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Un été avec … Matthieu Lécroart

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Interview
14 juillet 2026

Diplômé du Conservatoire national supérieur de musique de Paris, Matthieu Lécroart mène une carrière internationale qui l’a conduit sur de nombreuses scènes en Europe, en Asie et en Amérique. Son répertoire particulièrement vaste couvre le lied, la mélodie, la musique sacrée, contemporaine, baroque et l’opéra, avec des collaborations prestigieuses, notamment avec William Christie, Hervé Niquet et René Jacobs.

Il s’illustre dans les grands rôles de baryton-basse, aussi bien chez Mozart (Don Giovanni, Leporello, Figaro, Papageno, Publio) que dans le répertoire français et italien (Rigoletto, Nabucco, Germont, Escamillo, Golaud, Méphistophélès), tout en défendant régulièrement des œuvres rares de Philidor, Ullmann, Sauguet, Barber, Auber ou Prokofiev et, la saison prochaine, Roméo et Juliette de Steibelt au Théâtre des Champs-Élysées.

Votre programme de l’été ?

Oh, il a commencé fin juin à Paris, donc très chaudement : 2 concerts du Requiem de Verdi, que je chantais pour la première fois (dans 2 églises très inspirantes, La Trinité et Saint-Roch), dirigés par Guilhem Terrail, merveilleux chef de choeur et d’orchestre et aussi contre-ténor – mais pas ce soir-là ! – Un rendez-vous capital pour nous avec ce chef d’oeuvre absolu… Mes distingués collègues étaient Estelle Béréau, Eva Zaïcik et Artavazd Sargsyan… Ovation debout les deux soirs ! Il est vrai que la canicule semble n’avoir empêché aucun des exécutants de donner le meilleur, tant nous étions excités par ce projet, toutes et tous ! Puis il y a eu La traviata aux Chorégies d’Orange le 4 juillet – mes débuts in loco ! J’étais le baron Douphol, et l’équipe des seconds rôles était bien belle : Eléonore Pancrazi, Christophe Berry, Thomas Dear, Valentine Lemercier, Yoann Dubruque, et dans les rôles principaux Claudia Pavone et Thomas Dear (arrivés sur place la veille voire le jour même de l’unique représentation, suite à des annulations), et Ludovic Tézier, avec qui je chantais pour la première fois ! Le tout dans une mise en espace fort pertinente et réglée en très peu de temps par la talentueuse Vanessa d’Ayral de Sérignac, qui connaît fort bien à la fois le répertoire, cette oeuvre, le Théâtre Antique et ses contraintes – aaaah ce mistral ! Le 7 août, je serai de nouveau (et avec plaisir) Escamillo dans FATALE CARMEN, un spectacle conçu par Pascal Terrien et que nous reprenons régulièrement dans la région niçoise : sur scène, les 4 personnages principaux du chef d’œuvre de Bizet (par ordre décroissant de tessiture : Vanessa Fouillet, Simona Caressa, Christophe Berry et votre serviteur), la pianiste Catherine Gamberoni et Pascal Terrien en récitant… Cette fois, nous jouerons en plein air, dans le village de Cantaron – à 25 minutes du centre de Nice… Et fin août, à l’Opéra de Lausanne, commenceront les répétitions de Mireille de Gounod, où j’incarnerai maître Ramon, le père inflexible de l’héroïne, pour quatre représentations entre les 4 et 11 octobre prochain – encore une prise de rôle sympathique ! Avec Vannina Santoni, Thomas Bettinger, Jean-Kristof Bouton et Géraldine Chauvet, nous serons dirigés musicalement par Jean-Marie Zeitouni et scéniquement par Bruno Ravella… J’ai hâte. Voilà mon été !

Vos vacances, si vous pouvez en prendre ?

Mais je vais en prendre, car je DOIS en prendre ! En ce moment je passe plus d’une semaine d’affilée (enfin !) chez moi à Marseille – nous avons découvert le Château d’If, tiens… Ça me permet de passer quelques soirées au festival d’Aix-en-Provence – un choc puissant hier soir avec La Femme sans ombre ! Puis il y aura quelques jours à Paris, une semaine en Bretagne, une autre à Naples (une ville avec laquelle vous n’en avez jamais fini), sans doute un stage de yoga dans le sud des Cévennes, loin de tout, et avant Lausanne quelques jours chez des amis de longue date vers Besançon… Puis après Lausanne, une petite semaine au Portugal, que je trouve très agréable vers la mi-octobre…

Un festival que vous recommandez ?

Oh il y en aurait plusieurs ! Mais je pense en particulier au festival Osons l’opéra, qui se tient chaque juillet autour du village d’Arques-la-Bataille, près de Dieppe… Fondé par Marie Gautrot, mezzo-soprano et Frédéric Rouillon, chef d’orchestre et pianiste accompagnateur… J’y ai chanté Germont père l’an dernier, dans une mise en scène de Pierre-Emmanuel Rousseau… J’ai un immense respect et beaucoup d’admiration pour ces collègues, connaissances et amis qui ont le courage de monter leur association, trouver des mécènes publics ou privés et les garder – pas simple en ce moment -, pour monter opéras, concerts, théâtre ou/et danse et finir par fidéliser un public local…

Un livre que vous avez envie de lire ?

Mireille de Frédéric Mistral, qu’une amie connaisseuse m’a offert en édition bilingue : sur la page de gauche se trouve le texte en provençal, et vous avez la traduction française en regard…

La musique qui tourne en boucle dans vos écouteurs ?

Rien n’est vraiment ‘en boucle, mais en ce moment je dirais : Misty d’Erroll Garner par Sarah Vaughan (dans l’album Vaughan and Violins) La musique du film Amarcord (mon Fellini préféré) par Nino Rota. Il y a aussi la vidéo de ce concert à Madrid en 2007, où un grand orchestre interprète un intermède tiré de la zarzuela La Boda de Luis Alonso de Giménez, MAIS avec en soliste la formidable mexicaine Lucero Tena qui, en fait, ajoute une partie de castagnettes solo à la partition : voir et entendre cette dame – plus toute jeune – avec sa musicalité, son sens de la scène et son énergie d’ancienne danseuse me donne une pêche incroyable !

Votre plus beau souvenir estival ?

Un ciel constellé lors d’une Nuit des étoiles filantes, depuis une colline des Ardennes belges. Sérieusement, mon plus beau souvenir de Festival estival : Tannhäuser, Théâtre Antique d’Orange, 1985 (ma première venue en ce lieu) Après l’ouverture, Grace Bumbry entre, les bras grands ouverts, vêtue d’une robe rouge étincelante mettant en valeur une opulente poitrine, et semble dire à chaque homme du public : « Je suis Vénus, la déesse de l’amour »? Environ une heure plus tard, Leonie Rysanek (Elisabeth) entre en courant du même endroit et dans une robe virginale bleue ciel, semblant chercher partout son bien aimé et persuadant tout le public qu’elle a vingt ans, avant d’entonner «Dich teure Halle» ! 

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