rsquo;acte II la voit évoluer avec une grande sensibilité, à fleur de peau, mettant en valeur le pathétique de son destin sans la réduire à la victime sacrifiée par les conventions du livret : son duo avec Germont père montre notamment une grande finesse d&rsquo;écoute et de caractérisation. Elle livre enfin une interprétation déchirante d&rsquo;« Addio del passato », douloureusement incarnée ; elle pourrait faire pleurer les pierres quand elle découvre que ce n&rsquo;est pas le retour d&rsquo;Alfredo qui va miraculeusement la guérir. Certainement l&rsquo;une des plus grandes interprètes actuelles du rôle.</p>
<p><strong>Luca Salsi</strong> lui oppose en Germont une voix puissante, d&rsquo;une noirceur de charbon, quoique parcourue désormais d&rsquo;un vibrato assez large. Germont père trouve sous son autorité une véritable tendresse, et le chanteur conduit avec souplesse la caractérisation du personnage. Dans le duo avec Violetta, il paraît d&rsquo;abord presque méchant ; puis quelque chose se trouble chez lui. Cette inflexion suffit à rendre plus complexe une figure qui pourrait facilement rester monolithique.</p>
<p><strong>Galeano Salas</strong> possède une voix lyrique puissante et déliée, d&rsquo;une fraîcheur solaire qu&rsquo;on n&rsquo;entend plus beaucoup dans ce rôle aujourd&rsquo;hui. Il semble toutefois parfois forcer un peu ses moyens et la coloration manque de variété. La cabalette du deuxième acte est assurée crânement, avec un contre-ut final qui déclenche une réaction vive du public. Le succès est donc là, mais il lui manque un peu d&rsquo;engagement dramatique pour rendre les affects aussi immédiatement crédibles que chez ses partenaires. C&rsquo;est un artiste qu&rsquo;on aimerait cependant entendre beaucoup plus souvent en France.</p>
<p>Tous les comprimarii n&rsquo;appellent que des louanges : tous sont parfaitement engagés, tout comme les choristes du <strong>Coro della Fondazione Arena di Verona</strong>, préparés par <strong>Roberto Gabbiani</strong>, qui, malgré quelques décalages bien vite rattrapés, participent à la réussite musicale de la soirée.</p>
<p>Curran déclarait dans sa note d&rsquo;intention vouloir que ce spectacle soit, pour beaucoup de spectateurs découvrant l&rsquo;opéra ce soir-là, le premier d&rsquo;une longue série. Le pari est semble-t-il tenu, et il l&rsquo;est aussi pour ceux qui connaissent <em>La traviata</em> par cœur : la finesse de la direction d&rsquo;acteurs, le frémissement de la Violetta de Rosa Feola et l&rsquo;enthousiasme qui monte de la fosse suffisent à faire redécouvrir un ouvrage qu&rsquo;on croyait connaître sur le bout des doigts.</p>
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		<title>VERDI, La Traviata &#8211; Bregenz</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-la-traviata-bregenz/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Marcel Humbert]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 24 Jul 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Ce soir, grand double évènement à Bregenz : La Traviata y est présentée sur la scène lacustre pour la première fois depuis la création du festival il y a 80 ans, et c’est également pour la première fois que le metteur en scène Damiano Michieletto, plutôt habitué à Rossini, met en scène cette œuvre. Alors on &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Ce soir, grand double évènement à Bregenz : <em>La Traviata</em> y est présentée sur la scène lacustre pour la première fois depuis la création du festival il y a 80 ans, et c’est également pour la première fois que le metteur en scène <strong>Damiano Michieletto</strong>, plutôt habitué à Rossini, met en scène cette œuvre. Alors on se pose tout de suite la question : si pendant 80 ans les directions successives ne se sont pas frottées à cette œuvre de Verdi pourtant très populaire, c’est peut-être qu’il y avait une raison ? Et sans doute, quand la nouvelle directrice <strong>Lilli Paasikivi</strong>, qui a pris ses fonctions en octobre 2024, est arrivée et qu’elle a listé les œuvres déjà jouées et celles qui ne l’étaient pas, a-t-elle sauté à pieds joints dans ce qui se révèle être un piège évident.</p>
<p>En effet, Bregenz a ses règles, issues de sa topographie et de son histoire. D’abord cette scène située sur une espèce d’ilot, au bord du lac de Constance, qui a imposé petit à petit des jeux d’eau sophistiqués. Ensuite le caractère spectaculaire des décors et des productions qui n’a cessé de croître avec le temps. On se souvient de la raffinerie de pétrole du <em>Trouvère</em>, de la statue de la liberté d’<em>Aïda</em>, du village fantôme du <em>Freischütz</em>… Et l’œuvre lyrique, sonorisée (plutôt bien), en arrive à être au second plan du spectaculaire. Mais dans tous les cas de figure, il faut définir un concept, et ensuite s’y tenir tout au long des deux heures sans entracte imposées, ni plus ni moins.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="475" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/0-latraviata_khp-anjakoehler_260037-corr-1024x475.jpg" alt="" class="wp-image-217874"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Festival de Bregenz / Anja Koehler</sup></figcaption></figure>


<p>Celui de ce soir, mis en forme par le scénographe <strong>Paolo Fantin</strong>, comporte une scène de 580 mètres carrés à la base d’un immense miroir de 700 mètres carrés relevé verticalement à 28 mètres de haut, et brisé en 86 éclats dont plus de la moitié sont montés sur vérins et donc mobiles. Les morceaux de verre, confondants de réalisme, sont faits de panneaux de bois recouverts d’un tissu imprimé. Cet ensemble architectural monumental est censé évoquer beaucoup de choses, peut-être trop pour être bien compris. Outre le symbolisme du miroir (richesse et prestige pour la Galerie des glaces de Louis XIV, 7 ans de malheur pour un miroir brisé, voiles noirs pour Miss Havisham des <em>Grandes Espérances</em> de Dickens puis pour la Castiglione…), il évoque ici la psychologie complexe de l’héroïne, sa vulnérabilité et sa vie brisée, tant au niveau de ses amours que de sa santé. Mais le miroir qui, au XIXe siècle, reflétait pour le public la société du temps et l’exclusion de cette femme à la fois utilisée et rejetée, nous montre aujourd’hui nos tares et nos erreurs contemporaines à travers les excès des années 1920, comme dans <em>Gatsby le Magnifique</em> et sa version filmée, qui ont notamment inspiré le metteur en scène. Deux siècles donc mis en abyme…</p>
<p>Cette surface brisée, qui doit résister à tous les types de temps et à deux saisons d’exploitation, s’anime autant que de besoin, libérant notamment deux petits espaces scéniques en hauteur, le plus grand du côté cour, à environ 8 mètres de hauteur, mesure 60 mètres carrés ; le second, côté jardin à environ douze mètres de hauteur, mesure 15 mètres carrés. Les deux surfaces de jeu sont actionnées hydrauliquement par un vérin chacune. L’ensemble de la surface du miroir brisé sert aussi à projeter des images variées et des clips vidéo évoquant la vie de Violetta. Mais là encore, la bonne idée ne sert pas la production, car vu le nombre de distributions, au lieu de filmer des gros plans de la représentation en cours, ce sont des acteurs n’ayant rien à voir physiquement avec ceux présents sur scène qui personnalisent les principaux personnages, contribuant à semer encore plus la confusion chez les spectateurs.</p>
<p>La partie centrale du miroir finit par imploser (on aurait préféré une explosion !) au 3<sup>e</sup> acte en accouchant d’une énorme boule noire de 6 mètres de diamètre, peu compréhensible mais censée symboliser la maladie envahissante de Violetta et son destin inéluctable. Cette « implosion » met en œuvre douze grands groupes de fragments de miroir situés au centre du mur, composés au total de 24 segments mobiles individuels, qui s’ouvrent vers l’intérieur. L’ouverture complète de l’implosion nécessite donc une coordination parfaite de tous les éléments : tous les segments de miroirs doivent être déplacés selon un ordre et une vitesse définis avec précision, sans quoi les segments individuels risqueraient d’entrer en collision les uns avec les autres. Mais tout cela se fait sans bruit particulier, alors qu’une sonorisation spécifique aurait certainement rendu l’effet beaucoup plus saisissant.</p>
<p>L’utilisation de la scène lacustre est relativement conforme aux habitudes du lieu, sinon qu’au-devant de la scène, le lac – dont le niveau a baissé de plus d’un mètre cinquante – ne peut plus être utilisé comme autrefois, et est remplacé par une piscine à débordement de 1400 mètres carrés et de 30 cm de profondeur où se déroule l’essentiel de l’action, empêchant les exhibitions de natation synchronisée à la Esther Willams. Surtout, l’utilisation de cet espace liquide participe de l’essentiel du malaise ressenti.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="475" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/8-20260717_bregenzer_festspiele_la_traviata_082-corr-1024x475.jpg" alt="" class="wp-image-217869"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Festival de Bregenz / Anja Koehler</sup><br></figcaption></figure>


<p>D’abord, si les scènes spectaculaires (acte I dans une station nautique, acte III au music-hall) conservent un certain attrait, on y perd totalement les personnages principaux, surtout au début. La difficulté du plein air et des vastes espaces est en général bien gérée, notamment à Vérone et à Macerata, mais Bregenz, comme par exemple pour <em>Madama Butterfly</em>, hésite toujours à utiliser la simplicité pour mettre les protagonistes dans des situations rapprochées et intimes. Ces rencontres se déroulent le plus souvent à distance, et qui plus est essentiellement dans l’espace aquatique, obligeant les chanteurs à patauger dans l’eau, et quand ils en sortent à voir dégouliner leurs pantalons et leurs bas de robes, sans qu’aucune raison vienne justifier ces situations aussi répétitives que grotesques.</p>
<p>Les quelque 7000 spectateurs, qui semblent écrasés par un certain ennui, n’ont pas exprimé de joyeux débordements : quelques timides applaudissements en cours de représentation, guère plus nourris à la fin, hormis pour <strong>Mrjukka Tepponen</strong>, de la part d’un public partagé, d’un côté le grand public venu voir du grand spectacle et un peu déçu du résultat, et de l’autre les connaisseurs tout aussi déconcertés. La soprano finlandaise, qui avait déjà chanté à Bregenz (Liu en 2015), mais que nous découvrons ce soir, possède une voix riche d’harmoniques et d’un médium chaleureux, avec juste ce qu’il faut de vibrato pour exprimer les moments les plus déchirants, et une technique vocale de haute qualité lui permettant de faire notamment une magnifique note diminuée, augmentée puis à nouveau diminuée lors de sa mort à la fin de son air final. Mais elle a nombre d’autres qualités, notamment la puissance, la perfection des notes aigues piquées ou liées, et qui plus est une parfaite adéquation avec la sonorisation, qui sert tout à fait son type de voix.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="475" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/5-20260711_bregenzer_festspiele_la_traviata_123-corr-1024x475.jpg" alt="" class="wp-image-217866"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Festival de Bregenz / Anja Koehler</sup></figcaption></figure>


<p>Il n’en est pas de même pour <strong>Julien Behr</strong> (Alfredo), dont la voix est souvent sous-sonorisée et même un peu déformée, ce qui fait que dans certains duos on ne l’entend quasiment plus. Mais nous sommes un soir de première, et très certainement tous les réglages de la sonorisation (au demeurant de très bon niveau) ne sont pas encore arrivés à leur point d’excellence. Enfin, <strong>Vladimir Stoyanov</strong> (Giorgio Germont), qui avait chanté le rôle-titre de <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rigoletto-bregenz-ris-donc-paillasse/"><em>Rigoletto</em> à Bregenz en 2019</a>, n’apporte rien de nouveau dans une interprétation sans surprise et bien dans la tradition, baryton « pas trop père noble ». À noter qu’il ne peut se séparer d’une valise bien encombrante qu’il traîne avec lui dans tous les situations, qu’elles soient aquatiques ou terrestres. À noter aussi les jolies voix et les qualité de présence de <strong>Melissa Zgouridi</strong> (Annina) et de <strong>Stanislav Vorobyov</strong> (le docteur Grenvil).</p>
<p>Trois distributions assurent la sécurité d’une alternance : Stacey Alleaume et Julia Muzychenko seront les deux autres Violetta, Long Long et Jose Simerilla Romero les deux autres Alfredo et Audun Iversen et Kostas Smoriginas interpréteront Giorgio. La direction musicale, assurée ce soir par <strong>Kirill Karabits</strong>, sera partagée avec Pietro Rizzo. La rigueur métronomique imposée à un orchestre qui joue dans un espace clos totalement séparé de l’espace scénique, s’accompagne d’un volume sonore non exempt par moments d’une certaine tonitruance, mais là aussi quelques réglages doivent être à attendre. Les chœurs sont, à leur habitude, tout à fait excellents.</p>
<p>La présente production est jouée à bureau fermé jusqu’à fin août (28 représentations), toutes les places (190 000 billets) ayant été vendues dès Pâques, ce qui est une situation tout à fait inédite pour un festival international. Mais il s’agit de billets achetés chat en poche, et il ne faudrait pas qu’une certaine déception ne détourne le public de ce lieu attachant pour les années à venir (<em>La Traviata</em> sera à nouveau donnée l’an prochain dans la même production, ouverture de la location en septembre). Heureusement que l’on sait que de nombreuses reprises de détails auront lieu, toutes susceptibles d’améliorer le résultat final.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-la-traviata-bregenz/">VERDI, La Traviata &#8211; Bregenz</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>VERDI, La Traviata – Vérone</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-la-traviata-verone-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Jul 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Fortes et fières de leur visibilité mondiale au cours de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques d’hiver cette année, les Arènes de Vérone affichent, pour leur 103e édition, une nouvelle amplitude temporelle. De fait, jamais le festival ne s’était étendu aussi longtemps que cette année, en l’occurrence du 5 juin au 12 septembre. On &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Fortes et fières de leur visibilité mondiale au cours de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques d’hiver cette année, les Arènes de Vérone affichent, pour leur 103<sup>e</sup> édition, une nouvelle amplitude temporelle. De fait, jamais le festival ne s’était étendu aussi longtemps que cette année, en l’occurrence du 5 juin au 12 septembre. On fête, par ailleurs, le 150<sup>e</sup> anniversaire de la naissance de Giovanni Zenatello, le ténor véronais à l’origine du festival, en 1913. Celui qui avait, entre autres, créé des rôles pour Puccini, était présenté comme grand rival de Caruso dont il était néanmoins l’ami et qui avait fait chanter Maria Callas dans les Arènes est fêté par des conférences, des publications et une exposition.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/LaTraviata_160726_EnneviFoto_06783-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-217499"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Arena di Verona 103° Opera Festival 2026</sup></figcaption></figure>


<p>La seule nouvelle production cette année est précisément notre <em>Traviata</em>, en collaboration avec le Moulin-Rouge, pour 13 représentations au total, avec une distribution pléthorique dont 4 Violetta, 7 Alfredo et 5 Giorgio Germont (dont Ludovic Tézier, fin août, que nous manquons une fois de plus à grands regrets !). La mise en scène est assurée par le metteur en scène écossais <strong>Paul Curran</strong>, nouveau venu dans les Arènes, mais qui, avant de signer nombre de mises en scène d’opéra, avait été un temps l’assistant de Baz Luhrmann. Pas étonnant que sa <em>Traviata</em> soit si proche de la comédie musicale <em>Moulin Rouge</em>, tant pour les décors que pour les costumes. La reconstitution est passionnante, si tant est qu’on accepte les approximations (très volontaires, semble-t-il, humoristiques et impertinentes), comme cette fausse affiche à la Lautrec où l’on peut lire : « I l’esperit de Montmartre », dans un français italianisant. L’action se déroule donc à Montmartre, vers 1910, mais les citations vont de Lautrec à Jacques Demy et il y a pléthore à découvrir, les figurants étant, comme toujours à Vérone, particulièrement nombreux. De Jane Avril à Loïe Fuller et ses voiles mouvants comme des ailes de papillon à Mistinguett, ou aux danseuses des Ziegfeld Follies, en passant par les Apaches sortis de la foire du Trône aux bourgeois venus s’encanailler, la foule est dense et bigarrée au cours du premier acte et pour la scène de la fête chez Flora. Et bien sûr, on joue à plein sur le féminin-masculin du côté des danseurs. L’œil est émoustillé en permanence mais il est bien difficile de tout voir dans un tel foisonnement. On retiendra, pour les décors, la belle reconstitution du moulin rouge mais aussi la présence notable de l’éléphant (les fans du film <em>Moulin Rouge !</em> penseront immédiatement à Nicole Kidman et Ewan McGregor). Cet éléphant, rescapé de l’Exposition universelle de 1889, était effectivement dans les jardins du Moulin-Rouge, comme le montrent les photos anciennes. Les hommes pouvaient y entrer pour y fumer de l’opium et voir des danseuses du ventre. Tout un programme.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/LaTraviata_160726_EnneviFoto_07062-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-217503"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Arena di Verona 103° Opera Festival 2026</sup></figcaption></figure>


<p>L’ambiance du second acte est plus intimiste, quoique le jardin ressemble à une immense serre, dans l’esprit du Crystal Palace de Londres, toujours dans l’idée d’une exposition, en l’occurrence des personnages et de leur psychologie. Décors et lumières sont magnifiques, au demeurant. Et pour le dernier acte, les lumières subliment une demeure quasi abandonnée aux grandes baies vitrées poussiéreuses.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/LaTraviata_160726_EnneviFoto_07132-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-217504"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Arena di Verona 103° Opera Festival 2026</sup></figcaption></figure>


<p>Curieusement, si cette production superbe et jouissive se révèle tout à fait enthousiasmante, véritable réussite visuelle, l’émotion peine toutefois à s’instiller. C’est d’autant plus dommage qu’on ne sait pas trop à quoi cela est dû. Car les chanteurs sont excellents : <strong>Vasilisa Berzhanskaya</strong> incarne une merveilleuse Violetta, dans une prise de rôle très attendue, pour celle qui triomphait tout récemment en <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-la-cenerentola-paris-garnier/">Cenerentola</a>. À l’aise sur toute la tessiture, la soprano/mezzo affiche une formidable santé vocale, tout en nuances, en délicatesse et en douleurs contenues. Son personnage ne tousse guère mais ses hoquets se font sentir jusque dans les vocalises, pourtant tout en legato, dans une technique surprenante, insolite et au demeurant très efficace. <strong>René Barbera</strong> est doté d’un très beau timbre. On ne saurait rien reprocher à son Alfredo, sauf peut-être une passion un peu trop tiède à l’égard de Violetta. L’opprobre qu’il est sur le point de jeter sur elle manque de violence, et pour cause : c’est lui qui est bastonné par les autres invités, alors que Violetta se tient bien droite, stoïque.</p>
<p><strong>Youngjun Park</strong> est très impressionnant en Giorgio Germont, à qui il parvient à conférer une très grande noblesse de caractère et nous faire oublier toute la noirceur du personnage. On se délecte de la beauté du timbre et la délicatesse du legato. Les seconds rôles sont impeccables et l’on retiendra surtout la Flora de <strong>Clarissa Leonardi</strong>, présentée ici comme une maîtresse femme que son timbre rond et l’autorité de sa projection confirment comme telle.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/LaTraviata_160726_EnneviFoto_07623-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-217508"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Arena di Verona 103° Opera Festival 2026</sup></figcaption></figure>


<p>La vraie belle surprise de la soirée consiste en une interprétation incroyablement subtile de l’œuvre de Verdi venue de la fosse. <strong>Michele Spotti</strong> dirige avec précision un orchestre qui réagit à la moindre de ses injonctions en merveilleuse symbiose. En délicates nappes sonores cousues sur mesure pour l’ensemble des interprètes, l’orchestre apparaît tout en transparence, un peu à la manière de la caméra d’un Jean Renoir, qu’on oubliait totalement tant elle permettait au spectateur de se sentir partie intégrante de l’action. Toute l’empathie et la délicatesse du compositeur sont ici restituées. Mêlée aux petites femmes de Paris, notre Dame aux Camélias n’en demeure pas moins une véritable Violetta, à savoir une <em>Traviata</em> de haute tenue, pour un spectacle à qui il ne manque qu’un tout petit rien pour être en tous points inoubliable en une belle soirée d’été véronaise. Au vu du nombre d’interprètes proposé, la magie va certainement opérer.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-la-traviata-verone-2/">VERDI, La Traviata – Vérone</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>VERDI, Les Vêpres siciliennes &#8211; Aix-en-Provence</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-les-vepres-siciliennes-aix-en-provence/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 20 Jul 2026 04:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Ces dernières années, le Festival d&#8217;Aix-en-Provence a creusé le sillon du grand opéra français – Moïse et Pharaon de Rossini puis Le Prophète de Meyerbeer, auquel on peut ajouter Lucie de Lammermoor, adapté par Donizetti pour l&#8217;Opéra-Comique – qu&#8217;il prolonge cet été avec Les Vêpres siciliennes de Verdi, en version de concert au Grand Théâtre de Provence. &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto">Ces dernières années, le Festival d&rsquo;Aix-en-Provence a creusé le sillon du grand opéra français – <em>Moïse et Pharaon</em> de Rossini puis <em>Le Prophète</em> de Meyerbeer, auquel on peut ajouter <em>Lucie de Lammermoor,</em> adapté par Donizetti pour l&rsquo;Opéra-Comique – qu&rsquo;il prolonge cet été avec <em>Les Vêpres siciliennes</em> de Verdi, en version de concert au Grand Théâtre de Provence. La direction musicale en revient, comme pour <em>Moïse</em> et <em>Lucie</em>, à <strong>Daniele Rustioni</strong>, familier du répertoire italien qu&rsquo;il a beaucoup servi au Festival (<em>Tosca</em>, <em>Falstaff</em>, <em>I due Foscari</em>, <em>La forza del destino</em> entre 2019 et 2025), à la tête de l&rsquo;orchestre et du chœur de l&rsquo;Opéra de Lyon. La soirée, annulée en 2024 pour raisons budgétaires, et dans une distribution presque entièrement renouvelée, marquait la prise de rôle de <strong>Karine Deshayes</strong> en Hélène.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto">Contrairement à <em>Moïse et Pharaon</em>, tiré du <em>Mosè in Egitto</em>, ou à <em>Lucie</em>, refonte de <em>Lucia di Lammermoor</em>, <em>Les Vêpres siciliennes</em> a été directement pensé en français : il s&rsquo;agit du premier grand opéra que Verdi ait conçu directement pour l&rsquo;Opéra de Paris, à l&rsquo;occasion de l&rsquo;Exposition universelle de 1855. Le livret est signé à deux mains par l&rsquo;inévitable Eugène Scribe et par son co-équipier occasionnel, Charles Duveyrier. Le sujet – le massacre des Français occupant la Sicile au soir de Pâques 1282 – avait déjà connu un grand succès au théâtre grâce à la tragédie de Casimir Delavigne, créée à l&rsquo;Odéon en 1819, que Scribe connaissait bien et qu&rsquo;il avait même parodiée. Quant au schéma dramatique, il le reprend d&rsquo;un canevas resté dans ses tiroirs, <em>Le Duc d&rsquo;Albe</em>, destiné jadis à Halévy puis à Donizetti (qui n&rsquo;acheva jamais la partition), dont l&rsquo;intrigue se déroulait dans les Flandres occupées par l&rsquo;Espagne : en la transposant dans la Sicile médiévale en lutte contre Charles d&rsquo;Anjou, Scribe retrouvait le terrain de Delavigne. Le livret « original » est donc doublement de seconde main – ce dont Verdi hérita comme d&rsquo;un « fond de boutique », selon le mot de Scribe lui-même.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto">Le compositeur s&rsquo;est d&#8217;emblée plié au cahier des charges du grand opéra parisien : cinq actes, un sujet politico-historique, de grandes scènes chorales et spectaculaires, un ballet (<em>Les Quatre Saisons</em>, trente minutes, le plus long qu&rsquo;il ait écrit) et des « morceaux de genre » comme le boléro d&rsquo;Hélène. Le passage du livret de quatre à cinq actes, imposé par l&rsquo;Opéra, que Verdi surnommait « la Grande Boutique », fut d&rsquo;ailleurs un objet de discorde avec Scribe, et Verdi pesta tout au long de la composition contre la construction répétitive de l&rsquo;ouvrage (les actes centraux bâtis sur la même coupe) et contre un acte V qu&rsquo;il jugeait « sans intérêt ».</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto"><em>Les Vêpres siciliennes</em>, au bout du compte, ne sont probablement ni le plus grand Verdi ni le meilleur Scribe : les personnages tiennent souvent de la fonction dramatique plus que du caractère et de la conscience, et l&rsquo;on est bien loin des vertiges de <em>Don Carlos</em>, le grand opéra que Verdi écrira pour Paris douze ans plus tard – sans doute le chef-d&rsquo;œuvre ultime du genre. On pourrait même soutenir que <em>Jérusalem</em>, simple adaptation d&rsquo;<em>I Lombardi </em>pour l&rsquo;Opéra de Paris, présente une architecture plus continue que ces <em>Vêpres</em>. Reste que Verdi n&rsquo;est déjà plus l&rsquo;homme des années de galère italiennes : <em>Rigoletto</em> et <em>La Traviata</em> sont derrière lui, riches de nouvelles formes dramatiques et musicales. La partition abonde en pages fortes, où l&rsquo;ancienne succession de numéros clos éclate sous la pression du drame. Certaines regardent franchement vers Meyerbeer – le quatuor a cappella du premier acte, le grand finale du troisième acte –, ailleurs Verdi revient à une concentration toute italienne ; l&rsquo;ouvrage oscille entre deux traditions sans bien choisir son camp, mais c&rsquo;est aussi ce qui en fait son originalité.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto">Plus policé que les opéras de Meyerbeer (dont les étrangetés mêmes font l&rsquo;essentiel du charme), <em>Les Vêpres siciliennes</em> n&rsquo;atteint pourtant pas toujours la puissance dramatique des plus grands ouvrages du genre. L&rsquo;œuvre demeure néanmoins plus continûment inspirée que <em>Guillaume Tell</em> ou <em>La Muette de Portici</em>, sans atteindre l&rsquo;étonnante beauté et l&rsquo;efficacité dramatique de<em> La Juive</em> ou des <em>Huguenots</em>. On notera tout de même un trait commun à ces trois pièces, qui est le signe de la malice de Scribe : dans ces trois grands opéras, le groupe social auquel le public parisien pouvait le plus naturellement s&rsquo;identifier se trouve placé du côté de l&rsquo;oppresseur. Les catholiques français persécutent les protestants dans <em>Les Huguenots</em>, les chrétiens affrontent les juifs dans <em>La Juive</em>, et les Français occupent la Sicile dans <em>Les Vêpres siciliennes</em>. Dans ce dernier cas, l&rsquo;enjeu est moins religieux que national, mais le procédé dramatique demeure : le public est invité à regarder sa propre communauté depuis le point de vue de ceux qu&rsquo;elle domine.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto">Pour ce concert, la coupe du ballet des <em>Quatre Saisons</em>, si traditionnelle soit-elle (on l&rsquo;écartait déjà dans les reprises italiennes du XIXᵉ siècle), n&rsquo;en laisse pas moins un vide très concret entre la scène de Montfort et le bal des conspirateurs. Le ballet ne fait certes pas avancer l&rsquo;action, mais il dilate la durée entre deux épisodes chargés. Son absence comprime les événements et rend plus visibles les coutures de l&rsquo;ouvrage – d&rsquo;autant que Rustioni possède précisément ce sens du souffle théâtral et de la coloration qui aurait fait merveille ici.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto">Car le chef dirige ces <em>Vêpres</em> en vrai metteur en scène, et trouve l&rsquo;équilibre que réclame cet hybride franco-italien : des flûtes ou des clarinettes claires et franches, à la française, et un feu tout italien qui embrase les cordes. La seconde partie de l&rsquo;ouverture file un train d&rsquo;enfer, avec des contrastes dynamiques accusés, et des transitions tendues ; le trait orageux des violoncelles précédant « Au sein des mers » installe l&rsquo;imaginaire marin ; le grand récitatif de Montfort au troisième acte, l&rsquo;un des sommets de la soirée, est conduit avec une souplesse qui laisse respirer le texte sans dissoudre la tension ; une flûte mordante ouvre la scène du bal (qui rappelle d&rsquo;ailleurs dans son principe l&rsquo;acte I et le deuxième tableau de l&rsquo;acte II de <em>La Traviata)</em>. L&rsquo;<strong>orchestre de l&rsquo;Opéra de Lyon</strong> répond avec un engagement de tous les instants, cordes soudées dans les tutti, cuivres et percussions pétaradants sans couvrir les voix. Une réserve, au dernier acte (mais c&rsquo;est aussi pour ça qu&rsquo;on aime Rustioni) : le chef en fait parfois un peu trop au pupitre, dirigeant d&rsquo;une gestique presque dansée qui distrait des chanteurs et de la musique.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto">Le <strong>chœur de l&rsquo;Opéra de Lyon</strong>, lui, est admirable de bout en bout, d&rsquo;engagement, d&rsquo;homogénéité et de diction. Il faut l&rsquo;entendre au côté de Procida susurrer « silence », ou bien dans le chœur de stupeur du deuxième acte, glaçant, ainsi que dans les couleurs du cinquième, où la harpe et les castagnettes – la « couleur locale » que Verdi voulait introduire – dessinent moins une Sicile historique qu&rsquo;une Sicile rêvée par le Paris du Second Empire, avant le grand déchaînement final lors du massacre.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto">La distribution réunie à Aix-en-Provence est admirable et sert l&rsquo;ouvrage avec un engagement sans faille. D&rsquo;abord, une révélation et, on l&rsquo;espère, le début d&rsquo;une carrière sur les plus grandes scènes : <strong>Insik Choi</strong>, appelé pour remplacer Nicola Alaimo, qui propose un Montfort de premier ordre. Dès son entrée au premier acte, le timbre enveloppe de noirceur le rôle sans rien perdre de la mobilité de la ligne ; l&rsquo;émission, nuancée, s&rsquo;appuie sur un grave bien assis et de beaux aigus ; le volume est large, le souffle long, le legato maîtrisé et le français superlatif. On souhaiterait seulement qu&rsquo;il fende un peu plus l&rsquo;armure, mais l&rsquo;éclat dramatique est déjà là, mordant par instants. On espère pouvoir le réentendre bientôt !</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto">Le triomphateur indiscutable de la soirée, qui avait déjà fait grande impression dans le rôle de Jean il y a trois ans, est <strong>John Osborn</strong>. Il connaît Henri de longue date – il l&rsquo;a chanté à Rome en 2019, déjà face à Michele Pertusi – mais il faut dire que c&rsquo;est un rôle taillé sur mesure pour lui : une émission puissante et très focalisée, un timbre au métal brillant, une projection plus incisive que large, une maîtrise de la tessiture d&rsquo;un bout à l&rsquo;autre de l&rsquo;ambitus, un souffle ample, un legato superbe&#8230; Que demander de plus ? Surtout, il incarne son personnage avec une finesse exemplaire, en parvenant à faire exister les paradoxes de ces ténors de grands opéras français : des héros, mais aussi de jeunes hommes un peu perdus qui ont grandi trop vite, qui se retrouvent un peu penauds au centre de situations inextricables. Son grand air du quatrième acte est éclatant, mais ce sont surtout les deux grands duos avec Montfort qui le porte au sommet, avec des suraigus, contre-ut et contre-ré, pleins et irradiants, ajoutés avec une aisance insolente. Un portrait ébouriffant, qui confirme qu&rsquo;il est l&rsquo;un des plus grands serviteurs actuels du chant français.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto"><strong>Karine Deshayes</strong>, elle, abordait Hélène pour la première fois. Le rôle compte parmi les plus retors de Verdi : son écriture est duelle, un peu comme celle de Violetta, mais retournée : quand <em>La Traviata</em> demande d&rsquo;abord la virtuose puis la tragédienne, Hélène exige au premier acte une soprano dramatique capable de <em>slancio</em> – un peu comme l&rsquo;Odabella d&rsquo;<em>Attila – </em>avant de réclamer au cinquième l&rsquo;agilité pyrotechnique du boléro, ce « morceau de genre » imposé par le cahier des charges, dont Verdi lui-même trouvait le texte « si extérieur », pourtant d&rsquo;une fraîcheur enthousiasmante. Entre la révoltée et la coquette (presque un emploi à la Oscar du <em>Bal masqué</em>), Deshayes choisit l&rsquo;homogénéité plutôt que le grand écart : elle est une Hélène maternelle et douce, une force tranquille plus proche de l&rsquo;Alice de <em>Robert le diable</em> ou de la Valentine des <em>Huguenots.</em> Le premier air est très réussi, énergique et engagé, avec un claquant impressionnant. « Ami, le cœur d&rsquo;Hélène », au quatrième acte, tout en cantabile, est le plus beau moment de ce portrait, la voix se déployant sur un fil, avec une ligne allégée et laissant affleurer une vulnérabilité rare. Le grave, en revanche, est un peu court, et même le bas médium n&rsquo;est pas très présent ; dans le boléro, le trille reste assez flou, mal défini. La vocalisation est adéquate, c&rsquo;est la détente qui lui fait défaut. Elle n&rsquo;en demeure pas moins remarquablement à son aise dans cette tessiture et il faudrait qu&rsquo;elle puisse se libérer de la partition, sur laquelle elle reste un peu trop rivée, pour vraiment dominer le rôle dans toutes ses dimensions.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto"><strong>Michele Pertusi</strong>, enfin, appelé pour remplacer Christian Van Horn, impose un Procida charismatique dès son entrée en scène. La voix porte les marques du temps, surtout dans l&rsquo;aigu où la projection plafonne ; mais le style demeure intact : souffle long, legato admirable, phrasé soutenu, et les seules phrases d&rsquo;entrée de « Ô toi Palerme » suffisent à donner sa consistance au personnage. Il compose un personnage d&rsquo;une grande noblesse, bien qu&rsquo;il soit avant tout un fanatique assez effrayant. Comme dans toute la distribution, la qualité de la prosodie française frappe. Il n&rsquo;est pas question que d&rsquo;une bonne prononciation du français, mais d&rsquo;un vrai sens de la déclamation, avec des appuis et des accents soigneusement placés – la cheffe de chant créditée dans le programme, <strong>Cécile Restier</strong>, n&rsquo;y est peut-être pas étrangère ?</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto">Parmi les seconds rôles, les deux ténors se détachent : <strong>Ronan Caillet</strong>, qu&rsquo;on entend peu mais dont le timbre, très beau, se projette dans un français limpide, et <strong>Samy Camps</strong>, plus énergique et plus noir, au plus près de son personnage. <strong>Jusung Park</strong> impressionne lui aussi dans le rôle de Robert, et <strong>Niamh O&rsquo;Sullivan</strong> campe une Ninetta de belle tenue ; <strong>Ugo Rabec</strong> (qui remplace Adrien Mathonat en Béthune), <strong>Thomas Dear</strong> et <strong>Grégoire Mour</strong> accompagnent solidement l&rsquo;ensemble.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="auto"><em>Les Vêpres siciliennes</em> n&rsquo;ont donc ni la grandeur de <em>Don Carlos</em>, ni l&rsquo;étrangeté fructueuse d&rsquo;autres livrets de Scribe. Mais dans leur langue d&rsquo;origine, sous une direction tendue et portées par des chanteurs qui font du verbe français une matière vivante, ces <em>Vêpres siciliennes</em> plaident pour elles-mêmes. Le public, debout, ne s&rsquo;y est pas trompé. On pourra réentendre cette merveilleuse soirée sur France Musique le 26 juillet prochain et réécouter en boucle les deux duos Montfort/Henri.</p>
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		<title>Les Bregenzer Festspiele ont 80 ans</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/__trashed-8/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 12 Jul 2026 08:08:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le Festival de Bregenz fête cette année ses 80 ans en fanfare avec une nouvelle production de La traviata ; et étonnamment  c’est la première fois que cette œuvre  est jouée au bord du lac de Constance. Il y aura trois distributions en alternance : Stacey Alleaume, Julia Muzychenko, Marjukka Tepponen seront les trois Violetta, Julien &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le Festival de Bregenz fête cette année ses 80 ans en fanfare avec une nouvelle production de <em>La traviata</em> ; et étonnamment  c’est la première fois que cette œuvre  est jouée au bord du lac de Constance.<br />
Il y aura trois distributions en alternance : <strong>Stacey Alleaume</strong>, <strong>Julia Muzychenko</strong>, <strong>Marjukka Tepponen</strong> seront les trois Violetta, <strong>Julien Behr</strong><strong>, Long Long, </strong><strong>Jose Simerilla Romero </strong>les trois Alfredo et <strong>Audun Iversen, </strong><strong>Kostas Smoriginas </strong>et<strong> </strong><strong>Vladimir Stoyanov </strong>interpréteront Giorgio. La direction musicale sera asssurée par <strong>Kirill Karabits</strong> et<strong> </strong><strong>Pietro Rizzo.</strong><br />
Une production qui a battu des records avant même la première, le 22 juillet : à Pâques, tout était déjà complet. Près de 190 000 billets ont été vendus ; 26 représentations étaient prévues, il y en a désormais 28 au programme (les tribunes comptent près de 7 000 places).<br />
Jamais une production sur la scène flottante n’avait suscité un tel engouement. Depuis le 16 juin, les répétitions se déroulent au milieu d’un décor dont on dit qu’il a coûté dix millions d’euros.<br />
Cette année c’est <strong>Daniele Michieletto</strong> qui est aux commandes. Le metteur en scène vénitien de 50 ans a l’habitude des mises en scène à grande échelle. À Rome, il est responsable du festival estival aux thermes de Caracalla ; c’est lui qui a conçu la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’hiver à Milan ; il a également été engagé une fois par l’Arena di Verona pour un spectacle commercial. Et le plus étrange dans tout cela : <em>La traviata</em> fait partie de ces opéras que Michieletto n’avait encore jamais mis en scène. Il nous promet une production « sage » : « choquer le public, ce n’est pas mon truc ».<br />
Forum Opéra sera présent pour la première le 22 juillet.</p>
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		<title>VERDI, Macbeth &#8211; Munich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-macbeth-munich/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Saintagne]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 12 Jul 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=217079</guid>

					<description><![CDATA[<p>Martin Kušej est un metteur en scène talentueux qui s’est fait beaucoup plus rare sur les scènes d’opéra ces dix dernières années. Si nous gardions un très bon souvenir de sa Lady Macbeth de Mzentsk à l’opéra Bastille, on ne peut pas en dire autant de ce Macbeth munichois, créé en 2008 et déjà repris maintes fois, dont une &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><span data-contrast="auto"><strong>Martin Kušej</strong> est un metteur en scène talentueux qui s’est fait beaucoup plus rare sur les scènes d’opéra ces dix dernières années. Si nous gardions un très bon souvenir de sa </span><i><span data-contrast="auto">Lady Macbeth de Mzentsk</span></i><span data-contrast="auto"> à l’opéra Bastille, on ne peut pas en dire autant de ce </span><i><span data-contrast="auto">Macbeth</span></i><span data-contrast="auto"> munichois, créé en 2008 et déjà repris maintes fois, dont une <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/du-sang-sous-les-gants/">en 2013</a>. On a le sentiment qu’il a voulu faire de l’effrayant à tout prix, voire du choquant, quitte à se détacher complètement du pourtant très bon livret de Piave. Dommage d’abord de faire chanter les sorcières en coulisse, l’impact de leur chant grinçant en est forcément amoindri et ce ne sont pas des danseurs qui se grattent, forniquent ou pissent qui pourront compenser. Leur incarnation sur scène est un groupe d’enfant muets sortis du </span><i><span data-contrast="auto">Village des Damnés</span></i><span data-contrast="auto">. Avouons n’avoir pas compris le lien avec le drame de Shakespeare. Le chœur des sicaires chante aussi en coulisse, et les danseurs s’amusent à mettre et retirer leur cagoule au gré de l’extinction des lumières. Tout le monde est coupable, vous comprenez. Et la mort est partout, d’où l’omniprésent tapis de crâne, à peine égayé par les déguisements médiévaux dérisoires des convives du banquet, ou par le lustre qui s’approche bien trop du sol. En revenant chez les sorcières, la tête de Banquo (dont Lady Macbeth a accouché à la fin du banquet) tombe des cintres et un chien vient la récupérer. Rires dans la salle. Reste cette tente à cour qui voit naitre les enfants, qui sera détruite par Malcolm lors du final et dont Macbeth tire un Macduff attaché à une laisse pendant que le chœur blafard chante </span><span data-contrast="auto">« Patria oppressa » entre les cadavres suspendus par les pieds : mais pourquoi diable ? On cherche toujours. Et les longues pauses entre chaque tableau n’ont pas suffi à nous fournir la réponse. </span><span data-ccp-props="{&quot;134233117&quot;:false,&quot;134233118&quot;:false,&quot;201341983&quot;:0,&quot;335551550&quot;:1,&quot;335551620&quot;:1,&quot;335559685&quot;:0,&quot;335559737&quot;:0,&quot;335559738&quot;:0,&quot;335559739&quot;:160,&quot;335559740&quot;:279}"> </span></p>
<p><span data-contrast="auto">La donne musicale est un peu plus heureuse : à commencer par orchestre et chœurs très professionnels, dirigés par <strong>Andrea Battistoni</strong> qui joue habilement des contrastes de volumes et des changements d’ambiance. On aurait aimé davantage de furie et de prise de risque dans certaines scènes mais l’ensemble est très réussi. En Banco, <strong>Roberto Tagliavani</strong> expose une voix superbe mais son élocution manque d’angles et son jeu est bien peu excitant (cette mort mollassonne). Annoncé en remplacement quelques jours plus tôt, <strong>Jonathan Tetelman</strong> joue dans la même catégorie : « Alla paterna mano » est puissant, précis, le timbre est splendide, mais l’acteur use trop des poses stéréotypées pour réussir à émouvoir. </span><span data-ccp-props="{&quot;134233117&quot;:false,&quot;134233118&quot;:false,&quot;201341983&quot;:0,&quot;335551550&quot;:1,&quot;335551620&quot;:1,&quot;335559685&quot;:0,&quot;335559737&quot;:0,&quot;335559738&quot;:0,&quot;335559739&quot;:160,&quot;335559740&quot;:279}"> </span></p>
<p><span data-contrast="auto">Est-ce que <strong>Gérald Finley</strong> est un baryton verdien ? Pas vraiment. Mais dans un autre rôle sa proposition aurait pu être intéressante. Ici il est hélas bien trop élégant, et souvent en manque de puissance pour incarner l’animal ambitieux puis chancelant, l’assoiffé de pouvoir traqué par ses hallucinations. Il n’y a que dans le dernier air résigné qu’il trouve des accents justes qui lui permette de rappeler quel immense chanteur il est toujours. Compagne attendue, la Lady Macbeth d’<strong>Asmik Grigorian</strong> impressionne bien davantage sans totalement convaincre : ayant bien compris le souhait de Verdi de disposer d’une « vociaccia », elle n’hésite pas à enlaidir son émission et en rajouter dans le monstrueux, aussi bien dans son jeu scénique que dans le volume de ses vociférations, quitte à souvent sacrifier la prononciation. Néanmoins elle manque de précision dans les coloratures pour assumer l’héritage belcantiste du rôle, même si on lui reconnait de notables efforts pour les trilles du banquet. Elle propose une vision originale du personnage, presqu’aussi angoissée que son époux, elle qui participe au meurtre du roi (elle l’achève alors qu’il essaye de s’échapper de la tente dans laquelle Macbeth a manifestement bâclé le travail). Le lancinant duo qui suit ce premier meurtre sera d’ailleurs son meilleur moment avec « La luce langue » dont elle souligne parfaitement le coté libidinal.  La scène de somnambulisme aurait pu être également très réussie si le metteur en scène n’avait jugé bon de la réduire à une simple confession à l’occasion d’une pause clope.</span><span data-ccp-props="{&quot;134233117&quot;:false,&quot;134233118&quot;:false,&quot;201341983&quot;:0,&quot;335551550&quot;:1,&quot;335551620&quot;:1,&quot;335559685&quot;:0,&quot;335559737&quot;:0,&quot;335559738&quot;:0,&quot;335559739&quot;:160,&quot;335559740&quot;:279}"> </span></p>
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		<title>VERDI, Il trovatore &#8211; Madrid</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-il-trovatore-madrid/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 08 Jul 2026 04:04:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Quel est l’opéra le plus sombre de Verdi – lui qui a si souvent trempé sa plume dans l’encre noire du romantisme ? Il trovatore, répond Francisco Negrín dans une mise en scène étouffante, créée à Macerata en 2013, reprise à Monte-Carlo en 2017 et donnée cette saison à Madrid, jusqu’au 20 juillet. Peu de couleurs, peu de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Quel est l’opéra le plus sombre de Verdi – lui qui a si souvent trempé sa plume dans l’encre noire du romantisme ? <em>Il trovatore</em>, répond <strong>Francisco Negrín</strong> dans une mise en scène étouffante, créée à Macerata en 2013, reprise à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/il-trovatore-monte-carlo-oui-mais/">Monte-Carlo en 2017</a> et donnée cette saison à Madrid, jusqu’au 20 juillet.</p>
<p>Peu de couleurs, peu de lumières, encore moins de pittoresque médiéval. Dès le lever de rideau, le drame semble accompli. Les personnages évoluent prisonniers d’un passé qui ne cesse de les hanter. Au centre de leurs obsessions, le souvenir du bûcher, où périrent la mère puis le fils d’Azucena, rappelé tout au long de la représentation de manière parfois grand-guignolesque – l’enfant qui traverse le plateau, une faux à la main, la bohémienne contorsionnée de douleur, le visage ensanglanté ou encore les soldats transmutés en zombies véhiculent des poncifs que l’on associe d’ordinaire aux <em>horror movies </em>de série B.</p>
<p>Le décor de <strong>Louis Désiré</strong> inscrit cette vision dans un espace dépouillé. De hauts murs gris, des volumes géométriques, quelques plateformes dessinent un univers clos, sans repères temporels. Les lieux du livret disparaissent au profit d’un espace mental. Des lignes, horizontales et verticales, découpent au laser les différents tableaux ; un tapis de flammes revient tel un leitmotiv. En contrepoint, la direction d’acteurs cultive une forme de naturel : chaque déplacement souligne les rapports entre les protagonistes. Cette esthétique de l’épure, tendue entre réalisme psychologique et symbolisme démonstratif, propose du drame verdien une lecture parfois pesante, mais toujours intelligible. À une époque où tant de mises en scène brouillent ou dévoient le propos, la lisibilité constitue sa première qualité.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Trovatore-cast-A-5-1294x600.jpg?&amp;cacheBreak=1783439110378" />© Javier de Real | Teatro Real</pre>
<p>C’est dans cet écrin sépulcral que sont appelées à se succéder en une quinzaine de dates trois distributions différentes, à quelques variantes près, toutes confiées à un seul directeur musical, <strong>Nicolas Luisotti</strong>, habitué du Teatro Real – et chef chéri du public madrilène si l’on en juge à l’ovation debout qui lui est réservée au terme des deux représentations auxquelles nous avons assisté. Chef omniprésent donc, chef omnipotent aussi par la façon dont il empoigne la partition, à vive allure, au risque de privilégier l’effet sur le sentiment.<strong> </strong>L’impression ne tient pas tant aux couleurs qu’à l’esprit insufflé à chaque scène. L’orchestre déploie des cordes généreuses, des cuivres éclatants sans lourdeur, des bois d’une grande expressivité, et le chœur impressionne par sa présence sonore. Mais, à titre d’exemple, le finale du IIᵉ acte appellerait moins de précipitation pour déployer son lyrisme ; « D’amor sull’ali rosee » perd de son intensité émotionnelle lorsqu’il est pris dans un tempo trop rapide… Cette quête d’urgence ne s’exerce pas au détriment des chanteurs. Nicolas Luisotti connaît les lois de l’opéra : les voix ne sont jamais couvertes, et sa direction reste attentive à leur respiration, jusqu’à un certain point.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Trovatore-cast-A-1-1294x600.jpg?&amp;cacheBreak=1783439110378" />© Javier de Real | Teatro Real</pre>
<p>Bousculé, <strong>Krysztof Baczyk </strong>peine<strong> </strong>à installer le récit liminaire de Ferrando. A l’opulence des registres grave et médian, s’oppose un aigu moins étoffé. L’autorité du capitaine se dissout dans une vocalise hachée et plusieurs décalages.</p>
<p>Timbre et phrasé ne sont pas en cause chez <strong>Artur Ruciński</strong>. Le premier est somptueux, le second exemplaire. Mais la puissance et le mordant qu’appelle la jalousie féroce de Luna font défaut au baryton dont le chant s’épanouit avant tout dans « Il balen del suo sorriso », d’une douceur et d’une tendresse inhabituelles. Que le Comte soit un amoureux sincère, pourquoi pas ; mais cette suavité tend à estomper la cruauté et la violence obsessionnelle du personnage.</p>
<p>Un surcroît de tempérament servirait aussi l’interprétation de <strong>Ksenia Dudnikov</strong>. Si le chant, ample et d&rsquo;une belle égalité, préserve Azucena de toute outrance vériste, la folie, les visions et les déchirements de la gitane paraissent davantage racontés que vécus.</p>
<p>S’impose alors le couple formé par <strong>Piotr Beczala</strong> et <strong>Marina Rebeka</strong>, par la qualité de la projection, supérieure à celle de leur partenaire, et par l’engagement dramatique. Le ténor polonais offre à Manrico un métal que certains pourront trouver moins approprié au répertoire italien, une homogénéité, une élégance de ligne, une vaillance dont il paiera le prix. L’ut de la « Pira » écourté est la conséquence d’un « Ah! sì, ben mio » à la générosité excessive. Ce n’est qu’au dernier acte que le portrait se teinte de nuances bienvenues pour complexifier une caractérisation jusqu’alors tout d’un bloc. Que la soprano lettone possède l’étoffe de son rôle ne fait pas de doute. L’assise désormais conquise dans le grave et le médium, la liberté foudroyante de l’aigu, la souplesse et la conduite du souffle fondées sur la maîtrise de la grammaire belcantiste participent à l’accomplissement d’une Leonora d’abord ingénue puis passionnée jusqu’au sacrifice final. Au pouvoir de cette voix – ses arêtes, ses reflets bleutés, ce qu’<a href="https://www.forumopera.com/marina-rebeka-ou-la-voix-du-paradoxe/">ailleurs nous appelions ses paradoxes</a> –, il est difficile de rester indifférent. Une direction moins précipitée lui aurait peut-être permis de marquer davantage les effets : accentuer le battement du trille, enfler et diminuer le son, effiler les notes de « D’amor sull’ali rosee » jusqu’à l’impalpable. Les exigences de l’amateur de beau chant n’ont pas de limites.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Trovatore-cast-B-2-1294x600.jpg" />© Javier de Real | Teatro Real</pre>
<p>Le lendemain, à l’inverse, la soirée donne l’avantage aux voix graves. Dès le premier tableau, <strong>Marko Mimica</strong>, bien que doté d’un bronze moins noble que son homologue polonais, démontre plus d’aisance dans les changements de registre et plus d’éloquence dans la narration. <strong>George Petean</strong> est ce Luna redoutable à la voix longue et tranchante, dont la méchanceté ne souffre d’aucune faiblesse, ce qui n’empêche pas à « Il balen del suo sorriso » de former sa parenthèse rêveuse. D’Azucena, <strong>Clémentine Margaine</strong> connaît les rouages. Son interprétation ne s’embarrasse pas de précautions. C’est avec ses tripes, armée d’une voix d’acier, que la mezzo-soprano se jette dans le personnage, quitte à franchir la ligne expressionniste. Qu’importe, son « Condotta ell’era in ceppi », haletant, fait froid dans le dos. Le cri de vengeance final est un de ceux qu’on n’oublie pas.</p>
<p>Il faut plus de temps à <strong>Yusif Eyvazov</strong> et <strong>Eleonora Buratto</strong> pour prendre la mesure de leur rôle. Le ténor, d’abord emprunté, se révèle dans la grande scène de Castellor, avec un « Ah! sì, ben mio » paré de multiples intentions et une « pira » héroïque, couronnée d’un ut en forme de (long) coup de poing. Le quatrième acte le montre tout aussi scrupuleux et juste d’expression. Reste l’âpreté de la voix, rédhibitoire pour certains. Appelée peu de jours auparavant pour remplacer <a href="https://www.forumopera.com/breve/anna-netrebko-victime-de-la-canicule-a-madrid/">Anna Netrebko victime de la canicule</a>, la soprano italienne ne prend vraiment ses marques qu’après l’entracte – ce que l’on comprend étant donné le peu de temps imparti pour s&rsquo;approprier la mise en scène et retrouver ses partenaires. La voix, saine, possède toutes les qualités qu&rsquo;exige Leonora : une ligne de chant souverainement maîtrisée, une émission soignée et une technique assurée qui permet de surmonter les difficultés de la partition. Il manque toutefois cette étincelle supplémentaire, cette intensité expressive qui fait basculer une incarnation de la simple réussite vers l&rsquo;évidence dramatique. Une fois se marques prises, gageons que les représentations suivantes lui permettront de laisser une empreinte plus durable.</p>
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		<title>Jessica Pratt renonce à La traviata aux Chorégies d&#8217;Orange</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/jessica-pratt-renonce-a-la-traviata-aux-choregies-dorange/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 03 Jul 2026 14:09:07 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La direction des Chorégies d’Orange annonce que Jessica Pratt, souffrante, est contrainte d&#8217;annuler sa participation à la représentation de La Traviata prévue ce samedi 4 juillet. Elle sera remplacée par la soprano italienne Claudia Pavone, qui fera à cette occasion ses débuts aux Chorégies. La rencontre avec le chef Riccardo Muti avait marqué un tournant &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La direction des Chorégies d’Orange annonce que <strong>Jessica Pratt</strong>, souffrante, est contrainte d&rsquo;annuler sa participation à la représentation de <em>La Traviata</em> prévue ce samedi 4 juillet. Elle sera remplacée par la soprano italienne <strong>Claudia Pavone</strong>, qui fera à cette occasion ses débuts aux Chorégies.<br />
La rencontre avec le chef <strong>Riccardo Muti</strong> avait marqué un tournant décisif dans la carrière de Claudia Pavone, puisqu&rsquo;il lui a permis d’incarner Violetta Valéry. Elle l’a depuis interprétée au Teatro La Fenice de Venise, au Teatro dell&rsquo;Opera de Rome, au Teatro di San Carlo de Naples et au Maggio Musicale Fiorentino.<br />
Nous lui souhaitons un plein succès et présentons à Jessica Pratt nos vœux d’un prompt et complet rétablissement.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Lulu, Lucrèce, Carmen, Médée… mémoire de femmes &#8211; Paris (Amphi Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/lulu-lucrece-carmen-medee-memoire-de-femmes-paris-amphi-bastille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 01 Jul 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On sait en général que l&#8217;Opéra national de Paris abrite une Académie, mais les chanteurs et les chanteuses ne sont que la part émergée de l&#8217;iceberg. L&#8217;institution forme également des instrumentistes, des pianistes chefs de chant, des costumières, des maquilleuses, et accueille chaque saison un ou une jeune metteur·euse en scène. C&#8217;est de cette part &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>On sait en général que l&rsquo;Opéra national de Paris abrite une Académie, mais les chanteurs et les chanteuses ne sont que la part émergée de l&rsquo;iceberg. L&rsquo;institution forme également des instrumentistes, des pianistes chefs de chant, des costumières, des maquilleuses, et accueille chaque saison un ou une jeune metteur·euse en scène. C&rsquo;est de cette part moins connue de l&rsquo;Académie que procède le workshop de mise en scène, forme scénique présentée chaque mois de juin, qui réunit l&rsquo;ensemble des artistes en formation autour d&rsquo;un projet commun.</p>
<p><em>Lulu, Lucrèce, Carmen, Médée… Mémoire de femmes</em> est le workshop imaginé cette saison par <strong>Yvonne Sembene</strong>, metteuse en scène en résidence à l&rsquo;Académie. L&rsquo;exercice ne consiste pas à enchaîner quelques grands airs selon un principe thématique – ici les scènes de fureur féminine – mais à construire un véritable spectacle capable de faire dialoguer les disciplines, de mettre en lumière les jeunes artistes et d&rsquo;affirmer une vision dramaturgique personnelle : autant de contraintes qui rendent l&rsquo;exercice particulièrement exigeant.</p>
<p>Or Sembene déplace d&#8217;emblée la question. Le geste artistique et critique tient en quelques idées fortes, développées dans sa note d&rsquo;intention : « Je n&rsquo;ai jamais été convaincue par les conventions de représentation de la colère féminine à l&rsquo;opéra ». Elle dénonce un genre qui regarde les femmes furieuses « avec fascination, comme une anomalie, séduisante, plutôt qu&rsquo;avec empathie », des figures « dévorées par leurs propres désirs ou transformées en fantasmes ». Le véritable objet de son travail n&rsquo;est donc pas la fureur, mais la manière dont l&rsquo;opéra la donne à voir, et la question qu&rsquo;elle soulève est moins morale que généalogique : « Qui nous a appris à porter un tel regard sur la colère ? » Sans verser pour autant dans l&rsquo;inversion héroïque (« je ne cherche pas à réhabiliter naïvement la vengeance »), elle vise cet entre-deux où « la frontière entre justice, fantasme et spectacle » se brouille, et accomplit le geste qui fait tout le prix de la soirée : « Sortir la colère féminine de l&rsquo;isolement narratif » pour en faire un affect « collectif, vivant, contagieux », qui circule de corps en corps. Ce parti pris épouse idéalement le principe même du workshop, fondé sur le travail d&rsquo;ensemble plutôt que sur la mise en avant d&rsquo;un seul interprète.</p>
<p>Tout commence sur un plateau planté de quelques roses rouges. Tandis que l&rsquo;orchestre joue l&rsquo;ouverture de <em>La traviata</em>, une jeune femme entre et effeuille lentement les pétales d&rsquo;une fleur, comme on interroge un présage : elle croit encore à l&rsquo;amour, mais est déçue par ce que le geste lui révèle. Près d&rsquo;elle, deux marchandes de fleurs disposent d&rsquo;autres roses et échangent regards et caresses tendres en chantant la Barcarolle des <em>Contes d&rsquo;Hoffmann</em>, tandis que des couples tirés à quatre épingles surgissent sur le plateau. Tout est déjà clairement énoncé dès ces deux premiers numéros : le symbole réversible de la fleur (présent romantique et poison fatal), le cérémonial galant, la hiérarchie muette entre classes sociales et genres. Soudain, la violence éclate : un homme brutalise une femme et l&rsquo;entraîne derrière le rideau de fond de scène. Elle reparaît seule, à pas suspendus, en s&rsquo;avançant vers le public sur « Va ! laisse couler mes larmes » de <em>Werther</em>, fait le geste de lever un couteau pour se venger, puis renonce. Le couteau levé puis abaissé convoque une mémoire du répertoire : Sembene inscrit d&#8217;emblée chaque héroïne dans une généalogie de figures – ici Armide suspendant son poignard au-dessus de Renaud endormi – plutôt que dans une psychologie individuelle.</p>
<p>Les hommes occupent ensuite l&rsquo;espace avec l&rsquo;aisance de prédateurs tranquilles. L&rsquo;un séduit une marchande de fleurs (« Io son ricco », <em>L&rsquo;Elisir d&rsquo;amore</em>), un autre entraîne la première femme dans une partie de colin-maillard où, les yeux bandés, elle se retrouve livrée à trois mains, caressée par trois hommes à la fois. Son cri déchire le silence (le « Nein! Mörder! Polizei » de <em>Lulu</em>) ; en s&rsquo;échappant vers le fond, elle est consolée par trois mains féminines qui fendent le velours du rideau – le même geste tactile, retourné comme un gant, l&rsquo;effraction devenue étreinte, tandis qu&rsquo;elle chante le « Ah crudel » de <em>Rinaldo</em>. Le rideau se lève alors sur le chœur de <em>The Rape of Lucretia</em>, « Time treads upon the hands of women », et ce moment marque un premier basculement : le spectacle cesse d&rsquo;aligner des situations de violence pour révéler qu&rsquo;elles procèdent d&rsquo;un même système de représentation. Une figure s&rsquo;en détache, magnétique, chargée de bracelets, la seule à porter un costume qui ne soit pas mondain, incarnant à la fois la sororité et la vengeance. Les héroïnes ne sont effectivement plus des personnages isolés, mais les manifestations diverses d&rsquo;une même histoire pluri-séculaire.</p>
<p>Surgit ensuite la Comtesse des <em>Noces de Figaro</em>, allongée au sol côté jardin, qui écrit dans un carnet pendant « Porgi Amor », tandis que, depuis la salle, l&rsquo;Armide de « Furie terribili » embrasse sa rage : deux postures d&rsquo;une même blessure, la plainte et l&rsquo;incandescence. Le plateau se vide alors pour laisser un homme affligé seul sur le plateau. La scène du <em>Doppelgänger</em> de Schubert constitue sans doute le centre de gravité du spectacle : le pianiste-accompagnateur se lève pour laisser la place à sa collègue féminine dans la suite du spectacle et il se dresse sur la scène en double mélancolique, face à l&rsquo;homme, interrogeant sa conscience et la continuité de la violence masculine. Le double silencieux ne désigne pas un coupable particulier ; il matérialise une violence héritée, un imaginaire masculin qui précède les personnages – le spectacle quittant ainsi le terrain de la dénonciation pour celui de la méditation sur les représentations. Vient ensuite la Chanson Bohème de <em>Carmen</em>, « Les tringles des sistres tintaient » : un banquet préparé par des femmes, une boisson servie aux hommes, et les voilà qui s&rsquo;effondrent, empoisonnés, à la dernière mesure, vengeance accomplie par les femmes autrefois menacées. Les rescapés se lamentent : deux hommes confessent leur culpabilité, comme traqués par des dieux vengeurs (« Dieux qui me poursuivez », <em>Iphigénie en Tauride</em>).</p>
<p>Sur « Summertime », la femme aux bracelets grimpe sur la table et règne un instant au-dessus de ces cadavres masculins, pendant que les deux marchandes de fleurs dévorent le corps d&rsquo;un homme, vampires repues : l&rsquo;air le plus suave du programme recouvre la scène la plus crue, invitant à un apaisement empreint d&rsquo;ambiguïté. L&rsquo;« Addio Roma » de Monteverdi fait se dresser ensuite l&rsquo;une des marchandes, qui dit un désespoir débordant sa situation, tandis que l&rsquo;autre lit un extrait de l&rsquo;<em>Hamletmaschine</em> d&rsquo;Heiner Müller dans le carnet abandonné par la Comtesse : c&rsquo;est le monologue final d&rsquo;Ophélie se prenant pour la vengeresse Électre, « j&rsquo;étouffe entre mes cuisses le monde auquel j&rsquo;ai donné naissance ». La parole vengeresse se transmet d&rsquo;une figure à l&rsquo;autre, d&rsquo;un corps à l&rsquo;autre. La réconciliation s&rsquo;esquisse alors (épilogue de <em>Lucretia</em>) puis advient avec le « Contessa perdono » des <em>Noces</em> : un homme s&rsquo;en retourne au bras de la Comtesse avec qui il était entré. Le rideau de fond, levé à la française, dévoile enfin une phrase : « Another world is possible » (un autre monde est possible). L&rsquo;apaisement gagne le plateau, l&rsquo;homme du <em>Doppelgänger</em> retrouve son double ensanglanté ; mais l&rsquo;Armide vengeresse brandit un pistolet rose et le pose sur sa tempe : l&rsquo;utopie se saborde dans le moment même où elle s&rsquo;affiche. Reste la rose, que la femme du commencement retrouve et effeuille de nouveau, radieuse cette fois. Trois signes coexistent sans s&rsquo;accorder, sans qu&rsquo;aucun ne l&#8217;emporte : la confiance retrouvée en l&rsquo;amour, la promesse d&rsquo;un avenir meilleur, la vengeance des femmes.</p>
<p>Toute cette reconstitution linéaire du spectacle, établie a posteriori à partir du souvenir de la représentation, donne une idée de la densité du travail dramaturgique de la metteuse en scène. Les références se répondent avec une grande finesse, parfois jusqu&rsquo;à la virtuosité (le chœur de <em>Lucretia </em>surgissant juste après le motif des mains, dont le titre même lie les femmes et les mains). Cette richesse a toutefois son revers : le plateau accumule signes, personnages et citations au point que le fil devient parfois difficile à suivre, et la mise en scène convainc alors davantage par la force de certains tableaux que par la parfaite lisibilité de sa progression.</p>
<p>Reste à évoquer les voix, car ce workshop d&rsquo;académie est aussi l&rsquo;occasion d&rsquo;entendre la plupart des artistes lyriques qui la composent. Quelques timbres se détachent : <strong>Daria Akulova</strong> déploie un soprano riche et onctueux dans un « Porgi amor » idéal de tendresse et de tristesse mêlées ; <strong>Sofia Anisimova</strong>, mezzo soyeux, séduit aussi bien en Giulietta des <em>Contes</em> qu&rsquo;en Ottavia. <strong>Ana Oniani</strong>, surtout, impose une présence charismatique d&rsquo;une rare intensité, et un mordant qu&rsquo;on aurait aimé entendre plus longuement : son unique solo, le « Furie terribili » de <em>Rinaldo</em>, n&rsquo;appartient sans doute pas au répertoire qui convoque le meilleur de ses qualités. <strong>Sima Ouahman</strong> offre elle aussi une très belle voix, puissante et saine, quand le timbre de <strong>Lorena Pires</strong>, par ailleurs une artiste d&rsquo;un charisme fou, se fait un rien métallique et que celui, proprement fascinant, d&rsquo;<strong>Amandine Portelli</strong> s&rsquo;accompagne d&rsquo;un vibrato large que l&rsquo;on souhaiterait parfois plus contenu. <strong>Neima Fischer</strong>, dont l&rsquo;aigu garde une pointe d&rsquo;acidité, tient également solidement sa partie. Du côté des hommes, tout de même un peu sacrifiés dramatiquement, on notera la voix de ténor franche aux reflets d&rsquo;acier de <strong>Bergsvein Toverud</strong>, qui fait montre d&rsquo;un moelleux plein de saveur ; l&rsquo;autorité vocale de <strong>Luis-Felipe Sousa</strong>, alliée à une délicatesse et une musicalité qui offre au Schubert toute ses ambiguïtés ; enfin, le timbre séduisant de <strong>Ihor Mostovoi</strong>, qui rappelle parfois celui de Keenlyside dans <em>Iphigénie</em>, avec un mordant idéal. La seule réserve générale que l&rsquo;on peut formuler est la relative retenue dans laquelle se trouvent pris tous les interprètes. Il y a quelque chose de toujours très « propre » chez eux et elles, un manque de singularité et de tranchant que seul le métier viendra dégourdir. Mais on a hâte de pouvoir les réentendre !</p>
<p>Du côté des instrumentistes, l&rsquo;enchantement est sans réserve. On peut dire d&#8217;emblée combien il est agréable d&rsquo;entendre dans un même spectacle autant de styles musicaux et de langues différentes. Cela conduit forcément à une certaine égalité stylistique, mais éclaire aussi les influences baroques de Britten ou la filiation mozartienne d&rsquo;Offenbach. Les arrangements, d&rsquo;une grande finesse, tirent un parti constant de l&rsquo;effectif réduit : le piano tantôt mis à nu, tantôt appelé à suppléer l&rsquo;absence des vents, sans qu&rsquo;on éprouve jamais le manque d&rsquo;un orchestre complet – ce que tant de réductions ne parviennent pas à faire oublier. Le solo de cor anglais du prélude de <em>Tristan</em> passe de l&rsquo;alto au violoncelle, donnant ainsi lieu à un dialogue d&rsquo;une rare beauté entre les deux instruments. Les deux pianistes accompagnateurs (<strong>Louis Dechambre</strong> et <strong>Anastatia Martin</strong>) se montrent également remarquables d&rsquo;adresse, et l&rsquo;on saluera particulièrement le premier, qui, sa partie achevée et la place cédée à sa camarade, prête ensuite son corps au double mélancolique du <em>Doppelgänger</em>. La direction de <strong>Moeka Ueno</strong>, attentive, ne se laisse prendre en défaut qu&rsquo;une fois, sur le rythme changeant des sistres de <em>Carmen</em>, bien vite rétabli.</p>
<p>On saura gré finalement à Sembene de ne jamais céder au schématisme ou au militantisme univoque. Les hommes ne sont pas réduits à des figures de bourreaux : la scène du <em>Doppelgänger</em> en fait aussi les victimes d&rsquo;une violence héritée, d&rsquo;un régime de représentations masculines qui les précède et les façonne. Le geste a sa part de risque – opposer ainsi deux expériences genrées de la violence suppose un partage un peu essentialisant – mais le spectacle complique constamment ce partage en donnant à voir, des deux côtés, toute une gamme d&rsquo;affects : la peur, la culpabilité, le remords, la plainte, la solidarité, la colère. Surtout, il se refuse à faire de la vengeance seule son horizon. La phrase projetée au fond du plateau (« Another world is possible ») pourrait presque être taxée de naïve, mais elle trouve son véritable accomplissement dans le pardon final des <em>Noces de Figaro</em> : il n&rsquo;y a que la musique de Mozart qui puisse ouvrir ainsi l&rsquo;espoir d&rsquo;une réconciliation avec autant de pureté et de sincérité. Loin de toute candeur, ce « Contessa perdono » d&rsquo;une douceur bouleversante parvient à nous faire croire, le temps d&rsquo;un suspens, que la résilience et l&rsquo;union pourraient advenir entre les genres. Que le pistolet rose vienne aussitôt fragiliser cette utopie n&rsquo;en annule pas la portée : il rappelle seulement que cet autre monde possible demeure à construire activement plutôt qu&rsquo;à célébrer théoriquement.</p>
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