L'exceptionnel Falstaff d'Ambrogio Maestri

Falstaff - Paris (Philharmonie)

Par Christian Peter | ven 29 Septembre 2017 | Imprimer

Proposer Falstaff en version de concert est une gageure tant l'ouvrage comporte de gags visuels dont l'absence pourrait rendre le texte abscons. C'était, à Paris dans la grande salle de Philharmonie, sans compter sur l'ingéniosité des protagonistes qui ont réalisé, en utilisant principalement leurs chaises comme accessoires, une mise en espace tout à fait satisfaisante sur une estrade légèrement surélevée, située derrière l'orchestre.

C'est une équipe de tout premier ordre qui a été réunie pour l'occasion, dominée par l'exceptionnel Falstaff d'Ambrogio Maestri. Depuis 2001 où il l'incarnait à la Scala dans une mise en scène de Giorgio Strehler, le baryton italien à promené son « pancione » aux quatre coins du monde avec un succès qui ne s'est jamais démenti au point qu'on peut le considérer désormais comme le Falstaff de sa génération. Il en possède non seulement le physique mais également les moyens vocaux, un timbre mordant, un medium ample et puissant capable pourtant d'exquises nuances. Théâtralement, on sent qu'il possède son personnage jusqu'au bout des ongles tant son interprétation fouillée regorge d'infinies subtilités qui sont un bonheur pour l'auditoire. Cette interprétation valait à elle seule le déplacement,

Face à lui Christopher Maltman campe un Ford élégant, non dépourvu de séduction, doté d'une voix solide et bien projetée. Leur grande scène du deuxième acte est un des temps forts de la soirée. Dans le rôle de Fenton, Andrew Staples fait valoir un timbre clair, un legato impeccable et une élégante ligne de chant.

Grande habituée du rôle d'Alice, Barbara Frittoli tire son épingle du jeu grâce à son timbre fruité et une voix en parfaite adéquation avec les exigences de la partition, sur laquelle le temps semble ne pas avoir de prise. Elle campe avec aplomb une jeune femme à la fois espiègle et rusée qui tire depuis le début toutes les ficelles de l'intrigue jusqu'à son triomphe final. Teresa Iervolino qui a incarné une touchante Cenerentola à Garnier la saison passée est une Mrs Quickly raffinée, vocalement irréprochable, qui ne sombre pas dans la caricature. On peut regretter cependant un manque d'abattage et de rouerie qui auraient conféré davantage de relief à son interprétation. Lisette Oropesa apporte à Nanetta la fraîcheur de son timbre et un physique tout à fait crédible qui lui ont valu une belle ovation au rideau final d'autant plus que ses partenaires accompagnés par le chef lui ont souhaité son anniversaire en chantant. On a cependant entendu dans ce rôle, des sons filés mieux maîtrisés et un aigu plus lumineux et mieux tenu. Enfin Laura Polverelli est une Meg en retrait qui peine par moment à se faire entendre.

Les seconds rôles sont tous excellents, citons l'épatant Docteur Caîus de Riccardo Botta et les interventions désopilantes de Kevin Conners et Mario Luperi respectivement Bardolfo et Pistola.

Belle prestation également des chœurs, toujours en situation.

Au pupitre, Daniel Harding insuffle à un Orchestre de Paris en grande forme, une direction alerte et nerveuse qui met en valeur une infinité de détails avec une grande précision dans les ensembles, notamment la fugue finale. On peut toutefois regretter qu'il ait tendance à faire sonner parfois les musiciens un peu fort au risque de couvrir les chanteurs placés derrière eux et qu'il soit avare de nuances, par exemple dans l'air de Falstaff « Quand'ero paggio » qui aurait gagné à être davantage allégé .

Ce concert sera redonné le dimanche 1er octobre à 16h30.

 

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