Forum Opéra

VERDI, La Traviata – Vérone

arrow_back_iosarrow_forward_ios
Partager sur :
Spectacle
22 juillet 2026
La p’tite dame de Paris

Note ForumOpera.com

3

Infos sur l’œuvre

La Traviata
Opéra en trois actes (1853)
Musique de Giuseppe Verdi
Livret de Francesco Maria Piave
d’après le roman La Dame aux Camélias d’Alexandre Dumas fils
Création à Venise le 6 mars 1853

Détails

Mise en scène
Paul Curran

Scénographie
Juan Guillermo Nova
Costumes
Stefano Ciammitti
Lumières
Fabio Barettin
Chorégraphie
Kyle Lang
Coordinateur du bal
Gaetano Petrosino
Directeur des aménagements scéniques
Michele Olcese

Violetta Valery
Vasilisa Berzhanskaya
Flora Bervoix
Clarissa Leonardi
Annina
Francesca Maionchi
Alfredo Germont
René Barbera
Giorgio Germont
Youngjun Park
Gastone, Vicomte de Létorières
Carlo Bosi
Baron Douphol
Nicolò Ceriani
Marquis d’Obigny
Jan Antem
Docteur Grenvil
Gabriele Sagona
Domestique
Carlo Bombieri
Giuseppe
Francesco Pittari

 

Orchestre, chœurs, ballets et techniciens de la Fondazione Arena di Verona
Chef de chœur
Roberto Gabbiani
Direction musicale
Michele Spotti

 

Vérone, Arènes, 103e Arena di Verona Opera Festival, jeudi 16 juillet 2026, 21h15

Fortes et fières de leur visibilité mondiale au cours de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques d’hiver cette année, les Arènes de Vérone affichent, pour leur 103e édition, une nouvelle amplitude temporelle. De fait, jamais le festival ne s’était étendu aussi longtemps que cette année, en l’occurrence du 5 juin au 12 septembre. On fête, par ailleurs, le 150e anniversaire de la naissance de Giovanni Zenatello, le ténor véronais à l’origine du festival, en 1913. Celui qui avait, entre autres, créé des rôles pour Puccini, était présenté comme grand rival de Caruso dont il était néanmoins l’ami et qui avait fait chanter Maria Callas dans les Arènes est fêté par des conférences, des publications et une exposition.

© Arena di Verona 103° Opera Festival 2026

La seule nouvelle production cette année est précisément notre Traviata, en collaboration avec le Moulin-Rouge, pour 13 représentations au total, avec une distribution pléthorique dont 4 Violetta, 7 Alfredo et 5 Giorgio Germont (dont Ludovic Tézier, fin août, que nous manquons une fois de plus à grands regrets !). La mise en scène est assurée par le metteur en scène écossais Paul Curran, nouveau venu dans les Arènes, mais qui, avant de signer nombre de mises en scène d’opéra, avait été un temps l’assistant de Baz Luhrmann. Pas étonnant que sa Traviata soit si proche de la comédie musicale Moulin Rouge, tant pour les décors que pour les costumes. La reconstitution est passionnante, si tant est qu’on accepte les approximations (très volontaires, semble-t-il, humoristiques et impertinentes), comme cette fausse affiche à la Lautrec où l’on peut lire : « I l’esperit de Montmartre », dans un français italianisant. L’action se déroule donc à Montmartre, vers 1910, mais les citations vont de Lautrec à Jacques Demy et il y a pléthore à découvrir, les figurants étant, comme toujours à Vérone, particulièrement nombreux. De Jane Avril à Loïe Fuller et ses voiles mouvants comme des ailes de papillon à Mistinguett, ou aux danseuses des Ziegfeld Follies, en passant par les Apaches sortis de la foire du Trône aux bourgeois venus s’encanailler, la foule est dense et bigarrée au cours du premier acte et pour la scène de la fête chez Flora. Et bien sûr, on joue à plein sur le féminin-masculin du côté des danseurs. L’œil est émoustillé en permanence mais il est bien difficile de tout voir dans un tel foisonnement. On retiendra, pour les décors, la belle reconstitution du moulin rouge mais aussi la présence notable de l’éléphant (les fans du film Moulin Rouge ! penseront immédiatement à Nicole Kidman et Ewan McGregor). Cet éléphant, rescapé de l’Exposition universelle de 1889, était effectivement dans les jardins du Moulin-Rouge, comme le montrent les photos anciennes. Les hommes pouvaient y entrer pour y fumer de l’opium et voir des danseuses du ventre. Tout un programme.

© Arena di Verona 103° Opera Festival 2026

L’ambiance du second acte est plus intimiste, quoique le jardin ressemble à une immense serre, dans l’esprit du Crystal Palace de Londres, toujours dans l’idée d’une exposition, en l’occurrence des personnages et de leur psychologie. Décors et lumières sont magnifiques, au demeurant. Et pour le dernier acte, les lumières subliment une demeure quasi abandonnée aux grandes baies vitrées poussiéreuses.

© Arena di Verona 103° Opera Festival 2026

Curieusement, si cette production superbe et jouissive se révèle tout à fait enthousiasmante, véritable réussite visuelle, l’émotion peine toutefois à s’instiller. C’est d’autant plus dommage qu’on ne sait pas trop à quoi cela est dû. Car les chanteurs sont excellents : Vasilisa Berzhanskaya incarne une merveilleuse Violetta, dans une prise de rôle très attendue, pour celle qui triomphait tout récemment en Cenerentola. À l’aise sur toute la tessiture, la soprano/mezzo affiche une formidable santé vocale, tout en nuances, en délicatesse et en douleurs contenues. Son personnage ne tousse guère mais ses hoquets se font sentir jusque dans les vocalises, pourtant tout en legato, dans une technique surprenante, insolite et au demeurant très efficace. René Barbera est doté d’un très beau timbre. On ne saurait rien reprocher à son Alfredo, sauf peut-être une passion un peu trop tiède à l’égard de Violetta. L’opprobre qu’il est sur le point de jeter sur elle manque de violence, et pour cause : c’est lui qui est bastonné par les autres invités, alors que Violetta se tient bien droite, stoïque.

Youngjun Park est très impressionnant en Giorgio Germont, à qui il parvient à conférer une très grande noblesse de caractère et nous faire oublier toute la noirceur du personnage. On se délecte de la beauté du timbre et la délicatesse du legato. Les seconds rôles sont impeccables et l’on retiendra surtout la Flora de Clarissa Leonardi, présentée ici comme une maîtresse femme que son timbre rond et l’autorité de sa projection confirment comme telle.

© Arena di Verona 103° Opera Festival 2026

La vraie belle surprise de la soirée consiste en une interprétation incroyablement subtile de l’œuvre de Verdi venue de la fosse. Michele Spotti dirige avec précision un orchestre qui réagit à la moindre de ses injonctions en merveilleuse symbiose. En délicates nappes sonores cousues sur mesure pour l’ensemble des interprètes, l’orchestre apparaît tout en transparence, un peu à la manière de la caméra d’un Jean Renoir, qu’on oubliait totalement tant elle permettait au spectateur de se sentir partie intégrante de l’action. Toute l’empathie et la délicatesse du compositeur sont ici restituées. Mêlée aux petites femmes de Paris, notre Dame aux Camélias n’en demeure pas moins une véritable Violetta, à savoir une Traviata de haute tenue, pour un spectacle à qui il ne manque qu’un tout petit rien pour être en tous points inoubliable en une belle soirée d’été véronaise. Au vu du nombre d’interprètes proposé, la magie va certainement opérer.

Commentaires

VOUS AIMEZ NOUS LIRE… SOUTENEZ-NOUS

Vous pouvez nous aider à garder un contenu de qualité et à nous développer. Partagez notre site et n’hésitez pas à faire un don.
Quel que soit le montant que vous donnez, nous vous remercions énormément et nous considérons cela comme un réel encouragement à poursuivre notre démarche.

Note ForumOpera.com

3

Légende

❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

Note des lecteurs

()

Votre note

/5 ( avis)

Aucun vote actuellement

Infos sur l’œuvre

La Traviata
Opéra en trois actes (1853)
Musique de Giuseppe Verdi
Livret de Francesco Maria Piave
d’après le roman La Dame aux Camélias d’Alexandre Dumas fils
Création à Venise le 6 mars 1853

Détails

Mise en scène
Paul Curran

Scénographie
Juan Guillermo Nova
Costumes
Stefano Ciammitti
Lumières
Fabio Barettin
Chorégraphie
Kyle Lang
Coordinateur du bal
Gaetano Petrosino
Directeur des aménagements scéniques
Michele Olcese

Violetta Valery
Vasilisa Berzhanskaya
Flora Bervoix
Clarissa Leonardi
Annina
Francesca Maionchi
Alfredo Germont
René Barbera
Giorgio Germont
Youngjun Park
Gastone, Vicomte de Létorières
Carlo Bosi
Baron Douphol
Nicolò Ceriani
Marquis d’Obigny
Jan Antem
Docteur Grenvil
Gabriele Sagona
Domestique
Carlo Bombieri
Giuseppe
Francesco Pittari

 

Orchestre, chœurs, ballets et techniciens de la Fondazione Arena di Verona
Chef de chœur
Roberto Gabbiani
Direction musicale
Michele Spotti

 

Vérone, Arènes, 103e Arena di Verona Opera Festival, jeudi 16 juillet 2026, 21h15

Nos derniers podcasts

Nos derniers swags

En attendant le bicentenaire…
CDSWAG

Les dernières interviews

Les derniers dossiers

Zapping

Vous pourriez être intéressé par :

La poèsie singulière de William Kendridge
William KENTRIDGE, Jonathan COHEN, Francesca ASPROMONTE
Spectacle