Délicieuse Amina de Sabine Devieilhe

La sonnambula - Paris (TCE)

Par Christian Peter | lun 11 Avril 2016 | Imprimer

La Somnambule revient sur les planches du Théâtre des Champs-Élysées après dix ans d’absence. A l’automne 2006, elle avait les traits et la voix de Natalie Dessay, aujourd’hui elle est incarnée par Sabine Devieilhe qui vient de triompher dans Lakmé à l’Opéra d’Avignon. Le rôle d’Amina permet à la jeune soprano de montrer qu’elle possède les clés du bel canto romantique et d’afficher ainsi une autre facette de son talent. Elle aborde ce personnage jadis immortalisé par Maria Callas puis par Joan Sutherland ainsi que par June Anderson qui le chanta sur cette même scène en 1989, sans forcer ses moyens naturels et parvient à brosser le portrait d’une jeune fille touchante et fragile grâce à la pureté de son timbre et la luminosité de ses sons filés. Seule des trois protagonistes principaux dont les deux cabalettes sont doublées, elle ornemente les reprises avec goût alternant vocalises impeccables, notes piquées étincelantes, trilles parfaitement exécutés et suraigus stratosphériques, sans jamais sacrifier l’expression. On est ému par son « Ah non credea mirarti » empreint de mélancolie  puis ébloui par les pyrotechnies ébouriffantes des deux couplets de « Ah non giunge ». Oublions une ou deux contrenotes un rien acides et saluons cette performance que le public a accueillie avec enthousiasme.

A ses côtés John Osborn ne parvient pas à se hisser sur les mêmes cimes. Irréprochable de style dans son air d’entrée et dans le duo du premier acte avec Amina, interprété avec une infinie délicatesse, le chanteur peine à s’imposer au début du deuxième. En dépit d’un timbre immédiatement séduisant, sa cabalette « Ah perché non posso odiarti » privée de sa reprise ne parvient pas à convaincre, tant le ténor semble extérieur à ce qu’il chante. Fatigue passagère ? A moins que la tessiture aiguë d’Elvino ne convienne pas tout à fait à cette voix infiniment plus à l’aise dans les rôles de baryténor du répertoire rossinien.

Nicola Uliveri, en revanche, est un Rodolfo impressionnant : son timbre de bronze et l’ampleur de ses moyens font merveille dans ce rôle d’homme mûr désabusé qu’il incarne avec un chic et un legato exemplaire, notamment dans l’air « Vi ravviso, o luoghi ameni », un des grands moments de la soirée.

Jennifer Michel campe une Lisa sensuelle à souhait et Rachel Kelly, en dépit de son jeune âge, ne démérite pas en mère d’Amina, tout comme Ugo Rabec, attendrissant dans le rôle épisodique d’Alessio.

Dirigés par Geoffroy Jourdain, Les Cris de Paris excellent à interpréter les villageois omniprésents dont les nombreuses interventions ponctuent le déroulement de l’intrigue.

Au pupitre Christopher Franklin dirige l’Orchestre de chambre de Paris avec la précision d’un métronome et adopte des tempi que l’on souhaiterait un peu plus nerveux notamment dans le second tableau du premier acte dont les diverses péripéties s’étirent en longueur.   

 

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